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Lire Jacques Bainville - Page 2

  • Lire Jacques Bainville (XXXIX) : Journal, Tome I (1901 à 1918), note du 4 juillet 1903

    (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 135 photos) 

    Huit millions de pauvres, six millions de chômeurs, une précarité et une fragilisation de son état matériel qui ne cesse d'augmenter pour une grande partie de la population; et, attaquées de toutes part, un affaiblissement général et constant de ces fameuses "classes moyennes", dont Bainville dit - avec raison - qu'elles sont l'un des atouts de la France, l'une de ses forces, et qu'elles concourent à sa stabilité générale (et pas seulement économique...) : l'échec patent du Système, qui saute aux yeux aujourd'hui, et dans tous les domaines, rend ces lignes écrites il y a 110 ans encore plus actuelles - hélas !... - qu'à l'époque...

     

    MONT SAINT MICHEL 13.JPGNous avançons chaque jour un peu plus vers des temps qui seront véritablement des temps de fer, où il ne sera plus permis à personne de travailler que pour gagner sa vie. L'industrie de l'homme, la longue accumulation de ses épargnes avaient formé le capital, qu'il faudrait appeler non pas l'odieux mais le divin capital, et grâce auquel il pouvait parfois se soustraire à la dure loi qui l'oblige à gagner son pain à la sueur de son front. C'est à la méditation que ne viennent pas troubler les soucis de l'existence, c'est au travail désintéressé que sont dûs la plupart des progrès et des enrichissements de l'esprit. M. Maurice Barrès disait à propos de son héros Roemerspacher, fils de braves gens de Lorraine : Bénissons l'économie et le labeur des grands-pères qui permettent au petits-fils d'étudier et de réfléchir librement. Ainsi l'Eglise, tutrice de la civilisation, fondait les instituts où ses clercs, assurés de la vie, travaillaient en paix pour les lettres et pour la science.   

    (Illustration : le scriptorium du Mont Saint-Michel)

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  • Lire Jacques Bainville (XXXVIII) : Monsieur Georges Mandel (II/II)

     (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 135 photos)

    Mandel TIMBRE.jpgDans le Bloc national lui-même qu'il a pourtant créé, M. Mandel n'est pas considéré sans réserve et sans défiance. La rigueur de sa logique veut qu'il poursuive la victoire du 16 novembre par des opérations politiques. Ce n'est certes pas nous qui blâmerons sa clairvoyance. Mais c'est de quoi, stupidement, la Chambre a horreur. M. Mandel sait aussi qu'une politique déterminée ne peut se faire qu'avec un personnel déterminé. Il attaque donc violemment non seulement des idées, mais des hommes, et il rappelle constamment, à l'appui de ses attaques, des souvenirs que certains préféreraient avoir oubliés. Sa mémoire est infaillible. C'est ce dont ses alliés et ses obligés naturels lui savent le moins de gré.  

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  • Lire Jacques Bainville (XXXVII) : Monsieur Georges Mandel (I/II)

    (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 135 photos)

     

    mandel 1.jpg(Grand serviteur de l'Etat, Georges Mandel fut l'un des artisans de la victoire du Bloc national aux élections de 1919 : ce sera "la Chambre bleu horizon", qui permettra à Barrès de faire passer son projet de loi instituant la Fête nationale de Jeanne d'Arc; et qui mettra fin à l'hystérie anti religieuse qui sévissait, dans le Pays légal, depuis 1905... Jules Pams et Edouard Ignace - dont il est question dans cet article - étaient ministre de l'Intérieur et sous-secrétaire d'Etat à la justice militaire du gouvernement. Georges Mandel connaîtra une fin atroce : misérablement traqué par des miliciens, il sera assassiné par eux d'une façon particulièrement sordide - en raison de ses origines juives - le 7 juillet 1944, en forêt de Fontainebleau)

    Article paru dans La Revue universelle, le 1er décembre 1920 - Tome IV, n° 21.

    Jacques Bainville dresse ici un portrait flatteur de Georges Mandel, "à la Montaigne", c'est-à-dire montrant "ces qualités et ces défauts" de celui à qui il souhaite de "poursuivre et continuer à s'affirmer", et en qui il souhaite ouvertement que le Bloc national fasse un ministre de l'Intérieur; mais ce n'est pas seulement Jacques Bainville, c'est aussi Léon Daudet et toute l'Action française qui entretenaient les meilleurs rapports avec lui. En témoignent les textes que l'on pourra lire dans notre Album "Maîtres et témoins, III : Léon Daudet" et ce court passage de L'Action française racontée par elle-même, dans lequel Albert Marty rapporte l'anecdote suivante, bien révélatrice (page 468) :
    "...Une nuit, à l'imprimerie, le téléphone retentit :
    - Allô ! l'Action française ?... Monsieur Pierre Héricourt est-il là ?
    - Non, monsieur, il vient de partir.
    Un moment d'hésitation, puis :
    - Ici, Georges Mandel. Qui est à l'appareil ?
    - Un secrétaire de rédaction, monsieur le Ministre.
    - Très bien !... Je suis intervenu ce soir à la Chambre. J'ai cherché M. Héricourt après la séance. Je ne l'ai pas trouvé. Je voudrais savoir s'il a bien saisi le sens de mon intervention...
    Nous avions une épreuve du compte-rendu de la séance. Nous lûmes à Georges Mandel le passage le concernant. Il nous répondit, satisfait :
    - C'est tout à fait cela ! C'est parfait !
    Que de personnalités politiques, comme Georges Mandel, ou du monde littéraire, tenaient à l'opinion de l'Action française !..."
    Tout ceci est à rappeler - et à dédier - aux ignares qui se contentent de répéter, sans jamais vérifier, les mensonges de la "vérité officielle" sur l'antisémitisme de l'Action française, qui fut tout sauf un "antisémitisme de peau", rejeté, dénoncé et combattu en tant que tel, comme l'expliquait sans équivoque Charles Maurras :
    "L'antisémitisme est un mal si l'on entend par là cet antisémitisme de "peau" qui aboutit au pogrom et qui refuse de considérer dans le Juif une créature humaine pétrie de bien et de mal, dans laquelle le bien peut dominer. On ne me fera pas démordre d'une amitié naturelle pour les Juifs bien nés."

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  • Lire Jacques Bainville (XXXVI) : De la puissance des Etats-Unis : "Être libre, c'est être fort..."

     (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 132 photos)

    Du Journal, Tome III (1927/1935); Note du 18 janvier 1928, pages 34/35/36)

    etats unis,coolidgeOn ne peut manquer d'être frappé de l'assurance avec laquelle le président Coolidge s'est exprimé dans son discours d'ouverture du congrès panaméricain. Cette assurance paisible est celle que donnent la puissance et la richesse. De loin, une vue superficielle des choses laissait croire que les États-Unis, à l'assemblée de La Havane, seraient jugés par les Républiques latines, qu'ils auraient des comptes à rendre ou des excuses à fournir pour leur politique d'intervention au Nicaragua, en Haïti et ailleurs. La grande République de l'Amérique du Nord a tout de suite paré le coup. Tout au moins, en présence du président Coolidge, la question ne sera pas posée.

    La grande République des États-Unis a la majesté de la république romaine. M. Coolidge s'est rendu à La Havane avec un déploiement de force, un appareil de luxe qui font penser au voyage d'un proconsul. Il a derrière lui le Sénat de Washington, qui rappelle le Sénat romain. Et il parle aussi de paix, comme en parlait Rome, qui a, en effet, pendant plusieurs siècles, donné la paix au monde d'alors, mais en intervenant partout où cette "paix romaine" était troublée. 

    (Illustration : John Calvin COOLIDGE (1872-1933), 30ème Président des États-Unis).

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  • Lire Jacques Bainville (XXXV) : La revanche de Kossovo

     (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 132 photos)

    Mutatis mutandis, évidemment, on ne pourra s'empêcher, en lisant ces lignes, de penser au rôle analogue à celui des prêtres orthodoxes dont parle ici Bainville, joué chez nous, entre la chute de l'Empire romain et l'An mille, dans ces monastères où d'humbles copistes, anonymes, ont sauvé et transmis le trésor de la Sagesse antique; trésor qui ne fut ainsi jamais perdu, et devait permettre les renaissances futures, l'Islam n'étant absolument pour rien dans cette transmission, comme l'a magistralement montré Sylvain Gouguenheim dans son "Aristote au Mont Saint-Michel", dont on trouvera un résumé, court mais complet, dans notre Album : Racines (II) : Le Mont Saint Michel...

     

    SERBIE.JPG

    Soulevant un instant les lourds soucis de l'heure présente, la méditation doit s'arrêter sur ces champs de bataille de l'Orient où les armes prennent leur revanche de désastres séculaires. Honte aux esprits obtus et aux imaginations pauvres qui nient que "les vivants soient de plus en plus gouvernés par les morts" ! Honte aux intelligences mesquines pour qui est invisible la chaîne qui relie les générations d'un même peuple ! En pénétrant dans Uskub reconquise, le dernier soldat de l'armée serbe savait qu'il entrait dans la ville qui, voilà six cents ans, était la capitale de ses aïeux. En battant les Turcs au Champ-des-Merles (Kossovo, en langue slave), le plus humble des fantassins de Serbie savait qu'il prenait la revanche d'une bataille perdue par les siens cinq cent vingt-trois ans plus tôt.

    C'est ainsi que l'Histoire et le passé règlent la vie du monde moderne.

    Seulement, si la nation serbe s'est réveillée après des siècles d'oppression et de sommeil, si elle s'est mise tout entière au service de l'idée de revanche, si le nationalisme est devenu sa règle de vie, il ne faudrait pas se figurer tout de suite que ces choses-là se sont faites toutes seules et par création spontanée. Comme à tous les grands mouvements de même nature qu'enregistrent les annales de l'espèce humaine, il  a fallu d'abord les gardiens de la flamme, et puis des excitateurs qui furent des philosophes, des savants, des intellectuels, avant que le constructeur politique, puis le soldat, apportassent les conditions du succès définitif.

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  • Lire Jacques Bainville (XXXIV) : Dix-Huit Brumaire et Deux Décembre

     (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 130 photos)

    2 DECEMBRE 1851.jpgJe possède de précieux souvenirs de famille sur le Deux Décembre. Par une heureuse fortune, j'en possède aussi sur le Dix-Huit Brumaire. Ces souvenirs ne feront pas une révolution dans la manière d'écrire l'histoire. Mais ils sont bien intéressants tout de même. 

    Une arrière-grand-mère que je n'ai jamais connue habitait Saint-Cloud au moment où les grenadiers de Bonaparte envahirent la salle où étaient assemblés les Cinq Cents. Il paraît que ce fut une belle débandade. Qui par les couloirs, qui par les fenêtres, les parlementaires de l'an VIII s'étaient enfuis dans toutes les directions en voyant apparaître les baïonettes dans le "temple des lois". Ils avaient même fui d'une course si éperdue que les pelouses de Saint-Cloud étaient semées d'écharpes et de chapeaux à plumes : car les Cinq Cents avaient un magnifique uniforme.

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  • Lire Jacques Bainville (XXXIII) : La question du Canada

     (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 128 photos)

     

    1763.jpgComme l'a montré l'excellente et savante étude du "Britannicus" que L'Action française a reproduite hier, elle n'est pas si simple que cela, l'affaire du Canada.

    Il ne suffit pas de dire que Louis XV  a abandonné les Canadiens à leur sort, que Voltaire a négligemment parlé des "arpents de neige", ni même que l'opinion publique a partagé cette indifférence et ce dédain.

    Il y a plus. Le ministre qui a contresigné ce traité de Paris, réputé humiliant et désastreux, était un des plus grands que nous ayons eus. Saluez : c'était Choiseul. Choiseul n'a-t-il pas su ce qu'il faisait ?

    Je crois tout de même que si. Dès qu'on av au fond des choses, on s'aperçoit qu'à sa place on n'eût pas été médiocrement embarrassé par la difficulté du problème qu'il avait à résoudre.  

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  • Lire Jacques Bainville (XXXII) : Iéna

    (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 127 photos)

     

    iena1.jpgHenri Houssaye, au moment où il est mort, mettait la dernière main à un livre qui devait être intitulé Iéna. Comme il sentait que la vie l'abandonnait, il dit un jour à notre confrère Louis Madelin ce joli mot mélancolique : "Je n'irai même pas jusqu'à Berlin !" Louis Madelin y est allé à sa place et tous ses lecteurs y vont de bon coeur avec lui, car Iéna, Auerstadt, l'anéantissement de la Prusse, ce sont quelques unes des meilleures pages de notre épopée nationale. De toutes les victoires françaises, Iéna est une de celles dont nous aimons le mieux nous souvenir, surtout depuis que nous avons eu Sedan.

    Iéna avait été le Sedan prussien. Seulement Sedan n'a pas eu de revanche, tandis qu'Iéna en a eu trois, en 1814, en 1815 et en 1870. Cela donne à réfléchir sur la qualité des victoires napoléoniennes.

    (Illustration : Le soir d'Iéna, par Jean-Baptiste-Edouard Detaille, 1848/1912)

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  • Lire Jacques Bainville (XXXI) : Sur "l'énergumène" Hitler, dès 1930... (I)

    (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 126 photos)

     

    hitler LECTEUR DE BAINVILLE.jpg1. Journal, Tome III, 1927/1935, note du 26 Juin 1930 :

    « Tandis que le chancelier Brüning est toujours à la recherche d’un ministre des finances, il se passe en Allemagne des choses singulières. Pays déconcertant, pays à surprises, auquel on ne peut faire confiance qu’en se méfiant beaucoup. Les succès électoraux que remporte Hitler ne sont-ils pas un phénomène prodigieux ?

    Quel est le programme de cet agitateur ? Toutes les outrances. Il est à la fois nationaliste et socialiste : c’est même le double nom du parti qu’il a fondé. Il est pour la revanche et contre le capitalisme. On a dit que son drapeau pourrait être le drapeau rouge avec la croix gammée, signe de ralliement des antisémites. Hitler joue sur tous les tableaux de la démagogie violente. Et tout ce qui ferait qu’ailleurs, dans un pays sensé, il ne serait suivi que par une poignée d’énergumènes, lui attire en Allemagne une clientèle qui s’accroît tous les jours. »

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  • Lire Jacques Bainville (XXX) : L'Avenir de la bourgeoisie

     (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 125 photos) 

     

    crise subprimes.jpgIl est presque centenaire, ce texte écrit le 15 mai 1914, très peu de temps avant le début du grand carnage...

    Et pourtant, quel drôle d'effet il produit, lorsqu'on le lit aujourd'hui ! Quel étrange sentiment de "déjà vu", de "bien connu" : mais oui, c'est cela, c'est à notre situation aujourd'hui qu'il nous fait irrésistiblement penser, en France en particulier, en Europe - et même dans le monde... - en général.

    "...perdre ce respect de l'argent, hérité d'une longue série de laborieux ancêtres..."; "...l'habitude du danger et le goût de la spéculation..."; troisfamilles sur dix qui "vivent plus largement que leurs moyens ne le leur permettent", "cinq qui dépensent tous leurs revenus... et deux peut-être seulement qui observent encore les anciennes pratiques d'économie et d'accumulation..."

    En somme, une psychologie et des comportements propres à créer une situation économique saine et prospère; ou, à l'inverse, et comme nous le voyons aujourd'hui sur une grande échelle - qu'il s'agisse des particuliers ou bien des États... - une psychologie et des comportements propres à créer une économie fondamentalement malsaine, qui ne peut déboucher, à terme, que sur une grave crise...

    Et mention spéciale pour cette observation, si juste, sur cette "révolution socialiste" qui "ne se fera pas par brutale confiscation, mais par un lent processus..."

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  • Lire Jacques Bainville (XXIX) : M. Emile Zola et le socialisme sentimental

    (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 123 photos) 

     

    zola.jpgIl y a environ quinze ans, désireux de se purifier pour entrer à l'Académie, M. Emile Zola s'assit à sa table et résolut d'écrire un "bon roman". Ce fut mystique, ce fut religiosâtre. Cela s'appelait Le Rêve. Et jamais il n'avait rien fait de plus inconvenant. Sous prétexte de peindre l'innocente piété, de montrer l'exaltation de l'idéal catholique dans une jeune âme, M. Zola mit au jour une caricature qui inspira autant d'éloignement aux gens de goût que d'indignation aux hommes de foi. On a souvenir que M. Anatole France en lettré, en écrivain français, en historien qui connaît et qui aime nos traditions, en moraliste qui a le respect de tout ce qui touche à la vie spirituelle, fit entendre dans un journal calviniste une vive protestation contre ce profanateur.

    Un besoin pathologique de souiller tout ce qu'il approche possède M. Emile Zola. Charcot soignait de tels malades. Et l'on peut lire dans les revues cliniques des cas qui ne sont pas fort éloignés du sien. Les enfants, ces petits sauvages, ne sont poussés par leur instinct qu'à briser les objets. La brutalité même des foules ne les entraîne qu'à des actes de violence. Le noyer de la route, qui gémissait des injures du passant, se plaignait seulement que l'on cueillît ses fruits ou qu'on brisât ses branches. Il n'est qu'un malade pour trouver de la volupté à salir ce qui est beau et ce qui est pur. M. Emile Zola est un "sujet" extraordinaire : il lut un jour Jacques de Voragine et La Légende dorée fut polluée pour avoir été traduite par sa plume.      

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  • Lire Jacques Bainville (XXVIII) : De la Révolution et des Révolutions (II/II)

    (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 122 photos) 

     

     

    franc-maconnerie.JPGC'est une chose qui paraît si mystérieuse, qui choque tellement l'esprit que, pour l'expliquer, on a fait intervenir l'action des sociétés secrètes. De Barruel au livre tout récent de M. Bernard Fay, la franc-maçonnerie a été désignée comme le moteur de la Révolution. Un des moteurs peut-être. Les "sociétés de pensée" étudiées par Augustin Cochin n'ont pas été indifférentes. Comment leur imputer le fait extraordinaire que les Français aient subi ce qu'ils ne voulaient pas jusqu'à ce qu'ils aient obtenu à peu près ce qu'ils voulaient ? La raison s'y refuse. La persistance et la renaissance du catholicisme, avec lequel compta Robespierre lui-même, sont là pour donner raison à la raison.

    En suivant les traces de "la contre-révolution sous la révolution", M. Louis Madelin apporte des explications naturelles. Que s'est-il donc passé entre 1789 et 1799, comme entre le 18 brumaire et la restauration des Bourbons ? Rien que de très simple. Les gouvernements qui se succédaient exerçaient tour à tour attraction et répulsion sur la masse dont les dispositions générales ne changeaient pas. Elle était contre la Révolution chaque fois que la Révolution attentait à ses habitudes anciennes. La loi du maximum et l'interdiction de recevoir en paiement une autre monnaie que les assignats étaient la cause d'un mécontentement violent. Parallèlement, la crainte d'une revendication des propriétaires dépossédés rejetait du côté de la Révolution la foule des acquéreurs des biens nationaux, lesquels savaient bien en outre qu'ils s'étaient acquittés en monnaie dépréciée et qu'ils avaient fait par là une trop bonne affaire. Nous avions déjà montré dans notre Histoire de France ces curieuses influences en sens contraires de l'assignat.

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  • Lire Jacques Bainville (XXVII) : De la Révolution et des Révolutions (I/II)

    (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. - 121 photos) 

     

    TERREUR GUILLOTINE 1.jpg        Dès que certaines questions sont posées, elles exigent impérieusement une réponse. L'esprit n'a plus de repos jusqu'à ce qu'il ait reçu une explication qui le satisfasse. Et les livres qui offrent un aliment à cette curiosité après qu'ils l'ont fait naître sont toujours sûrs de retenir le lecteur.

            L'ouvrage de M. Louis Madelin, la Contre-Révolution sous la Révolution est de cette nature. Que dit l'auteur dès les premières pages ? Des choses qui ne sont pas nouvelles ni inconnues mais qu'il rapproche et dont le rapprochement suscite un problème.  

            Tout le monde sait qu'en 1789 la France ne désirait à aucun degré une révolution dans le sens que le mot a pris par la suite. Dans le vieux langage révolution signifiait changement et, en quelque sorte, changement périodique. Montesquieu parlait des révolutions qui se produisent tous les dix ans dans les sociétés. Il en parlait comme un astronome. Lorsque le chancelier Maupeou avait dissous les Parlements, on avait dit "la révolution de Maupeou". Quand on prononçait le mot de révolution au moment de la convocation des États généraux, personne n'entrevoyait des échadauds ni toutes les choses terribles que le même vocable a représentées depuis. Si l'on se fût douté alors de ce qui allait se passer, il est probable qu'on eut dit "éversion", terme employé d'ailleurs aussi bien par les écrivains contre-révolutionnaires que par les écrivains révolutionnaires à la chute de la monarchie.

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  • Lire Jacques Bainville (XXVI) : Encore Jean-Jacques Rousseau

    (Comme tous les textes publiés dans cette catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. 120 photos)

     

    rousseau,les confessions        A table, l'autre soir, on parlait de Rousseau. C'est l'homme du jour et il est de moins en moins probable que la fête de son bi-centenaire soit très heureuse pour sa mémoire. Chaque fois qu'une affreuse curiosité ramène la pensée sur Jean-Jacques, c'est pour découvrir chez lui un peu plus d'ignominie. Et pourtant, ce livre monstrueux, ce musée des horreurs qui s'appelle les Confessions, ce n'est pas un livre que le dégoût fasse refermer. Jean-Jacques a beau être, selon le mot d'un personnage de M. Anatole France, un "plat coquin", l'ouvrage où il s'est déshabillé et mortifié en public, ouvrage écoeurant, révoltant même si l'on veut, n'a pas la moindre platitude. Le sortilège de l'art le soutient et plusieurs de ces épisodes (celui du gué, celui des cerises, celui de la courtisane vénitienne) resteront parmi les choses célèbres de la littérature de tous les temps, en dépit de leur fausse innocence ou de leur troublante impureté.

            C'était un très grand, un très puissant écrivain que Jean-Jacques. Quel critique a dit que sa période, pour l'ampleur, n'avait d'égale que celle de Bossuet ? Il est certain que son action n'a été si profonde qu'en raison du charme de sa voix.

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  • Lire Jacques Bainville (XXV) : Jean-Jacques Rousseau

     (Comme tous les textes publiés dans cette Catégorie, celui-ci, aussitôt paru, est incorporé à notre Album Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville. )

    rousseau        "Qu'est-ce que la célébrité ? Voici le malheureux ouvrage à qui je dois la mienne." Je ne vous donnerai pas en plus de trois ou quatre le nom de l'auteur de ces lignes et vous avez déjà reconnu cet accent de désanchantement et d'orgueil. C'est l'homme que le gouvernement de la République fêtera bientôt au Panthéon qui inscrivait ces mots en tête d'une réédition de son premier ouvrage, ce célèbre et absurde "discours" où il niait la civilisation et l'art dans le pays et le temps même où l'art et la civilisation étaient parvenus au degré d'achèvement le plus haut. On imagine assez bien une sorte de dialogue, pareil à ceux où Rousseau se faisait le juge de Jean-Jacques et dans lequel l'auteur du Contrat social examinerait la séance de la Chambre où il a été question de lui, et où il répéterait, l'appliquant à toute son oeuvre, ses paroles d'une amertume et d'un amour-propre incurables : "Voici le malheureux ouvrage à qui je dois ma célébrité."

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