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  • De nombreuses œuvres d’art du Musée de Bagdad retrouvées aux États-Unis 

     

    Par Antoine de Lacoste

     

    2966618915.2.pngL’affaire du pillage du Musée de Bagdad s’éclaircit partiellement. Rappelons les faits.

    En avril 2003, l’armée américaine entre dans Bagdad. Curieusement, elle ne prend position que devant deux bâtiments publics : le Palais présidentiel et le Ministère du pétrole, négligeant les autres, en particulier le musée de Bagdad.

    Pourtant son directeur a rencontré le jour même des officiers supérieurs américains pour leur demander de protéger le musée des pillages. De plus, bien avant l’invasion américaine, une délégation d’archéologues venue du monde entier avait été reçue au Pentagone. Celui-ci s’était engagé à protéger le musée et ses 150 000 pièces dès la prise de Bagdad.

    Mais, pour des raisons mystérieuses, aucune mesure n’est prise. Pendant quarante-huit heures, des pillards déménagent des dizaines de milliers de pièces inestimables de l’art mésopotamien. Certaines pèsent des centaines de kilos comme cette statue monumentale datant de 2400 ans avant JC et représentant un jeune pâtre ; elle est couverte d’inscriptions à la gloire du fondateur de l’empire akkadien, le premier à avoir unifié « le pays des deux fleuves ». Tout avait été préparé de longue date.

    Ce sont évidemment des professionnels qui ont agi. Le matériel est sophistiqué et les copies laissées sur place, comme ces tablettes du Code d’Hammourabi (un des plus anciens textes juridiques) et dont l’original est au Louvre. Des archéologues irakiens ont alerté des soldats américains positionnés à quelques centaines de mètres du musée, en vain.

    Devant le scandale, l’armée américaine doit prendre des mesures…en interne notamment ! Plusieurs militaires doivent restituer des objets volés. Un journaliste de Fox tv est arrêté à l’aéroport avec plusieurs œuvres d’art dans ses bagages. Les investigations permettront aussi de récupérer aux États-Unis et en Angleterre de nombreuses pièces, dont certaines avaient disparu depuis la première invasion de Bush père en 1991.

    Mais le plus gros manquait à l’appel.

    Or, l’enquête vient de faire un progrès important : le Ministère de la justice américain vient de lancer une procédure contre la compagnie Hobby Lobby. Cette chaîne de magasins de loisirs est un fief des évangélistes et emploie 13000 personnes dans 41 États.

    Le fils du fondateur, Steve Green, grand collectionneur d’antiquités, va ouvrir un Musée de la Bible à la fin de l’année à Washington. De superbes pièces très anciennes sont annoncées comme des fragments des rouleaux de la Mer morte.

    Mais, à la suite d’une dénonciation, le FBI a pu établir que Hobby Lobby a acheté en 2010 plus de 5500 objets antiques volés à Bagdad ainsi que dans d’autres musées irakiens. Les exportateurs sont situés en Israël et aux Émirats Arabes Unis (alliés des États-Unis lors de l’invasion).

    Les évangélistes vont devoir restituer à l’Irak ses pièces si mal acquises et son musée sera sans doute moins fourni que prévu… •

  • Pas de dogmatisme en matière économique ! Plus de relâchement en matière de Défense et de souveraineté !

    Chantiers STX de Saint-Nazaire 

     

    En deux mots.jpgPour juger valablement des affaires industrielles et dans le détail - acquisitions, ventes, fusions, participations au capital, stratégie, etc. - il faudrait avoir les dossiers en mains et une solide expérience des sujets.

    Cette indispensable connaissance est réservée, en pratique, aux protagonistes.

    On est en donc, si l'on peut dire, réduits aux principes. Ils ne sont pas sans importance.

    En décidant la nationalisation - provisoire - des chantiers STX de Saint-Nazaire, Emmanuel Macron s'attire la désapprobation - sourde ou déclarée - des idéologues du libéralisme et de l'européisme, qui sont, d'ailleurs, souvent les mêmes.

    A-t-il dû combattre en son propre fond ces deux tropismes ? Ou son pragmatisme et son patriotisme économique liés ont-ils, en l’espèce, prévalu chez lui sans difficulté ? En tout cas, il s'agissait en l'occurrence de trancher, de décider. Pragmatisme national et idéologie libérale-européiste ne pouvaient être pratiqués « en même temps ». Le premier terme a prévalu. Du moins, à ce jour.

    Ce qu'il y a d'idéologie - d'ailleurs largement méta-économique - dans le libéralisme une fois répudié, la plus ou moins grande liberté qu'il convient de laisser aux entreprises n'est pas affaire de doctrine, ni de dogmatisme. C'est affaire d'opportunité, c'est à dire de circonstances, de situation. C'est affaire des paramètres du contexte du moment. Et le critère est l'intérêt national ou, si l'on préfère, le Bien Commun. 

    En l'occurrence, il s'agissait à Saint-Nazaire, de conserver à la France la pleine maîtrise d'un chantier naval de première importance industrielle et stratégique, doté d'outils de production de taille et de qualité exceptionnelles. Les Italiens les convoitent et probablement, derrière eux, en sous-mains, les Chinois dont on connaît l'ambitieux programme, l’appétit grandissant, d'équipements militaires, notamment navals.

    La décision d'Emmanuel Macron ne s'est pas embarrassée de solidarité européenne ou franco-italienne. Ni du dogme libéral. Quoique sœurs latines, France et Italie n'en ont pas moins chacune leurs intérêts, leurs ambitions, et il n'est nullement exclu qu'ils s'opposent, même si, en d'autres cas, d'autres domaines, des coopérations notamment intereuropéennes sont possibles, souhaitables, et pratiquées.

    Il se trouve qu'à Saint-Nazaire, même si ce n'est pas une activité inintéressante, on ne construit pas que des navires de croisière, mais aussi des corvettes, des porte-hélicoptères, des porte-avions. Comme le Charles De Gaulle. Il n'y a même semble-t-il guère que là qu'on peut en construire d’un semblable format.

    La France ne pouvait laisser passer un tel outil industriel, hautement stratégique, sous autorité étrangère.

    Une nationalisation – provisoire - de STX, ne serait-ce que pour amener les Italiens à composition et permettre la poursuite de la coopération existante où la France gardera la main, n’est donc nullement critiquable.

    Il est seulement à regretter que cet acte de patriotisme économique – et aussi de Défense – soit si isolé et qu’on en observe si peu d’exemples.

    Les Français ne s’y sont pas trompés qui approuvent massivement ce qui a été décidé. De même que nombre d’observateurs des milieux habituellement classés comme patriotes.   •

  • Ephéméride du 31 juillet

    Antoine de Saint Exupéry, disparu le 31 juillet 1944

     

    49 Avant J.C. : Seconde victoire de la flotte de César - qui assiège Massalia - sur la flotte Massaliète 

    C'est l'amiral Decimus Junius Brutus Albinus qui commande la flotte de César. Il a établi un blocus maritime de la ville, en prenant position à quelques encablures de l'île de Ratonneau, sur l'archipel du Frioul. La flotte des Massaliotes est pourtant supérieure en nombre (17 navires) et en expérience, et cherche à forcer le blocus; mais après un affrontement extrêmement violent, trois des navires de Massalia sont coulés, et six capturés. 

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    L'archipel du Frioul - où s'était installée la flotte romaine - peut à la fois bloquer et protéger la rade de Marseille. Il se compose de trois îles : Ratonneau, à gauche sur la photo, qui est la première que l'on rencontre en venant du large et que les Grecs appelèrent donc, tout naturellement, « Proté » (qui signifie « premier », en grec); Pomègues, (du grec « Mésé », qui signifie « moyenne »), ici à droite; et If, la plus petite des trois (petit se disant « Hypea », en grec) que l'on voit devant les deux autres.
     
    La première des deux batailles navales du siège de Massalia - le 27 juin - eut lieu dans la rade même, à quelques encablures des murailles de la ville; la seconde - le 31 juillet - eut lieu un peu plus loin, à Saint-Cyr/Les Lecques, à une vingtaine de kilomètres, les Massaliotes ayant réussi à percer le blocus maritime, « profitant d'un vent favorable », dit César...
     
    • Sur les raisons de la guerre que mena César contre Massalia, voir notre éphéméride du 19 avril ;
    • sur la première victoire navale remportée par la flotte de César sur celle de Massalia, voir notre éphéméride du 27 juin ;
     

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  • Culture • Loisirs • Traditions

  • Histoire • « Jeanne d’Arc enflamme les cœurs »

     

    Un monumental Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc vient de paraître : travail de fourmi, enquête passionnée, il livre aux curieux une masse impressionnante de documents qui sans cela auraient risqué de tomber dans l’oubli. Entretien avec Pascal-Raphaël Ambrogi.

    Propos recueillis par Philippe Mesnard

    Votre ouvrage est à la fois une œuvre scientifique et un « dictionnaire amoureux de Jeanne d’Arc ».

    Il offre au lecteur ce que l’on sait de Jeanne, ce que l’on a dit d’elle et ce qu’elle a inspiré et inspire encore. Mis à la portée du plus grand nombre ces documents, ces analyses, ces synthèses, ces catalogues, cette anthologie, ce livre qui est tout à la fois, organisé en dictionnaire, sert à chacun ce qu’il savait sans doute déjà et tout ce qu’il n’avait jamais imaginé trouver. Jeanne d’Arc ! Plus on l’étudie, plus l’émerveillement croît.

    Quelle a été votre plus belle découverte en vous lançant dans cette entreprise ?

    Jeanne est une découverte perpétuelle tout comme une source d’inspiration inépuisable. Un personnage historique parmi les plus documentés de l’Histoire, un enjeu, un symbole, un héros. Je n’imaginais pas un tel potentiel d’admiration, de foi et d’énergie créatrice. L’actualité permanente de la « libératrice de la France » ne se traduit pas uniquement par la parution d’ouvrages littéraires ou historiques. C’est dans pratiquement tous les domaines d’expression qu’elle est présente et qu’elle bat aussi souvent des records. Il faut évoquer ici quatorze mille livres, de vint à trente millestatues rien qu’en France, quatre cents pièces de théâtre déjà répertoriées en 1922, cen trente-neuf films ! Des mangas, des morceaux de rock et de hard metal… Ces derniers dans le monde entier au cours des années récentes. Une pièce de théâtre est annoncée pour 2017, une autre pour 2018. Un film sortira à l’automne, consacré à l’enfance de Jeanne. Une statue sculptée par le russe Boris Lejeune pour la ville de Saint-Pétersbourg sera bientôt élevée. Une sienne statue a déjà été placée, en 2013, à Bermont, près du village natal de Jeanne. Une Pietà de Jeanne d’Arc a été placée, en 2006, à l’entrée d’une caserne près de New York : Jeanne porte un soldat mort sur ses genoux. Ce qui est poignant et unique.

    Cet intérêt pour Jeanne n’est pas nouveau. Il remonte en réalité aux heures mêmes de son épopée. C’est là ma plus grande découverte. Nous avons évoqué les nombreux documents contemporains, significatifs à cet égard. Et s’il faut attendre le XIXe siècle pour assister à ce que l’on pourrait qualifier de « frénésie johannique » ou d’« engouement johannique » – entre 1870 et 1900, par exemple, paraissent cent une biographies consacrées à Jeanne d’Arc, destinées au grand public et à la jeunesse – il n’en reste pas moins que le « messie de la France » (a dit Henri Martin) est loin d’être absent de la scène. Il suffit de consulter les articles « Musique », « Poésie » ou « Théâtre » du Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc pour s’en rendre compte. La Ballade contre les Anglais, de 1428, y fait déjà allusion. Évoquons la Ballade des dames du temps jadis, de François Villon. L’article « Musique » mentionne une œuvre pour les XVe et XVIe siècles, trois pour le XVIIe siècle et douze au XVIIIe siècle. L’article « Poésie » recense huit œuvres au XVe siècle, treize au XVIe siècle, vingt au XVIIe siècle, quatorze au XVIIIe siècle. Quant à l’article « Théâtre », il répertorie une pièce du XVe siècle, le Mystère du siège d’Orléans, daté de 1439, deux pour le XVIe siècle, une bonne douzaine pour le XVIIe siècle, et dix-sept pour le XVIIIe siècle. Cette production est donc loin d’être négligeable.

    C’est un Anglais, William Shakespeare, qui relance Jeanne, avec son Roi Henry VI, de 1592. Il en donne une vision scabreuse et va contribuer à répandre le mythe de Jeanne la sorcière. Voltaire, avec La Pucelle d’Orléans, érotise Jeanne, dans les multiples versions de son œuvre, qui connaît un succès fou (cent vingt-cinq éditions entre 1755 et 1835) et est apprise par cœur par certains, y compris à l’étranger. Schiller porte Jeanne à la scène avec la Jungfrau von Orleans, de 1801. Il brode en inventant une idylle amoureuse entre Jeanne et un beau soldat anglais. Schiller s’assurait ainsi un succès durable. Sa pièce est imitée par de nombreux auteurs, tels que Charles-Joseph Loeillard d’Avrigny et Alexandre Soumet en France ; Roberto de Simone, Nicolas Vaccai et Salvatore Vigano en Italie, Destouches en Allemagne ; elle est mise en musique par Max Bruch, Joseph Klein, Leopold Damrosch, Johann Schulz, Carl Wagner, Bernhard Weber en Allemagne ; Manuel Tamayo y Baus en Espagne, Mario Bossi, Giuseppe Verdi en Italie ; Tchaïkovski en Russie ; Ignaz Moscheles, auteur tchèque. Elle est portée au cinéma en RDA, en 1976, se retrouve au Japon dans des manga de Wakuni Akisato et de S. Muchi.

    Nous avons dit que le phénomène se poursuit. Comment l’expliquer ? Jeanne d’Arc est la figure emblématique par excellence de l’héroïne qui défend son pays de l’envahisseur, en même temps qu’il émane d’elle une aura particulière du fait de sa jeunesse (elle entame sa carrière politique et militaire à dix-sept ans !), de sa fraîcheur, de la « trahison » du roi Charles VII aussi et de sa mort atroce, brûlée vive sur un bûcher à Rouen, le 30 mai 1431.
    Jeanne d’Arc bénéficie ainsi d’un capital de sympathie qui perdure et continue d’enflammer les cœurs. Son personnage est aussi entouré d’un certain mystère, du fait que Jeanne est avant tout une mystique. Elle ne prend pas ses ordres auprès des hommes.

    jeanne-darc-418576_1280.jpg« J’ignore la conduite de la guerre », déclare-t-elle. Or, selon l’auteur de la Geste des nobles français, du 6 juillet 1429, dès son arrivée à Chinon, Jeanne décrit à Charles et à son conseil, « les manières de guerroyer des Anglais » avec une telle précision qu’ils en sont fort ébaudis. Elle déclare : « Par l’aide du ciel, je sais chevaucher et conduire une armée. » Comment l’expliquer, si ce n’est qu’elle jouit de l’assistance continuelle de son conseil divin, dont elle parle avec tant d’assurance, qui « lui avait mis dans l’esprit des clartés de tout ce qui regardait la guerre, et lui fournissait, au moment voulu, les suggestions utiles » ? Ce que nul chef chevronné n’a vu ni compris, elle s’en rend ainsi compte et le saisit sur-le-champ.

    Comment expliquer, devant la masse des faits, que d’aucuns cherchent encore à mythifier Jeanne d’Arc en imaginant qu’elle n’est pas morte sur le bûcher ou qu’elle était d’ascendance royale ?

    Jeanne d’Arc, un mythe ? Comment l’expliquer ? Jeanne est un mystère qui balance entre une incarnation – la jeune fille de Domremy, ce « Bethléem de la patrie » – et un mythe désormais universel qu’elle a bien involontairement suggéré et qui la dépasse sans la détruire. Or, contrairement à la plupart des héros dont la mythification n’intervient que tardivement après leur mort, Jeanne fut un mythe vivant, rappelle Colette Beaune. Dès son apparition, le mythe fut consubstantiel à son histoire. La France et les Français attendaient une intervention divine. Jeanne revêtit les habits du Sauveur tant espéré. Sa capture imprima au mythe d’autres formes. Au messianisme triomphal des années 1429 succéda dans son camp l’image de la souffrante puis de la martyre.

    L’épopée de la Pucelle d’Orléans est certes légendaire, en ce sens qu’elle est inscrite de façon indélébile dans l’histoire de l’humanité et qu’elle est devenue une référence universelle. C’est ainsi que nous avons recensé cinquante-quatre femmes qualifiées de Jeanne d’Arc dans trente-trois pays, dont plus d’une au cours des années récentes. Ce sont les Jeanne d’Arc des États-Unis, de Colombie, de Russie, du Japon, de Côte d’Ivoire, de Chine, du Brésil, etc.

    Mais l’épopée de notre héroïne nationale n’est pas une légende au sens d’une construction artificielle bâtie après coup quelques faits épars. Avec Jeanne d’Arc, nous sommes en présence du personnage de l’humanité, après notre Seigneur et la très Sainte Vierge, le plus documenté de tous les temps. Jugeons-en. Enquête théologique à Poitiers, en mars 1429, qui décide le dauphin Charles à faire crédit à la Pucelle, avec un examen de virginité et une enquête à Domremy et à Vaucouleurs. Procès de condamnation de janvier à mai 1431, avec enquête à Domremy et deuxième examen de virginité ; procès de relapse fin mai 1431, condamnant Jeanne à être brûlée vive. Enquête officieuse de 1450, à la demande du roi Charles VII. Enquête officielle à Rouen en 1452. Ouverture en 1455 du procès de nullité de la condamnation, avec enquêtes à Domremy, Vaucouleurs, Orléans, Tours, Paris, Poitiers, Compiègne, Saint-Denis, Sully-sur-Loire, Lyon, soit cent quarante-quatre auditions, le tout aboutissant à casser, en 1456, la première sentence. Puis procès de béatification, avec examen de l’héroïcité des vertus de Jeanne, examen de trois miracles, procès des raisons pouvant s’opposer à la béatification. Engagé en 1869, à la demande Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, il débouche sur la béatification, le 18 août 1909. Procès de canonisation enfin, avec la reconnaissance de trois nouveaux miracles. La cérémonie officielle a lieu en la basilique Saint-Pierre de Rome, le 16 mai 1920. Nous disposons ainsi d’une documentation de première main vraiment unique.

    Documentation d’autant plus exceptionnelle que, vu l’importance politique de la condamnation et de l’exécution de Jeanne d’Arc pour l’Angleterre, le roi Henry VI a pris grand soin de faire rédiger cinq copies authentiques des actes du procès qu’il a envoyées à divers destinataires.

    Nous avons recensé en outre, délaissant les délibérations et les comptes de plusieurs villes, cent cinquante-six documents contemporains parlant des exploits de la Pucelle. Par contemporains, j’entends ceux allant du début de l’épopée, le 22 février 1429, à la sentence de nullité de la condamnation, le 7 juillet 1456. Ils émanent aussi bien du camp Armagnac que des adversaires de Jeanne, ou de simples observateurs, comme les marchands italiens installés en France. « Nous devons d’autant plus prêter foi à tous ces faits, écrira l’Allemand Guido Görres, qu’ils ont été consignés par ses ennemis mortels [certains d’entre eux du moins], qui ont tout fait pour les falsifier et les déformer au détriment de Jeanne : car c’est une preuve irréfutable de son innocence, que, selon les vœux de la Providence, ses persécuteurs devaient donner au monde futur ».

    Citons-en quelques-uns. Le plus ancien document semble être une lettre du 22 avril 1429 d’un ambassadeur de Philippe de Brabant. Notons que Jeanne n’entrera dans Orléans que sept jours plus tard. Nous trouvons des annotations du 9 mai, deux jours après la levée du siège d’Orléans. Le 14 mai, Jean Gerson, chancelier de l’université de Paris, écrit un Traité sur la Pucelle. Vers le 15 mai, le duc de Bedford, régent d’Angleterre, prend des mesures contre les désertions qui se multiplient dans son camp. Le Ditié, un poème de Christine de Pisan, date du 31 juillet. Dès qu’il apprend la prise d’Orléans, l’empereur Sigismond de Luxembourg commande un tableau représentant Comment la Pucelle a combattu en France.

    Tout cela est donc très sérieux et historiquement très sûr. Et absolument unique. Ce qui est de nature à ôter tout doute sur le caractère historique des quatre cent vingt-sept jours de l’épopée de Jeanne, quatre cent vingt-sept jours seulement qui suffisent à rétablir la situation, à faire échec aux Anglais, à libérer Orléans et le royaume de leur présence indésirable, à faire sacrer le roi et lui restituer sa légitimité, et à modifier de fond en comble l’art de conduire la guerre.

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    Pascal-Raphaël Ambrogi et Dominique Le Tourneau, Dictionnaire encyclopédique de de Jeanne d’Arc, éditions Desclée de Brouwer, juillet 2017, 2 012 pages, 49 euros.

    Philippe Mesnard

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  • Littérature • Daniel Halévy, grand intellectuel juif ami de Maurras, évoqué par Jean Guitton

     

    Gérard Leclerc évoquait ici le mois dernier, à propos de l'accélération de l'Histoire, la figure de Daniel Halévy, grand intellectuel juif, plus Français que beaucoup d'autres. Historien, essayiste, directeur de collection chez Grasset, il était le fils de Ludovic Halévy, académicien français, le frère d'Elie Halévy, philosophe; il devint le beau-père de Louis Joxe, le ministre du général De Gaulle, le grand-père de Pierre Joxe. Le rôle qu'il joua au siècle dernier dans le monde des lettres et des idées, Jean Guitton l'évoque ici. Daniel Halévy - Guitton le dit - fut aussi l'indéfectible ami et admirateur de Charles Maurras. Qu'Halévy fût Juif et Maurras se voulût antisémite ne fut jamais un obstacle à leur amitié.  LFAR     

     

    Guitton-Jean-Un-Siecle-Une-Vie-Livre-323077311_L.jpg« De tous les êtres que j'ai connus, il est le seul qui m'ait donné l'impression de vraiment écouter l'autre. Il écoutait les princes comme les enfants, avec une préférence pour les simples, et même (chose singulière, et que je n'ai vue qu'à lui) pour les bavards, les fâcheux, les « raseurs », qu'il trouvait très instructifs. Il les écoutait avec un air de grand seigneur distrait. 

    Je savais qu'il avait été le compagnon de Péguy, l'exégète de Proudhon, le condisciple de Proust à Condorcet, l'ami des deux frères Tharaud, le correspondant de Croce et de Malaparte - et le découvreur d'un officier inconnu appelé Charles de Gaulle, qui dans son salon lui avait retracé les vues prophétiques du colonel Émile Mayer sur le rôle des chars dans une prochaine guerre.

    Halévy avait le don du prophète. C'est lui qui, dans la collection créée par Grasset, « Les Cahiers verts », avait lancé dans l'espace, comme une constellation : Montherlant, Mauriac, Maurois, Malraux, Guéhenno, Louis Hémon (l'auteur de Maria Chapdelaine).

    En France, il avait été l'un des premiers à croire en Nietzsche, sur lequel il avait écrit un si beau livre.

    Son génie était celui de Samuel, lorsque Samuel mit la main sur Saül ; celui de Lamartine, lorsqu'il sacra Mistral. Sans profession, sans métier, sans titre, placé au centre des idées et des êtres, il avait reçu la mission, comme Socrate, non pas de créer (ce qui est assez facile) mais de recréer : en révélant les autres à eux-mêmes.

    Le sang de la France, disait-il, l'avait fixé, lui juif, venant d'un canton suisse et d'un ghetto allemand, entre le Pont-Neuf et l'Institut. Par sa mère, il se rattachait aux Bréguet, famille protestante de Neuchâtel, qui était venue en France autour de 1760 pour fabriquer des montres, puis des moteurs d'avion.

    Juif de race, protestant de formation, catholique de tendance, il résumait en lui la substance de ces trois religions, avec une préférence pour le catholicisme. Et c'est sans doute pour cela qu'il avait aimé sans me connaître mon livre sur Monsieur  Pouget. « Votre Pouget, me disait-il, ce que j'aime en lui, c'est qu'il appartient à l'ordre des Pauvres. »

    Un soir d'été, ce prince de l'esprit, revêtu du manteau d'un berger, vint nous voir dans notre chaumière, au centre de la France. Il m'avait demandé de réunir sous un tilleul les paysans de mon village. Passa le facteur, Maufut, qui était communiste et braconnier. Il l'interrogea sur la chasse, la pêche, le braconnage. Je n'ai jamais rencontré d'esprit plus ouvert que lui. Il avait connu la « Vierge rouge » de la Commune, Louise Michel ; il l'avait aimée. Il avait un culte pour Charles Maurras, qui était pour lui le type de l'athlète portant le poids d'un univers en décadence. Et l'on sait qu'à la fin de sa vie, comme Michelet, il redoutait « l'accélération de l'histoire ».

    Il m'a répété cet axiome : « Ist Erhebung möglich ?  (« l'anoblissement est-il possible ? »). La noblesse, n'était pas pour lui confiée aux aristocrates ou aux nobles ; elle reposait dans cette source de toute noblesse qu'est le peuple.   

    Jean Guitton,

    Un siècle, une vie, Robert Laffont, 1988 

    A lire aussi dans Lafautearousseau ...

    Société • Accélération de l’histoire ?

  • FILM • « DUNKERQUE» : DES ANGLAIS PARLENT AUX ANGLAIS

     

    L'AVIS DE JEAN-CHRISTOPHE BUISSON*


    XVMdf34f3a6-67e2-11e7-8c12-a695e61ec102.jpgLe nouveau film de Christopher Nolan, Dunkerque, bat des records de fréquentation aux Etats-Unis.

    En France aussi, la victoire semble acquise : son démarrage en salles équivaut à celui d'un autre film de guerre narrant les exploits de troupes anglo-saxonnes en France durant la Seconde Guerre mondiale : Il faut sauver le soldat Ryan. Succès mérité ? Au regard de ses qualités cinématographiques (mise en scène, rythme, interprétation, thème musical somptueux de Hans Zimmer...), aucun doute. D'un point de vue historique, en revanche, il y a motif à agacement. Voire colère. Tout à son point de vue anglo-centré, le réalisateur omet purement et simplement de montrer ce que la réussite inespérée de cette évacuation de plus de 300 000 soldats alliés coincés entre la Wehrmacht et la mer du Nord en mai-juin 1940 doit aux Français. Pire : non seulement, on ne voit aucune image de l'héroïque couverture matérielle et humaine de l'opération Dynamo par l'armée du général Weygand (et ce au prix de pertes supérieures à celles de leurs homologues anglais), mais rien non plus des bombardements terribles de la ville par l'aviation allemande. Et aucune image, non plus, des 140 000 Français qui traversèrent aussi la Manche à cette occasion. Des Français à Dunkerque ? Et puis quoi encore !  

    * LE FIGARO MAGAZINE - 28 JUILLET 2017

  • Ephéméride du 30 Juillet

    La ville d'Arles de nos jours

     

    1178 : Frédéric 1er Barberousse est couronné en Arles Empereur du Saint Empire Romain Germanique   

    La cérémonie est présidée par l'archevêque d'Arles, Raimon de Bollène.

    A cette époque, la Provence ne faisait pas encore partie du Royaume de France, mais était une province du Saint Empire, lequel avait le Rhône pour frontière. Et la ville d'Arles jouissait d'un prestige certain : favorisée par Jules César, puis par Constantin le Grand, elle accueillit plusieurs conciles, dont celui qui, en présence de l'Empereur Constantin lui-même, condamna le Donatisme.

    A partir de la chute de l'Empire romain, l'histoire de la région fut marquée par les diverses invasions (wisigoths, ostrogoths, sarrasins...), puis l'intégration à l'Empire de Charlemagne et, à la dislocation de celui-ci, une certaine indépendance, plus ou moins maintenue, jusqu'à l'absorption, en 1032, dans le Saint Empire. 

    En 1365, le 4 juin, un autre empereur germanique, Charles IV, se fera couronner comme son prédécesseur Frédéric Barberousse, roi d'Arles, à la cathédrale Saint-Trophime.

    arles,saint empire,barberousse,mistral,coupo santo,balaguer,éelibrigeEn ce temps-là, les bateliers qui descendaient le Rhône ne disaient pas « à droite/à gauche », ni « babord/tribord » mais, s'ils voulaient aller à droite, « Reiaume » (parce qu'il fallait aller du côté du Royaume de France); ou, s'ils voulaient aller à gauche, « Empèri » (parce qu'il fallait aller du côté du Saint Empire : on trouve là l'origine du nom du Château de l'Empèri, à Salon (ci contre).

    Il faudra attendre plusieurs siècles pour que la France atteigne sa « frontière naturelle » du côté des Alpes. La première réunion fut celle du Dauphiné, en 1349, réunion à partir de laquelle l'héritier du royaume devait porter le titre de « Dauphin ».

    Il faudra attendre Louis XI, en 1481, pour que la Provence devienne française à son tour.

    Enfin, il faudra attendre Napoléon III et les plébiscites de 1860 pour que Nice - détachée de la Provence en 1388 - et la Savoie (le Val d'Aoste ayant été malencontreusement « oublié » par les négociateurs français) intègrent à leur tour la communauté nationale. 

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  • Culture • Loisirs • Traditions

  • Famille de France • Les Princes en visite dans la région toulousaine

    Région toulousaine : Un moment familial et français

       

    TRAVAUX DIVERS - Largeur +.jpgDouce France, cher pays de mon enfance

    Nous passons depuis quelques jours nos vacances dans la région de Toulouse. Le soleil y a installé ses quartiers malgré des orages passagers qui ont laissé ces derniers jours quelques traces. La ville rose qui abrite le tombeau de Saint Thomas d’Aquin est aussi connue pour ses arts culinaires et son industrie aéronautique ; deux aspects de ses multiples talents qu’il nous a été donné de mieux connaître.

    test-271x300.pngNos hôtes pour le séjour nous ont organisé il y a quelques jours un barbecue autour du foie gras et du melsat. Ils avaient invité pour l’occasion leurs amis de la « route de Carcassonne », comme on dit par ici, avec leurs nombreux enfants qui venaient de prendre leurs quartiers d’été dans la région. Les conversations, légères et sérieuses à la fois, étaient parfois interrompues par les rires joyeux des enfants courant autour des différents petits groupes ainsi constitués. Nous n’avons vraiment pas vu le temps passer et bientôt la fraicheur du soir rappelaient aux uns et aux autres qu’il était temps de rentrer. Nous venions de passer un de ces moments français de partage et d’amitié.

    Aujourd’hui, je visitais l’entreprise FLEURET. Son président m’avait convié pour un tour de l’établissement spécialisé dans la fabrication d’emballages pour le transport de pièces aéronautiques et militaires : moteurs d’hélicoptères, ailes d’avion, laser méga joule… Nous nous sommes attardés sur ce dernier qui permet aujourd’hui à la France de simuler, à l’intérieur d’une sphère complètement étanche, une explosion nucléaire. Je m’étais intéressé à ce sujet il y a quelques années et avais visité le centre de Bordeaux où il est installé et ensuite celui de Cadarache dont les activités nous font espérer qu’un jour la fusion remplacera la fission.

    Le terroir et l’art de vivre, d’une part et l’innovation technologique d’autre part, sont vraiment les deux points forts de cette belle région. On retrouve cela partout en France, sous des aspects différents bien entendu. Cela m’émerveille et me fait toujours plus aimer mon pays. Je voudrais transmettre cette affection à mes enfants, mes proches et tous ceux que je côtoie afin de pouvoir reprendre avec le poète ce beau refrain : « …douce France, cher pays de mon enfance… » 

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    Visite de l'entreprise FLEURET


    Région toulousaine, le 24 juillet 2017

    Jean de France, duc de Vendôme 

    Le site officiel du Prince Jean de France

  • Patrimoine • Une vue à couper le souffle



    Les nouveaux jardins à la française du Château de Chambord

  • Société • La tyrannie des minorités

     

    PAR MATHIEU BOCK-CÔTÉ

    Cette tribune [20.07] - d'une pertinence toujours égale - est l'une de celles que Mathieu Bock-Côté donne sur son blogue du Journal de Montréal. Il aura été depuis quelques temps déjà, non seulement un observateur lucide des évolutions politiques dans les pays dits encore occidentaux mais aussi de leur situation sociétale qui n'est pas de moindre importance.  L'esprit de ces chroniques, comme de celles qu'il donne au Figaro, est, au sens de la littérature et de l'histoire des idées, celui d'un antimoderne, même s'il n'est pas sûr qu'il accepterait cette qualification. Il s'est imposé, selon nous, comme un esprit de première importance.  LFAR 

     

    2760774407.2.jpgLa scène se passe à Londres, mais elle pourrait se dérouler n’importe où ailleurs en Occident.

    Le métro de Londres a décidé de changer sa manière de s’adresser à ses usagers. Il remplacera le traditionnel « Mesdames et Messieurs » par quelque chose comme « Bonjour tout le monde ». Adieu Ladies and Gentlemen !

    Pourquoi ?

    Transphobie

    Parce qu’il a cédé à la frange radicale de la mouvance LGBT qui considérait que le vocabulaire d’usage dans le métro était trop genré.

    La formule « Mesdames et Messieurs » consacrerait le règne du masculin et du féminin, ce qui exclurait ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne s’identifient à aucun des deux sexes. La rectitude politique triomphe.

    Mais quelle est la signification de ce délire ?

    On notera d’abord que ce changement témoigne du progrès de l’idéologie trans.

    Comme je l’écrivais dans cette chronique récemment, l’idéologie trans consiste à prendre la condition des trans comme nouvelle norme et à l’imposer à l’ensemble de la société.

    Notre société a décidé de s’ouvrir aux gens qui ont un trouble de l’identité sexuelle. C’est très bien. Elle les soutient et les accompagne dans leur quête.

    Mais doit-on, au nom de cette ouverture, censurer la presque totalité des repères de l’immense majorité de la population ?

    Père, mère, monsieur, madame, garçon, fille, ces mots sont-ils vraiment de trop ? Faut-il vraiment construire une société aseptisée ?

    On nous demande avec raison de faire preuve de courtoisie envers l’infime partie de la société qui se sent étrangère à son sexe de naissance.

    Mais il faudrait aussi faire preuve de courtoisie à l’endroit du commun des mortels et ne pas confondre la norme et la marge.

    On notera aussi que le moindre caprice idéologique des minorités radicales s’impose rapidement à nos dirigeants.

    Les différentes minorités autoproclamées, qui aiment se faire passer pour des victimes, sont de plus en plus tyranniques. Elles avancent leurs revendications et accusent d’intolérance ceux qui ne se soumettent pas immédiatement.

    Par exemple, on peut être assurés que si le métro de Londres avait clairement dit non à ceux qui voulaient gommer la référence à Mesdames et Messieurs, ses dirigeants auraient été accusés de « transphobie ».

    Officiellement, ce terme désigne ceux qui seraient intolérants envers les trans. Dans les faits, il sert très souvent à stigmatiser médiatiquement ceux qui ne se plient pas devant les injonctions de l’idéologie trans.

    Majorité

    Osons une question un peu sensible : qui croit que ces lobbies représentent vraiment ceux dont ils se réclament ?

    Ce n’est pas parce qu’un groupuscule se déclare représentant d’une partie de la population qu’il la représente vraiment.

    Dans le cas présent, on peut être à peu près certain que l’immense majorité de la population n’avait aucun problème avec le vocabulaire traditionnel du métro de Londres.

    L’heure est peut-être venue de résister aux lobbies victimaires. Il y a des limites à toujours se coucher par peur d’avoir une mauvaise réputation.

    N’est-ce pas Mesdames ? N’est-ce pas Messieurs ? 

    MATHIEU BOCK-CÔTÉ

  • Littérature & Histoire • Et si on (re)lisait Stefan Zweig cet été ?

     

    Par Johan Rivalland

    Article d'une  série, sur Contrepoints, destinée à nous faire découvrir ou redécouvrir l’auteur autrichien Stefan Zweig. Dont toute l'oeuvre, si riche, nous intéresse à bien des titres. Aujourd’hui, présentation de de « Volpone » et « Un caprice de Bonaparte », deux pièces de théâtre particulièrement remarquables et savoureuses.

     

    GeO1v_zloUlL25W1g1uECL1razY.pngVolpone

    Maudit argent ! Le voilà encore une fois qui fait des siennes. Ou plutôt, ce sont une fois de plus les perversions de l’âme humaine qui conduisent certains esprits à perdre la tête et arborer des attitudes peu glorieuses lorsqu’il s’agit d’argent.

    Y voyant un peu une analogie avec Le Nombril  de Jean Anouilh (un autre auteur dont je pourrai également envisager la présentation des œuvres à travers une série d’été, peut-être l’an prochain), mais dans une situation tout autre, j’ai finalement plutôt pensé très rapidement à Molière.

    Un génie commun, un même type d’inspiration, dans un style plus contemporain. Puis, devant la force des situations, le comique de situation, les multiples imprévus et rebondissements, c’est Feydeau qui m’est venu en tête.

    C’est dire le talent de Stefan Zweig. Dans un univers qui n’était pas a priori le sien, il parvient une nouvelle fois à nous surprendre et à produire une œuvre surprenante, qui n’a rien à envier aux plus grands.

    Le thème : un vieil homme très riche et sans descendance, qui suspecte ses plus proches amis présumés de n’être en réalité intéressés que par son héritage, décide de se jouer d’eux en faisant croire à tous, avec la complicité de son fidèle Mosca qui travaille tout à son service, qu’il se trouve au bord de la mort, vivant ses dernières heures.

    Vont s’en suivre des scènes truculentes, où c’est lui qui va obtenir de leur part et les délester d’une partie de leur propre fortune, en gage de leur prétendue amitié, ceux-ci escomptant chacun se voir désigner comme l’unique héritier de son immense fortune. 

    Une pièce de théâtre enlevée, drôle, savoureuse, où les quiproquos et rebondissements multiples ne sont pas absents, ajoutant tout le piment nécessaire à cette farce bien rythmée, dont les péripéties parviennent à nous surprendre jusqu’au bout.

    Stefan Zweig, VolponeGallimard – Le manteau d’Arlequin, septembre 1991, 224 pages.

    Un caprice de Bonaparte

    Il s’agit là aussi d’une pièce de théâtre, mais d’un tout autre genre, sur un sujet moins léger.

    Cette pièce met en scène un lieutenant exemplaire et pleinement engagé au service de sa patrie et du général Bonaparte, François Fourès, durant la campagne d’Égypte.

    N’hésitant pas à confier une fausse mission à ce pauvre lieutenant entièrement dévoué à sa cause, pour mieux l’écarter loin de lui, Bonaparte profite de son absence pour lui voler en quelque sorte son épouse, tirant parti de son pouvoir.

    Une affaire pas banale qui vit Fouché en personne, une fois Bonaparte devenu Premier Consul, intervenir pour étouffer l’affaire, tant la révolte s’empara du lieutenant Fourès, dans un combat inégal, lorsqu’il comprit de quelle supercherie il fut la victime.

    Quand l’abus de pouvoir fait appel à la raison d’État pour déjouer toute velléité de résistance.

    Une pièce à forte intensité dramatique, bien imaginée par Stefan Zweig, en réaction à tous les abus de pouvoir quels qu’ils soient, saboteurs de liberté.

    Particulièrement poignant.   

    Stefan Zweig, Un caprice de BonaparteLes cahiers rouges Grasset, octobre 2005, 146 pages.

    Johan Rivalland

  • Ephéméride du 29 juillet

    Le tunnel sous la Manche aujourd'hui. Sa construction a été lancée le 29 juillet 1987 

     

    1656 : La Reine Christine de Suède débarque à Marseille 

    C'est un personnage tout à fait hors du commun - excentrique, disent certains - qui entame un voyage en France; un voyage qui sera, comme toute sa vie, marqué par le surprenant :  

    christine de suede.pdf

             

    Très cultivée, elle avait convaincu Descartes de venir en Suède, et correspondait avec Pascal, Gassendi ou Madeleine de Scudéry.

    Pour Louis XIV, il ne fit aucun doute qu'il fallait recevoir magnifiquement cette reine d'un pays nordique protestant : l'importance diplomatique de sa « visite » ne peut se comparer qu'à la traversée de la France par Charles Quint, sous François premier.

    Elle causa un grand scandale lorsque, au cours de son séjour, à Fontainebleau, elle fit assassiner son écuyer et amant, Monaldeschi (1657). 

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    Christine de Suède et sa cour (partie droite du tableau).

    La Reine écoute Descartes faisant une démonstration de géométrie, en présence du Prince de Condé, d'Elisabeth de Bavière (princesse Palatine) et du père Marin Mersenne.

    Louis Michel Dumesnil (1680-1746), Musée national du Château de Versailles

    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1957_num_9_1_2097

     

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