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Sur l'Iran... se poser, au moins, un certain nombre de questions

Copie de Carte Blanche à Antiquus.png
  
            Sur l’Iran, j’aimerais que nous fassions preuve d’esprit critique et que nous nous posions un certain nombre de questions avant d’avoir une opinion sur la question.

1. Commençons par nous interroger sur la position diplomatique de la France : la politique de Sarkozy à cet égard est totalement nouvelle : jamais la France n’avait joué ce rôle de roquet au service des USA. Aboyer sans cesse, lancer des invectives  en laissant à Obama le soin de négocier en gardant la totale maîtrise du jeu et la modération  de ton ; c’est agir comme si la France n’avait ni politique à elle ni intérêt propre en dehors de ceux que définissent pour elle les USA. N’est ce pas une étape marquante de notre décadence que d’accepter un rôle aussi médiocre ?

2. Jetons maintenant un coup d’œil sur le traitement médiatique. Les médias manifestent sur l’Iran une unanimité vraiment suspecte. Il n’y a partout qu’un seul son de cloche. Droite et gauche, Monde, Libération et Figaro tiennent exactement le même langage. Absolument aucun créneau d’expression n’est laissé à l’ « ennemi » iranien. Le quai d’Orsay a déclaré récemment qu’il mettrait à l’index toute association qui donnerait le micro à l’ambassadeur d’Iran. On croirait assister à l’union sacrée en août 14 ! Comme si l’existence même de la France était menacée par l’Iran, alors que la situation, objectivement, ne nous concerne que de très loin.

3. Par exemple les textes sont tronqués ou déformés au-delà de ce qui est acceptable ; ainsi les discours d’Ahmadinejad, que l’on peut trouver sur internet et qui ne contiennent nullement les énormités que les médias lui attribuent de manière mensongère et sans recevoir aucun contredit. C’est de la désinformation pure et simple, grossière. Personne ne réagit alors que les sources sont accessibles.

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4. Parlons maintenant du nucléaire. Ceux qui disent qu’un programme nucléaire civil indépendant est transformable en quelques jours en programme militaire n’ont pas tort. Cependant le programme nucléaire iranien a été conçu en accord avec les Américains et la France, dans les années 70. Il n’y avait pas de soupçon d’utilisation militaire à cette époque, alors pourquoi y en a-t-il aujourd’hui alors que techniquement le contenu était le même ? Serait-ce parce que l’Iran du Shah était pro-israélien et pro-américain alors que les mollahs ne sont ni l’un ni l’autre ?

5. Un mot sur le Traité que l’Iran violerait. Juridiquement, le traité de non-prolifération signé par l’Iran n’a été renouvelé en 1995 qu’à certaines conditions dont aucune n’est réalisée ; notamment la réduction des arsenaux nucléaires par les états qui en disposaient avant le traité et la mise sous contrôle international de l’armement nucléaire israélien. La signature n’ayant été donnée que sous ces réserves expresses, la validité du traité est donc plus que douteuse.

6. On n’arrête pas de nous dire que l’Iran des mollahs est un état irresponsable, capable de tout. Pourtant tous ceux qui visitent ce pays concordent à dire que les libertés, y compris sur les mœurs, sont bien plus grandes que dans d’autres états « raisonnables ». Le but de l’Iran est-il de vitrifier Israël, ce qui entraînerait instantanément sa propre destruction ou bien, plus probablement, de vouloir sanctuariser son pays contre les attaques de l’état le plus puissant de la région ? Je n’ai pas besoin de vous dire qui est cet état, qui annonce chaque semaine son intention de l’agresser.

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7. Les USA entretiennent en permanence des missions « humanitaires » en Iran dont le but avoué est  le renversement du régime des mollahs. Est-il indécent que cela ne plaise pas à ces dirigeants ? Et la réélection d’Ahmadinejad est-elle plus entachée de fraudes que les élections égyptiennes, jordaniennes ou tunisiennes et d’une manière générale de la plupart des pays du moyen orient ? La contestation de sa réélection était préparée de longue date alors que tous les observateurs savent qu’il a le soutien d’une grande partie des pauvres gens, en raison de la politique démagogique qu’il a menée pendant sa première présidence.

8. Le but recherché par les USA et leurs serviteurs français et britanniques est d’empêcher que le rapport de force au Proche-Orient soit modifié. Il est vrai qu’Israël a perdu de son prestige à la suite de la guerre du Liban et de l’invasion de Gaza, et chaque fois contre des factions armées soutenues par l’Iran. Cependant, en quoi cette éventualité peut-elle nous épouvanter ? Le jeu de la France pourrait se trouver au contraire favorisé à la condition d’oser le mener. Il y a deux ans, l’Iran a proposé à la France de devenir son partenaire dans le contrôle et le développement du programme nucléaire. La France a refusé. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes plus un état indépendant. Sur ce plan, l’Iran, nationaliste au moins autant que chiite, est actuellement le seul défenseur de l’indépendance des nations. Cette situation ne mérite t-elle pas une observation un peu lucide au lieu de nous laisser gaver par une information tendancieuse ?

 

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De toutes façons, les Etats-Unis (et comment le leur reprocher ?) n'agissent qu'en fonction de leurs intérêts.
S'inféoder à eux est donc dangereux, et promet bien des désillusions: 
le jour où ils décideront que leurs intérêts leur commandent de s'entendre avec l'Iran.....

Commentaires

  • Parfaitement d'accord avec votre analyse du cas iranien. Vous auriez pu mentionner le tolle qui s'rest élevé lorsque Ahmadinejad a rappelé qu'Israël était un état raciste - au bas mot un état d'Apartheid ! - ce qui est évident. Moins d'accord avec vous sur les possibilités d'une politique extérieure autonome. Le pays qui s'est effondré en 1940, a dû sa libération a des alliés encombrants et a capitulé en 1962 devant le jacobinisme islamiste du FLN n'a guère d'autre recours que de se chercher un tuteur, à l'ouest ou...à l'est, comme le poutinisme attendri d'une partie de la droite le suggère.

  • J'adhère tout à fait à votre analyse pertinente sur la situation politique en Iran.
    J'ajouterais une remarque sur la possibilité d'une inflexion de la polique américaine vis à vis d'Israël.
    En effet, la politique suivie par Barack Obama au Proche-Orient, depuis son accession à la présidence, agace les israéliens de la rue et inquiète les milieux diplomatiques et militaires du pays.
    Il y a quelques jours, Zbigniew Brzezinski, le conseiller d’Obama, a déclaré que si Israël attaquait l’Iran, les Etats-Unis devraient intercepter ses bombardiers.
    Les Etats-Unis ont évidemment des liens très forts avec Israël, mais leur centre d'intérêt semble se déplacer vers la zone euro-asiatique.
    Le contrôle de l’Eurasie est le plus important : c’est là que se décidera l’avenir de l’humanité. Il est vital d'isoler la Chine avec laquelle une confrontation militaire est perdue d'avance.
    C'est pourquoi un dialogue d'ouverture vers certains pays (Iran, Russie......), permettant d'isoler diplomatiquement la Chine, ne doit pas se trouver piégé par la propogande sioniste d'Israël.

  • Parfaitement d'accord moi aussi avec l'analyse que fait Antiquus du cas iranien de même avec le commentaire de Louis Martinez sur ce même sujet.

    Mais Louis Martinez soulève le problème de la capacité de la France à avoir une politique extérieure autonome. Cette question va bien au delà de la précédente.

    Sans-doute, la situation de la France est si peu brillante à tant d'égards qu'un certain réalisme s'impose.

    Toutefois se chercher un tuteur, est-ce vraiment un "recours" ? Ce peut être une situation inévitable, subie. Mais il me paraît trop clair que le "tuteur" n'aura jamais que peu d'égards, voire pas du tout, pour les intérêts de ses protégés.

    D'autre-part, pour un état, les possibilités d'une politique extérieure autonome, ne me semblent jamais illimités.
    Même l'hyperpuissance américaine n'est-elle pas, aujourd'hui, de plus en plus obligée à composer avec d'autres puissances ? Il y a 30 ou 40 ans, elle était limitée par le bloc soviétique. Puis, son effondrement lui a laissé, pour un temps, les mains libres sur à peu près toute la planète. En est-il encore tout à fait de même ? (Cf. ci-dessus, l'intéressant commentaire de Sébasto).

    Déjà, la France pourtant victorieuse de 1918 - d'ailleurs à quel prix ! - s'était largement laissé dicter les conditions de la paix par les Etats-Unis. Elle avait probablement encore les moyens d'une politique qui soit la sienne. Elle n'en avait déjà plus la simple volonté. Et c'est, à mon avis, cet épuisement de la volonté française et européenne, plus encore que les rapports de force en eux-mêmes, qui sont la véritable cause de la soumisson de la France et, à vrai dire, de l'Europe dans son ensemble, à tel ou tel autre tuteur.

    C'est peut-être encore plus grave. Car cet "épuisement" est celui des forces de la culture, de l'âme et de l'esprit européens.

  • Pour répondre aux observations intéressantes que plusieurs membres de ce forum ont bien voulu faire sur la capacité de la France à avoir une politique extérieure, je voudrais rappeler ce que Julien Freund, disciple de Carl Schmitt, nous disait il y a bientôt 35 ans:
    - Si tu es plus faible, allie toi à plus faible que toi contre le plus fort: pour chaque victoire, si petite soit-elle, tu rafleras toute la mise.
    - Si c'est impossible, allie-toi à plus fort que toi, mais à plus faible que le plus fort. Pour chaque victoire, tu auras au moins une petite part.
    - Si c'est encore impossible, garde-toi d'une alliance définitive avec le plus fort et guette sans cesse les occasions de reprendre ta liberté. Sache que le plus fort ne te laissera rien et qu'à son terme, il te trahira sans même y penser.

    Sarkozy semble ne pas avoir eu connaissance de la pensée de Carl Schmitt. S'il l'avait lue, il saurait que le "tuteur" américain ne nous laissera pas intacts.

  • Julien Freund critique surtout l’attitude moraliste consistant à croire que l’idéologie des droits de l’homme peut régler les rapports entre les Etats ou que l’on peut mettre fin aux guerres en faisant l’économie de la puissance.
    Le pacifisme qui, dans l’esprit du pacte Briand-Kellog d’août 1928, se donnait pour but de supprimer la guerre à été
    inexorablement voué à en livrer une à ceux qui ne partagaient pas sa façon de voir.
    D'autre part Freund rejoint Machiavel en mettant l’accent sur l’importance de la volonté en politique et sur le conflit comme facteur essentiel de liberté.

  • C’est à dessein que je place un commentaire sur un billet d’Antiquus d’Octobre 2009. Car les évènements qui se déroulent depuis l’élection d’Hassan Rohani le 15 Juin dernier, sont d’une importance à notre avis considérable, et dans le prolongement de ce qu’il avait écrit. C’est à nouveau un truisme de dire que l’on n’en perçoit pas les mécanismes avec la lecture de la presse française. Une réaction imbécile du Monde fut évidemment d’attribuer le changement à la réussite des sanctions économiques.
    L’évolution en cours est d’une autre nature. La presse américaine a rapporté le discours d’Obama à l’ONU sur un mode beaucoup plus compréhensible que l’éternel manichéisme puéril des media français.
    Selon Ardavan Amir-Aslani c’est une partie beaucoup plus vaste qui vient de démarrer, où les pions sont autant à Washington que dans la population iranienne qui souffre beaucoup des sanctions économiques.
    Pour résumer, les États Unis revoient sans faiblesse leurs intérêts au M-O, avec l’idée de réduire leur poids. Révision certainement liée au bouleversement de l’économie du pétrole et des sources d’énergie. Amir-Aslani envisage une stratégie où les USA redonneraient à Téhéran, le rôle de gendarme du Golfe et de la région. Le dossier nucléaire est beaucoup plus marginal que ne laisse penser les hurlements des ultra sionistes, comme si l’utilisation d’une arme nucléaire « en premier » était un scenario crédible. …
    Il sera intéressant de suivre comment va être traité le centenaire de la déclaration Balfour en 2017. La seule crainte de l’État factice en Palestine, est évidemment que Washington ne se montre plus intéressé par la région. Pour preuve les propos qui se voulaient cinglants, mais qui en réalité reflétaient une profonde inquiétude, d’un représentant d’un sionisme pur et dur, l’avocat français Goldnadel dans un débat chez France 24. Mais selon une coutume bien établie l’administration des bords du Potomac regardera d’abord l’intérêt de son pays, et la communauté juive américaine n’est pas obnubilée par le devenir d’Israel.
    Le contexte est en train de très profondément évoluer.

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