En effet, Chers Djihadistes, vous n'avez pas grand chose à craindre du courroux de l'homme en bermuda
Se reporter simplement au texte de Philippe Muray que nous avons publié le 30 juin dernier ... (ICI)
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Est-il possible d'analyser la crise grecque autrement qu'avec excès et passion ? Est-il possible d'en exclure phobies (les détestations a priori) et philées (les empathies irraisonnées) ? Les Français n'ont que trop coutume d'en embarrasser leur jugement en matière de politique étrangère. Est-il possible de ranger au musée des accessoires inutiles les illusions et les naïvetés ? Nous n'avions, au lendemain du référendum grec, ni à chanter les louanges suspectes de la démocratie et à lui concéder la vertu de changer la réalité des choses et des problèmes, comme les Grecs l'ont cru naïvement, ni à vouer le peuple grec à la vindicte de créanciers mauvais joueurs, et, somme toute, par avance, mauvais perdants. Dans une situation où tout le monde est largement fautif, l'Europe autant que la Grèce, sinon plus, sachons au moins raison garder, fixons notre politique en fonction des intérêts de la France et, si nous élargissons la perspective, de l'Europe, qui, jusqu'à preuve du contraire, inclut les Grecs. L'Europe, sinon l'Euro. Tachons, s'il se peut, d'être bainvilliens, ou, si l'on veut, d'Action Française.
La Grèce est entrée dans la Communauté Economique Européenne (CEE) au temps de Valéry Giscard d'Estaing - qui en fut le promoteur principal - Helmut Schmidt et Constantin Caramanlis [1981] pour des raisons symboliques (berceau de la démocratie et de la civilisation européenne), fussent-elles discutables, pour des raisons géostratégiques, tenant à l'affrontement Est-Ouest, et pour des raisons d'équilibre européen (équilibre Nord-Sud, auquel tenait la France). En soi, son admission dans ce qui deviendrait un jour l'Union Européenne n'entraînait de trop grands engagements pour personne.
Son adhésion à la zone Euro (2001) était - comme on le voit aujourd'hui - d'une tout autre portée. Les Grecs l'ont alors quasiment imposée, à la stupéfaction des Allemands, Gerhard Schröder étant alors chancelier, mais, surtout, grâce à l'appui de la France, en la personne de Jacques Chirac. L'objectif du gouvernement grec était principalement de bénéficier des fonds structurels et des taux d'intérêt européens, pour financer sa dette. On sait ce qu'il en fut, que la Grèce en a profité plus que de raison, et que cette manne fut aussi son poison. Dosis facit venenum et la dose n'a pas été mince. Le poison non plus. Il est trop tard pour en pleurer. A la limite, il ne serait peut-être pas exagéré d'accuser les créanciers de la Grèce de soutien abusif.
Les Institutions Européennes, les Etats, imbus d'une logique purement financière, ont cru, ou fait semblant de croire pour se cacher la vérité, que les milliards déversés sur la Grèce serviraient à son développement. A ce que l'on appelle, lorsqu'on consent au parler-vrai, son économie réelle. Les Grecs les ont utilisés pour le développement de leur bien-être immédiat et de la corruption. Et pour, en plus, faire de la dette. Comme les autres Etats européens, somme toute, mais dans des proportions très supérieures et sans production de richesse ou à peu près.
Au cours des nombreux débats de la semaine écoulée, il nous a semblé que les observateurs les plus perspicaces - souvent eux-mêmes Grecs - étaient justement ceux qui concluaient que les milliards européens avaient, en fait, desservi, ou, si l'on veut, empoisonné la Grèce. Pays séculairement pauvre, elle a cessé de produire le peu qu'elle produisait jadis, elle a laissé mourir les industries qu'elle possédait, elle importe, aujourd'hui, jusqu'à son alimentation, qu'elle ne produit plus. Elle est devenue une économie de rente et de richesses gaspillées. Les finances européennes ont surtout servi à son affaiblissement.
Dans ces conditions, il serait somme toute assez cocasse que les Européens négocient maintenant la question des montants dont ils pourraient reprendre les versements à la Grèce, une fois la crise passée ... On sait que ces transferts - qui ne pourront durer indéfiniment - ne feront que prolonger une situation en soi malsaine.
Quelle pourrait être alors la solution réaliste et saine ? Sans-doute celle qui libèrerait la Grèce du remboursement de sa dette - au moins jusqu'à retour à bonne fortune (?) - sa sortie aidée de la zone euro, puis son indépendance monétaire, qui l'amènerait à créer sa propre monnaie, et financière qui exclurait tout nouveau plan d'aide européen.
Les créanciers de la Grèce - dont nous-mêmes - ne perdraient pas grand chose car chacun sait que la Grèce ne remboursera jamais sa dette. Simplement, comme le dit Dominique Strauss Khan, ils "prendraient" leur perte, et la Grèce devrait recréer, par son effort propre, sa capacité industrielle, retrouver autant que possible son autosuffisance alimentaire, et assainir ses institutions politiques, ce qui, il est vrai, ne sera pas une mince affaire, dans un pays, habitué, depuis les siècles ottomans à dissimuler ses richesses, à refuser l'impôt, à cultiver l'incivisme.
Ce que la crise grecque aura montré c'est la faible solidarité des peuples européens autant que leur persistance à être spécifiquement eux-mêmes, l'incapacité des institutions européennes à gérer les réalités de l'Union, et la pertinence des nations comme réalité politique exclusive. C'est sur elles, elles seules, que l'on pourrait envisager, malgré les échecs passés, les déceptions cumulées, de reprendre le projet européen. LFAR •
Le point de vue de François d'Orcival
L'on n'est pas forcé d'être en tous points d'accord avec les interventions de l'Eglise dans les affaires politiques. Reconnaissons aussi que la diplomatie vaticane a souvent du bon ... C'est ce que suggère de façon claire cet article de François d'Orcival. LFAR
Le pape multiplie les marques de bienveillance à l'égard de Vladimir Poutine. Il vient de le recevoir au Vatican. Pour la deuxième fois en deux ans. Il lui avait même adressé une lettre, le 5 septembre 2013, à l'occasion du sommet du G20 qu'il accueillait à Saint-Pétersbourg. Comment ne pas se poser la question : quand le pape fera-t-il le voyage de Moscou ?
Les deux hommes ont besoin l'un de l'autre. Tout est lié : le dossier ukrainien, les relations avec les orthodoxes et le patriarcat de Moscou, la protection des minorités chrétiennes d'Orient et la mise hors d'état de nuire du « califat islamique ». Et toute solution passe par le Kremlin.
« La situation dramatique du bien-aimé peuple syrien dure depuis bien trop longtemps,écrivait le pape à Poutine en septembre 2013. Elle risque d'apporter une plus grande souffrance à une région amèrement touchée par des conflits. » Il nese trompait pas. Depuis, Daech a surgi en Orient et la guerre civile, en Ukraine. Le 6 juin dernier, François dénonçait à Sarajevo le « climat de guerre qui domine le monde ».
Les Occidentaux ont puni Poutine, accusé d'être le fauteur de guerre en Ukraine, en sanctionnant son économie et en l'excluant du G8 (redevenu le G7). Mais c'est lui qui a la clé de la situation en Orient, et donc du sort des chrétiens ; c'est aussi de lui que dépend la résolution des Nations unies dont les Occidentaux ont besoin pour démanteler les trafics de passeurs de migrants clandestins sur les côtes libyennes.
C'est bien là que le pape a saisi l'opportunité de devenir le médiateur de la paix — en cherchant avec Poutine un compromis en Ukraine et une issue en Syrie. Perspective que Valéry Giscard d'Estaing est allé plaider lors d'une conférènce prononcée le 5 juin à New York; lui aussi souhaite que la question ukrainienne soit débloquée avant la fin de l'année, afin que la Russie puisse devenir ensuite un « partenaire privilégié » de l'Europe, ce qui devrait entraîner non seulement « des projets communs », mais aussi « une coopération militaire ». On imagine ce que serait la situation de l'Etat islamique si l'Occident et la Russie décidaient ensemble de le chasser... Le pape voit loin quand il parle avec Poutine. •
Figaro magazine du 20 juin 2015
Lundi 29 juin, M. Juncker, président de la Commission européenne, semble effondré : « En une nuit, en une seule nuit, la conscience européenne en a pris un sacré coup ». Vendredi 4 juillet, M. Guetta, géopolitologue patenté de France Inter, se demande si « la pérennité même de l’Union » n’est pas en cause. Quelles qu’en soient les suites immédiates, les événements qui, du fait de la crise grecque, agitent la zone euro, servent - enfin - de révélateur. Tout le monde sait que la Grèce a « triché » mais tout le monde admet désormais que jamais la Grèce ne pourra rembourser ses créanciers. Dans un accès de réalisme froid, M. Strauss Kahn déclare qu’il faut effacer la dette grecque, c’est-à-dire au fond la « passer » en négatif : après tout, elle ne pèse pas grand chose dans le total des dettes cumulées des autres membres de la zone.
Pourtant, « acter » l’annulation de la dette grecque ne serait pas sans risque. Quelle serait alors l’attitude des autres pays endettés ? Ce qui se passe en Grèce pourrait bien se reproduire ailleurs, dans des proportions autrement dévastatrices. Augmentation, à la carte, des taux d’intérêt c’est-à-dire, de façon mécanique, de l’endettement des uns et des autres. Donc, effet domino : à qui le tour après la Grèce ? Obligation, sans doute, pour la B.C.E de soutenir certaines banques ou « institutions » par des émissions de monnaie, ce qui, en période de faible croissance, ressemble fort à de la « cavalerie »: on serait loin alors de l’orthodoxie financière…Certains diront que c’est ce que font les Etats-Unis quand ils le jugent bon. Mais les Etats-Unis peuvent le faire car ils détiennent la force politique et militaire qui leur permet d’imposer leurs intérêts financiers au reste de la planète - ce qui n’est pas le cas des Européens…
Le péché originel des idéologues européistes - naïveté ou incohérence, peu importe - aura été de bâtir l’Europe sur la monnaie et, par voie de conséquence, sur la finance, une finance par définition mondialiste et qui ne cherche que le gain. D’ailleurs, quand on prête pour se faire payer les seuls intérêts d’une dette, cela est pire que l’usure. L’infernale spirale de la dette menace en fait ainsi d’emporter l’un après l’autre des pays qui s’essoufflent en vain pour suivre le rythme allemand. Imposer une monnaie unique à des pays d’une trop grande disparité sociale et fiscale, le faire par ailleurs sans que cette monnaie s’appuie sur un Etat souverain, quelle gageure !
En mésestimant, voire en niant, les fondamentaux de l’Europe - la géographie, l’Histoire, la culture, la religion, etc. - les apprentis sorciers de l’« Union » ont fourvoyé les pays européens dans une impasse. Il fallait commencer par mettre l’accent sur tout ce qui nous réunit - et, de fait, nous distingue des autres. La vraie Europe, la seule qui soit envisageable et souhaitable, réunira des peuples, des pays, des nations - tous représentés par des Etats. Il faudra tout remettre à plat et re-commencer par le commencement. •
Ce sont des réflexions - hebdomadaires (hors vacances) - sur l'actualité politique (politique intérieure et politique étrangère généralement alternées) qui synthétisent ou définissent les positions - la ligne politique - de Lafautearousseau.
C'est pourquoi ces chroniques sont regroupées depuis l'origine (20.11.2012) et toutes consultables dans une annexe de Lafautearousseau, Les lundis de Louis-Joseph Delanglade, en permanence à votre disposition. Vous pouvez donc consulter l'ensemble des chroniques déjà parues, en cliquant sur l'icône les lundis de Louis-Joseph Delanglade. (Page d'accueil, colonne de droite). •
par Dominique Jamet dans Boulevard Voltaire
Dominique Jamet met ici le doigt sur un obstacle majeur à la poursuite du projet de construction européenne : la séparation de plus en plus marquée du couple franco-allemand, dont la cohésion était pourtant la toute première condition. Certes, pour les besoins de son argumentation, Dominique Jamet simplifie beaucoup. Sur plusieurs points. Jamais, même au temps du traité de l'Elysée, l'entente franco-allemande ne fut une idylle, l'atlantisme de la République Fédérale contrecarrant la politique d'indépendance européenne que voulait De Gaulle; sous François Mitterrand, qui s'en était d'abord effrayé, la réunification des deux Allemagnes avait déjà largement commencé de rompre l'équilibre entre les deux pays; la création de l'Euro devait en compenser les effets : on sait que ce fut l'inverse qui advint ... Sur un autre plan, Dominique Jamet force aussi le trait : certes au sein du couple franco-allemand et de l'Union Européenne, c'est Angela Merkel qui porte la culotte mais est-elle réellement cet homme fort du Vieux-Continent que l'on voit en elle ? Il est souvent fait reproche à l'Allemagne d'Angela Merkel de rester couchée devant l'hyperpuissance américaine malgré sa puissance industrielle, et de n'avoir de politique et d'ambition qu'économique... Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois ... Dominique Jamet force aussi le trait lorsqu'il écrit qu'il y a aujourd’hui entre la France et l’Allemagne la même différence et la même distance qu’entre un porte-avions et un pédalo suiveur. Mais globalement, Dominique Jamet a raison : il est vrai que la puissance retrouvée et la prospérité exceptionnelle de l'Allemagne d'aujourd'hui, ajoutée au décrochage industriel et commercial de la France des trente dernières années, ont disjoint le couple et rendu bien plus difficile qu'autrefois la construction européenne. LFAR
Vaincue, pire que vaincue, défaite, occupée, ravagée, humiliée, haïe, morcelée, mise au ban de l’humanité, tandis que la France, après avoir été admise in extremis à la table des vainqueurs, prenait rang parmi les Cinq Grands, qui, en 1945, aurait parié un mark sur le retour de l’Allemagne dans le concert des nations ?
Lorsqu’en 1962 le général de Gaulle, fort de sa stature historique, de la grandeur retrouvée de la France, de sa prospérité, de sa force de frappe et conscient des données permanentes de la géopolitique, tendit la main de la réconciliation à Konrad Adenauer, chancelier de la RFA, l’initiative et la supériorité étaient de notre côté.
Quelques années plus tard, entre Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, puis entre François Mitterrand et Helmut Kohl, l’avantage démographique était du côté de l’Allemagne, l’influence internationale du côté de la France, la taille économique comparable et le tandem franco-allemand fonctionnait à merveille sur la base d’une entente personnelle et politique et d’un équilibre entre les deux peuples voisins, amis et alliés.
Vinrent les années Chirac et Sarkozy. Le couple, nous disait-on, était toujours en pleine lune de miel, l’Europe s’organisait et ne fonctionnait qu’autour de lui. Le moteur franco-allemand était toujours incontournable et déterminant, et l’Allemagne faisant de louables efforts pour ménager notre susceptibilité et se garder de tout orgueil, elle n’insistait pas sur le fait que dans la voiture, c’était elle qui tenait de plus en plus souvent le volant.
La crise grecque, entre autres mérites dont on se passerait, a celui de nous mettre en face de la vérité. Femme forte du Vieux Continent, Angela Merkel n’a tenu aucun compte du désir de compromis affiché par la France et son président. Elle a rassemblé derrière elle, sur une position intransigeante, ignorant les bêlements plaintifs de notre diplomatie, tous les États membres de la zone euro, sans même regarder derrière elle ce qu’il en était de la France, assurée qu’elle était que, comme d’habitude, Paris suivrait. S’il est encore permis de parler d’un couple franco-allemand, il est clair que c’est Madame qui y porte la culotte.
Le Parisien publiait hier les résultats d’un sondage plus cruel et plus éclairant que n’importe quel commentaire ou analyse. A la question : « Parmi les personnalités suivantes, laquelle a, selon vous, le plus d’influence sur les décisions prises par l’Union européenne », 67 % des personnes interrogées répondaient Angela Merkel, 14 % Mario Draghi, 10 % Jean-Claude Juncker 4 % Donald Tusk, président du Conseil de l’Europe. Et François Hollande ? 2 %.
Le roi est nu, et il a perdu sa couronne. Il y a aujourd’hui entre la France et l’Allemagne la même différence et la même distance qu’entre un porte-avions et un pédalo suiveur. Ces dernières années, le président français a pris du poids et la France n’a cessé d’en perdre. On aurait mieux aimé l’inverse. •

Dominique Jamet - Boulevard Voltaire
Journaliste et écrivain. Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais. Co-fondateur de Boulevard Voltaire, il en est le Directeur de la Publication.
Prenez connaissance du sommaire détaillé de cette nouvelle et excellente livraison de la Revue universelle (ci-dessus). A lire absolument, à ne pas manquer. •
Commentaire relevé dans le blog :
« Dans ce rayonnement d’intelligence qu’est le Revue Universelle, où l’on peut picorer au hasard, une mention spéciale à la contribution d’Antoine de Crémiers qui rend limpide une matière aussi hermétique et aride, que le finance internationale, et surtout la composition du tonneau de poudre sur lequel le monde est assis. Avec la même inconscience des dirigeants de la planète, que lorsqu’une banque comme UBS dut rayer 34 milliards USD de ses actifs en une semaine, en 2008. La mère de famille ne peut pas se permettre une telle erreur dans son budget. Ici les administrateurs de la banque avaient inscrit au fil des ans des actifs qui n’existaient pas … Un détail quoi … »
Jean Louis FAURE, mercredi, 15 octobre 2014
Abonnements : La nouvelle revue universelle, 1 rue de Courcelles, 75008 PARIS - 4 numéros par an - Tarif : m Normal, 1 an, 70 € m Soutien, 1 an 100 € m Normal, 2 ans, 130 € m Réduit, 1 an (étudiants, chômeurs) 40 €. Étranger et DOM-TOM : 77 €
Enarque inversant la courbe du chômage - Nicolas Vial - Figaro magazine
Alain Foulon, directeur de ECO AUSTRAL, la revue économique de référence dans l'Océan Indien. où les lignes qui suivent sont parues, réfléchit ici sur l'histoire aussi bien que sur la situation actuelle de Madagascar. Alain Foulon représente le Partenariat Eurafricain (PE) pour l'ensemble de la région. ECO AUSTRAL, basé à Maurice a une liberté de ton et d'analyse que nous vous laissons le soin d'apprécier.
Ceux qui connaissent bien Madagascar et son Histoire (peut-on d'ailleurs connaître un pays sans connaître son Histoire ?) ont pu se rendre compte de l’étrange rapport entre l’enthousiasme que peut susciter cette île-continent, avec ses énormes ressources inexploitées, et les désillusions et déceptions qu’elle peut susciter chez les mêmes personnes. On ne peut s’empêcher de penser à la boutade du général de Gaulle : « Madagascar est un pays d’avenir ... et qui le restera ».
Ma réflexion est évidemment alimentée par les derniers événements politiques avec ces 115 députés sur 151 (soit plus des deux tiers prévus par la Constitution) qui ont voté, dans la nuit du 26 mai, en faveur de la déchéance du président Hery Rajaonarimampianina. Le pays et ses bailleurs de fonds - qui commencent à rire jaune - sont maintenant suspendus à la décision de la Haute cour constitutionnelle. Mais le président pourrait aussi ne pas attendre et prononcer dissolution de l’Assemblée nationale. Nul doute qu’il consulte ses réseaux, dont ceux de la franc-maçonnerie et imagine un maximum de coups à l’avance en bon joueur d'échecs ou de fanoroma, cette espèce de jeu de go malgache. Dissoudre l’assemblée, c'est donner l’opportunité à l’ancien président Marc Ravalomanana, qui est déjà revenu sur la scène, d’y prendre plus de poids à l'occasion de nouvelles élections. Ce dernier veut de toute évidence revenir au pouvoir le plus vite possible ... et sans doute régler leur compte à ceux qui l'ont fait partir ou ont profité de son départ. Cela ne peut qu'inquiéter les bailleurs de fonds et les investisseurs. Mais cela montre aussi les choix irréfléchis de la soi-disant communauté internationale ou plutôt de certaines puissances occidentales qui, au nom de la « démocratie », pratiquent un véritable néo-colonialisme. Et, comme ces néo-colonialistes ne comprennent pas grand-chose à l’histoire et à la culture d'un pays comme Madagascar, le résultat est bien souvent désolant.
Cette réflexion est d'autant plus opportune qu'il y a exactement I20 ans, en 1895, la République française faisait officiellement de la Grande Île un protectorat, sous la contrainte militaire, après dix ans de protectorat déguisé contre lequel luttait la reine Ranavalo III. Deux ans plus tard, cette dernière était déportée à La Réunion, puis en Algérie où elle mourra, alors que la Gonade Île était devenue une colonie en 1896. La République française mettait fin à un mouvement d'unification du pays sous l’impulsion des Mérinas (l’ethnie la plus importante à laquelle appartenait Ranavalo) qui ressemblait fort à la façon dont s'était construite la France. Si je dis la « République française » et non la France à propos de l’auteur de cette œuvre funeste, c'est qu’une monarchie n'aurait pas eu la mauvaise idée de renverser et de déporter une reine, et puis, surtout, ce sont les républicains et plus précisément la gauche française qui soutenaient le colonialisme à l’époque, alors que la droite y voyait surtout du gaspillage d’argent. Mais les républicains socialistes, persuadés de leur supériorité, voulaient apporter la « Lumière » au reste de l’humanité et, en particulier, à ces peuples « archaïques » du Sud. Une reine, avec suffisamment de fortune personnelle pour se prémunir contre la corruption, et avec un pouvoir absolu entre les mains c'est sans doute ce qu'il faudrait aujourd'hui à Madagascar pour enfin décoller. Et non pas une démocratie occidentale qui ne fait que générer toujours plus de califes.
En version moderne, nous dirons qu'il faudrait à Madagascar un Lee Kum Yew, cet homme de poigne qui a fait d'un petit village de pêcheurs - Singapour - une puissance économique de premier plan. Dommage que Marc Ravalomanana ait raté le coche en se perdant dans les conflits d’intérêts et dans un appétit pour les affaires qu'il aurait dû faire taire en venant au pouvoir. En a-t-il tiré des leçons qu'il appliquera s’il revient à la tête de l’Etat ? Ou bien sera-t-il guidé seulement par le désir de se venger ? Peut-il d’ailleurs revenir au pouvoir ? L’armée, qui l'a fait tomber, le laissera-t-elle faire ? Et si oui, quand et comment y reviendrait‑il ? À l’occasion d'une crise ou de l’élection présidentielle de de 2018, sachant qu'Andry Rajoelina n'a pas dit son dernier mot et s’est déjà positionné pour cette élection et qu'Hery Rajaonarimampianina est un bon joueur d’échecs ? Avant de répondre à ces questions, on devrait s’arracher bien des cheveux et perdre des illusions. Pour ceux qui en ont… •
(Cet article nous a été signalé par Joël Broquet que nous remercions).
Le comte de Chambord, par le baron Louis-Auguste Schwiter. Photo © AFP
L'analyse de Christian Brosio, dans Valeurs actuelles
Pourvu que leur motivation ne soit pas la nostalgie, le folklore, une sorte de jeu sans conséquence, ce qui est parfois le cas, la véritable grande affaire des royalistes, ceux d'aujourd'hui, comme ceux de toutes les époques, ce fut toujours, selon l'expression des plus anciens des Camelots du Roi, de faire le Roi. D'établir la monarchie. Les occasions ont existé, même si, jamais encore, elles n'ont abouti. Les plus sérieuses, dans un pays comme le nôtre, sont celles qui se seraient passées selon ce que De Gaulle appelait un processus régulier. Naturellement dicté par les circonstances et les nécessités. Du temps du Comte de Chambord, il se fût encore agi d'une restauration. Christian Brosio nous dit ici comment et pourquoi elle fut ratée. Et son explication nous paraît être plutôt à l'honneur du Comte de Chambord. Ceux parmi nos lecteurs qui sont historiens feraient oeuve uile s'ils nous donnaient leur avis ... LFAR
Tout semblait prêt, en cet automne 1873, pour une restauration.
Le 8 février 1871, cinq mois après le désastre de Sedan, le suffrage universel avait élu une Assemblée comptant 400 royalistes. Mais ceux-ci étaient divisés entre “orléanistes”, tenants des Bourbons-Orléans, représentés par Philippe, comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, et “légitimistes”, fidèles à la branche aînée des Bourbons, incarnée par Henri, comte de Chambord, petit-fils de Charles X et sans descendance.
L’obstacle de cette division paraissait aplani depuis que, lui ayant rendu visite, le 5 août 1873, dans son exil de Frohsdorf, en Autriche, le comte de Paris avait salué en son cousin Chambord « le représentant du principe monarchique en France ». Arrivé secrètement à Paris le 9 novembre, Henri s’est installé à Versailles où siégeait l’Assemblée. Avec l’intention, le moment venu, de se faire acclamer par elle sous le nom d’Henri V. Ce moment ne vint jamais. Pourquoi ?
Selon une opinion largement admise, la faute en reviendrait au comte de Chambord lui-même. Notamment en refusant le drapeau tricolore au profit du drapeau blanc. Ce “grand refus” a laissé de lui l’image d’un prince passéiste. Une image fausse, forgée par ses ennemis. Autrement dit par les “conservateurs”, le “parti de l’ordre” incarné par une grande bourgeoisie et une fraction de l’aristocratie imprégnées des “valeurs” du capitalisme manchestérien. Thiers, le fusilleur de la Commune, fut l’un de leurs hérauts. Leur modèle : un régime oligarchique —monarchique ou républicain — tenant le peuple à distance par le suffrage censitaire. Voilà ce qu’ils mettaient derrière le drapeau tricolore. Voilà ce que refusait Henri V, promoteur, au contraire, du suffrage universel et d’une monarchie renouvelée, sociale, fédérative et décentralisée. Salué par Proudhon, le comte de Chambord s’était vu, en revanche, reprocher par Guizot ses « liens d’intimité avec les factions anarchiques ». C’est ainsi que, le 20 novembre 1873, l’Assemblée, manoeuvrée par Albert de Broglie, prorogea de sept ans le mandat de Mac-Mahon à la tête de l’État plutôt que d’acclamer Henri V. •
Christian Brosio - Valeurs actuelles
Nous avons aimé cet excellent reportage de Valeurs Actuelles sur le Puy du Fou. Plus qu'un reportage en vérité. Il s'agit, ici, de rendre un compte exact de l'esprit, de l'âme, de ce lieu unique. En piste pour l'aventure ... Il faut y aller !
Malheur à celui qui, devant Philippe de Villiers, parle de "parc d'attractions" à propos de "son" Puy du Fou. L'oeil tournoie comme celui de ces rapaces que l'on aperçoit, au loin, survoler les spectateurs pétrifiés du "Bal des oiseaux fantômes". Puis il vous fixe, comme prêt à foncer sur sa proie. « Parc d'attractions ? On n'est pas chez Mickey Mouse ! » Ici, pas dé manèges mais des « spectacles vivants ». Et surtout, insiste-t-il, « une âme ». Ce mot lui plaît. Il y revient : « Nous sommes des donneurs d'âme. » C'est, selon lui, au-delà des performances techniques inouïes qui ont valu au Puy du Fou d'être consacré à deux reprises meilleur parc du monde, ce qui explique, dans ses profondeurs, l'extraordinaire succès de ce qui n'était, il y a trente ans, qu'un banc de terre abandonné faisant face à un château en ruine du XVIe siècle devant lequel Villiers, alors âgé de 28 ans, avait un jour garé sa 4L. Puis s'était mis à rêver...
Ses près de 2 millions de visiteurs annuels (le deuxième parc français en termes de fréquentation après Disneyland Paris), le Puy du Fou les doit en effet aussi, et peut-être d'abord, à cet amour glorifié de la France éternelle que l'on n'apprend plus dans les livres d'histoire et qui, ici, est entré fièrement et joyeusement en résistance contre les fausses idoles, les dérives et les effacements volontaires de ce temps. « Nous sommes le "Malet et Isaac" en lutte contre les déconstructions, scolaire et autres, explique son fondateur, un verre de pastis à la main, avant de passer à table. Le Puy du Fou, c'est le parc de l'enracinement. La mondialisation sauvage déracine les peuples, mais il y a une chose que l'on ne peut pas déraciner, c'est justement notre besoin vital d'enracinement. Sans racines, pas de sève, donc pas de vie. Et sans passé, pas d'avenir. » Peu lui chaut, comme on disait autrefois, l'hostilité furieuse des "pseudo-modernes", dénonçant dans les 50 hectares du parc, comme le fait le Monde diplomatique, « une vision passéiste et une mémoire qui est loin d'être innocente ». Villiers assume. En bloc. « En venant ici, dit-il, les Français viennent retrouver la grandeur perdue de la France.» Manière de résumer, en une phrase, sa vision de l'histoire et celle du présent...
C'est d'abord la Vendée, son peuple et sa mémoire sacrifiée que le Puy du Fou a voulu célébrer.
Avant même les spectacles consacrés aux Gaulois fondateurs, à Jeanne d'Arc boutant les Anglais, aux mousquetaires de Richelieu ou aux poilus de 1914-1918 ; avant, aussi, de rendre hommage, dans leurs villages dédiés du parc, à cette France du rude Moyen Âge, de l'éblouissant XVIIIe et du nostalgique XIXe, c'est d'abord la Vendée, son peuple et sa mémoire sacrifiée que le Puy du Fou a voulu célébrer.
Dans sa Lettre ouverte aux coupeurs de têtes (Albin Michel, 1989), Villiers, fils d'un Lorrain et d'une Catalane, tombé amoureux de cette terre et de son histoire, s'en était longuement expliqué : « La Vendée, écrivait-il n'a pas eu droit à des obsèques... Mais à faire silence, on prend un risque : le risque du temps. Pas le temps officiel, très court, celui-là, qui recouvre les exactions, mais le temps officieux, le temps des familles qui découvrent les charniers, le temps des médaillons qui piste les mensonges, le temps qui crie justice et porte plainte devant la mémoire collective, le temps qui recompose les filiations et reconstitue les chemins de traverse de l'histoire chuchotée à la veillée... »
Pour "Les amoureux de Verdun", les visiteurs deviennent eux-mêmes des poilus.
Au commencement de tout, en 1978, fut donc Jacques Maupillier, le paysan vendéen héros de la fameuse "Cinéscénie" (plus de 10 millions de spectateurs depuis sa création !) inventée par Villiers pour conter à travers les siècles, avec la voix de Philippe Noiret, la tumultueuse et glorieuse destinée française. « Son patronyme, explique Villiers, c'est celui de nos coteaux : Mau-léon, Mau regard, Mallièvre, Maulé-vrier... Maupillier, ce n'est pas un métayer, c'est un mythe. Ce n'est pas un état civil, c'est un état d'âme... Jacques Maupillier se réincarne à chaque génération. Il rassemble en lui le père et le fils, les joies et les peines, les rêves et les deuils de la même famille.»
C'est sur lui, et les désormais 3 200 figurantsde la "Cinéscénie", presque tous bénévoles, qu'a été bâti ce qui allait devenir l'incroyable saga du Puy du Fou. Onze ans plus tard, en 1989, le Grand Parc ouvre ses portes. Il accueille aujourd'hui dix-sept spectacles, du colossal "Signe du triomphe" dans des arènes gallo-romaines, clôturé par une course de char digne de Ben Hur, , au plus intimiste "Monde imaginaire de La Fontaine", dont les textes sont dits par Lorànt Deutsch et Gérard Depardieu. La saison prochaine verra un retour aux sources vendéennes avec l'ouverture d'une nouvelle attraction (même si Villiers n'aime pas le mot) : "Le dernier panache", consacré à l'épopée du général Charette, le chef-martyr des chouans.
Là encore, plus que jamais, c'est l'ancien président du conseil général du département qui est à la manoeuvre. À ses côtés, deux incontournables : son fils Nicolas, qui lui a succédé à la présidence de l'association du Puy du Fou, et son directeur général, Laurent Albert, ex-premier salarié du site. Trois ans, en moyenne, sont nécessaires pour faire aboutir un projet. Pour "Les amoureux de Verdun", le dernier-né, les visiteurs deviennent eux-mêmes des poilus en traversant la plus grande tranchée du monde secouée par les bombardements et en assistant, à côté d'eux, aux assauts plus vrais que nature des soldats reconstitués en images 3D.
L'esprit qui souffle sur ce petit bout de terre est un drapeau qui claque au vent frais.
Près d'un siècle et demi d'écart entre le martyre vendéen et la boucherie des tranchées, mais, pour Villiers, une leçon commune à toutes les époques : « Même lorsqu'on marche dans des paysages désespérés et calcinés, il reste l'espérance française. » Il faut, pour le comprendre, l'entendre parler, quelques instants plus tard, comme un enfant émerveillé des centaines de brevets d'innovation déposés par le Puy du Fou, de ses 24 écoles (gratuites) de cavaliers, d'acrobates, de cascadeurs, ou encore de ses projets à l'étranger (Pays-Bas, Russie, Chine...) qui le font s'envoler, chaque semaine, à l'autre bout du monde. L'esprit qui souffle sur ce petit bout de terre générant aujourd'hui un chiffre d'affaires de 70 millions d'euros par an (entièrement réinvestis) n'a rien de la molle bannière en berne ou du triste chant du cygne décrit par certains ; c'est un drapeau qui claque au vent frais, un clairon qui sonne dans le matin.
Révérer le passé n'est pas être passéiste. Comment, sans cela, expliquer le succès acquis sans la moindre subvention publique depuis trente ans ?
Résolument moderne, à des années-lumière des caricatures, la "Cinéscénie" fondatrice l'était déjà. Sur un petit carnet, rêvant devant les débris du château du Puy du Fou incendié sous la Révolution, et aujourd'hui entièrement rebâti, le jeune Villiers avait déjà fixé ses objectifs : « Rompre avec la philosophie du"son et lumière". En finir avec ces récits désuets et langoureux qui se contentent de passer un pinceau sur les donjons et vous expliquent d'une voix chevrotante sur fond de ruine : "Cette année-là, en 1292..."». Tout un symbole : des drones, l'année prochaine, permettront de fixer dans les airs de nouveaux décors. Mais l'âme, elle, restera la même. •
Arnaud Folch et Claire Brulon
Pratique : En piste pour l'aventure
Horaires
Grand Parc : 10 à19 heures ou 10 à 21 heures.
Cinéscénie : début à 22 h 30 en juin et juillet, à 22 heures en août et septembre.
Tarifs
Grand Parc : à partir de 30 euros (adulte) et à partir de 20 euros (enfant).
Grand Parc + Cinéscénie : à partir de 47 euros (adulte) et à partir de 29 euros (enfant).
Pour 10 euros supplémentaires, profitez du Pass Émotion et bénéficiez d'un placement préférentiel dans les tribunes des six grands spectacles du Grand Parc.
Séjour parc + hôtel : à partir de 54 euros à La Villa gallo-romaine et à partir de 59 euros aux îles de Clovis.
Y aller
En voiture : autoroute A87, sortie n° 28.
En train : gare TGV d'Angers (une heure et demie de Paris) + navette (environ une heure et demie). Aller-retour : 20 euros par personne ; aller simple :12 euros.
Rens. : www.puydufou.com - Tél. : 0.820.09.10.10.