PARIS, 21 JANVIER 2015 : une marche à laquelle vous participerez ...

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Sur les évènements que la France vient de vivre, Alain de Benoist a donné, dans Boulevard Voltaire, les intéressantes réflexions que l'on va lire. Nous les publions avec d'autant plus d'intérêt que dès le lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo (jeudi 8 janvier), nous avions fait une analyse qui va dans le même sens : « Nous ne sommes pas tous Charlie, nous sommes tous la France ». Alain de Benoist intègre naturellement à sa réflexion l'actualité des jours qui ont suivi. D'où son réel intérêt. Lafautearousseau.
Près de quatre millions de personnes qui défilent, après les attentats, pour un journal qui vendait péniblement à 30.000 exemplaires, c’est en soi un événement. Grand moment de communion nationale ou psychose collective ?
Les manifestations auraient eu du sens si elles s’étaient bornées à exprimer de façon solennelle le refus du terrorisme par le peuple français. Organisées par le gouvernement et les partis politiques, elles se sont transformées en une immense vague d’identification victimaire symbolisée par le slogan « Je suis Charlie », promu de manière orwellienne nouveau mot d’ordre « républicain ». Dès lors, il ne s’agissait plus tant de condamner des attentats et des assassinats que de s’identifier aux « valeurs » de Charlie Hebdo, c’est-à-dire à la culture du blasphème et de la dérision.
Durant la manifestation et les jours qui ont suivi, dans une France plongée en état d’apesanteur et noyée dans la moraline, on aura tout vu. Les cloches de Notre-Dame de Paris sonnant le glas pour les bouffeurs de curé. L’« union nationale » sans le Front national. La « liberté d’expression » réduite au droit au blasphème et s’arrêtant à Dieudonné. Celle des caricaturistes dépendant de la personne visée (Mahomet en train de sodomiser un porc : tellement drôle ! Christiane Taubira en guenon : intolérable !). Des bataillons de chefs d’État (deux fois le G20 !) chantant les louanges d’un titre dont ils n’avaient jamais entendu parler huit jours plus tôt. Des millions de zombies se ruant dans les kiosques pour acheter, tel le dernier smartphone, un journal qu’ils n’avaient jamais eu la curiosité d’ouvrir depuis vingt ans. Le badge « Je suis Charlie » succédant au ruban pour le SIDA et à la petite main de « Touche pas à mon pote ». Spectacle surréaliste ! Tout le monde il est gentil, tout le monde il est Charlie, dans le grand hospice occidental transformé en bisounurserie. Les rédacteurs de Charlie Hebdo, qui se voulaient tout sauf « consensuels », auraient été les premiers stupéfaits de se voir ainsi canonisés. Quant aux djihadistes, ils ont dû bien rigoler : un défilé de moutons n’a jamais impressionné les loups.
Ces cortèges peuvent-ils être mis sur le même plan que le défilé gaulliste sur les Champs-Élysées en 1968, les marches contre Jean-Marie Le Pen en 2002 ou la déferlante de la Manif pour tous ?
Je ne le crois pas. Pour Valls et Hollande, la manifestation avait au moins six objectifs : marginaliser le Front national et neutraliser l’UMP (qui est évidemment tombée dans le panneau la tête la première) au nom de l’« union sacrée », solidariser les Français autour d’une classe politique gouvernementale discréditée, justifier l’engagement de la France dans une nouvelle guerre d’Irak où elle n’a rien à faire, mettre en place un espace policier européen où l’on sait d’avance que ce ne sont pas seulement les islamistes qui seront surveillés (Manuel Valls affirmant sans rire que les « mesures exceptionnelles » qu’il s’apprête à prendre ne seront pas des mesures d’exception !), faire croire que le terrorisme auquel nous sommes aujourd’hui confrontés a plus à voir avec le Proche-Orient qu’avec l’immigration et la situation des banlieues, enfin persuader l’opinion que, « face au terrorisme », la France, fidèle vassale du califat américain, ne peut qu’être solidaire de pays occidentaux qui n’ont jamais cessé d’encourager l’islamisme, tout en noyant leurs erreurs et leurs crimes derrière le rideau de fumée du « choc des civilisations » (Poutine n’avait bien sûr pas été invité !). Force est de reconnaître que tous ces objectifs ont été atteints.
J’ai eu le tort, dans un entretien précédent, de parler de réactions spontanées. Celles auxquelles ont eu droit les journalistes de Charlie Hebdo – mais non le malheureux otage français Hervé Gourdel décapité en Algérie trois mois plus tôt – ont en réalité été mises en forme par les injonctions sociales et médiatiques, la grande fabrique postmoderne des affects et des émotions. Il faudrait un livre entier pour analyser dans le détail ce coup de maître qui a permis, en l’espace de quelques heures, de récupérer la colère populaire au bénéfice d’une adhésion « républicaine » à l’idéologie dominante et d’une « union nationale » avant tout destinée à redresser la courbe de popularité du chef de l’État. La classe politique gouvernementale apparaît ainsi comme la principale bénéficiaire de la légitime émotion soulevée par les attentats. •


Qu’elle leur est difficile à admettre et à formuler, la vérité ! Tandis que le dimanche, M. Fabius préfère parler de terrorisme plutôt que d’islamisme - trop « stigmatisant » sans doute -, M. Valls reconnaît le mardi que « La France est en guerre contre […] l’islamisme radical », illustrant ainsi par ce pléonasme toutes les réticences de la bien-pensance. La vérité est que nous sommes en guerre parce que certains musulmans nous ont déclaré la guerre au nom de l’islam.
Et M. Valls d’ajouter : « A une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles. Mais je le dis avec la même force : jamais des mesures d'exception qui dérogeraient au principe du droit et des valeurs ». Si, comme c’est probable, cet « état de guerre » intérieure (et extérieure, ne l’oublions pas) se prolonge, il faudra pourtant bien y venir et cesser de moquer le « Patriot Act » américain qui a d’abord le mérite de mettre le salut du pays au dessus de la défense des principes. Quand on mobilise dix mille hommes de troupe armés (pour cela aussi, il en aura fallu du sang et des larmes) sur le territoire national, il est pitoyable de se payer de mots pour satisfaire ligues, partis et associations « démocratiques ».
A quoi bon, de même, se demander si l’islamo-terrorisme de l’intérieur est suscité par celui de l’extérieur ou s’il est « sui generis ». Il est. Les milliers d’incidents plus ou moins graves (justifiés ou pas, ce n’est pas la question ici) qui ont accompagné le barnum médiatico-politique de l’opération « Je suis Charlie » montrent que la jeune génération d’origine afro-musulmane constitue un terreau plus que fertile pour un soulèvement armé pire que celui de 2005. Comme le dit M. Guenaoui, porte-parole du « Collectif démocrate des couleurs de la diversité », établi à Drancy : « La Cocotte-Minute est déjà prête à exploser» (Le Figaro, mercredi 14). M. Bechikh, président de « Fils de France », apporte la seule bonne réponse : « L’éradication des réseaux potentiellement violents doit se faire de manière autoritaire, c’est le rôle de l’État, de l’État policier, au bon sens du terme. »
Le chef de l’Etat a certes pris quelques décisions. Mais, engagée conjointement dans des opérations extérieures et intérieures, la France doit faire davantage, au prix d’une redéfinition de nos budgets et orientations prioritaires. Pour la Défense nationale, par exemple, la baisse des diminutions programmées est ridiculement insuffisante. Qu’on commence plutôt par affecter à la sécurité de la nation toutes les sommes dilapidées en vain au bénéfice d'associations parasitaires et au confort des élus de la République. Par ailleurs, sans entrer dans le détail (objet d’une prochaine note), tout étant lié, notre diplomatie doit obtenir davantage de nos prétendus amis européens (notamment Grande-Bretagne et Allemagne, elles aussi menacées) et (re)nouer avec certains « alliés objectifs » (la Russie, l’Iran, la Syrie).
La réalité n’a que faire des principes. La « guerre » se chargera bien de rappeler cette vérité élémentaire à MM. Valls, Hollande et consorts. •



La vie reprend ses droits
Nicolas VIAL- Figaro magazine
En reportage dans le Sultanat d’Oman, à la fin du XXe siècle, Péroncel-Hugoz y rencontra un négociant bourlingueur revenu au pays après avoir commercé de Zanzibar à Kinshasa, de Beyrouth au Pakistan. Ce personnage à la Blaise Cendrars apprit à l'auteur de cette chronique un vieux proverbe arabe...
Au cours de mes périples à travers les continents, je pensai souvent à cet adage arabe que je plaçai même en exergue d’un de mes livres de voyages, « Villes du Sud »*. J’y pensais, encore tout récemment à l’aéroport Mohamed-V, en attendant debout dans les courants d’air, entre les cris d’enfants énervés et les mines exténuées de touristes étrangers du troisième ou quatrième âge… Sur la dizaine de guichets pour le contrôle des passeports, six seulement étaient pourvus de fonctionnaires… Ajoutons que le nouveau mur de publicités devant lequel nous attendîmes plus d’une demi-heure est entièrement rédigé en anglo-américain, alors que les langues majoritairement utilisées, et de loin, dans cet aéroport, sont l’arabe et le français… Passons. Le contrôle enfin franchi, je dus descendre dans un lointain sous-sol (avec escalier roulant en panne…) où tous les sièges étaient déjà occupés.
Quelques minutes avant l’heure d’embarquement, une bouillie verbale, en deux ou trois idiomes, jaillit soudain d’un haut-parleur mal réglé (j’avais constaté les mêmes grésillements, il y a trois mois, et apparemment aucun remède n’avait été apporté entretemps à cette exécrable sonorisation… Passons encore), pour nous prier de gagner une autre porte, à l’opposé de celle où nous étions… Aussitôt galopade affolée des passagers avec nourrissons, bagages à main excédentaires, parapluies, boîtes de gâteaux, etc. (mais que font les agents à l’enregistrement des bagages ?) vers la bonne porte, et ainsi de suite jusqu’à l’affalement dans un fauteuil de l’avion pour enfin se reposer un peu. Mais non, car aussitôt se déclenche la même insupportable musiquette que dans l’aéroport… Et ça, pour moi, ça ne passe pas… Rien de pire qu’une musique non-choisie, imposée, comme dans les supermarchés où les parc-autos souterrains… Bref, à l’américaine !
Je ne caricature pas, ô que non, et les témoignages d’utilisateurs plus fréquents que moi de Mohamed-V m’ont conté des péripéties allant presque toutes dans le mauvais sens. L’éditeur Guillaume Jobin, installé au Maroc où il est marié avec la fameuse styliste salétine Fadila El Gadi, me disait : « Le pire c’est la crasse des toilettes, et en plus, depuis sept ans je subis dans cet aéroport une fouille systématique de mes bagages, sans d’ailleurs qu’on y trouve jamais rien de répréhensible… » Ca, mon cher Jobin, je l’ai connu moi aussi mais à l’aéroport d’Alger sans parler de ceux de Khartoum, Dakar ou Hanoï, autour des années 2000.
Oui, mais ces obscurs aéroports n’ont pas l’ambition affichée, comme Casablanca, de devenir un « hub » international – un «pivot » en bon français, si vous préférez – quand le Maroc aura réussi son légitime pari de recevoir dix puis vingt millions de touristes par an ; lorsque Casa parlera d’égal à égal avec Johannesbourg ou Singapour comme centre d’affaires. Alors il ne faudra pas égarer les bagages de telle ou telle personnalité de haut rang, comme en 2014, à Mohamed-V, les valises du président ivoirien et de la très difficile Madame Ouattara… Quelqu’un me souffle que, sur ce chapitre, l’aéroport de Marrakech ne vaut guère mieux, avec la disparition de la malle d’un invité d’honneur, le célébrissime (en Asie) acteur indien Abhichek Bachham, au Festival du cinéma de 2014… Ca a fait un très médiocre effet, du Sénégal à Bombay ou Calcutta…
Début novembre 2014, Si Najib Boulif, ministre délégué, chargé des Transports a rompu quelques timides lances en faveur de l’aéroport de Casa, y attribuant pagaïe et retards aux surcroît de passagers « durant la période estivale en saison d’Omra (« petit pèlerinage ») et en Ramadan… ». C’est-à-dire, M. le ministre, pratiquement la moitié de l’année ?…
En contrepoint de ce tableau aéronautique, somme toute pas très engageant, relevons quant même que la Royal Air Maroc, donnée il y a peu d’années encore pour moribonde, vole de nouveau de ses propres ailes, si j’ose dire, avec un bénéfice net de 15 millions d’euros en 2013 et des attentes prometteuses pour 2014. Bravo donc au patron de la RAM, tandis que l’ancien responsable en chef de l’aéroport Mohamed-V va, lui, être jugé pour divers graves dysfonctionnements financiers ! … J’ai quand même un petit reproche à formuler envers la RAM ; à deux reprises, en 2014, la feuille informative relative à mon billet électronique, m’invitait à me présenter au terminal 1 alors que l’enregistrement était en fait prévu au terminal 2… Avec la longueur et l’encombrement des couloirs entre les deux terminaux, ce ne fut pas une partie de plaisir, non plus…
Mais « Voyager, c’est vaincre ! », n’est-ce pas ? •
* Villes du Sud, Balland, Paris, 1990, 404 p. avec 50 photos de divers auteurs. Réédition : Payot, coll. « Petite bibliothèque voyageurs », Paris, 1992, 404 p. Nouvelle édition : Éditions Payot et Rivages, coll. « Petite bibliothèque voyageurs », Paris, 2001, 454 p.

Le360 - Péroncel-Hugoz

On a dit beaucoup de choses sur le lent déclin de la droite française. Prise entre confusion des idées et lenteur des actes, déchirée jusqu'au sang entre querelles claniques et affaires judiciaires, la droite ne sait plus comment sortir de l'impasse. Mais le mal ne vient-il pas de plus loin? La démonstration d'Eric Zemmour est simple : c'est le gaullisme qu'on a assassiné. Les coupables se trouvent-ils à gauche? Non, à droite. De 1968 à 1998, de la rupture de mai à l'entrée dans l'Europe. Pompidou, avec l'impatience du parjure, Giscard, le moderne, et Chirac, le centriste inconstant, ont achevé de trahir le mythe fondateur du gaullisme. La droite gouverne au centre et s'allie à la gauche, laissant au Front National le privilège d'incarner la nation, le seul "bien des pauvres", selon la formule de Jaurès. Et demain? On lira ici des portraits cruels, des confidences cinglantes, des aveux d'impuissance, des alliances dévoilées entre barons du gaullisme et anciens de 68. Toute la fresque d'une droite racontée comme une bataille : ses heures les plus sombres. Eric Zemmour, né en 1958, est grand reporter au Figaro. Il est l'auteur, chez Grasset, de deux essais : Balladur, immobile à grands pas (1995) et le Coup d'Etat des juges (1997).
Le livre noir de la droite
Eric Zemmour.
Éditions Grasset, 300 pages, 1998, très bon état 8,00 euros

« En France, tout ce qui pèse et qui compte se veut et se dit "sans frontières". Et si le sans-frontiérisme était un leurre, une fuite, une lâcheté ? Partout sur la mappemonde, et contre toute attente, se creusent ou renaissent de nouvelles et d'antiques frontières...
Eloge des frontières
Régis Debray.
Éditions Gallimard, 95 pages, 2011, très bon état. 7,90 euros

L'historiquement correct ne cherche pas à comprendre le passé pour éclairer le présent. Il part du présent pour juger le passé. Dans cet état d'esprit, l'histoire n'est plus un objet d'études serein. Elle devient un écran où se projettent toutes les passions contemporaines.
Ce livre expose les événements en les replaçant dans leur contexte. Il rappelle des faits oubliés ou dissimulés qui bousculent les schémas préétablis et les jugements préconçus.
En histoire, le mal n'est pas toujours où l'on dit, le bien n'est pas toujours où l'on croit.
Historiquement correct
Jean Sévillia.
Éditions France Loisir 569 pages, 2004, très bon état. 8,00 euros
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La réédition de « la Politique considérée comme souci » pourrait rendre à ce penseur oublié sa place de maître, plus encore en ce moment de retournement historique.
Il est un philosophe dont la mémoire est passée, depuis sa mort en 1998, dans la clandestinité, un penseur de premier plan qu'on n'évoque plus que dans les catacombes : Pierre Boutang. Son temps a retenu d'autres noms, de la même génération, pour des raisons de convenance idéologique avec i ‘esprit de l'époque : Sartre, Camus, ou Merleau-Ponty. Mais, dans le moment de retournement historique que nous vivons, l'heure de Boutang pourrait bientôt sonner. La Politique, que vient de ressortir la petite maison d'édition Les provinciales, sous la direction de Michaël Bar-Zvi, figurerait alors comme l'avant-coureur de ce retour.

Pierre Boutang à son bureau. La fin du purgatoire ?
La politique doit se penser à partir d'un socle : tout hornme naît et vit dans une communauté qu'il n'a pas choisie. La pensée politique interroge le lien natif qui attache I ‘être humain à la cité. Comme chez Hannah Arendt, l'idée de naissance est chez Boutang fondamentale. Le fait, contingent, de naître dans telle ou telle communauté politique est l'engagement qui engendre des devoirs, nécessaires. Le coup de génie de Boutang est ici : la contingence de la naissance n'est pas un argument qui autoriserait le détachement de l'être humain de sa communauté, mais, au contraire, elle fonde leur absolue solidarité. Toutes les pages sur la trahison et sa punition – les plus belles jamais écrites, en philosophie, sur ce thème - sont l'implacable illustration de cette solidarité. La trahison est infâme, parce qu'elle est « Ie dégagement de liens que je n'ai pas choisis ». Dans ce non-choix réside Ie mystère de l'existence humaine. L'on pourrait pousser plus loin que Boutang, et prendre la trahison comme point de départ pour penser la politique dans sa généralité. Ainsi, au fondement de Ia politique gît non le contrat, comme I ‘avaient cru Hobbes et Rousseau, mais la présence originelle à une réalité qui précède et transcende chacun. Naissance et nation sont des mots étyrnologiquement parents.
La politique est l'objet d'un souci - Boutang reprend ce mot de Heidegger - qui signe le sérieux de I ‘existence. La réédition de ce livre va fournir aux générations nouvelles des outils différents d'appréhension de Ia vie politique. Chez ses lecteurs, le souci du politique prendra d'autres tournures que celles connues ces dernières décennies. La fin de son purgatoire rendra à Boutang sa place : celle d'un maître.
La Politique considérée comme souci,
Édition Les Provinciales, 160 pages, 15 €.
Source : Valeurs actuelles

Benjamin Dormann nous a donné, hier, sur le thème très actuel de la liberté de la presse, un article reprenant quelques uns des points forts de son ouvrage - dont il vient de publier une édition actualisée - Ils ont acheté la presse. Une excellente analyse en a été faite par Jean-Claude Lauret, dans Boulevard Voltaire. Nous croyons utile de la publier nous aussi, en recommandant la lecture du livre ! Lafautearousseau
Une analyse solidement documentée qui s’avère à la fois édifiante et consternante. Liberté, je crie ton nom !
Ils ont acheté la presse
, telle est la provocante affirmation de Benjamin Dormann et qui sert de titre à son ouvrage. Ces « ils » sortent vite de l’anonymat. Ils s’appellent Serge July, Laurent Joffrin, Denis Olivennes, Matthieu Pigasse, Pierre Bergé.
Benjamin Dormann, qui fut journaliste dans la presse financière et a été trésorier d’un parti politique « divers gauche », n’est pas un néophyte. Il sait ce dont il parle et va le montrer dans cet ouvrage, véritable bouquet de révélations. Elles sont tour à tour déroutantes, surprenantes, déconcertantes. L’auteur nous invite à passer de l’autre côté du miroir. On part en sa compagnie explorer les méandres souvent obscurs de Mediapart, des Inrockuptibles, du Nouvel Observateur, de Libération et du Monde. Une plongée dans la presse de gauche.
On considère la presse comme étant le quatrième pouvoir. Théoriquement, cette affirmation suppose qu’elle est objective, un lieu de réflexion, d’analyse et, naturellement, de contestation. Elle aurait donc la noble fonction d’informer le citoyen et, au besoin, d’alerter l’opinion publique des dérives du pouvoir en place. Aujourd’hui, l’idée même d’une presse indépendante, autrement dit libertaire, tient de l’utopie.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France s’est libérée de l’occupant. Les journaux furent, eux, emprisonnés dans le carcan de plus en plus étroit d’une idéologie où l’œil de Moscou veillait. Il ne fallait pas trop s’écarter d’une certaine vision de l’histoire. Il s’agissait de marcher droit et de penser à gauche.
En analyste rompu aux subtilités du monde financier, Benjamin Dormann constate que la presse écrite, dans son ensemble, se trouve dans une situation économique désastreuse. Certains titres friseraient le dépôt de bilan. L’auteur relève là un singulier paradoxe. Les bilans de nombreux titres devraient faire fuir tous les investisseurs conséquents, assurés qu’ils sont de ne jamais pouvoir retrouver leur mise. Il n’en est rien. Au contraire, ils s’empressent, Pierre Bergé en tête, et sortent leur carnet de chèques. L’auteur nous donne les raisons d’une telle démarche. Les équipes rédactionnelles sont de plus en plus emportées par le militantisme politique. Du fait de leur engagement, les journalistes perdent toute crédibilité. La prétendue objectivité disparaît, avalée par les brumes du combat idéologique. Les journalistes partisans se transforment en agents de publicité et les titres deviennent insidieusement des agences de communication.
Benjamin Dormann étaye ses analyses et ses démonstrations d’exemples concrets. Avec une ironie mordante, il épluche le dossier de la lamentable affaire DSK. Il n’est pas original de constater que le satyriasisme du directeur du FMI était connu de l’ensemble des médias. Les plus effrontés en faisaient des gorges chaudes. Tout le monde savait, mais tout le monde se taisait. Ah, la sacro-sainte atteinte à la vie privée ! Les gardiens si sourcilleux de l’éthique avaient moins de scrupules lorsqu’il s’agissait de raconter les frasques érotiques d’un Berlusconi.
Une nouvelle étape allait bientôt être franchie. Le quatrième pouvoir agonisant est remplacé par un cinquième pouvoir, selon l’auteur. On est insensiblement passé de l’ère de la communication à celle de la manipulation, puis à celle du mensonge délibéré. Les frontières entre ces genres, théoriquement incompatibles, deviennent chaque jour plus ténues.
Benjamin Dormann met à mal bien des idées reçues. À des médias qui crient famine, il montre (chiffres à l’appui) que l’État subventionne avec une constante régularité les grands organes de presse. Celle-ci se complaît fort bien de cet assistanat étatique.
Pour reprendre le sous-titre de l’ouvrage, « aujourd’hui, la presse se tait, étouffe, ou encense ». Il ne faut pas s’étonner qu’elle se trouve de plus en plus coupée de l’opinion. Voici une analyse solidement documentée qui s’avère à la fois édifiante et consternante. Liberté, je crie ton nom ! •
« Ils ont acheté la presse »,
Editions Jean Picollec, 23,00 €
sortie 13 janvier 2015
Le temps est au recueillement, après l’attentat qui a couté la vie à 17 personnes, dont 5 dessinateurs du journal Charlie Hebdo. C’est légitime. Mais il faudra bien, malgré cela pouvoir parler enfin de l’indécence du reste de la presse française, à cette occasion.
La voici donc, la France entière soi-disant dernière elle, officiellement auto-proclamée « résistante à l’oppresseur », « garante de la liberté d’expression si chère à nos cœurs », et « porte-parole de notre belle république et de sa devise liberté, égalité, fraternité »
Oui, il y’a bien en France une poignée de journalistes mettant leur vie en danger par leur travail, pour nous informer, nous faire rire, ou continuer à émettre librement leurs opinions. On les connaît. Ce sont principalement quelques dessinateurs attachés par-dessus-tout à la liberté d’être insolents et quelques grands reporters, attachés à comprendre le monde et aider à le faire comprendre. Qu’ils en soient remerciés ici, indépendamment du degré d’adhésion à leur humour ou à leurs opinions. Mais que le reste de cette profession, aussi sinistre que sinistrée, à quelques exceptions près, cesse leur indécente récupération d’un mérite qu’elle n’a pas, ou plus.
Il existe en France plus bel exemple de représentants de la devise « liberté, égalité, fraternité » que les journalistes.
Pour ce qui est de la fraternité, les témoignages de confrères des dessinateurs assassinés se multiplient, tous convergeant : « nous avons perdu des frères ». Des frères pour leurs amis proches ? Sans aucun doute. Des frères pour tous les chrétiens, puisque pour eux « nous sommes tous frères » ? D’une certaine manière. Mais des symboles de la fraternité ? Non ! Quand on entend le dessinateur survivant Willem déclarer : « Nous vomissons sur ceux qui, subitement, disent être nos amis (désignant Marine Le Pen, le pape, la reine Elizabeth ou Poutine) », http://www.lepoint.fr/societe/willem-vomit-sur-ceux-qui-subitement-disent-etre-nos-amis-10-01-2015-1895408_23.php permettez qu’on puisse penser qu’il existe meilleur exemple de fraternité, surtout quand on sait que la majorité des français a attachement ou respect pour au moins l’une des personnes citées ci-dessus. L’anticléricalisme et le gauchisme revendiqués de Charlie Hebdo expliquent en partie le rétrécissement de son lectorat « pré-attentat », menaçant sa survie financière depuis des mois. (http://www.lesinrocks.com/2014/11/07/actualite/charlie-hebdo-fait-appel-ses-lecteurs-11534194/)
Pour ce qui est de l’égalité, nos journalistes feignent d’ignorer qu’ils sont complètement politisés, et ne sont pas également répartis sur le spectre des opinions, puisque partagent très majoritairement les mêmes idées : pro-Européennes, anti-Sarkozystes, pro-multi culturalistes, anti-chrétiennes,… Ils préfèrent depuis longtemps imposer ces opinions et leur vision du monde, au lieu d’exercer leur devoir d’information pluraliste.
« La France entière doit aller manifester dans la rue », nous dit-on, pour défendre la liberté d’expression qu’on a tenté d’assassiner ? Le genre d’injonction morale qui, personnellement, suffit à me dissuader de participer à cette grande récup politico-médiatique. Et si des extrémistes de gauche avaient éliminé le journaliste Eric Zemmour ou l’écrivain Michel Houellebecq, combien de ces journalistes seraient dans la rue aujourd’hui, contre combien qui diraient que « c’est ce qui arrive quand on attise la haine ? Faut pas qu’ils s’étonnent. Ils l’ont un peu cherché », selon leur novlangue bien connue ? On ne peut pas à la fois vivre dans le deux poids - deux mesures, et, en même temps, se prétendre défenseur de l’égalité
Un autre exemple, qui peut sembler plus anecdotique, mais est pourtant révélateur du traitement d’inégalité dont jouit la presse. Elle est la seule profession à avoir obtenu cette année une baisse de taux de TVA honteuse, votée à l’unanimité de parlementaires non représentatifs du peuple sur ce sujet, au moment où l’ensemble des concitoyens est soumis à des efforts financiers drastiques et à des hausses de TVA. Clamant à longueur de journée « nous ne sommes pas une profession comme les autres », les privilèges de la presse sont nombreux (les chiffres à ce sujet sont volontairement sous-estimés et les débats médiatisés impossibles). Alors où est son goût de l’égalité ?
Le niveau de subventions publiques des journalistes en France est sans équivalent dans le monde, 10 fois supérieur à la moyenne Européenne, et atteint 5.000 € par mois et par journaliste ! (ce qui n’était pas le cas de ceux de Charlie Hebdo qui vivaient de leur lectorat). Un scandale qui fait que ces personnes pourraient avoir la décence d’arrêter de nous parler de leur indépendance et de s’assimiler à leurs confrères de Charlie Hebdo, qui étaient eux courageux et libres, chose rare.
Plus qu’une manifestation de millions de personnes dans les rues, qui a sa part de force et de sens, indéniablement, j’aurais personnellement préféré une journée ou une heure de silence absolu. De villes mortes, ou un pays mort, pour être un dernier jour avec eux, de tout cœur, et prendre le temps de réfléchir plutôt que de communiquer non-stop. Un jour sans parti politique, sans média, sans marque ni logo d’entreprise mises en avant, sans les bandes qui défilent sans arrêt sur les chaines de télé, … Du calme, tout éteindre, tout débrancher.
Voici un exemple, parmi d’autres, de cette communication qu’y m’est pénible, cet édito de Denis Olivennes, Président de Lagardère Active (Europe 1, JDD, Paris Match, Elle, RFM,…), ancien dirigeant du Nouvel Observateur, jour de la manifestation : « (les morts) Ils étaient de toutes origines, de toutes religions ou sans religion, de toutes opinions. Ils étaient la France… Les Français, toutes identités confondues, marchent aujourd'hui pour dire leur amour de la démocratie et de ses valeurs, en particulier de la liberté de la presse. Avec Arnaud Lagardère et la direction du groupe, avec l'ensemble des collaborateurs de Lagardère Active, de nos journaux, de nos sites, de nos radios et de nos chaînes de télévision, nous sommes indéfectiblement engagés à leurs côtés » (http://www.lejdd.fr/Societe/Charlie-Hebdo-les-fanatiques-ont-perdu-711730). Trois désaccords profonds avec cet édito. Premièrement, vous, Monsieur Olivennes, Arnaud Lagardère et les autres, vous n’êtes pas engagés « aux côtés des français », parce que vous n’êtes ni à côté d’eux ni au-dessus d’eux, vous en en faites partie. En pareil moment, personne ne doit chercher à être plus fort ou plus généreux que l’autre, mais juste avoir l’humilité d’être ensemble, anonymement.
Deuxièmement, non, Monsieur Olivennes, les morts n’étaient pas de toutes origines et de toutes religions ou sans religion. Ceux de Charlie Hebdo étaient anticléricaux de gauche, ceux de Hyper Cacher étaient juifs, et les fonctionnaires de police étaient des représentants de l’ordre. Dans les trois cas, ils l’assumaient et l’ont payé de leur vie, parce que des intégristes d’une autre religion ne l’ont pas toléré. Laissez-les donc reposer en paix avec leurs identités respectives, au lieu de les mélanger aussitôt dans votre multiculturalisme qui englobe tout. Le fait qu’un malheureux employé d’entretien vienne allonger cette triste liste des victimes ne vous autorise pas ce déni de réalité, qui banalise notamment l’antisémitisme. Les journalistes doivent enfin mettre les mots sur les réalités.
Enfin, Monsieur Olivennes, je ne crois pas que la France qui descend dans la rue le fasse « par amour de la liberté de la presse », quand bien même cela arrangerait les affaires du grand patron de médias que vous êtes devenu. Selon moi, la France est descendue dans la rue pour montrer sa peine pour la perte de ses féroces mais talentueux dessinateurs, de ses policiers, et de ses autres compatriotes. Elle est aussi descendue pour manifester son attachement voltairien à la liberté d’expression et son ras de bol de la violence. Mais pas pour soutenir une presse en qui elle n’a plus confiance depuis longtemps, et qui s’occupe déjà tant d’elle-même. Les journalistes sont mal placés pour se sentir exemplaires, eux qui se sont globalement tus et couchés quand l’un des propriétaires du premier quotidien d’information, Le Monde, s’est permis de déclarer à propos de La Manif pour Tous : « si une bombe explose le 24 mars sur les Champs à cause de la Manif pour tous, c'est pas moi qui vais pleurer. » Eux qui à longueur de journée veulent interdire le Front national, interdire les spectacles de Dieudonné, interdire la lecture de Zemmour, interdire que Laurent Deutsch émette des opinions royalistes, interdire les écoles catholiques ou les crèches dans les mairies, … mais qui tout à coup viennent donner des leçons de liberté d’expression, quand on s’attaque à leurs idées à eux.
Si la presse en en train de crever en France, au niveau de ses ventes, c’est notamment parce qu’il y a bien longtemps qu’elle ne se bat plus pour la liberté d’expression, mais uniquement pour sa liberté de s’exprimer sur ce qui lui plait et lui semble bon.
Enfin, pour ce qui est de la liberté, et en particulier de la liberté d’expression, combien se souviennent du journaliste de centre droit Fabrice Le Quintrec, licencié, il y a des années de cela, par Radio France pour faute grave, accusé d’avoir cité le journal Présent huit secondes dans une revue de presse. « Une seule phrase qui ne comportait ni approbation, ni manifestation d’une opinion quelconque de la part du journaliste » et « s’insérait dans une énumération de très nombreux organes de presse, comme il est de règle pour cet exercice » (http://www.ojim.fr/portraits/fabrice-le-quintrec/), dira le Tribunal de Grande Instance condamnant Radio France pour licenciement infondé, et ordonnant sa réembauche de force par le service public. Un service public qui le paiera donc à nouveau, mais persistera à le priver d’antenne durant 10 ans, jusqu’à être condamné une deuxième fois pour « non-fourniture de travail », Il est resté ostracisé à vie par la justice morale de ses pairs, bien qu’il ait fait condamner plusieurs patrons de presse en correctionnelle pour diffamation. Mais nos médias n’ont que faire de l’honneur d’un homme ou de sa liberté d’expression quand elle prend une forme qui les indispose.
Liberté d’expression, vous y tenez vraiment ?
Certes, toute polémique parait bien dérisoire, au lendemain de pareil drame humain. Et pourtant, attention au piège que la presse est en train de nous tendre : interdiction demain, encore plus qu’hier, de la remettre en cause, puisque certains viennent de verser leur sang pour la liberté d’expression. Il est temps de pouvoir enfin en débattre publiquement avec ses Tartuffes de la presse qui sont grandement responsables d’une partie de l’exaspération actuelle du pays. Celle qui a fait dire à un député Européen anglais indépendantiste, mettant en garde ses confrères à Bruxelles : « faites attention car quand les gens sauront qui vous êtes, ils vous pendront, et ils auront raison »…
L’expérience des drames de ces derniers jours est claire : mieux vaut prévenir, que guérir. •
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L’auteur de cet article vient de publier l’enquête actualisée « Ils ont acheté la presse », Editions Jean Picollec, sortie 13 janvier 2015
Si vous croyez, comme beaucoup, que :
• Mathieu Pigasse est un banquier d’affaires à succès
• Pierre Bergé fut le dirigeant d’entreprises à succès du groupe Yves-Saint-Laurent
• nne Sinclair dirige bénévolement le site Huffington Post
• Claude Perdriel a toujours perdu de l’argent avec le Nouvel Observateur pour défendre ses idées de gauche
• Xavier Niel est plutôt un patron de gauche car il accepte de ne pas trop s’enrichir pour que nos jeunes aient des abonnements téléphoniques à 2 €
• Denis Olivennes a fait de gros sacrifices financiers lors de son passage au Nouvel Obs
Alors lisez vite la nouvelle édition de « Ils ont acheté la presse » pour avoir la preuve que tout cela est faux, ou pour le moins très contestable.
Pour apprendre que Edwy Plenel, avec Mediapart, a davantage fraudé le fisc que Jérôme Cahuzac, et qu’il a menti à répétition à ce sujet, lors d’innombrables interviews télé et radio, sans jamais donner la parole à ceux en désaccord avec lui.
Pour découvrir que Laurent Joffrin, a fait changer les statuts du Nouvel Observateur pour faire passer l’âge limite des membres du Directoire de 70 ans à … 92 ans, avant de retourner pour la quatrième fois à Libération !
Bref, l’avenir de notre presse est entre de bonnes mains…

« La liberté d'expression n'autorise pas à insulter la foi d'autrui.
Chacun a non seulement la liberté, le droit, mais aussi l'obligation de dire ce qu'il pense pour aider au bien commun. Il est légitime d'user de cette liberté, mais sans offenser.
Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s'attendre à un coup de poing, et c'est normal. On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision! [...] Il y a tant de gens qui parlent mal des autres religions, les tournent en dérision, font un jouet de la religion des autres : ce sont des gens qui provoquent, »
Pape François
Dans l'avion qui l'emmenait de Colombo à Manille. (Jeudi 15 janvier 2015)