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Après le policier et le prof, la nouvelle profession à risque dans les « quartiers » est… journaliste, par Gabrielle Cluzel.

Christian Lantenois, journaliste au quotidien L’Union-L’Ardennais, a été violemment agressé, samedi après-midi, lors d’un reportage dans le quartier « sensible » de la Croix-Rouge, à Reims. Lundi, « il [luttait] toujours pour rester en vie », une enquête pour tentative de meurtre a été ouverte. 

gabrielle cluzel.jpegSelon les rédactrices en chef de L’Union-L’Ardennais, qui ont publié un édito commun samedi soir, « cette agression n’est pas le fruit du hasard : voiture du journal repérée, appareil photo brisé, c’est bel et bien le journaliste qui était visé ».

Après le policier, le gendarme, le pompier, le prof, le médecin, voici la nouvelle profession à risque : journaliste. Ma petite dame, me direz-vous, il faut atterrir, ce n’est pas nouveau. Le métier de reporter de guerre a toujours été dangereux, et certains y ont même laissé leur peau. Certes. Mais c’est bien là le problème, Reims n’est pas censé être l’Afghanistan. Dans l’imaginaire collectif, la presse quotidienne régionale (PQR) s’apparente à feu le journal de Jean-Pierre Pernaut avec ses concours de villages fleuris, pas au numéro d’« Envoyé spécial » en Haut-Karabakh avec gilet pare-balles et casque lourd sur le crâne. Quand les Parisiens se mettent au vert, ils s’amusent à acheter le journal local pour le feuilleter mollement et rêvasser devant les clichés de Gérard et Raymonde fêtant leurs noces de diamants : « En province, la pluie devient une distraction » disaient avec leur acide style imagé Edmond et Jules Goncourt, en un temps où, il est vrai, Trappes était une tranquille bourgade rurale.

Ne caricaturons pas, Reims est une grande métropole, pas un village champêtre. Mais c’est une métropole bourgeoise, cossue, aisée, plus célèbre pour ses bulles que ses balles, ses biscuits roses que ses tirs de mortier. Alors, que s’est-il passé ? Que lui est-il arrivé ? Que nous est-il arrivé ? Il serait intéressant d’avoir le sentiment – d’ensauvagement – de notre ministre de la Justice. Au pays des fameux boudoirs Fossier délicatement trempés dans le champagne, les braves gens devront-ils, comme ailleurs, boire la coupe jusqu’à la lie ?

Les manifestations de soutien – politiques ou de la profession – affluent doucement mais attendent d’en savoir plus sur les circonstances. C’est important, la prudence, surtout en matière d’information, mais gageons, sans trop s’avancer, qu’on se serait royalement assis sur cette belle vertu cardinale si l’agression avait eu lieu dans un contexte de « » ou en marge d’une manif identitaire. Il y a les hypo-victimes et les hyper-victimes. Quand l’agresseur ou l’agressé ne coche pas toutes les cases pour bénéficier des cris d’orfraie et de la grosse caisse de l’extrême gauche, forcément, c’est moins bruyant. « La rédaction est debout, elle continuera toujours à faire son métier », titrait courageusement, dimanche, L’Union-L’Ardennais. Sans doute, mais dans ce métier comme dans tant d’autres, l’autocensure, discrète, s’installera. La stratégie de l’évitement parce qu’on ne peut pas faire autrement. Contourner tel quartier. Éviter telle rue, tel thème, tel sujet. C’est déjà le cas, dans certaines rédactions, par idéologie ; ce le sera bientôt par sécurité.

La rédaction de Boulevard Voltaire assure L’Union-L’Ardennais de son soutien et souhaite de tout cœur à Christian Lantenois un prompt rétablissement.

 

Gabrielle Cluzel

Ecrivain, journaliste

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