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Droit de vote aux étrangers: la confusion.

          Il y a quelques temps, Robert Redeker avait publié une sorte de Lettre Ouverte à ces "jeunes de banlieue" dont on parle tant. Nous avions jugé utile, vu l'intérêt du sujet, la noblesse du ton et, pour tout dire, la beauté du texte d'en communiquer l'intégralité à celles et ceux qui ne l'auraient pas lu (1).

          Voici un deuxième texte, lui aussi fort intéressant, publié par Redeker, mais sur un sujet cette fois tout à fait différent : faut-il, ou non, accorder le droit de vote aux étrangers, dans des élections locales ? Il ne s'agit pas, pour nous, d'être subitement d'accord avec tout ce que dit Robert Redeker, mais on verra que, sur plusieurs points, ce qu'il affirme ne peut que nous être sympathique; même si, sur d'autres, le débat reste évidemment ouvert....

(1): Voir la note "Quand Robert redeker s'adresse aux "jeunes"..... ", dans la catégorie "Banlieues: des bombes à retardement.....".

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Droit de vote aux étrangers : la confusion.

 

Par Robert Redeker, philosophe.

 

          L'étrange projet de vouloir accorder le droit de vote aux étrangers lors des élections locales exige d'être passé au crible de la critique. Rien ne semble plus en accord avec l'air du temps, l'éloge obligatoire du métissage dans tous les domaines. Mais cette inféodation à une idéo­logie dominante, aussi bariolée qu'eu­phorisante, qui suppose que la vie politique est une perpétuelle fête de la musique, masque mal la nature véritable de ce projet.

          Posons la question : est-il cohérent d'accorder, comme le veut le Parti socialiste, comme le gouvernement de Zapatero s'apprête à le faire en Espagne, le droit de vote aux élections locales et de le refuser aux élections nationales ? Une telle mesure introduirait une véritable schizo­phrénie dans le concept de citoyenneté. Elle couperait la citoyenneté en deux. Certaines personnes seraient citoyennes dans leur commune ou leur canton, mais pas dans la ­circonscription législative ni dans l'État. Elle instituerait deux séries de citoyens ; par suite, elle fabriquerait des citoyens de seconde zone qui ne manqueraient pas de réclamer rapidement de devenir des citoyens à part entière.

          Une démagogie parallèle à la démagogie en faveur des sans-papiers, de type compassionnel et «abbépierriste», s'escrimerait à créer de l'agitation à effet médiatique afin d'obtenir l'alignement des deux niveaux de citoyenneté. Être citoyen, c'est appartenir à une communauté politique. La scission, voulue par les promoteurs de ce projet, entre deux types de citoyenneté (locale et nationale), suppose que la France est une mosaïque de communautés politiques. Une vision féodale de notre pays perce derrière cette division de la citoyenneté. L'histoire, qui est ­celle de la centralisation, et les institutions nous disent pourtant le contraire : la France n'est constituée que d'une seule communauté politique, le peuple, propriétaire inaliénable de la souveraineté nationale. Autrement dit, le droit de voter aux élections locales dérive du droit de voter aux élections nationales. Les partisans de ce projet paraissent l'ignorer. Le ­geste de voter ne se divise pas.

          Ignorant l'essence de la souveraineté populaire, désireux de créer deux formes de citoyenneté, les supporteurs du droit de vote aux étrangers argumentent ainsi : ces étrangers résident dans une commune, y paient des impôts, y envoient leurs enfants à l'école, y font vivre les commerces, donc ils sont des citoyens dotés du droit de vote. Il s'agit d'un sophisme définissant la citoyenneté par la matérialité des conditions d'existence. Les seules conditions d'existence ne suffisant pourtant pas pour tracer les limites du corps politique, c'est-à-dire déterminer qui est citoyen et qui ne l'est pas.

          La différence entre le citoyen, membre du corps politique, et le simple habitant, payant ses impôts, passe par un élément qui n'est pas simplement matériel, qui s'inscrit dans un ordre du symbolique, la nationalité. Étant de type symbolique, la nationalité tresse un lien beaucoup plus fort que celui résultant des simples conditions maté­rielles d'existence. Ces dernières ne produisent que du lien social, alors que la nationalité produit du lien politique. C'est seulement quand un homme possède la nationalité, au­trement dit qu'il est attaché au corps politique par un lien symbolique qui engage à vie tout son être, qu'il est en mesure d'obtenir le droit et le devoir de vote.

          En fait, les thuriféraires du droit de vote aux étrangers, outre les fautes de raisonnement dont nous avons parlé, confondent l'homme avec le citoyen, le corps politique avec la société. Ils raisonnent sous la dictature de l'idée de société, oubliant ce qu'est la politique.

          D'une part, homme et citoyen ne sont pas des concepts synonymes : le fait d'être un homme ne transforme pas pour autant cet être en citoyen de l'État où il réside (il relève des droits de l'homme, l'État a des de­voirs envers lui, mais ne possède pas les droits politiques de cet État). D'autre part, à moins de dissoudre l'État dans la société, vivre au sein d'une société ne fait pas ipso facto d'un être humain un membre du corps politique qui anime cette société. Composé des seuls citoyens, le corps politique est plus restreint que la société. Repérons dans la nationalité l'âme moderne de cette distinction.

          Aucun argument fort ne milite en faveur du droit de vote aux étrangers. Ce projet ne témoigne que des épousailles entre de vieilles ­haines (de la nation, de la nationa­lité, des frontières, de soi), de persis­tantes ignorances (de la citoyenneté, de la nature du corps politique) et de nouvelles idolâtries (fanatisme de l'in­différenciation, culte de la société). Son adoption briserait l'indivisibilité de la république, effacerait la continuité qui va de la commune au sommet de l'État, rendrait la nationalité inutile, détruirait le lien politique au profit du lien social, menacerait le corps politique en le diluant dans le corps social.

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