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viviani

  • 23 août 1914 ... Léon Daudet : Je vis dans une mortelle angoisse en attendant l'issue de la bataille

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    D'une lettre à Léon Daudet : "...Pour tout vous dire, mon cher ami, je vis dans une mortelle angoisse en attendant l'issue de la bataille. Nous avons eu raison sur tant de points que j'ai peur que nous n'ayons raison jusqu'au bout, - et ce bout je n'ose même pas écrire le nom qu'il porte à la guerre... En somme, n'est-ce pas, c'est Viviani et LLoyd George, deux avocats radicaux-socialistes, qui font campagne contre un Etat dont la guerre est "l'industrie nationale". La situation, en dernière analyse se réduit à cela. Et nous voici à l'heure du grand jugement pour les hommes et pour les idées, pour les caractères et pour les institutions. Tuba mirum spargens sonum. Seulement, c'est le canon qui est la trompette formidable.

    Vous ne pouvez vous représenter l'aspect de Paris depuis trois semaines. Dans l'espace d'un jour, toutes les nuances se succèdent : espérance, inquiétude, colère, abattement, retour à la confiance. C'est la mobilité d'un visage de femme..."

    Aujourd'hui, c'est une crispation qui se voyait sur ce visage. L'entrée des Allemands à Bruxelles a introduit le peuple de Paris dans des pensées graves. On comprend que l'ennemi marche vers la frontière du Nord. On commence à s'étonner un peu que nous l'ayons laissé descendre si bas...

    La vérité est, paraît-il, que les Anglais ont retardé l'action. Leur débarquement a été lent. Ils marchent, encombrés d'un nombreux bagage : ils ont jusqu'à de tables à thé et de la glace pilée pour le whisky, me disait quelqu'un tantôt. 

    Le même, bien informé des choses maritimes, ajoutait que la marche de l'escadre anglaise était entravée par le nombre prodigieux de mines que les Allemands ont semées dans la mer du Nord. En outre Heligoland est devenue une île de feu et de flamme dont on ne peut approcher et qui menace les plus puissants dreadnoughts. Les Anglais regrettent amèrement aujourd'hui d'avoir cédé cette île aux Allemands contre je en sais plus quel morceau de Zanzibar... En réalité, l'Anglais a usurpé sa réputation. Il est imprévoyant et impolitique. Il vit au jour le jour, sans grand dessein, sans idées générales. Il nous a laissé battre en 1870 et il doit faire la guerre à nos côtés aujourd'hui, ce n'est pas économique. Il a laissé venir le moment de cette guerre sans s'être créé l'armée qu'il lui eût fallu pour la soutenir dans de bonnes conditions. L'histoire n'admirera pas cela non plus.

    Les blessés soignés à la Croix-Rouge, nous dit Mme de Mac-Mahon, racontent l'impression d'horreur et d'angoisse qu'ils ont ressentie en se voyant tomber sur le champ de bataille, redoutant d'être achevés sinon torturés par les Allemands. Cette guerre prend un caractère si atroce de peuples et de races que les républicains eux-mêmes s'en aperçoivent. Messimy a déclaré qu'il ne s'agissait plus de la "guerre en dentelles". Nous n'avons donc pas fait de progrès, et l'humanité non plus, depuis Fontenoy ?

    On parle d'une invention terrible de Turpin, un explosif incomparable que les avions jetteraient du haut des airs et qui serait capable d'anéantir des milliers d'hommes d'un coup. Mais de quoi ne parle-t-on pas ? Et quelle fable ne trouverait créance parmi deux millions de Parisiens qui attendent  l'issue d'une terrible bataille ? 

     

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  • 8 août 1914... Le ministère de la Guerre ne veut rendre public que des succès définitifs

    443px-Gabriel_Hanotaux_1898.jpgTandis qu'il en est temps encore, il faut noter quelques-unes des plus fortes erreurs d'appréciation parmi toutes celles qui ont été commises dans les journées qui ont précédé la guerre, alors que Vienne et Berlin étaient d'accord, comme vient de le révéler le Livre bleu, pour mettre le feu à l'Europe, et que la mobilisation allemande était déjà commencée.

    Gabriel Hanotaux, ancien ministre des Affaires étrangères, écrivait dans le numéro de la Revue hebdomadaire paru le 25 juillet, c'est-à-dire le lendemain de la remise de la note autrichienne à Belgrade, un article optimiste qui commençait par ces mots : "Il paraît bien probable que l'évènement tragique de Sarajevo ne donnera pas lieu, pour le moment du moins, à une crise internationale", et qui finissait par ceux-ci : "Il appartient à l'empereur François-Joseph d'apporter à ses peuples et à l'Europe ce bienfait inappréciable (un accommodement, un compromis avec les Slaves du Sud)... Qui sait ? Le patriarche européen n'a peut-être survécu que pour cela."

    Il y a plus fort. Le 28 juillet, c'est-à-dire le lendemain de l'acquittement de Mme Caillaux, quand la partie austro-allemande était irrémédiablement engagée, François Deloncle écrivait en tête de Paris-Journal, dont il est directeur : "Laissons maintenant les puissances faire leur petite cuisine. Sans doute ça durera quelques jours, mais j'ai l'impression que tout le monde va y mettre un peu du sien et que, somme toute, on élaborera quelques bonnes formules qui règleront le différend sans compromettre la paix de l'Europe."

    Notez que François Deloncle, à la Chambre, quand il était député des Basses-Alpes, et dans la presse, s'est acquis la réputation d'un spécialiste des Affaires étrangères. Il est un des habitués du salon de Mme de Montebello, la grande élève de M. de Chaudordy, celle qui a converti jadis Delcassé au chaudordysme. Mme de Montebello était austrophile, avait un salon où fréquentaient des princes de Parme. De plus, François Deloncle, depuis qu'il a perdu son siège de député, remplit des missions pour le compte du gouvernement français...

    Si c'est ainsi que le gouvernement était renseigné, on comprend que M. Poincaré et M. Viviani aient été surpris par les évènements au milieu de la Baltique !

    Au moment où j'écris ces lignes, Henri Mazet vient m'apprendre que nos troupes sont entrées à Mulhouse. Deux officiers généraux s'annonçaient la nouvelle au café en s'embrassant. Les journaux ne publient pas encore ces admirables nouvelles. Mais le bruit courait déjà avant-hier que nous étions à Munster, hier que nous étions à Colmar.  

    Le ministère de la Guerre ne veut rendre public que des succès définitifs. C'est sage.

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