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LAFAUTEAROUSSEAU - Page 1539

  • LITTERATURE & ACTUALITE • Vauvenargues, notre contemporain vu par Eric Zemmour *

     

    Les Éditions des Mille et Une Nuits ont eu la bonne idée de rééditer ce bijou d'un jeune homme âgé alors de 22 ans, qui tranche une question éternelle de la philosophie : la liberté.  

     

    ZemmourOK - Copie.jpgIl est né quelques jours après la mort de Louis XIV. Il a 22 ans, et s'ennuie dans le fort de Besançon. Il attend non l'ennemi qui le fera héros, mais le livre qui le rendra célèbre. Il rédige, entre deux corvées militaires, un bref et incisif Traité sur la liberté comme illusion ; mais cet ouvrage ne sera publié qu'en 1806, l'année de la victoire d'Iéna. Trop iconoclaste, trop dangereux. Vauvenargues ne renonce pas. Il deviendra l'ami de Voltaire, qui l'encourage à achever ses Réflexions et Maximes, qui feront de lui l'un des trois plus grands moralistes français, avec La Rochefoucauld et Chamfort ; mais la postérité injuste le traitera toujours comme le cadet des deux autres. Il meurt à 37 ans. Descartes, Pascal, Vauvenargues : les génies mouraient jeunes à l'époque: mais ils avaient quand même le temps de laisser une empreinte profonde. Les Éditions Mille et Une Nuits ont eu la bonne idée de rééditer ce petit bijou. Avec un travail éditorial impeccable pour mieux sertir cette langue magnifique, vive et sans graisse, qui virevolte, caracole à bride abattue, comme un mousquetaire du roi, toujours élégant, même lorsqu'il use de sa rapière pour fendre l'adversaire. Vauvenargues reprend l'éternelle question du libre arbitre, et la règle d'un coup sec: tout n'est qu'illusion. « Nul n'est libre, et la liberté est un mot que les hommes n'entendent point.»

    L'homme, pressé d'agir, veut se croire libre de faire, et préfère ignorer qu'il est le lieu confus de pensées et d'envies contradictoires, de passions, de sentiments et de raisons multiples qui « le déterminent », le « font agir » alors qu'il se croit autonome et libre. Deux siècles avant Freud, Vauvenargues avait deviné la notion d'inconscient. Mais il le dit avec simplicité et élégance, sans jargon scientifique ni prétention prophétique. « La volonté n'est qu'un désir qui n'est point combattu… Point de volonté qui ne soit un effet de quelque passion ou de quelque réflexion. » Bref, il est un homme du XVIIIe et non du XIXe siècle.

    C'est aussi son drame. Il est déjà trop de son temps, pour reprendre la conception du « libre arbitre » de l'Église. Il essaie pourtant de « courber notre esprit sous la foi ». Il a lu Pascal : « la grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable ». Mais son ironie déjà voltairienne est la plus forte : « Si vous faites la volonté tout à fait indépendante, elle n'est plus soumise à Dieu ; si elle est toujours soumise à Dieu, elle est toujours dépendante… Nous suivons les lois éternelles en suivant nos propres désirs ; mais nous les suivons sans contrainte, et voilà notre liberté… C'est toujours Dieu qui agit dans toutes ces circonstances ; mais quand il nous meut malgré nous, cela s'appelle contrainte ; et quand il nous conduit par nos propres désirs, cela se nomme liberté… Mais comme Il ne veut pas nous rendre tous heureux, Il ne veut pas non plus que tous suivent sa loi. »

    Vauvenargues est entre Spinoza et Pascal, entre Voltaire et Nietzsche. Il est trop pessimiste pour les philosophes de son temps, et trop indépendant pour l'Église. Vauvenargues n'arrivant pas à exonérer Dieu du mal sur la terre, il risque d'être accusé d'athéisme et d'immoralisme comme Spinoza, même s'il évite de blasphémer ouvertement. On comprend mieux sa prudence éditoriale, mais aussi son statut marginal au sein du mouvement des Lumières. Vauvenargues est un Romain qui privilégie l'intérêt général et annonce certains accents révolutionnaires: « La préférence de l'intérêt général au personnel est la seule définition qui soit digne de la vertu, et qui doive en fixer l'idée. Au contraire, le sacrifice mercenaire du bonheur public à l'intérêt propre est le sceau éternel du vice. » Mais son siècle est obsédé par la découverte de l'individu et de sa liberté, sa liberté de croire ou de ne pas croire (Voltaire, Diderot), et la liberté romantique et le fantasme d'indépendance absolue (Rousseau et la « table rase » de 1789).

    Vauvenargues ne serait pas trop décontenancé par nos débats contemporains. Mises à part notre prose obèse et prétentieuse, notre langue abîmée et avariée, nos querelles tournent toujours autour de cette sacrée liberté. Vauvenargues aurait le plaisir de constater que son intuition avait été amplement creusée et démontrée : notre volonté soi-disant autonome est le lieu d'innombrables conditionnements et déterminismes, que ceux-ci soient économiques, sociaux, culturels, ou psychiques et génétiques. Mais le paradoxe est que nos sociétés ont fait de cette illusion de liberté le fondement de notre bonheur individuel (les chimères de « développement personnel » sont l'objet d'un marché lucratif) et de l'organisation de nos sociétés, liberté de choisir ses gouvernants, ses amis, ses femmes et ses maris, ses vêtements et ses distractions, jusqu'à ses enfants, sur catalogue, et même son sexe, selon ses désirs de l'instant. Jamais nous n'avons eu une connaissance aussi approfondie des limites de notre autonomie ; et jamais nous ne nous sommes prétendus aussi libres, jusqu'au caprice.

    Comme à l'époque de Vauvenargues, une Église sourcilleuse et vindicative contrôle et sanctionne le moindre manquement au dogme religieux de l'époque ; mais la foi catholique a été remplacée par une doxa antiraciste, féministe, xénophile et homophile, où l'amour de l'Autre a remplacé l'amour du fils de Dieu, mais où les Tribunaux continuent de traquer et punir les blasphémateurs. Les prêtres de la nouvelle Église sont encore plus hypocrites et vindicatifs que ne le furent leurs modèles catholiques. Comme au temps de Vauvenargues, nous avons les héritiers des philosophes, en plus petits et médiocres, qui continuent d'exalter la liberté d'expression pour mieux l'interdire à leurs adversaires, et glorifier le « peuple » pour mieux mépriser « la canaille» , qui s'appelle désormais « populiste ». Vauvenargues ne serait vraiment pas décontenancé parmi nous : la liberté est toujours une illusion.

     

    La liberté comme illusion, Vauvenargues. Mille et Une Nuits. 75 p., 3 €

     Eric Zemmour  - Le Figaro

  • THEÄTRE & FESTIVALS • Festival d’Avignon : De mal en Py Son Roi Lear sonne faux

     

    Excellente critique de Paulina Dalmayer dans Causeur. 

     

    Il y a peu, Elisabeth Lévy citait Jésus pour demander à Emmanuel Todd « Qu’as-tu fait de tes talents ? ». Peut-être faudrait-il initier dans Causeur un cycle de portraits de personnalités à qui on poserait la même question ? En effet, la dernière production d’Olivier Py, présentée en ouverture du 69e Festival d’Avignon, nous inflige une complète déception. Son Roi Lear sonne faux et même archi-faux. Le paradoxe fondamental du théâtre exige pourtant de rendre crédibles les créations de l’esprit les plus abstraites, de faire croire aux rationalistes que nous sommes à l’improbable apparition du fantôme d’un père assassiné et à l’intervention des elfes dans les affaires de ce bas monde. Ce n’est pas par hasard  que le grand maître Grotowski jugeait le jeu de ses acteurs selon un critère de prime abord insensé : « je crois » ou, « je ne crois pas ». Olivier Py ne nous donne pas à croire à la tragédie de Lear. Pis, il nous fait éprouver en presque trois heures que dure le spectacle un sentiment de gêne- inévitable quand on assiste à un échec aussi spectaculaire.

    Longtemps, l’ex-directeur du Théâtre de l’Odéon a été libre de raconter n’importe quoi sur des sujets qui n’entrent pas dans le champ de ses compétences. Ses talents de dramaturge et de metteur en scène l’excusaient. Quiconque a vu Les Vainqueurs, cette merveilleuse épopée qui permettait de s’abandonner avec confiance à la jubilation du style d’un Py à la fois farceur et mystique, ne saurait lui reprocher sa bien-pensance en politique. Certes, on tombait en arrêt devant ses déclarations sur l’« intolérable intolérance de l’Eglise » face au mariage gay. Mais Py nous a offert une épatante intégrale du Soulier de satin et cela suffisait pour oublier le reste. D’autant que l’auteur des Illusions comiques bénéficiait d’un sens de l’humour et de l’autodérision tout à fait exceptionnel chez un conservateur de gauche. À la limite, on rigolait quand il voulait transférer le festival d’Avignon, alors menacé par la peste brune, vers une cité qui ferait montre d’un refus catégorique à l’assaut de la pensée réactionnaire. On ignore où exactement, vers Alger peut-être? La programmation de la présente livraison du festival, dont Olivier Py assure la direction depuis deux ans, a suscité quelques interrogations : l’immense cour d’honneur du palais des papes s’adapte-elle réellement à la lecture de Sade qui y sera donnée par Isabelle Huppert ? Fallait-il à tout prix inclure au programme le spectacle 81 avenue Victor Hugo lequel, grâce à la participation d’acteurs sans-papiers, a suscité le « buzz », sans avoir réussi à créer un événement artistique ? Passons. On attendait Le Roi Lear dans la mise en scène et dans la nouvelle traduction de Py, à qui il a fallu « trente ans pour oser cette traduction » et de « longues années de méditation sur Shakespeare » pour aboutir à ce spectacle.

    Audacieuse, ramassée, énergique, bien que parfois complaisante à l’oreille contemporaine, la traduction d’Olivier Py met en valeur la diversité des registres de la langue shakespearienne et épargne ses métaphores sexuées, ses accès de violence ou de trivialité. Hélas, incités à gueuler leurs répliques sans relâche et sans nuance, les acteurs consentent à anéantir le beau travail d’Olivier Py sur le texte, par le désastreux travail d’Olivier Py metteur en scène. Philippe Gerard peine ainsi à convaincre dans le costume sobre qu’a conçu Pierre-André Weitz, à la mesure d’un Lear unidimensionnel à qui on a ôté le nécessaire pathos d’un grand mégalomane, et la noblesse d’un homme déchu ayant pris conscience de ses propres erreurs. D’ailleurs, l’acteur ne s’en sort pas mieux entièrement dénudé, feignant la folie jusqu’au persiflage. Car, évidemment, la nudité masculine n’a pas été épargnée aux spectateurs. Mathieu Dessertine dans le rôle d’Edgar, fils légitime du comte Gloucester, semble prendre un plaisir jouissif à exhiber son sexe pendant un bon quart d’heure au moins. Seulement, on cherche le pourquoi de ce naturisme scénique. La canicule est-elle en cause ou s’agit-il d’épater le bourgeois? Peu importe, l’idée fait un flop. Ce qui étonnerait encore en 2015, ce serait plutôt un spectacle sans strip-tease, allusion sado-maso, ni obsessions scatologiques. En déféquant devant le public, Amira Casar en Goneril, une des filles de Lear, aurait-elle tenté d’incarner le climat de l’époque élisabéthaine, « noir, radical, fulgurant » comme nous l’explique Olivier Py? En la regardant -mécanique dans ses gestes, agaçante par sa déclamation monocorde du texte- on songe surtout à cette phrase de la pièce : « Oh le monde ! Sans ces désastres qui nous font le haïr/On n’accepterait pas la mort, c’est sûr!».  Si dans Le Roi Lear, Shakespeare fulminait une terrible prophétie « de ce que deviendra le monde moderne, de ce que deviendra le monde de la raison », Olivier Py y met du sien en déshumanisant les personnages du dramaturge.

    Tout peut se justifier dans une mise en scène, y compris le recours aux moyens d’expression scénique les plus choquants. Le désastre de la proposition d’Olivier Py ne vient pas du fait que les hommes y courent à poil tandis que les femmes sont réduites à l’image de harpies déchainées (Goneril, Régane) ou d’oie nigaude (Cordélia). La débâcle est due à l’impossibilité du metteur en scène de justifier ses choix et de les rendre compréhensibles au public. André Engel optait, il y a quelques années, pour un « Lear » situé dans les années 30 en Amérique, avec Michel Piccoli dans le rôle principal ressemblant à un parrain mafieux. Sa vision pouvait faire adhérer ou pas, mais elle se défendait de manière objective par sa cohérence. Dans le programme, Olivier Py nous explique que « la pièce parle très précisément de ce qui s’est passé entre 1914 et 1989, c’est-à-dire au cours du XXème siècle ». Très bien. Reste que sa réalisation ne le montre pas, pas plus qu’elle ne sert à soutenir cette lecture. Sous prétexte de raconter le chaos d’un monde où « le langage ne sert plus à rien », Olivier Py se satisfait d’une mise en scène chaotique et illisible.

    Il serait malheureux de conclure que cette année nous pourrions nous éviter un déplacement sous les tropiques avignonnais pour voir du bon théâtre. Ceci n’est vrai qu’en ce qui concerne les représentations programmées dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Fort heureusement, le Festival a aussi ouvert avec un bouleversant Thomas Bernhard dans la mise en scène du Polonais Krystian Lupa. Des arbres à abattre, la pièce dont il est question, constitue une charge féroce contre l’establishment culturel et son autosatisfaction. Olivier Py n’aurait pas perdu son temps en la méditant. 

    * Photo : DELALANDE/SIPA. 00679735_000001.

    L'auteur Paulina Dalmayer est journaliste et travaille dans l'édition
     
  • MEDIAS & LITTERATURE • Marcel Pagnol : 120 ans, et pas une ride

     

    Pour commémorer les 120 ans de la naissance de l'écrivain, le Figaro Hors-Série publie un numéro exceptionnel, entre album souvenir, portrait ensoleillé, profil d'une œuvre généreuse, au charme éternel.

    Il a enchanté nos lectures d'enfance, nous a fait vivre la chasse buissonnière dans La Gloire de mon père, courir dans les collines embaumées de sarriette et de lavande, trembler devant le gardien du Château de ma mère, rêver d'aventures et de haute mer avec Marius, pleurer l'amour qui part avec Fanny.

    Marcel Pagnol aurait eu 120 ans cette année. Il n'a pas pris une ride. Pour célébrer cet anniversaire, le Figaro Hors-Série consacre un numéro exceptionnel à l'homme, le cinéaste, l'écrivain. Celui qui, des chemins d'Aubagne au Vieux- port de Marseille, touche à l'universel: «En nous parlant de lui», écrit Michel De Jaegehere dans son éditorial, «jamais il n'avait mieux paru s'adresser, tête à tête, à chacun d'entre nous, pour lui dire les merveilles et la brièveté de la vie.»

    Au fil des 106 pages de ce Figaro Hors-Série, magnifiquement illustrées des dessins du Marseillais Albert Dubout, des photos d'archives de sa vie et de ses films, on découvre l'enfant des collines, dont les récits ont la chaleur de l'été, au son des cigales et des parties de pétanque que l'on joue sous la treille. Le dramaturge, dont les personnages nous ressemblent comme des frères, dont on ne serait pas toujours très fiers: Topaze, l'instituteur ingénu qui finit en maître de la corruption et troque son infructueuse honnêteté pour le culte de l'argent ; Ugolin Soubeyrran, le paysan cupide qui laisse mourir à la tâche Jean de Florette, le «pauvre bossu», plutôt que de lui révéler l'emplacement de la source qu'il a bouchée ; la femme du boulanger, qui quitte son ballot de mari pour vivre une passion aussi dévorante qu'éphémère avec un berger de passage.

    On entre aussi dans « la bande à Pagnol » : Raimu, Charpin, Fresnay, qui plus qu'une équipe de tournage forment autour de lui une famille, avec ses bonheurs et ses chamailleries, et qui immortalisent à l'écran un monde révolu, partagé entre l'instituteur et le curé, où la Comédie humaine se joue au village et aux champs.

    Récit de sa vie en douze journées, exploration de sa «Provence intérieure», présentation des adaptations de ses œuvres au cinéma, dictionnaire de ses personnages, agenda des commémorations de l'année Pagnol: ce numéro du Figaro Hors-série est à savourer tout l'été, sans modération. 

    Pagnol, Le Figaro Hors-Série, 8,90€, en kiosque et sur www.figarostore

  • Loisirs • Culture • Traditions ...

  • Aujourd'hui, Saint Benoît, patron de l'Europe : si l'Europe veut exister, qu'elle commence par ses racines

     

    Saint Benoît-sur-Loire : « une des plus anciennes églises romanes de France. Ses fondations remontent au XIème siècle. (...) La basilique apparaît derrière un écran d'aubépines. Dieu, qu'elle est belle dans sa robuste simplicité ! Sa façade, couleur de vieil ivoire, ressemble à une plaque d'évangéliaire. (...) Dans la crypte, je distingue, dans la pénombre, un sarcophage très ancien : c'est celui de Philippe 1er. Puis, une châsse plus ancienne encore, contenant les reliques de Saint Benoît, le saint patron de l'Europe ».    

     

    Jacques Benoist-Méchin

    A l'épreuve du temps, Tome 2, 1940-1947, Julliard, 1989

     

  • « Laudato si', intégralement politique » : dossier du numéro d'été de Politique magazine - qui vient de paraître

    Découvrez le numéro de juillet-août !

    Dossier : Laudato si', intégralement politique 

    A quelques mois de la conférence sur le climat qui se tiendra à Paris fin 2015, le pape a donc publié son encyclique tant attendue sur l'écologie. Laudato si' fait la part belle à l'écologie humaine qui prend en compte la nature dans son intégralité : l'homme et son environnement. Une vision anthropologique en totale opposition avec celle promue par nos sociétés occidentales où l'homme se prend pour son propre dieu. Politique magazine explore et interroge cette notion « d'écologie intégrale » à la lumière de la crise environnementale, morale, sociale et finalement politique qui caractérise ce que le philosophe Jean-François Mattéi a appelé « l'immonde moderne »..

    Et aussi dans ce numéro… 54 pages d’actualité, d’analyse et de culture ! 

     

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  • SOCIETE • Le touriste est l'avenir de l'homme ?

     

    Intéressante chronique de Natacha Polony qui rejoint la réflexion de Camille Pascal et le grand texte sarcastique de Philippe Muray que nous avons publiés ici les 27 juin et 30 juin dernier. Sur les réalités du tourisme contemporain.  Partant, du monde moderne lui-même.

     

    929035447.jpgDans nos mythologies contemporaines, le touriste occupe une place toute particulière, parce qu'il est possible de lui assigner les rôles les plus divers suivant le point de vue que l'on décide d'adopter, suivant que l'on a décidé de rappeler à l'ordre des Français trop fiers et oublieux de leur statut désormais acquis de nation subalterne ne pouvant vivre que du tourisme ou de s'insurger contre les mauvaises manières des adeptes de la canne à selfie. Le touriste, notre nouveau miroir déformant.

    Pourtant, une image vient s'ajouter aux autres : celle, terrifiante, d'une jeune femme blonde en Bikini pleurant sur une plage de Sousse ses compatriotes massacrés. Le sable doré, le ciel bleu et, soudain, le décalage entre ce maillot de bain minuscule qui s'étale triomphalement dans les magazines et ce corps soudain fragile, trop dénudé pour dire le deuil.

    Si les islamistes tunisiens s'en prennent aux touristes, c'est d'abord pour des raisons économiques, parce qu'ils savent qu'une jeunesse privée de ressources, désespérée et frustrée, basculera plus facilement. Mais c'est aussi parce que les touristes incarnent à eux seuls cet Occident qu'ils prétendent combattre alors qu'ils en adoptent les codes et les techniques. On repense au terrible poème sarcastique de Philippe Muray Tombeau pour une touriste innocente, écrit en 2003 et qui prend aujourd'hui une résonance tragique. Cette touriste blonde, pétrie de bonnes intentions et de développement durable, militant pour les rampes d'accès handicapé sur les monuments historiques et le transhumanisme, finit décapitée par un terroriste faux rebelle qui est son double symbolique. Le texte est cruel ; glaçant parce que ce qui n'était qu'une provocation délectable est devenu réalité.

    Ce texte avait déjà provoqué l'ire de Thomas Legrand, éditorialiste sur France Inter, après la mort d'Hervé Gourdel en 2014. Feignant d'ignorer qu'Hervé Gourdel n'avait rien à voir avec le profil moqué par Philippe Muray, il qualifiait l'écrivain moraliste d'« auteur fétiche de tous les nouveaux réacs identitaires » (« identitaire », nouveau terme fourre-tout et infamant). Mais surtout, il opérait une formidable manipulation en dissertant sur l'expression revenue, elle aussi, sur le devant de la scène : « guerre de civilisation » pour expliquer que la guerre n'était pas entre chrétiens et musulmans (comme le pensent certainement les méchants réacs ; faut-il rappeler au brillant éditorialiste que le terme « civilisation » est au singulier, suggérant un combat de la civilisation en général, Orient et Occident, chrétiens et musulmans, contre la barbarie?) mais entre le camp du Bien, les tenants de « l'ouverture » et du « métissage », et le camp du Mal, partout dans le monde, de Poutine à Philippe Muray, des souverainistes aux islamistes, mis dans le même sac pour faire bonne mesure. Et moquer les touristes, c'est être dans le camp du Mal.

    Dans son éditorial du mois de juillet, le magazine Courrier international se réjouit en ces termes que les attentats, partout dans le monde, n'empêchent pas la belle croissance de ce secteur d'activité: « Cette année encore, près de 1,2 milliard de personnes franchiront une frontière. Et pour aller où ? De préférence, là où l'on se retrouve… entre touristes, de Las Vegas à la Costa del Sol, de Kuta (Bali) à Pattaya (Thaïlande). Pour s'amuser, pour la chaleur et les plages, les boîtes de nuit et les tournées des bars…» Le texte se conclut par cette question en forme d'évidence : « Comment ne pas être en faveur de cette démocratisation du tourisme ? » C'est vrai, comment ne pas être en faveur de cette transhumance de l'absurde dont les derniers avatars sont les selfies nus que prennent certains dans des sites sacrés ou grandioses, des temples d'Angkor au Machu Picchu ? Comment ne pas être en faveur de cette transformation des traces des civilisations humaines en joli décor pour une mise en scène de soi. Récemment, des articles de presse se sont émus de voir sur les réseaux sociaux des collections de selfies souriants pris au mémorial de la Shoah à Berlin. Parce que le tourisme des beuveries à Ibiza et le tourisme qui enchaîne les visites de monuments privés de contexte historique et des connaissances minimales pour les aborder se sont rejoints en une industrie incarnant l'« ouverture » et la « démocratisation », donc le Bien. « Le tourisme, écrivait Jean Mistler, écrivain, diplomate et visiblement mauvais coucheur, est une industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux dans des endroits qui seraient mieux sans eux. » Parce que la meilleure façon de lutter contre le nihilisme barbare, c'est de lui opposer, non les proclamations moralisatrices, mais le sens.   

    Natacha Polony - Figarovox            

     

  • HISTOIRE • L’histoire du « duc de fer »,par Anne Bernet

     

    Rééditée à l’occasion du bicentenaire de Waterloo, la biographie, l’une des rares disponibles en notre langue, qu’Antoine d’Arjuzon donna de Wellington en trace un portrait sensible.

    Né en Irlande en 1769, Arthur Wellesley appartient à l’une de ces familles de l’aristocratie anglaise que Cromwell expédia dans l’île catholique afin de l’assujettir après avoir dépossédé la noblesse locale : état de fait devenu intolérable, ce qui rendra Wellington partisan de l’autonomie. C’est d’ailleurs pour avoir défendu les droits des catholiques irlandais que, devenu Premier ministre, il chutera.

    Intelligent, pragmatique, révolté par l’injustice, Wellington n’est pas homme à cautionner les mauvais choix, politiques ou stratégiques. Cette lucidité l’a conduit, cadet sans avenir, à choisir, contre ses penchants personnels, la carrière des armes où il révélera son génie.

    Antoine d’Arjuzon fait évidemment la part belle au guerrier ; sans occulter l’homme privé, le diplomate, le politique. Sous sa plume, « le duc de fer » devient l’archétype d’une conception aristocratique de l’existence qui tendait, déjà, à se perdre. Parangon de fidélité monarchique, respectant l’adversaire valeureux, méprisant les comportements bourgeois et les étroitesses victoriennes, Arthur Wellesley demeure l’un des derniers grands seigneurs européens, et force l’admiration même des plus prévenus. 

    Wellington, d’Antoine d’Arjuzon, Perrin, 530 p., 25 euros.

      - Politique magazine

  • Houellebecq à Matignon, Boutih à l’Intérieur ?

     

    Leurs analyses de la radicalisation islamiste convergent : c'est ce que Pascal Bories expose  dans Causeur.

    On notera simplement le caractère très critique des dites analyses à l'endroit du « corpus de valeurs » et de « l’ordre social très peu contraignant de nos sociétés démocratiques occidentales » et même à l'endroit de « la notion de République [...] inintelligible, comme diluée dans le libéralisme et la modernité ». Décidément, la contestation du régime gagne tous les milieux. « Déliquescence de notre système démocratique » ? Telle est l'expression que Pascal Bories utilise. Nous aussi.  LFAR

     

    pbories_thumbnail.jpgLa semaine dernière, Malek Boutih rendait un rapport sur la radicalisation djihadiste, qui lui avait été commandé par Manuel Valls fin février, dans la foulée des attentats de Paris. Un rapport « choc » pour les médias, bien qu’il ne recèle aucun scoop. Au même moment paraissait le numéro de juillet de la Revue des deux mondes, dans laquelle on peut lire une interview de Michel Houellebecq notamment consacrée aux questions de l’islam et du djihadisme. Là non plus, aucune provoc à signaler, hormis le soutien de l’écrivain à Michel Onfray qui aurait selon lui trouvé « le mot juste » en qualifiant le Premier ministre de « crétin ». 

    A priori, le député de l’Essonne et l’auteur de Soumission ne s’étaient pas consultés, mais leurs analyses très similaires apportent un vent de fraîcheur salvatrice en ces jours de canicule. Lisez plutôt. Boutih : « Là où la société se demande pourquoi part-on mourir à vingt ans au bout du monde, le djihadiste, lui, voit un chemin pour sortir de l’ennui de la pauvreté, de l’absence de perspectives. » Houellebecq : « Le terrorisme et le militantisme sont des moyens de socialisation. Ça doit être très sympa de vivre des moments ensemble, des moments forts contre la police… L’impression d’être ensemble contre tous. Ça crée de vraies relations, une amitié forte, voire l’amour dans le cas des femmes de djihadistes. »

    Malek Boutih développe : « Le corpus de valeurs et l’ordre social très peu contraignant de nos sociétés démocratiques occidentales ne fournissent pas un cadre suffisamment englobant et sécurisant pour s’y ancrer et s’y attacher. » Ou encore, plus loin : « La notion de République est inintelligible, comme diluée dans le libéralisme et la modernité, et le sentiment d’appartenance à une communauté nationale est très affaibli. Or une partie de la jeunesse refuse ces valeurs trop “molles” et cherche à se distinguer. » L’écrivain poursuit, en écho : « Une action violente quelconque peut effectivement être vue comme un moyen de sortir de l’anomie (désorganisation sociale résultant de l’absence de normes communes) désespérante.»

    Dans son texte intitulé Génération radicale, Malek Boutih tire donc la sonnette d’alarme, citant un sondage récent : « 61% des jeunes interrogés participeraient à un mouvement de révolte de grande ampleur. Rien de surprenant lorsque la frustration se combine à l’impuissance du monde politique. Les conditions de la radicalisation sont réunies, pas seulement pour une frange marginalisée, mais pour une majorité de la jeunesse ». Inquiet de « l’anomie » française, Houellebecq remarque : « On est davantage ensemble quand on a beaucoup d’ennemis. » De quoi faire réfléchir les chantres du « vivre ensemble », cette belle intention condamnée à paver l’enfer contemporain tant qu’on ne propose aucun combat commun…

    L’un et l’autre prennent d’ailleurs la défense de la mobilisation monstre du 11 janvier. Houellebecq juge qu’elle était « impressionnante et sincère » et avoue, chose rarissime chez cet incurable blasé : « Cette réaction massive m’a quand même fait plaisir ». Pour Boutih aussi, Todd n’a rien compris : « Face à un tel évènement la simple observation de données statistiques, de cartes et de graphiques, ne suffit pas à construire une analyse politique. » Et le député PS de dénoncer au contraire, sans langue de bois : « Sous l’effet d’une certaine gauche à court d’idéologie, les musulmans sont devenus la figure du peuple opprimé et Israël, puis les juifs par extension, le symbole de l’oppresseur occidental. » Heureusement, après les attentats, « la domination totale » de la gauche dans la sphère intellectuelle « s’est nettement fissurée », assure Houellebecq.

    Leur seul point de divergence ? Pour Boutih, « le succès des recruteurs djihadistes auprès des jeunes repose sur l’adhésion à un projet politique entrant en résonnance avec leurs préoccupations internationales et leur rejet de la société démocratique occidentale, plus qu’à une doctrine religieuse fondamentaliste ». Tandis que pour Houellebecq, il s’agit tout de même de « combattre une secte religieuse ». Ce qui n’est selon lui « pas une chose facile », et pour cause : « Une réponse purement policière à une secte religieuse n’a pas de garantie de l’emporter. Quand on n’a pas peur de la mort, la police on s’en fout un peu. »

    A cette exception près, la réapparition de telles convergences entre hommes politiques et gens de lettres est une excellente nouvelle. Le relatif courage de certains politiciens, comme Malek Boutih, et ce que Michel Houellebecq appelle « la tentation de liberté chez certains intellectuels » pourraient même – qui sait – nous fournir un début de remède à la déliquescence de notre système démocratique : la possibilité d’appeler un chat un chat.  

    Pascal Bories - Causeur 

    * Photo : EFE/SIPA/00711526_000002

     

  • « Ca y est ! Le buzz s'est fait autour du remarquable entretien donné par Emmanuel Macron au 1, le stimulant hebdo ... »

     

    Ce titre, cette image, sont à la Une du site du Figaro de ce matin.

    Ainsi se trouve réintroduite, au centre du Politique et du Réel, la figure du Roi, ou son absence et sa nécessité. Réintroduite qui plus est, par le ministre de l'Economie de la République, de surcroît intellectuel et philosophe.

    Suit un article de François Huguenin profond et contestable par endroits, mais qui n'en dit pas moins l'essentiel sur l'incomplétude de la démocratie française et le manque d'incarnation - nécessairement royale - qui est sa déficience profonde. 

    Pour le royalisme français - qui n'a à en tirer ni gloriole, ni rancune, ni mauvaise grâce - quelle justification, tout de même !

     

  • Philippe Muray : Chers Djihadistes, craignez le courroux de l'homme en bermuda

     

    « Chers djihadistes,

    L'Occident s'achève en bermuda […] Craignez le courroux de l'homme en bermuda. Craignez la colère du consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ! Vous nous imaginez vautrés dans des plaisirs et des loisirs qui nous ont ramollis. Eh bien,nous lutterons comme des lions pour protéger notre ramollissement.  

    Chers djihadistes, chevauchant vos éléphants de fer et de feu, vous êtes entrés avec fureur dans notre magasin de porcelaine. Mais c'est un magasin de porcelaine dont les propriétaires de longue date ont entrepris de réduire en miettes tout ce qui s'y trouvait entassé. […] Vous êtes les premiers démolisseurs à s'attaquer à des destructeurs. Les premiers incendiaires en concurrence avec des pyromanes. […] À la différence des nôtres, vos démolitions s'effectuent en toute illégalité et s'attirent un blâme quasi unanime. Tandis que c'est dans l'enthousiasme général que nous mettons au point nos tortueuses innovations et que nous nous débarrassons des derniers fondements de notre ancienne civilisation.  

    Chers djihadistes, nous triompherons de vous. Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts. »

    Philippe Muray 

    Chers Djihadistes, Mille et Une Nuits, 2002

     

    Nous avons déjà publié et commenté ce texte superbe et, hélas, très vrai, le 30 juin 2015. On pourra s' y reporter ... Mais cela valait la peine d'y revenir, pour réfléchir surtout sur nous-mêmes ...

     

  • Décidément, nous aurons tout lu, tout vu, tout entendu ces temps-ci ! La voie est libre !

     

    Sans commentaire utile n'est-ce pas ? Sinon la surprise, la constatation de l'inconcevable.

    La déconfiture simultanée de l'entreprise européenne -  qui se débat dans une crise où absolument tout est lamentable - et des institutions de la République, comme de ses valeurs improbables semble aboutir à une sorte de contestation de plus en plus large et profonde. Dont même les ministres de la République ne sont plus exempts ! La voie est libre ? Il s'en faut encore de beaucoup. Mais elle y tend et vraiment, d'ores et déjà, le spectacle est étonnant. Les royalistes ont tout lieu d'y être attentifs !  LFAR   

    Les comptes rendus des médias 

    On a ressassé qu'il a été banquier d'affaires, à la fortune faite dans le cadre des fusions-acquisitions de la banque Rothschild. On le découvre philosophe, « rééduqué » par Paul Ricoeur. Dans une interview parue hier, 8 juillet dans le journal hebdomadaire Le 1, déjà consultable sur son site internet, voilà qu'on découvre aujourd'hui le jeune et brillant ministre de l'Économie de François Hollande… royaliste ! Selon lui, d'ailleurs, le peuple français n'a pas vraiment voulu décapiter Louis XVI.

    La démocratie décevante ?

    Comment la réflexion philosophique peut-elle nourrir, étayer l’action politique ? Tel est l'axe central de cet entretien exclusif avec Emmanuel Macron. On y apprend notamment que c'est en rédigeant un travail sur Machiavel, sous la direction d'Étienne Balibar, que le jeune prodige a abandonné la métaphysique pour la philosophie politique. Mais, plus loin dans ce même entretien, ses propos, repris sur le site Liberté Politique, deviennent iconoclastes et sont sans équivoque.

    « La démocratie est-elle forcément déceptive ? » lui est-il demandé. Macron donne cette réponse étonnante pour un ministre de la République, étonnante et claire :  : « Il nous manque un roi », répond clairement le ministre... de la République. Attention, Monsieur le Ministre : remettre en cause la forme actuelle du régime en France fait justement partie des nouveaux critères de surveillance et de mise sur écoutes déterminés dans la dernière loi renseignement !

    Un siège vide depuis Napoléon et de Gaulle

    « La démocratie comporte toujours une forme d'incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même », répond en effet Emmanuel Macron.

    « Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n'est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d'y placer d'autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l'espace. On le voit bien avec l'interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au coeur de la vie politique. Pourtant, ce qu'on attend du président de la République, c'est qu'il occupe cette fonction. Tout s'est construit sur ce malentendu. »

    François Hollande appréciera sûrement le raisonnement... 

    Sources : France Inter, Le Point, Le 1, Valeurs actuelles, Liberté politique, Le Figaro, etc. 

     

  • Marion Maréchal-Lepen dénonce l’obsession républicaine, par Yves Morel*

     

    La récente critique de l’obsession de la République, caractéristique de la classe politique française, par Marion Maréchal Le Pen a déclenché un signal d’alarme dans la presse.
    De quoi s’agit-il exactement ? La jeune femme, député du Vaucluse, a accordé un entretien au trimestriel Charles (numéro 14, été 2015) en lequel elle s’exprimait sur ses relations avec sa tante, Marine Le Pen, et donnait son avis sur une prise de position de son père adoptif, Samuel Maréchal. Elle n’envisageait pas, initialement, d’émettre un jugement sur la République. C’est son explication d’une recommandation de Samuel Maréchal au FN (au cours des années 1990) de mieux prendre en compte l’islam qui l’ y a amenée.

    Une mise au point salutaire

    Marion Maréchal affirme que son père adoptif invitait simplement son parti à intégrer l’importance de l’islam dans son discours, par souci de réalisme. Elle déclare se ranger à son point de vue. Mais, afin de prévenir toute conclusion hâtive, elle précise que, pour autant, elle ne souscrit pas aux idées de ceux qui entendent placer toutes les religions sur un même plan d’indifférence ; elle vise tout particulièrement le politologue Thomas Guénolé qui préconise la laïcisation des jours fériés liés à des fêtes religieuses. Elle affirme, fort justement : « Il (Guénolé) représente bien la tendance de notre classe politique qui voudrait que la république efface la France ». Et, en effet, les gens comme Guénolé font remonter la naissance de notre nation à 1789 (ou à 1792), et la conçoivent comme étant in essentia, et donc in aeternum (mille pardons, Mme Vallaud-Belkacem), une République absolument laïque fondée sur les « Lumières », la raison et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (merveilleusement complétée par le droit inconditionnel à l’avortement et le mariage homosexuel, en attendant la légalisation de la GPA) .

    Marion Maréchal prend donc le contrepied de cette funeste tendance en ajoutant sans barguigner : « Mais la France n’est pas que la République ». On ne peut qu’acquiescer : la France fut fondée plus de mille ans avant la Révolution, vécut sous une monarchie dès Clovis et sous la dynastie capétienne de 987 à 1792. Elle est donc très antérieure à la République et ne se confond pas avec elle. Les valeurs, principes et institutions de la République ne constituent pas le tout, ni même l’essence ou la quintessence de l’identité de la France, de son peuple, de son ethos, de sa civilisation. Notre nation n’est pas née à Valmy le 20 septembre 1792, ni le 14 juillet 1789, ni dans les salons des « Lumières » du XVIIIè siècle ou les locaux de l’Encyclopédie. Avant cela, elle a été spirituellement, intellectuellement et institutionnellement édifiée par le christianisme, l’Eglise et la monarchie (les « quarante rois qui ont fait la France »).

    Du reste, la république française n’a même pas le monopole de cette démocratie dont elle se targue constamment. Marion Maréchal précise qu’ « il y a des monarchies qui sont plus démocratiques que certaines républiques ». On songe évidemment aux monarchies scandinaves et à la monarchie britannique, laquelle a abouti à une démocratie qui ne doit rien, mais alors rien du tout, à nos « Lumières », à notre « grande » Révolution, à 1848, à notre IIIè République. Au contraire, la Révolution est tenue, en Angleterre et dans tous les pays anglo-saxons, pour la manifestation éclatante de la plus criminelle des barbaries, largement à l’origine des totalitarismes du siècle dernier, et notre tradition jacobine y est tenue pour tyrannique.

    Il convient également de rappeler qu’aux Pays-Bas, l’un des principaux partis politiques fut, de 1879 à 1980, le parti antirévolutionnaire (centriste et non extrémiste) appelé ainsi dans la mesure, où quoique libéral et parlementaire, il tenait la Révolution Française comme un anti-modèle, cause de toutes les aberrations politiques contemporaines. Rappelons enfin que la démocratie américaine ne doit rien, tant au niveau de ses valeurs et principes qu’à celui de ses institutions, à la république française, regardée, là aussi, avec méfiance. Voilà qui devrait rendre modestes notre classe politique et une grande partie de notre intelligentsia, qui s’imaginent (ou feignent de s’imaginer) que la France républicaine est le flambeau des nations, guidant celles-ci vers la liberté et un avenir démocratique parfait.

    Une obsession à visée dissimulatrice et conjuratoire

    Il s’agit bien là d’une obsession, comme le dit Marion Maréchal, qui déclare : « Je ne comprends pas cette obsession pour la République ». Une obsession toujours plus envahissante à mesure que notre modèle républicain s’effondre, en un univers mondialisé largement opposé à ses valeurs, ses principes, sa vision de l’homme et de l’histoire, son idéal égalitaire et socialisant et ses lubies. Quand le paquebot sombre, l’orchestre joue à pleine puissance afin de redonner courage aux passagers qui sentent approcher l’heure fatale.

    Et, aujourd’hui, dans notre pauvre pays qui tombe dans la déchéance politique, morale, économique et sociale, nos dirigeants et nos médias s’efforcent de conjurer la « morosité » ambiante en exaltant à qui mieux mieux la république, ses valeurs et son idéal : les partis politiques et leurs ténors se veulent tous plus républicains les uns que les autres ; et, pour faire bonne mesure, on multiplie les célébrations et les commémorations à propos de tous les événements historiques jugés emblématiques du régime (la Révolution, l’abolition de l’esclavage, la laïcité, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la Résistance) ; et on donne dans la manie de la « mémoire », le culte des « lieux de mémoire » et la confection de lois mémorielles.

    En résumé, la France, c’est la République, et la République, c’est la France, point final. Or, la république, censément consubstantielle à la France, est en réalité le cache-misère d’un système politique et social exsangue et en voie de décomposition.

    Voilà pourquoi la déclaration de Marion Maréchal Le Pen a jeté dans les transes les journalistes « républicains ». Les journaux de gauche, comme Marianne ont évidemment donné de la voix et de la plume ; et ceux de droite, comme Le Parisien, n’ont pas voulu être en reste, zèle républicain oblige.

    Une réaction significative

    Mais l’article le plus instructif sur la déclaration du jeune député est encore celui de Bruno Roger-Petit, du 23 juin, sur le site de Challenges, l’hebdomadaire économique bien connu du groupe Perdriel. Son titre en dit long : « Marion Maréchal Le Pen, la sombre tentation catho-royaliste ».

    Nous ne pouvons pas en commenter ici l’intégralité. Bornons-nous donc aux passages les plus significatifs.

    A l’évidence, Bruno Roger-Petit ne peut admettre l’idée, pourtant évidente, suivant laquelle l’identité de la France ne se réduit pas à la République. Selon lui, – et il n’a pas tort – « la députée du Vaucluse renoue avec la tradition classique de l’extrême-droite française », alors que le Front national oscille entre nationalisme cocardier, exaspération poujadiste et souverainisme gaulliste. Elle se rattache « à l’extrême-droite royaliste » et catholique. Elle « est plus proche de l’Action française que de Pierre Poujade »… lequel avait au moins le mérite de base d’être républicain, doit-on comprendre. Pour M. Roger-Petit, toute mouvance politique, fût-elle nationaliste et autoritaire, vaut mieux que le royalisme.

    Notre journaliste voit, dans la crainte de Marion Maréchal que « la république efface la France », la résurgence de « la frayeur de l’extrême droite royaliste qui juge que 1789 (et ses prolongements, 1848, 1905, 1936, 1945 et 1981) est le pire fléau qui se soit jamais abattu sur la France ». Ainsi s’expliquent, à l’en croire, les propos de la petite-fille de Le Pen suivant lesquels la République ne prime pas sur la France et n’est pas toute la France, suivant lesquels l’islam ne doit pas occulter le christianisme, défini par elle comme une « dimension encore vivante » de notre nation, et suivant lesquels enfin, la république n’est qu’un régime politique parmi d’autres, dans le temps et l’espace, ni meilleur ni pire que d’autres, et qui, de surcroît, n’a pas l’exclusivité de la démocratie.

    Sur le second point (la question religieuse), Bruno Roger-Petit discerne, dans les propos de Marion Maréchal, «le regret d’une France qui ne se vit plus comme la fille aînée de l’Eglise de Rome » et « la revendication d’une transcendance nationale reposant sur le fait religieux catholique », ce qui, on en conviendra, est une interprétation abusive des paroles du jeune député. Interprétation qui confirme ce que nous savions déjà de l’idée de la France que se font nombre de journalistes et toute la classe politique : la seule France qui vaille est la France républicaine, fille de la Révolution, égalitariste, athée et anticléricale.

    La critique de la référence systématique à la République, le simple parti pris de refuser à la République un culte et de la considérer comme un régime politique comme un autre, est une infamie qui met au ban de l’Agora tous ceux qui ne font pas preuve de républicanisme affirmé (et mille fois réaffirmé).

    Marion Maréchal manifeste avec une évidence criante son rattachement à la droite monarchiste et catholique dont Bruno Roger-Petit rappelle (horresco referens, encore pardon Najat) les sources doctrinales : « adhésion à la philosophie réaliste héritée d’Aristote et de saint-Thomas, rejet du contractualisme rousseauiste au profit (sic) d’une soumission au droit naturel, déférence envers l’Histoire et l’héritage de nos pères, référence à la pensée contre-révolutionnaire de Maistre, Burke, Bonald ».

    Et de conclure : « Avec Marion Maréchal Le Pen, on est bel et bien de retour dans le salon de Maurras, bien loin de la librairie-papeterie de Poujade [un fils du peuple, lui, produit de l’école républicaine ferryste, sans doute descendant des volontaires de l’an II] ou de la tombe du général de Gaulle [dont se réclament Marine Le Pen et Philippot]». Bref, elle « démasque d’un coup, à l’évidence sans le réaliser [peu galant, M. Bruno], la vérité du Front national », réduisant à néant tous les efforts de dédiabolisation de sa tante.

    Affaire de génération, pense Bruno Roger-Petit :Marion Maréchal incarne la « jeunesse réactionnaire » d’aujourd’hui, apparue au grand jour lors de la Manif pour tous de 2013, et qui « n’aime pas la République ». Et, la jeune femme ayant appelé au dépassement du clivage « droite-gauche », il voit là une réminiscence de ceux qui, dans les années 1930, en faisaient autant, les situant tous à droite, alors que nombre d’entre eux (la Jeune République, Dandieu, Mounier et l’équipe d’Esprit ) venaient du catholicisme libéral et social et se posaient en ennemis résolus de la droite nationale. S’appuyant sur Zeev Sternhell, il nous avertit qu’une telle attitude nous amène à « Pétain à Vichy », occultant le fait que nombre des membres des divers gouvernements de Vichy demeurèrent des républicains coulés dans le moule (Laval, Darlan), et que le Maréchal ne fut jamais monarchiste.

    Nous ne savons si Marion Maréchal « démasque la vérité du Front national ». Mais, assurément, Bruno Roger-Petit, lui, révèle la vérité du régime. Selon cette « vérité », la vraie France a été mise au monde par la Révolution (elle-même fille des « Lumières »), et tout le millénaire antérieur est une période effroyable d’ignorance, d’erreur, d’obscurantisme, d’intolérance, d’injustice(s), de tyrannie dont seuls de fanatiques intégristes catholiques et monarchistes souhaitent le retour, suivant une conception de l’homme et du monde médiévale et inquisitoriale mille fois pire que celle, républicaine, plébiscitaire et cocardière, du libraire-papetier de Saint-Céré (au départ un bon fils de la république).

    Il faut choisir : la république ou l’acceptation de « ce que l’extrême droite a toujours produit de pire depuis deux siècles ». Si vous ne voulez pas être assimilé à ce « pire », vous devez accepter sans sourciller que l’on vous serve la république matin, midi et soir.

    Ambiguïté du Front national

    Pour notre part, nous nous réjouissons de ce qu’enfin, une personnalité politique ait osé critiquer sans précaution oratoire cette référence systématique à la république, qui ressemble à un réflexe conditionné produit par un totalitarisme moral d’autant plus insistant que le système qu’il défend s’effondre chaque jour un peu plus. Les propos de la petite-fille de Le Pen ne révèlent pas l’essence même du Front national.

    Le Front national, – c’est sa force et sa faiblesse – a toujours rassemblé des gens de sensibilité diverses voire opposées, et les républicains cocardiers, jacobins et libre penseurs y ont constamment prévalu sur les catholiques monarchistes. Jean-Marie Le Pen n’a jamais fait partie de ces derniers.

    Son souci d’accroître l’audience de son parti en caressant les électeurs dans le sens du poil l’a même conduit à exalter toujours davantage la République ; on se souvient de son discours commémoratif de Valmy du 20 septembre 2006. Et sa fille s’est toujours présentée comme le meilleur défenseur de la République ; elle a d’ailleurs inauguré son entrée en fonction à la tête de son parti, en 2011, par un discours en lequel elle se réclamait de Gambetta.

    Un début ?

    Il reste que, pour une fois la référence sempiternelle, lancinante, à la république a été critiquée et qualifiée d’obsession, et que la jeune (cela revêt une grande importance) élue qui a osé le faire, a rappelé que la France ne s’identifiait pas à la république et prévalait sur elle. Espérons qu’il s’agit d’un début. 

     - Docteur ès-lettres, écrivain, spécialiste de l'histoire de l'enseignement en France, collaborateur de Politique magazine et la Nouvelle Revue universelle.

     

  • D'un colloque l'autre ... annoncé pour samedi 3 octobre à Paris ... Date à retenir !

     

    Nous n'en connaissons toujours ni le thème ni les intervenants, mais, d'ores et déjà, La Restauration Nationale annonce la tenue d'un nouveau colloque du Cercle Vauban, à Paris, le samedi 3 octobre 2015 de 14h à 19h.

    Il est précisé que les thèmes abordés seront plus spécialement destinés aux lycéens et étudiants, ce qui ajoute à l'intérêt de ce futur colloque.

    Rappelons qu'un premier colloque dont le thème était « Pour un nouveau régime » a été organisé par le Cercle Vauban, Politique Magazine et la Nouvelle Revue Universelle, le 6 décembre 2014 à Paris, en partenariat avec le blog Le Rouge & le Noir et Lafautearousseau. 

    Plus de 300 participants s'y étaient retrouvés, pour une journée de réflexion fort utile, dont huit remarquables interventions ont été l'essentiel. Nous en avons donné le compte-rendu* et avons mis en ligne les vidéos des trois premiers exposés**, les autres devant suivre, sous quelques temps. 

    Comme le précédent, le colloque du 3 octobre prochain se déroulera 10 rue de l'Annonciation, 75116 Paris. Métro Passy (ligne 6) ou Boulainvilliers (RER C).

    Renseignements et inscriptions - Téléphone : 09 67 34 21 42 - Adresse électronique : restauration.nationale@wanadoo.fr.

    Nous préciserons dès que possible - le plus tôt sera le mieux ! - le ou les thèmes de ce prochain colloque ainsi que la liste des intervenants de sorte que nos lecteurs disposent de toutes les informations utiles qui les décideront à y participer. Nous ne doutons pas d'être nombreux à nous y retrouver.  LFAR 

    Compte-rendu du colloque du 6 décembre 2014

    Vidéo 1: Frédéric Rouvillois [L'Etat décadent] et Jacques Trémolet de Villers [La Justice à la dérive]

    Vidéo 2 : François Schwerer [Crise financière, crise morale] 

    Une réunion des cadres de la Restauration Nationale suivra ce colloque, à la même adresse le dimanche 4 octobre 2015 de 11h à 17h, sous la présidence de Bernard Pascaud et Hilaire de Crémiers. Cette réunion a été programmée dans la même fin de semaine que le colloque du Cercle Vauban pour permettre aux provinciaux de n'effectuer qu'un seul déplacement. 

     

  • Ras-le-bol des partis ! Par Bernard Pascaud *

      

    20130511_meeting_jeanne_02.jpgLes fesses encore rougies des coups de pieds qui l’ont chassé de l’Élysée, Sarkozy préfère croire qu’on le pousse en avant pour y revenir. Faut-il s’en indigner, ou même en être surpris ? Surtout, faut-il s’en réjouir ? En tout cas, pour se tordre de rire il n’est que de lire la « Lettre aux Français » qu’il a adressée aux militants de sa famille politique (montrant en cela qu’il confondait les Français avec ses soutiens partisans, à l’instar des socialistes avec le PS). Il y justifie la nouvelle appellation du parti : « Les Républicains ». A vrai dire, quelle vacuité ! UMP ou Républicains, peu importe, on a beau le changer de bocal, un cornichon reste un cornichon. On trouve dans le texte des lapalissades du genre : « Nos victoires électorales futures dépendront de notre capacité à réunir autour de nos idées le plus grand nombre de Français »… Certes ! Quelles idées ? On s’attend à quelque révélation sur un nouveau projet collectif ou de nouvelles ambitions nationales. Mais la réponse est : « Celles de la République ». Nous voilà rassurés ! En réalité, la République est à l’électoralisme ce que la sexualité est à la publicité : la tentative de ratisser large, chaque électeur, comme chaque consommateur, pouvant se sentir concerné. Mais la ficelle est un peu grosse, grosse comme une corde à pendu.

    « En proposant de nous appeler « Les Républicains », nous voulons montrer la volonté de ne céder en rien face à ce qui, au quotidien, affaiblit la République ». On eût préféré l’expression d’une volonté de lutter contre l’affaiblissement de la France. Mais son bilan d’ancien président l’aurait mis en porte-à-faux sur ce point (il fut celui qui trahit les Français à Lisbonne et arrima davantage notre pays à la politique américaine). En lieu et place d’un dessein alternatif on ne trouve que de la surenchère. Dans toute la classe politicienne chacun y va de son couplet, mais c’est toujours la même rengaine sur les « valeurs républicaines ». Ils devraient se grouper en chorale, ça gagnerait du temps, mais chacun veut paraître plus républicain que l’autre ! Chacun prétend incarner le sauveur de la République, être son rempart, son gardien du Temple. Quelle mascarade ! « Moi ou le chaos », disait De Gaulle ! « Moi ou Le Pen » disait Chirac ! Moi ou la fin de la République, suggère Sarkozy ! Mais aussi Hollande, Valls, et bien d’autres encore, tous !

    Venons-en au passage prétendument le plus consistant : « La République, c’est la liberté, ce n’est pas la contrainte. La République, c’est l’autorité, ce n’est pas le laxisme. La République, c’est le mérite, ce n’est pas le nivellement. La République, c’est l’effort, ce n’est pas l’assistanat. La République, c’est la laïcité, ce n’est pas le prosélytisme et l’intégrisme. La République, c’est l’unité, ce n’est pas l’addition des communautarismes. La République, c’est un combat permanent, ce n’est pas un recul de tous les jours. La République, c’est la France, la République, c’est la Nation. » La réfutation argumentée de ce texte serait un bel exercice pour nos jeunes amis de l’Université d’été royaliste (certes exercice un peu facile, je vous l’accorde !). Faisons ici seulement deux remarques.

    1) Selon ce texte, ce que la République ne doit pas être, la République peut néanmoins permettre que cela soit, puisque la longue définition le dénonce comme un constat navré ! Aveu qu’elle est le contraire de ce qu’elle voudrait être. On est dans l’utopie.

    2) Ce constat navré laisse penser qu’il y a dérive des valeurs républicaines, sous entendu à cause d’un personnel mauvais qu’il faut donc remplacer par un personnel vertueux. Suivez mon regard… Autrement dit, la République est en danger… en danger de subversion par des hommes pervertis. Est-ce si sûr ? On sait depuis belle lurette que la République a toujours eu un fonctionnement oligarchique à tendance totalitaire. Sa pratique relève de ce qu’on pourrait appeler l’esprit de marché accouplé à un ordre moral autoritaire. Détailler serait facile. C’est toute notre actualité. Il est ainsi emblématique que ce soit Une Cour Européenne dites des Droits de l’Homme qui juge licite d’interrompre les soins pour un homme handicapé, mais nullement malade ou en fin de vie. Tout aussi archétypale est la réforme du collège, imposée par une ministre inculte, mais justifiée par la valeur d’ "Égalité". Dès lors la mégère-ministre ose tout, jusqu’à traiter à sa façon de pseudo Z-intellectuels ceux qui y trouvaient à redire. "Égalité" !, "Égalité" !, scandaient les députés au moment du vote du mariage unisexe. Toute opposition devient intolérable puisque tout est démocratiquement respecté : la procédure majoritaire et la référence aux valeurs.

    De gauche ou de droite la République ne sera jamais la solution. Ses sous-valeurs qui en sont l’alpha et l’oméga ont présidé à toutes les déconstructions. Elles ne sont qu’un énorme abus de parole creuse et servent aujourd’hui de cadre à la mise en place progressive du meilleur des mondes. Pour y résister et monter à l’assaut de l’avenir rien n’est plus urgent que de se détourner de la logique partisane. Plusieurs affluents ont fait le fleuve républicain mais c’est toujours la même eau d’égout, toujours plus nauséeuse. Le mieux est de s’en détourner. Deux façons d’agir sont alors possibles : le mode de rayonnement, comme le dit Fabrice Hadjadj, c’est-à-dire en consolidant les corps sociaux dans lesquels on vit quotidiennement. En même temps, résister au meilleur des mondes, dit Eric Letty, exige « de réintroduire de la politique à l’échelon nationale et, donc, de restaurer la souveraineté car la nation demeure le degré raisonnable d’organisation d’une société. »** Pratiquons cela et expliquons-le autour de nous ■ 

     

    * Président de la Restauration Nationale

    ** Résistance au meilleur des mondesGuillaume de Prémare et Eric Letty éd. Pierre-Guillaume de Roux, 213p, 19 euros.