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L’affaire Kouchner, ou la Révolution pour rien…..

         Nous ne sommes pas des charognards, ni des moralisateurs, ni des donneurs de leçons. L’affaire Kouchner, en soi, n’est pas de notre ressort. Laissons l’accusation accuser, la défense défendre, et juger qui voudra, ou qui pourra. A ce stade de « l’affaire » il n’y a rien à dire d’autre….

         Si Bernard Kouchner est (ou était…) attiré par l’argent, voire corrompu, il ne serait ni le premier ni le dernier dans la longue liste, en France et dans le monde, des gens qui auraient confondu (comme on le dit dans la presse actuellement...) leur intérêt personnel  avec le  rôle qu’ils jouent en tant que grands fonctionnaires de l‘État.

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           Ce qui nous intéresse par contre, dans cette affaire Kouchner, c’est de passer d’un cas particulier au cas général, du cas d’une personne éventuellement corrompue au cas de la République et de la Révolution.

           Mais, pourquoi ? demandera-t-on peut-être; et quel rapport y a-t-il entre les deux ?

           Eh bien, voilà…..

           Quand les révolutionnaires ont massacré leurs opposants, établi le totalitarisme et décrété le premier génocide des temps modernes contre les Vendéens, la raison invoquée par eux pour justifier et même légitimer (!) toutes ces horreurs était qu’ils allaient régénérer, non seulement la France mais l'Europe, et même le genre humain ! Robespierre, Danton, les Conventionnels savaient très bien qu’ils tuaient des innocents (1), mais ils pensaient qu’ils allaient créer un monde nouveau, un Homme nouveau. Lénine, leur héritier-continuateur, n’a-t-il pas dit que la société sans classe serait si belle qu’on ne pouvait même pas l’imaginer ?

            Or, l’on ne peut que constater, deux cents ans après cette funeste Révolution, que rien n’a changé, et que même tout a empiré. La Révolution-mère, et celles qui l’ont suivie (2), ont détruit les antiques pouvoirs traditionnels qui se fondaient sur l’Histoire, sur le Sang – comme disait Maurras dans sa lumineuse démonstration de l’Avenir de l’intelligence… - et qui se reconnaissaient une autorité supérieure par le seul fait qu’ils admettaient la Transcendance.

            La Révolution et ses avatars ont remplacé ces antiques pouvoirs par des idées abstraites, des notions théoriques qui ne pèsent d’aucun poids face à la puissance de l’Argent, de l’Or; ce qui laisse encore plus qu’avant les mains libres à la corruption puisqu’il n’y a plus aucun pouvoir capable, ou simplement désireux, de s’opposer à elle.

             C’est là, donc, qu’intervient notre critique. Non pas sur une personne, et contre elle (Kouchner, en l’occurrence), non pas sur un cas particulier mais, à travers ce cas particulier, pour remonter au cas général; et pour passer de la critique d’une personne à la critique d’un système. Notons d’ailleurs que la même chose peut être dite pour bien d’autres affaires, de Julien Dray aux carnets noirs d’Yves Bertrand, consacrés aux turpitudes de la République.

             Des turpitudes et des ministres corrompus, des enrichissements personnels scandaleux, il y en a eu à foison pendant les mille ans de Royauté. Ce n’est donc pas là-dessus qu’il faut, en soi, attaquer le système actuel. Mais c’est sur ce fait précis que la révolution a échoué à changer l’Homme et le monde; que sous la République, issue de la Révolution tout continue comme avant, question corruption, et même avec une échelle démultipliée ; et que donc, de ce point de vue là, la révolution n’a servi à rien, et les faits se sont chargés de contredire Robespierre, Danton et les Conventionnels  qui voulaient régénérer la France, et qui n’ont rien régénéré du tout (3).

            Là est la critique.

            La République et la Révolution sont donc condamnables, là où la Royauté ne l’était pas, en soi. Car jamais, dans aucun texte, aucun Roi n’a promis d'apporter le système qui allaitt éradiquer toute laideur, toute bassesse, toute corruption de la Société. La République, elle, l’a promis/juré. Elle l’a assuré et proclamé, et c’est même pour cela, c’est au nom de cette promesse folle qu’elle s’est autorisée à massacrer et à génocider, en affirmant qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Eh bien, justement, on voit : c’est comme avant, c’est même pire qu’avant…

            On voit donc bien, par ces quelques réflexions sur l’affaire Kouchner, que ce qui nous intéresse là ce n’est pas Kouchner en lui-même, son éventuel enrichissement personnel et son éventuelle corruption. C’est la corruption du système, la corruption du pays Légal, la corruption de la République institutionnelle.

            Parce que cette corruption est inadmissible, si l’on se réfère aux promesses de ses origines.

            Ce qui était inadmissible et fou, ce qui est et reste la corruption fondamentale, substantielle, de tout système politique issu de l’idéologie révolutionnaire, c’est, en soi-même, la prétention à changer radicalement l’homme et la société, à engendrer, en un sens quasi-religieux, un homme nouveau, quand il apparaît si difficile de seulement vouloir l’améliorer un peu …

 

(1)     :       "Les scènes des Cordeliers, dont je fus trois ou quatre fois le témoin, étaient dominées et présidées par Danton, Hun à taille de Goth, à nez camus, à narines au vent, à méplats couturés, à face de gendarme mélangé de procureur lubrique et cruel. Dans la coque de son église, comme dans la carcasse des siècles, Danton, avec ses trois furies mâles, Camille Desmoulins, Marat, Fabre d'Eglantine, organisa les assassinats de septembre.…

                 Danton, plus franc que les Anglais disait, : "Nous ne jugerons pas le Roi, nous le tuerons." Il disait aussi : "Ces prêtres, ces nobles, ne sont point coupables, mais il faut qu'ils meurent parce qu'ils sont hors de place, entravent le mouvement des choses et gênent l'avenir."  (Mémoires d'Outre-Tombe, La Pléiade, Tome I, pages 298/299).

(2) : toutes sorties d'elle et d'elle seule, qui est l'unique matrice : c'est le mérite de Soljénitsyne de l'avoir bien manifesté dans son discours des Lucs sur Boulogne (que vous pouvez lire dans la Catégorie Grands Textes, en Grands Textes I).

(3) : Saint Just a tout de même osé dire, et écrire: "Je ne juge pas, je tue" (au procès de Louis XVI) et "Une nation ne se régénère que sur des monceaux de cadavres"...

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