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Documents pour servir à illustrer une histoire de l'URP (32)...

(Documents pour servir à illustrer une histoire de l'URP : contribution, commentaires, informations, renseignements, prêt de photos etc... bienvenus; retrouvez l'ensemble de ces documents dans notre Catégorie : Documents pour servir à illustrer une histoire de l'URP)

 

32 : Retour sur notre magnifique virée en Espagne, en 75, pour les obsèques de Franco. Et sur un retour qui aurait pu très mal se terminer...

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Mais, d'abord, un rapide hommage à quelqu'un qui a marqué nos premières années militantes...

1AA.jpgEn hommage à Maurice Scemama...

Au moment où je rédige ces lignes, j'apprends que Maurice Scemama vient de nous quitter. "Chez Maurice" (alias "L'Abbaye de la Commanderie", qu'il avait fondée en 62) c'était une institution dan le Marseille noctambule de l'époque. En face de l'Opéra, au 20 rue Corneille, cet excellent musicien, mais aussi bon vivant et toujours porté à la franche rigolade, recevait ses amis, entre autres Lavo, qui aimait bien y emmener les militants. Nous y sommes ainsi allés un bon nombre de fois, pour autant de soirées inoubliables et inoubliées, jusqu'en 75, année dont j'ai aussi expliqué pourquoi elle avait marqué la fin de notre "première période militante"

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"Maurice" est le deuxième en partant de la droite, avec ses médailles... Président départemental des Anciens de la 2ème D.B., Administrateur de la section des B-d-R des Décorés de la Légion d'honneur au péril de leur vie, Officier de la Légion d'honneur, Médaille militaire, Officier de l'Ordre national du Mérite, Croix de Guerre 39-45, Médaille de la Résistance... et embrassant Lavo comme on ne le fait qu'au cinéma : c'était, et c'est toujours... Marseille !

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J'ai raconté ce qui reste, pour nous, un inoubliable voyage, dans notre livraison n° 9. Il y a juste une chose que je n'ai pas dite, c'est la façon dont ce voyage aurait pu très mal se terminer. Lavo et Jean-Charles sont déjà partis, en emportant ce "mystère" avec eux. Je pensais faire pareil, mais les jeunes de la Rédaction, et tous ceux que nous rencontrons avec eux, me disent qu'ils ne veulent pas être des "hors-sol", qu'ils ne veulent pas des images d'Épinal mais qu'ils veulent au contraire savoir ce qui s'est réellement passé avant leur arrivée, et qu'ils veulent se rattacher à tous ces personnages et à tous ces faits que je raconte ici depuis quelques temps,  même si ce n'est pas toujours "rose bonbon".

Alors voilà, rapidement...

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C'était donc en 75 (Franco est mort le 20 novembre). Cela tombait bien : j'avais juste une semaine de permission avant de partir au Régiment, après mes quatre mois d'École d'Élève officier à Saumur. J'ai donc pris l'avion et rejoint, à Madrid, les amis de Marseille, venus, eux en voiture, et me ramenant au retour, pour aller "occuper l'Allemagne" (enfin, la RFA...) et, surtout, rencontrer quelqu'un qui a compté, et compte encore beaucoup, dans ma vie...

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Le court séjour à Madrid fut émouvant et magnifique. Nous avons vu, là, une ferveur et une émotion considérable, et nous y avons participé. Mais, même les meilleurs choses ont une fin, et il nous fallait bien rentrer.

Euphoriques (le mot n'est pas trop fort) nous n'avons pas réfléchi une seconde au chemin du retour : nous aurions dû, bien sûr, partir par le Nord-Est (Saragosse) puis filer vers Barcelone et rentrer en France par le Roussillon et Perpignan (à deux pas de Latour-Bas-Elne, de notre cher Guy). Mais, sans trop savoir pourquoi, nous sommes partis plein nord, par Burgos puis le Pays Basque, pour rentrer en France par Hendaye. Grossière erreur : à l'époque (et si l'on excepte l'IRA, qui était un cas à part) le terrorisme révolutionnaire était très actif en Europe (bande à Baader en Allemagne, Brigades rouges en Italie, ETA en Espagne). Nous aurions dû y penser, et nous n'y avons pas pensé... Le climat général était très tendu, en ce mois de novembre, dans l'ensemble de l'Espagne; il l'était encore plus, on aurait dû s'en douter, au Pays Basque espagnol, berceau de l'ETA...

Bref, bêtise faite, nous roulons d'abord normalement jusqu'à Burgos et même après. C'est en arrivant au Pays Basque que nous commençons à voir des forces militaires et de la Garde Civile. D'abord, un peu; puis de plus en plus; puis quasiment partout. Et, à un moment, avant la frontière, un barrage; mais un vrai, pas deux/trois gendarmes simplement zélés, saluant en demandant les papiers du véhicule : non, des militaires manifestement sur leurs gardes et très nerveux. A partir de 68, l'ETA ce fut tout de même 829 tués, des centaines de mutilés, des dizaines d'enlèvements... On pouvait donc se mettre à la place de ces jeunes militaires et/ou Gardes civils voyant arriver des Français, sachant que l'Eta disposait de nombreuses "amitiés" (!) et bases arrières en France.

On nous fait signe de ralentir, puis de nous arrêter, et nous disons au chauffeur de s'exécuter, s'il ne veut pas l'être - et nous avec - par ces militaires. Nous le lui disons en plaisantant, sans nous douter de ce qu'il allait faire : après avoir, en effet ralenti, et s'être, presque immobilisé, le voilà qui accélère et repart, carrément. Aussitôt, mouvement des véhicules, qui barrent la route, et nous voilà mis en joue : après quatre mois d'École (et heureusement...) le démontage/remontage de la 12,7 et de la 7,62 (les mitrailleuses lourdes du tourelleau de l'AMX 30) n'avait plus de secret pour moi, ni le cliquetis caractéristique des culasses : Jean-Charles (qui parlait parfaitement l'espagnol) et moi-même bondissons de la voiture, sachant que nous n'avons que quelques secondes pour rétablir la situation et éviter que tout ne dégénère, et que, sinon, on risque fort d'être rafalés vite fait/bien fait. On leur crie que nous sommes royalistes, franquistes, que nous venons du Valle de los Caídos, que le chauffeur a paniqué, qu'ils fouillent la voiture et nous avec et qu'ils verront bien que nous ne sommes pas des terroristes : bref, on leur sort tout ce qu'on arrive à sortir en un minimum de temps; eux-mêmes, de toutes façons, se chargent illico de tout fouiller et se rendent très vite à l'évidence. Il s'agit tout simplement, tout bêtement, d'un inexplicable manque de contrôle de soi; d'une incompréhensible perte de sang-froid; d'une peur panique face à une situation, certes, inhabituelle, mais qui, pourtant, n'avait rien d'alarmant...

Finalement, après avoir eu chaud comme jamais en novembre, on "fait la paix" avec eux; nous leurs présentons nos excuses, nos regrets et tout ce qu'on peut trouver pour sortir de ce guêpier : l'un des chefs du détachement finit par me dire qu'on peut y aller, mais me demande quand même si nous sommes bien "renseignés" sur le chauffeur : l'humour était sauf ! On part, on dit ce qu'on a à dire au chauffeur, et puis, que faire ? Il fallait bien rentrer, on n'allait pas prendre le train... Nous décidons de ne plus en parler, et on rentre à Marseille...

Voilà : je n'en dirai pas plus ici, par écrit. J'ai tout dit, oralement, aux personnes que je connais bien, et - pour le public général - ce court récit suffit largement...

Eh, oui ! La vie de l'URP et de ceux qui la composent n'est pas forcément, pas toujours, "un long fleuve tranquille". Et elle ne s'illustre pas uniquement avec des images triomphales, où tout aurait toujours été beau, parfait, noble et grand, sans jamais la moindre tâche...

Ce magnifique voyage aurait pu très mal se terminer, et une partie des cadres de l'URP arrêter là leur carrière : j'ai la faiblesse de penser que c'eût été dommage !

Ai-je tort ?

Comme le dit La Fontaine : "Que t'en semble, lecteur ?..."

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