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Petite Feuille Verte n°70 : La mosquée, église des musulmans ?, par Annie Laurent.

Dans les pays régis par la laïcité, la tendance, accentuée par la sécularisation, est de porter un regard indifférencié sur toutes les religions. Cela se vérifie particulièrement en Occident où le christianisme, majoritaire depuis des siècles, est désormais concurrencé par l’islam. Ainsi, au nom du principe d’égalité et du droit à la liberté religieuse, les Etats concernés, et donc la France, cherchent à doter cette religion d’un statut équivalent à celui du christianisme, mais sans tenir compte de la dimension idéologique de l’islam, inséparable de sa dimension religieuse.

Dans la Petite Feuille Verte n° 70, que vous pourrez lire ci-dessous, Annie Laurent s’emploie à mettre de l’ordre dans les définitions relatives aux cultes respectifs du christianisme et de l’islam. Elle sera complétée par la Petite Feuille Verte n° 71 qui examinera les retombées sociales et politiques entraînées par ces confusions.

4.jpgContrairement à une idée répandue, la mosquée ne doit pas être définie comme l’équivalent de l’église. De même, l’imam des musulmans ne correspond pas au prêtre des chrétiens (catholiques et orthodoxes). Ces différences essentielles reposent sur les conceptions respectives des deux religions quant au rapport de leurs fidèles avec Dieu et donc de la nature de leur culte.

L’ÉGLISE ET LA MOSQUÉE

L’architecture de l’église et celle de la mosquée illustrent la manière dont le christianisme et l’islam envisagent le rapport entre Dieu et ses créatures humaines.

 Un Dieu proche

L’« église », du grec ekklesia, « assemblée par convocation », est un édifice sacré où les fidèles se rassemblent pour le culte et la liturgie (Code de droit canonique, canon 1214).

L’église est la Demeure de Dieu, qui s’y trouve sous la forme de l’hostie consacrée, conservée dans le tabernacle ou exposée dans l’ostensoir offert à l’adoration des fidèles. C’est pourquoi une église doit être consacrée par l’acte de dédicace, qui est un sacramental particulièrement solennel, avant d’accueillir le culte. C’est aussi pourquoi toute dégradation du lieu équivaut à une profanation qui mérite d’être réparée par des prières de pénitence.

Le plan de l’église rappelle la croix du Christ, il symbolise la Révélation et l’Incarnation (cf. Michel Feuillet, Lexique des symboles chrétiens, PUF, 2004, p. 48). Cela justifie la présence de crucifix, d’images et de statues représentant les Personnes divines (Dieu le Père, le Christ et l’Esprit Saint), la Vierge Marie et les saints, mais aussi de fresques, tableaux, vitraux et retables illustrant des scènes bibliques ou historiques.

 Un Dieu lointain

La « mosquée », masjid en arabe, est « le lieu de la prosternation », allusion à la gestuelle des musulmans pendant la prière rituelle.

Aucune forme architecturale spécifique n’est requise pour le bâtiment qui l’abrite. La seule obligation est la qibla, sorte de niche qui indique l’orientation vers La Mecque, appelée « Mosquée sacrée » par le Coran (2, 144). La qibla fut imposée en 634 par Mahomet dont la maison à Médine constituait la première mosquée. Les autres éléments ont été établis au fil du temps. Il s’agit du minbar, chaire de prédication, de fontaines pour les ablutions rituelles et du minaret, du haut duquel est lancé l’appel à la prière cinq fois par jour. Cet appel, en langue arabe, se fait par voix humaine directe ou enregistrée et transmise par haut-parleur selon une pratique qui s’est développée dans le monde entier.

Quant aux murs intérieurs et extérieurs de la mosquée, ils sont dépourvus de toutes représentations humaines. Puisqu’Il est « inconnaissable » (Coran 6, 50 ; 7, 188 ; 11, 31 ; 27, 65) et « inaccessible » (42, 4), Allah ne peut pas habiter parmi les hommes, donc s’incarner. C’est pourquoi Il ne saurait être représenté. Le principe de non-représentation s’applique aussi à ceux qui, parmi les êtres humains, occupent un rang primordial dans l’islam. Il s’agit pour l’essentiel de Mahomet qui fait pourtant l’objet d’une réelle vénération, compte tenu de son inscription dans la chahâda (profession de foi islamique) : « Il n’y a pas d’autre divinité qu’Allah et Mahomet est son Prophète ».

 Le culte des images

Comme le judaïsme, l’islam est une religion aniconique (hostile aux icônes). De son point de vue, le culte des images s’apparente à de l’idolâtrie ; il est donc satanique. En 721, le dirigeant omeyyade Yazid II, qui siégeait à Damas, alla jusqu’à interdire les images religieuses dans les églises situées sur le territoire de son califat. Cet événement préluda à la crise iconoclaste qui affecta l’Eglise de Byzance de 730 à 843 (cf. Marie-France Auzépy, « Iconodoules et iconoclastes », Le Monde de la Bible, mai 2006). En réaction à l’édit de l’empereur Léon III l’Isaurien, qui mettait les images hors-la-loi (730), décision refusée par le patriarche Germain de Constantinople – il fut déposé pour cela – et désapprouvée par le pape Grégoire II, saint Jean Damascène, Père et docteur de l’Eglise (676-749), développa une théologie justifiant la vénération des images par le fait que Dieu s’est rendu visible en prenant la condition humaine, touchant ainsi de son rayonnement la Vierge Marie et les saints (cf. Jean Damascène, Le visage de l’invisible, éd. Migne, 2009).

La doctrine traditionnelle de l’Eglise sur les « saintes images » fut confirmée par le 7ème concile œcuménique, tenu à Nicée en 787. « En effet, plus on les voit, grâce à leur représentation par l’image, plus en contemplant leurs images on est amené à se rappeler et à aimer les modèles originaux et à leur donner salutations et respectueuse vénération […]. Car l’honneur rendu à l’image s’en va au modèle original, et celui qui vénère l’image vénère en elle la personne de celui qu’elle représente ». Et le concile frappait d’anathème « quiconque ne salue pas ces images, faites au nom du Seigneur et de ses saints » (Denzinger, Symboles et définitions de la foi catholique, Cerf, 1996, p. 221-224).

Ce n’est en aucun cas la matière (pierre, bois, peinture, vitrail, mosaïque, tissu) qui est vénérée par les chrétiens, comme le disent souvent les musulmans. D’ailleurs, leur religion comporte un rite ayant de la matière pour objet : pratiqué durant le pèlerinage à La Mecque, il consiste à porter un geste de vénération sur la Pierre noire protégée dans un disque d’argent, le tout encastré dans l’angle oriental de la Kaaba (Cube), ancien temple païen dont Mahomet a fait la « Maison d’Allah ». Cette pierre aurait été posée là par Dieu lors de la création. « Tout croyant qui la touche ou l’embrasse fait serment de fidélité définitive à Dieu. Le jour du Jugement dernier, elle témoignera en sa faveur », a noté Slimane Zeghidour, journaliste franco-algérien, au retour de son pèlerinage (La vie quotidienne à La Mecque, de Mahomet à nos jours, Hachette, 1989, p. 158).

A cause de son iconoclasme, l’islam, sauf dans sa version chiite, ne tolère comme éléments décoratifs dans les mosquées que l’écriture en calligraphie arabe de versets coraniques. Lors de la conquête arabe de Damas (634), la basilique abritant le tombeau de saint Jean-Baptiste, devenue Mosquée des Omeyyades, fut dépouillée de ses fresques et icônes et surmontée de quatre très hauts minarets. Un sort identique fut réservé à Sainte-Sophie lors de la chute de Constantinople aux mains des Turcs (1453) et à bien d’autres églises encore, notamment en Espagne, qui fut sous domination musulmane de 711 à 1492.

Enfin, contrairement à l’église, la mosquée n’étant pas un espace consacré, toutes sortes de rencontres et d’activités profanes peuvent s’y tenir : débats, transactions, enseignement, révisions de cours, règlements de justice, repos, etc.

 LE PRÊTRE ET L’IMAM

Dans le christianisme, le culte rendu à Dieu passe par la médiation du Christ, Verbe incarné. Cette mission est déléguée aux prêtres.

Le mot « prêtre » vient du grec presbyteros. Son office propre, ou sacerdoce, qu’il reçoit par le sacrement de l’ordre, « est d’être médiateur entre Dieu et le peuple », notamment lorsqu’il célèbre le sacrifice de la messe et annonce l’Evangile. C’est lui qui transmet la grâce divine au moyen des sacrements (baptême, communion, confirmation, mariage, pardon des péchés, onction des malades). Le prêtre, appelé par Dieu, agit in persona Christi (« en la personne du Christ »). Cf. Dominique Le Tourneau, Les mots du christianisme, Fayard, 2005, p. 502 et 554.

Cette vocation nécessite une préparation longue et approfondie qui est dispensée dans les séminaires, en général sous le contrôle des évêques, seuls habilités à conférer le sacrement de l’ordre.

Pour sa part, le musulman étant seul face à Allah n’a pas besoin d’un médiateur. L’imam, de l’arabe « celui qui est devant », est un laïc et non un clerc. Il est certes un homme de religion mais il n’est pas un religieux car il ne s’engage pas par des vœux ou des promesses ; il ne représente ni Allah ni Mahomet, n’intercède pas, ne célèbre aucune liturgie, n’est soumis à aucune discipline institutionnelle et n’est en rien indispensable à la communauté des fidèles, laquelle peut d’ailleurs s’en passer (cf. Henri de Saint-Bon, L’islam à la lumière de la foi chrétienne, Salvator, 2016, p. 177-181). Cette conception se rapproche de celle du pasteur dans le protestantisme.

La fonction principale de l’imam est de conduire la prière collective, surtout celle du vendredi, à la mosquée ou en tout autre lieu, par exemple dans les prisons pour ce qui concerne ceux qui sont aussi aumôniers. Cette prière, bien plus longue que toutes les autres, est prescrite par le Coran, qui ne justifie pas le choix de ce jour.

  • Ô vous les croyants ! Quand on vous appelle à la prière du vendredi, accourez à l’invocation d’Allah ! Interrompez tout négoce : c’est un bien pour vous, si vous saviez ! (62,9).

Pour accomplir sa mission, quelle que soit son origine, l’imam doit connaître l’arabe, gage de validité de la prière puisque cette langue, étant celle du Coran, est réputée être celle d’Allah. Certes, les communautés chrétiennes ont elles aussi leurs langues liturgiques propres qui varient selon les rites et les cultures (latin, grec, syriaque, arménien, copte, etc.) ; mais si elles expriment le sacré, aucune Eglise ne les a jamais qualifiées de « divines ».

Au cours de la grande prière hebdomadaire, l’imam prononce un prêche (khotba) qui peut traiter de sujets religieux, mais aussi politiques ou éthiques, par exemple le rapport avec les non-musulmans, le sort à réserver aux femmes ou aux apostats, le djihad, etc. Là où l’imam a le statut de fonctionnaire de l’Etat, le texte de ce sermon peut lui être imposé par son ministère de tutelle qui entend ainsi contrôler cet exercice.

Traditionnellement, l’imam était choisi au sein de sa communauté, voire auto-proclamé, pratiques qui subsistent en certains lieux. Cependant, dans la plupart des pays musulmans, il existe désormais des instituts spécialisés supervisés par les Etats. Mais l’absence de hiérarchie religieuse et d’autorité magistérielle unique dans l’islam sunnite favorise l’éparpillement idéologique dû à la multiplicité des interprétations des textes sacrés.

 POUR CONCLURE

Une partie des imams qui officient en France sont formés à l’étranger (en particulier au Maroc, pays avec lequel Paris a signé un accord dans ce domaine) ou dans des instituts privés financés par les pétromonarchies arabes. Le Conseil français du culte musulman (CFCM), considéré par l’Etat comme l’instance officielle de l’islam, n’exerce en fait aucun contrôle sur les enseignements dispensés dans ces derniers. En 2017, sa tentative d’imposer une Charte unifiée de l’imam s’est soldée par un échec (cf. PFV n° 50).

En outre, chaque année pendant le mois de Ramadan, quelque 300 imams étrangers, venus de Turquie et du Maghreb, sont autorisés à séjourner en France pour répondre aux besoins des mosquées mais un grand nombre d’entre eux ne sont pas francophones.

Dans un discours prononcé à Mulhouse le 18 février 2020, le président Emmanuel Macron a annoncé son intention de renforcer le contrôle sur les financements étrangers des lieux de culte musulmans ainsi que l’arrêt des « imams détachés », sans préciser quelles modalités il entendait adopter pour la mise en œuvre de ce plan.

Par ailleurs, l’Etat évoque régulièrement la nécessité de créer une sorte de séminaire officiel pour les futurs imams, afin de garantir la compatibilité de leur formation avec les principes de la laïcité. Mais une telle mesure de contreviendrait-elle pas à la neutralité de l’Etat en matière religieuse ?

L’absence de solution à ces problèmes s’ajoute aux retombées sociales et politiques résultant des définitions respectives de la mosquée et de l’imam telles qu’elles ont été expliquées ici. Ces retombées seront présentées dans la Petite Feuille Verte n° 71.

Annie LAURENT

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