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Le président Vladimir Poutine empereur de Russie demain ?, par Frédéric de Natal.

Au pouvoir depuis 1999, tour à tour comme premier ministre et président de la république, Vladimir Poutine entame son quatrième et dernier mandat présidentiel.

Sa succession agite d’ores et déjà toutes les ambassades étrangères et le récent remaniement gouvernemental s’est accompagné d’un projet de réforme constitutionnelle, dont les russes ont peine à dessiner les contours, posant des questions qui restent encore sans réponses.

Dans l’ombre, un nouveau parti monarchiste contrôlé par un oligarque, proche de Vladimir Poutine, entend réaliser l’impossible : couronner l’ancien officier du KGB, Tsar de toutes les Russies.

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Lors de la dernière commémoration en hommage à Nicolas II et à sa famille en juillet 2019 (ci dessous, ndlr), ils avaient pris la tête du cortège qui avait rassemblé plus de 60 000 personnes. Tous habillés de tee-shirts jaunes floqués d’un aigle bicéphale, les membres de ce nouveau parti monarchiste suivaient les pas du milliardaire Konstantin Valeryevich Malofeev.

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L’homme de 45 ans n’est pas un inconnu des milieux politiques et affairistes russes. Mieux que cela, il est celui qui murmure à l’oreille du président Vladimir Poutine. Son mouvement, la société de l’Aigle à deux têtes (Двуглавый Орёл), rappelle les grandes heures de la monarchie tsariste défunte. Il a déjà pas moins de 90 sections réparties dans tout le pays, très suivi par des dizaines de milliers de « followers » sur Facebook ou Vkontakte. En novembre 2018, un congrès a réuni ses soutiens et quelques membres de l’épiscopat orthodoxe. « Nous ferons tout ce qui est possible afin de maintenir le Président Poutine au pouvoir ! » déclare Konstantin Malofeev qui a fondé également le Lycée Basile le Grand. Dans les couloirs de cette académie scolaire, les portraits de tous les Tsars depuis 1613, date  un Zemsky Sobor s’était réuni afin de couronner le prince Michel Romanov. Ici on prépare tous les cadres de la future administration impériale qui doit se mettre en place.

Vladimir Ier ? Le projet peut paraître aussi insensé que séduisant mais divise. Konstantin Malofeev n’ignore pas que le titre impérial est encore entre les mains de la maison impériale des Romanov. D’ailleurs, l’oligarque est lié au Grand-duc George Romanov avec lequel il s’affiche régulièrement. Un prince qui n’a pas hésité à participer et déclamer un discours au dernier congrès mondial des Familles, l’année dernière, dont Malofeev est un des principaux financiers et organisateurs. Il tient à rassurer, l’idée est d’ouvrir la voie à une restauration de la monarchie et les russes décideront de qui ils souhaitent couronner. « La monarchie est, par définition, une affaire de sang uniquement », a déclaré Yevgeny Nikiforov, directeur général d'une station de radio associée à l'Église orthodoxe russe et qui suggère que la couronne doit revenir à un membre de l’aristocratie russe à défaut d’un Romanov.

« Au cours des 30 dernières années, la Russie a remis sur ses pieds l’empire et élu un dirigeant. L’absence de sang bleu n’est pas un problème désormais » fait remarquer Andrei Afanasyev, présentateur de télévision pour la chaîne de télévision en ligne Tsargrad, une antenne qui diffuse les idées de Konstantin Malofeev. Il a tissé des liens avec divers mouvements conservateurs européens comme le Front de la Liberté en Autriche, le Rassemblement national, le parti Les Républicains voir même avec Philippe de Villiers qui a tenté de lui vendre son Puy du Fou à la sauce russe.Ou d’autres mouvances de droite européennes.

«Il existe autant de types de monarchies différents dans le monde qu'il y a de monarques», a souligné Malofeev pour justifier sa démarche comme le rapporte une édition du « Washington Post ». D’autres journaux internationaux comme le « Guardian », « Le Monde », « Jeune Afrique », » Le Figaro » ou encore récemment le « Sunday Times », se sont interrogés sur le bien –fondé de cette idée que le principal intéressé se garde bien de commenter. Sur son site officiel, le mouvement a approuvé, il y 3 jours, le projet de loi modification de la constitution qui s’inscrit, selon lui « dans la continuité de la politique de feu le président Boris Eltsine ».

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"...Lors de la dernière commémoration en hommage à Nicolas II et à sa famille en juillet 2019, ils avaient pris la tête du cortège qui avait rassemblé plus de 60 000 personnes..."

 

Le premier président de l’ère post-soviétique avait d’ailleurs prévu le retour de la monarchie après lui et pris contact avec la famille impériale afin que le grand-duc George intègre une académie militaire russe. En vain. Pour les monarchistes de la société de l’Aigle à deux têtes, la constitution doit interdire toute forme de libéralisme et sécuriser les valeurs traditionnelles de la Sainte Russie à commencer par la famille et la religion. Les bases de toutes monarchies qui se respectent.

« Notre histoire n'a pas commencé en 1991 et pas en 1917. Nous sommes les héritiers du plus grand État des deux derniers millénaires, et si nous voulons survivre en tant que peuple et pays, nous devons simplement en parler fièrement » rappelle les monarchistes qui appellent au rejet « de la débauche, du cynisme et de la propagande de valeurs qui nous sont étrangères ». Malofeev a suggéré il y a deux mois, que le mariage pour tous soit interdit en Russie. « La Russie moderne est le successeur légal de l'Empire russe » peut-on encore lire sur le site officiel qui ne cache pas ses intentions.

Réalité ou fantasme ? Le « Moscow Times » a consacré un long article sur le sujet ces dernières semaines. « Il y a une crise politique dans le pays et il y a une demande réelle pour un parti monarchiste affirme Konstantin Malofeev qui se base sur un sondage qui affirme que 30% des russes souhaitent le retour d’un Tsar. «Bien sûr, ces gens qui aiment [le président] Vladimir Poutine voient la continuation de son pouvoir sous un jour impérial et monarchique. Je partage ces valeurs » ajoute-t-il.

Du côté de la présidence, on tente de temporiser. « Le Kremlin ne souhaite pas soutenir de telles idées » - du moins en public. «Ce parti politique monarchiste est une initiative personnelle de Malofeev » tient à préciser Dmitry Peskov, porte-parole de Poutine, qui ajoute qu’il n’a aucune approbation du président russe. A la Douma, l’oligarque est courtisé. Le parti Juste Russie, de centre-gauche et affilié à Poutine, lui a demandé son parrainage. En échange, il a reçu carte blanche pour imposer son programme. Le parti nationaliste Rodina (Patrie), de son aveu-même, a entamé des discussions avec le leader monarchiste. Cependant le monde politique n’est pas le monde des affaires et Malofeev n’est pour l’instant pas arrivé à se hisser à la tête d’un parti qui aurait pu fusionner Juste Russie et Rodina. L’union des Cosaques de Russie lui a assuré en revanche de sa fidélité.

Des deux côtés de ces mouvements, il s’est heurté à de la résistance et n’a pu obtenir ce qu’il souhaitait. Soupçonné également de financer la rébellion du Donbass et en Crimée (dont le président Sergey Aksyonov est ouvertement monarchiste), l’Europe scrute allers et venues avec inquiétude, craignant qu’il ne mette en place une vaste toile d’araignée, notamment dans la mouvance internationale monarchiste. Que pense justement la famille impériale de la situation ? Dans une interview accordée au magazine Hola, la chef de la maison impériale russe, la grande-duchesse Maria Wladmirovna a déclaré qu’il fallait indubitablement à la Russie « une république présidentielle forte » comme celle de Poutine « qui reste le mode de gouvernement le mieux adapté aux russes ».

Bien que la Russie « soit un pays suffisamment libre pour que l'idéologie monarchiste continue de vivre » avait-elle ajouté, ne renonçant pas à ce qui lui revient de droit. Konstantin Malofeev continue de mener sa barque à l’ombre d’un trône encore virtuel courtisant Romanov et Vladimir Poutine. A Tsargrad, le mot d’ordre reste le suivant : « on critique le parti au pouvoir, Russie Unie, mais on ne critique pas Vladimir Poutine ».

L’âme russe demeure toujours aussi insondable et qui sait, peut-être que demain, la Russie aura un nouvel empereur élu par le peuple. Dieu sauve le Tsar !

Frédéric de Natal

Commentaires

  • Toute restauration se heurte d'abord à l'envie de pouvoir des compétiteurs déjà dans la place, qu'il est difficile de vaincre s'ils disposent des médiats et actionnent les rouages de l'Etat.

    La restauration monarchique la plus probable pendant ces trente dernières années fut celle du Csar des Bulgares, Siméon II. Elle a échoué pour cette même raison d'appétit frénétique de pouvoir de la part des habiles et initiés, mais la Nomenklatura rescapée sut l'utiliser pour s'ouvrir les portes de la Communauté européenne.
    Il se passe des choses semblables en Serbie et en Roumanie, les familles royales ouvrent des portes et couvrent d'un vernis d'intégrité morale des pouvoirs corrompus, mais l'envie prime le roi.

    Il est sûr que les successeurs républicains de Vladimir Poutine se regardent déjà en chiens de faïence de part et d'autre de la pendule qui donnera l'Heure.

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