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GONZAGUE SAINT BRIS, C’ÉTAIT QUAND MÊME QUELQU’UN !

 

Par Nicolas Gauthier
 
C’était un aristocrate selon mon goût, c’est-à-dire passablement fêlé de la théière, accroché au château de ses ancêtres comme une bernique à son rocher  (Repris de Boulevard Voltaire - 10.08 - cet excellent article pour saluer Saint-Bris).

24ec62c3705f165c45cada17f039cf3b.pngGonzague Saint Bris n’est plus. Ce mardi, il s’est tué en voiture, contre un arbre. Triste journée, car moi, j’aimais bien Gonzague Saint Bris. C’était un aristocrate selon mon goût, c’est-à-dire passablement fêlé de la théière, accroché au château de ses ancêtres comme une bernique à son rocher. Mais aussi capable de consacrer un livre à Michael Jackson tout en traversant les Alpes à dos de mulet, en hommage à Léonard de Vinci et son périple jadis effectué pour répondre à la très royale invitation de François Ier.

Écrivain, essayiste, homme de presse et de radio, éphémère chargé de mission au ministère de la Culture, de 1986 à 1988, Gonzague Saint Bris était aussi conseiller municipal de Loches (ville rendue fameuse par « Les Grosses Têtes » et la non moins célèbre madame Bellepaire), tant il était viscéralement attaché à sa Touraine natale. En 1978, il fonde le mouvement des Nouveaux Romantiques, petit souffle d’air frais en ces temps de technocratie giscardienne triomphante, avec des camarades à peu près aussi ébouriffés que lui, quoique à demi-chauves pour la plupart : Patrick Poivre d’Arvor, Francis Huster, Étienne Roda-Gil, Frédéric Mitterrand et Brice Lalonde.

Tout cela ne mène évidemment pas à grand-chose, on s’en doute. Même pas à une intronisation par trois fois repoussée à l’Académie française. Dommage pour cet auteur prolifique – une cinquantaine d’ouvrages au compteur, ce n’est pas rien – qui, en 2016, reçoit le prix Hugues-Capet pour l’ensemble de son œuvre. Juste réparation pour cet homme qui, à l’instar d’un Max Gallo, ne fut jamais véritablement accepté par la communauté très fermée des historiens « officiels » ; un peu comme un Stéphane Bern ou un Lorànt Deutsch. Historiens du dimanche ? Pas du tout, ces personnes ayant le don de populariser l’Histoire de France à heures de grande écoute télévisuelle et de la vulgariser de la manière la plus intelligente qui soit.

Certes, ils vont droit à l’essentiel, résument plutôt que de se perdre dans les détails, ne prétendent pas au savoir universel, mais commettent finalement moins d’erreurs factuelles que nombre de leurs confrères universitaires. C’est l’école Alain Decaux, qui fut à l’Histoire ce que Jean Vilar était au théâtre : tous pour la culture et, surtout, la culture pour tous ! Il était donc logique qu’un Stéphane Bern salue la mémoire de son illustre devancier en la matière.

Non content d’être un passeur, Gonzague Saint Bris était, de plus, un homme exquis. Je me souviens de lui, au début des années 1990. Je travaillais à l’hebdomadaire Minute. Entre première guerre du Golfe et psychose collective de la profanation du cimetière de Carpentras, l’ambiance était, comment dire, des plus chaudes… Désireux de m’entretenir avec le bonhomme, je finis par dénicher son numéro de téléphone personnel. Et là, je cite de mémoire :

– Allo, Gonzague Saint Bris ? Nicolas Gauthier, de Minute ! Ce serait pour une interview…
– 
Minute ? Quelle bonne surprise ! Inattendue, surtout…
– Ça ne vous dérange pas de me parler ?
– Et pourquoi donc, je vous prie ? Je lis souvent votre journal, fort bien écrit au demeurant…
– C’est un compliment ?
– Tout à fait, et dit sans malice…

La vérité m’oblige à dire que je ne me souviens plus très bien de la suite, si ce n’est que nous avions parlé de la France et de son histoire. La première, il en était éperdument amoureux. La seconde, il déplorait que son enseignement, dispensé à des têtes de moins en moins blondes, devienne peu à peu passé en pertes et profits.

À l’époque sévissait un autre chevelu à chemise blanche au col perpétuellement ouvert été comme hiver – Bernard-Henri Lévy. Qu’il me soit permis, en termes de look, de gentillesse et d’intelligence, de préférer celui-ci à celui-là.

Sacré Gonzague !  

 
Journaliste, écrivain

Commentaires

  • Moi aussi j'appréciais Monsieur Gonzague. Comme vous l'expliquez si bien, il a su, comme ce cher Stéphane, vulgariser l'Histoire pour la rendre populaire à la télé. On ne se rends pas assez compte de ce que le passé peut avoir comme influence sur le présent...

  • Tout le monde n'a pas le talent de Dumas et pour un Saint Bris ou un Deutsh il y a foule d'écrivains qui faute de recherches et d'études étant en mal d'inspiration se permettent d'habiller à leur façon les personnages historiques. en "revisitant l'Histoire.
    La dernière émission de monsieur Bern concernant Philippe d'Orléans a pour moi été décevante. Il a trop fait la part belle aux galants soupers en ne soulignant pas assez les qualités militaires les réformes et la puissance de travail du régent.
    Je crains que l'amitié de Stephan Bern avec le président ait une incidence sur son travail de vulgarisation.

  • Encore un brillant écrivain , un homme de qualité qui disparait suite à un accident de voiture , tout comme Roger NIMIER

  • Au risque de déplaire, je ne trouve rien d'extraordinaire à ce monsieur prétendument comte.Un bon bourgeois dont l'ancêtre a versé des espèces sonnantes et trébuchantes au Vatican pour s'acheter un titre non reconnu dans le royaume de France, car seul le roi était habilité à conférer la noblesse et un titre à un ressortissant français..Pour les sceptiques je conseille la lecture de l'excellent historien, et généalogiste M. Philippe du Puy de clinchamps ; notamment les cahiers nobles et celui intitulé : A quel titre ? et enfin le classique" Que sais-je ? "sur la noblesse édité aux Presses Universitaires de France.

  • Je n’ai pas eu l’honneur de connaître, ni de près ni de loin, Gonzague Saint Bris mais j’ai tenu à lui rendre hommage ici:

    http://voix.blog.tdg.ch/archive/2017/08/08/frederic-chopin-ce-romantique-auquel-s-adressait-gonzague-saint-bris.html

  • J'ai rencontré deux fois cet écrivain. Il ne m'a pas frappé par son talent mais par sa suffisance, et par l'affectation ridicule qu'il mettait à s'afficher comme raffiné et poète. Il a été désigné pour diriger "Spectacle du monde", mais malgré son obstination à licencier tous les journalistes qui ne partageaient pas les convictions "mainstream", il a conduit ce magazine à la catastrophe. Certes, il affichait son titre pontifical, mais le péché est si partagé que ce n'est pas la chose la plus grave à lui reprocher.

  • Ce ne sont pas les plus médiatisés qui sont les meilleurs et tout le monde peut se dire "historien" mais peu s' emploient à des recherches sérieuses et encore moins sont objectifs. Le goût et la facilitê du roman l'emporte sur celui de la vérité , de plus les véritables historiens privilégient une époque ,car il est impensable de survoler deux mille ans autrement que superficiellement.
    Personne ne peut comparer Saint Bris à Furet par exemple ni non plus tomber dans le panneau des " savonnettes à vilain" que sont les multiples titres dont se parent les vedettes de la politique ou autres et qui ressemblent plus à des noms "de plume qu'à je ne sais quel souvenir d'un lointain ancêtre.
    Nous vivons dans un monde d'apparences mais rassurez-vous l'illusion n'existe que pour les ignorants et les crédules.

  • Et moi je n'avais entendu parler de ce type que par la rumeur publique ; si l'état de ma calvitie avait permis que j'allasse encore (eh oui : "allasse" !) chez le coiffeur, je suppose que je l'aurais entraperçu dans les pages de "Spectacle du monde" ou de "Gala" (au cas où j'aurais oublié de me munir d'un livre).
    Quel intérêt de nous parler de ce gugusse, amis de LFAR ?

  • D'abord, Cher Pierre Builly, parce que, si nous ne l'avions pas fait. il se serait trouvé des lecteurs pour nous le reprocher
    Reconnaissons par ailleurs que LFAR traite de beaucoup d'autres sujets.

  • Quels commentaires ! Pauvre Gonzague ! Il est habillé pour le Paradis ! Un peu de décence et respect devant sa mort lui sont dus , même si le personnage était atypique

  • La disparition d'un homme, a fortiori d'un écrivain, n'efface ni ses qualités ni ses défauts. La mort force le respect. Elle ne dispense pas de la lucidité.

  • Heureusement cher Grimaud! Sinon il faudrait encenser Staline ou Hitler sous le prétexte qu'ils sont morts !!!

  • Et pour répondre à Pierre Builly je lui dirai que si on parle de cet écrivain c'est parce que le monde des lettres (royaume des aveugles ) est devenu si petit que les borgnes y sont rois.. Donc puisque vous paraissez ne pas être né de la veille , vivez comme moi avec les souvenirs de l'êpoque de Camus Gide Montherland Anouilh etc et même Sartre ...
    En ce temps là nous avions le choix ...

  • Et si je suis aussi de l'époque de Jacques Laurent et de Michel Déon, je le suis encore avec Patrick Modiano et Michel Houellebecq...
    Mais Gonzigue Saint-Brac, comme on disait il y a trente ans, non jamais...

    Cela étant j'admets bien volontiers que LFAR ait évoqué ce Requiescat !

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