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Le Prince était là…

 

Par François Marcilhac

 

364574047.jpgNous ne nous lasserons jamais de le répéter : le désespoir en politique est une sottise absolue. Une nouvelle preuve nous en a été fournie ce samedi 13 mai 2017. Alors que, hélas, le dimanche précédent, le pire n’avait pu être évité pour la France avec l’élection de Macron, c’est rue Cléry, dans le deuxième arrondissement de Paris, qu’un signe fort d’espérance est apparu dans le ciel assombri du pays, avec la participation du dauphin de France à notre colloque sur le Bien commun, participation qui en a fait tout le succès. Je reprendrai les mots de François Bel-Ker, secrétaire général de l’Action française : « Moins d’une semaine après le second tour de l’élection présidentielle, nous avons su répondre à l’abandon du politique par les élites cosmopolites, par un dense et riche colloque sur le Bien commun, dont le prince Jean a apprécié la haute tenue intellectuelle, la bonne ambiance et la jeunesse des participants, avant de donner lui-même une profonde leçon de philosophie politique. Initialement, il ne devait pas rester au banquet mais, réjoui par l’après-midi passé, il ne souhaitait pas nous quitter aussi rapidement. Comment ne pas être conquis ? Et comment, selon le mot de Me Tremolet de Villers, ne pas “être les serviteurs de celui qui est le serviteur de la France” ? Le Prince “nous est donné”. À nous de continuer à crédibiliser le projet capétien pour la France. »

On prend les mêmes, ou presque !

Quant au lendemain, ce n’est pas entre l’Élysée et l’Étoile que se déroulait l’événement national : c’est une avenue presque déserte que Macron a remontée, tandis que les patriotes, en grand nombre, défilaient pour rendre hommage à Jeanne d’Arc entre l’Opéra et les Pyramides. Un Macron qui, pour se faire élire, a surtout pratiqué l’art de l’instrumentalisation. N’est-ce pas Orléans et la célébration des fêtes johanniques qu’il avait choisis, en 2016, pour se poser en homme d’État ? Et n’est-ce pas de nouveau, un an plus tard, le jour de la fête nationale de Jeanne qu’il a été investi ? Certainement a-t-il dû voir là un signe trop grand pour lui, puisqu’il a, dimanche dernier, ignoré Jeanne. Un autre que lui, un patriote tout simplement, aurait vu au contraire dans la répétition de cette date l’exigence toute tracée de son mandat : redonner à la France son indépendance. Et n’aurait pas manqué durant sa journée d’aller déposer une gerbe à la statue des Pyramides… Mais, des Pyramides, il préfère à l’étendard de la statue de Jeanne le triangle de Peï…

Dès le lendemain, François Hollande nommait Alain Juppé Premier ministre. Pardon, Emmanuel Macron chargeait Édouard Philippe de composer le gouvernement. Du vin vieux dans de nouvelles outres… Que dire d’autre en effet d’une nomination qui, loin d’être une révolution, s’apparente surtout à un retour en force de la cuisine politicienne de la IVe République, enterrant ce qu’il reste des institutions de la Ve ? À l’heure où nous écrivons, nous ne connaissons pas encore les membres du gouvernement que le président de la République aura nommés sur proposition du Premier ministre, selon la formule consacrée… Mais nul besoin d’être un devin pour savoir que ce gouvernement, évidemment « resserré », se voudra, comme annoncé, sur fond de parité, un subtil dosage non seulement entre politiques et membres de la société civile mais aussi entre fidèles de la première heure et débauchés du PS et de LR… Histoire d’affaiblir les partis de gouvernement, qui n’ont toutefois pas encore rendu l’âme, au profit d’un nouvel appareil à la solde du nouveau président. Mais un nouvel appareil qui devra tout, précisément, à des politiciens venus des anciens… Amenant avec eux, comme une seconde nature, les vieilles pratiques…

Édouard Philippe, un boulet

D’ailleurs, Édouard Philippe lui-même fait déjà débat. Disciple d’Alain Juppé, il l’est à coup sûr sur la question du communautarisme, le maire du Havre ayant pour l’islamisme politique la même indulgence que le maire de Bordeaux. C’est ainsi qu’il n’a pas hésité, le 15 octobre dernier, à prêter une salle municipale pour une conférence organisée par l’UOIF, durant laquelle se sont exprimés des orateurs prônant un islam radical. Il est vrai qu’en 2013, il avait déjà inauguré une mosquée proche des Frères musulmans. Quant à l’Observatoire du nucléaire, il dénonce la nomination au poste de Premier ministre d’un personnage qui aurait, en raison de son passé françafricain et uranifère, des mains « très… radioactives ». Il faut également rappeler, à la suite de Mediapart, les défaillances, en 2014, de sa déclaration de patrimoine, qui le feront écoper d’un blâme de la part de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, pour « manquements d’une certaine gravité ». Aux questions sur la valeur de son patrimoine, n’a-t-il pas répondu n’en avoir « aucune idée » ? La nomination de Philippe est une provocation de l’oligarchie à l’égard du pays réel. Elle traduit toute l’arrogance et tout le mépris de la France de Macron à l’égard de la France qui travaille et qui souffre et qui connaît, elle, quand elle en a un, la maigre valeur de son petit patrimoine. Il n’est donc pas certain que, dans sa hâte à débaucher un quadra des Républicains proche de Juppé, Macron soit tombé sur le bon numéro… et que celui-ci ne soit pas bientôt pour lui plus un boulet qu’un collaborateur lui permettant de parvenir rapidement à ses fins : recomposer à son profit le paysage politique français tout en en conservant son vice rédhibitoire, servir les intérêts de l’oligarchie. Une oligarchie qui a tout de suite adoubé Macron, rassurée que, poursuivant une tradition de servilité inaugurée par Sarkozy et poursuivie par Hollande, il soit allé, aussitôt après avoir nommé le Premier ministre, faire allégeance à Berlin, capitale d’une Allemagne qui codirige l’Europe avec la Commission européenne. En donnant ce gage de soumission, Macron a évidemment rassuré les marchés : il sera bien au service exclusif de la finance internationale et de l’euromark.

Son objectif premier, ce sont les législatives : s’assurer une majorité solide pour pouvoir réaliser son programme en toute quiétude. Certes, rien n’est jamais acquis : cette majorité, Hollande ne l’avait-il pas avant que des frondeurs ne décrédibilisent son autorité et sa politique ? D’où sa tentative d’enliser dans un vaste marais allant du centre droit au centre gauche des professionnels déjà blanchis sous le harnais politicien, tout en espérant que ceux des élus de la société civile qui lui devront tout lui demeurent d’une fidélité sans faille. Encore une fois, les Français ne devront compter que sur eux-mêmes. Car rien ne serait plus dangereux pour le pays que Macron arrive à ses fins.

Le Front national est manifestement trop occupé par ses dissensions internes pour constituer, au mois de juin, une force parlementaire crédible d’opposition nationale. L’échec de son alliance avec Debout la France en est un présage supplémentaire. Il n’est donc pas certain qu’il arrive à faire élire ces quinze députés qui lui permettraient d’obtenir un groupe à l’Assemblée. La contre-performance de Marine Le Pen à l’élection présidentielle laissera des traces profondes après avoir été une source immédiate de déception pour ses électeurs, dont une grande partie des 10,5 millions du second tour bouderont le vote FN en juin. Quant au retrait de Marion Maréchal-Le Pen, qui s’est mise en réserve de la République après un parcours sans faute, peut-être participera-t-il d’une recomposition du camp national, mais ce sera pour bien après les législatives ! Seule perspective immédiate : tout faire pour que Macron ne puisse disposer d’une majorité à l’Assemblée. Nous y reviendrons.  

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