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  • Chantal Delsol : Le génie européen et le destin (aujourd’hui malheureux) de la culture européenne

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    Intervention de Chantal Delsol, professeur des Universités, écrivain et membre de l’Institut, à l'occasion de la Table Ronde d'hommage à Jean-François Mattéi, le 20 Mars dernier, à Marseille.

    Ici je voudrais insister sur un point qui me paraît important dans l’œuvre de Jean-François : le génie européen et le destin (aujourd’hui malheureux) de la culture européenne.
    J’ai choisi cette question parce qu’elle est le seul point sur lequel nous étions en désaccord (amical !) : la question de la supériorité de la culture européenne, la question du destin du nihilisme européen.
    On se souvient du fameux Avant-Propos de Max Weber pour L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, dans laquelle il s’interroge sur les raisons du développement de l’Europe, au détriment notamment de la Chine qui se trouvait pourtant tellement en avance. Needham, et Whitehead, ont abordé cette question avec talent. Et aussi Husserl et Patocka. Jean-François en était hanté. Il voyait dans l’auto-destruction actuelle de cette culture la démonstration même de sa supériorité. Comment cela ?

    Tout commence avec le soin de l’âme : depuis Platon et jusqu’à Patocka. Les autres humains, non-européens, n’ont-ils donc pas d’âme ? Certainement si ! Seulement ils n’inventent pas le logos, ou si l’on préfère, ils ne développent pas l’esprit critique. Les sociétés européennes inventent les sciences modernes et la démocratie parce que cette culture a « un mode d’expression spéculaire », autrement dit, une capacité à prendre distance par rapport à soi, et donc à se critiquer soi-même.
    Tout vient de là. Une idée de la conscience personnelle qui juge l’extérieur et ne s’y noie pas. J’ai appelé cela l’irrévérence. La critique.
    Jean-François va plus loin. Il pense que la culture se caractérise précisément par cette capacité à prendre distance. Il en ressort que seuls les Européens ont une culture au sens précis du terme : les autres sociétés ont des mythes, des religions, des pratiques.
    La capacité critique de l’Europe a été bien décrite comme une supériorité par des auteurs aussi différents que Leszek Kolakowski ou Cornelius Castoriadis. Savoir se remettre en cause est un signe de hauteur et de développement plus grand. J’ai développé cela en disant que si toutes les civilisations colonisent en période de puissance et décolonisent en période d’impuissance, l’Occident est la seule civilisation capable de décoloniser par mauvaise conscience…
    Ce qui permet de comprendre la vocation initiatrice de l’Europe, mais aussi pose d’autres questions.
    La capacité critique enclenche une culture de questionnement, de doute, de sortie de l’enfermement et de la particularité : une culture d’ouverture. Elle engendre le prométhéisme, et jusqu’à cette volonté d’échapper à la condition humaine, à sa finitude, volonté qui peut aller jusqu’aux pires excès. Déjà la devise de Charles Quint était : Plus Ultra.
    C’est cela qui engage l’Europe dans l’histoire, fait de ses sociétés des sociétés ouvertes.
    Cependant il se produit quelque chose d’étrange : quand la société européenne d’ouverture et de critique rencontre les autres sociétés, elle exerce sur elles une fascination. Toutes les sociétés mondiales se posent la question de savoir si elles doivent ou non s’occidentaliser – nous sommes les seuls à pouvoir nous contenter d’être nous-mêmes…
    Ainsi, grâce à l’Occident chrétien, les autres cultures commencent à prendre distance par rapport au particularisme, et entrent dans l’histoire universelle. Le mouvement d’émancipation qui répond à l’esprit critique dans le temps fléché, se répand partout. Si aujourd’hui en Chine ou ailleurs, l’esclavage est aboli, si les femmes peuvent faire des études supérieures, c’est uniquement à l’influence de l’Occident que cela est du.
    Comment expliquer ce pouvoir de fascination exercé par la culture européenne ? Il faut croire que le désir d’universel représente un appel tout humain, réveillé d’abord chez nous, mais promis à toutes les sociétés mondiales.
    Il serait d’ailleurs lucide de préciser que ce pouvoir de fascination s’estompe depuis la fin du XX° siècle, au moment où nous voyons se développer pas moins de trois centres civilisateurs fermement anti-européens : les zones de l’islam fondamentaliste, la Russie de Poutine et la Chine. Il importerait, à ce stade, de se demander si la culture critique et émancipatrice ne va pas trop loin dans ses desseins universalistes;
    Mais surtout, il est clair que l’esprit critique européen se retourne contre soi tel un apprenti sorcier, et Jean-François a beaucoup travaillé là-dessus. La haine de soi, depuis la décolonisation et les deux guerres mondiales, entraine l’Occident par le fond. Une société qui ne veut plus se défendre elle-même ne se condamne-t-elle pas à mort, comme lorsque par exemple l’Union européenne refuse d’inscrire les racines chrétiennes dans sa constitution ? Quand elle dénigre constamment la conscience personnelle, dont le développement a permis à la critique d’exister (institutionnalisation d’Antigone dans la justice internationale) ? Quand elle récuse ce que justement Platon et Patocka appellent l’âme (Zamiatine) ?
    D’autant qu’il se produit quelque chose de nouveau et d’inquiétant : pour critiquer, ou pour se mettre soi-même en cause, il faut un point d’appui : à partir de quoi juge-t-on ? Jusque là quand les Occidentaux se mettaient en cause c’était au nom des principes de l’Evangile, qu’ils estimaient avoir trahis (par exemple Marsile de Padoue ou Bartholomé de Las Casas). Mais aujourd’hui, n’étant plus en chrétienté, au nom de quoi les Occidentaux se jugent-ils ? Au nom d’une utopie abstraite, une perfection non-humaine et inhumaine – ou du point de vue de Sirius. Les conséquences sont incalculables. Le désespoir et le nihilisme résultent facilement de cette quête sans point fixe.
    Il est probable que la critique se pouvait grâce à la transcendance, qui établissait un point fixe archimédien d’où l’on pouvait juger. Une fois la transcendance abolie (« Dieu est mort »), la critique se poursuit comme forme de la pensée, mais privée de point archimédien elle tourne dans le vide.
    Jean-François était très marqué par le nihilisme contemporain, dont son dernier livre, L’homme dévasté, est l’expression. Il pensait qu’emportée par le torrent de l’auto-critique, la culture européenne était en passe de se détruire elle-même. Pour ma part je suis persuadée que ce nihilisme, bien réel, représente un épiphénomène, le délire de quelques élites germano-pratines aussi fêlées et aussi minoritaires qu’autrefois Diogène dans son tonneau. Je crois plutôt que nous sommes en train de renier notre culture pour rejoindre des pensées plus archaïques et plus simples : Husserl à mon avis avait tort quand il disait que les autres peuples s’occidentalisent mais que nous ne nous indianiserons jamais (dans La crise de l’humanité européenne et la philosophie) – je crois que nous sommes en train de nous indianiser sur beaucoup de plans.
    Comme vous tous je sais, hélas, que dans la discussion entre les vivants et les morts, les premiers ont forcément le dernier mot, et c’est pourquoi je lui donne le dernier mot :

    « L’attitude critique de l’Europe envers ses propres échecs témoigne précisément de ses succès.(…) Ce n’est pas parce que la culture de l’Europe a failli, en transgressant ses principes, qu’elle doit être condamnée ; c’est au contraire parce qu’elle a failli, mais en prenant conscience de ses fautes, qu’elle doit être reconnue comme supérieure. Aucune autre culture n’a jamais effectué cette rédemption ».  

    Les Amis de Jean-François Mattéi

  • Après le scrutin départemental • Avec moi le déluge, par Dominique JAMET

     

    Excellente analyse de Dominique Jamet, comme souvent - nous devrions dire : comme presque toujours - dans Boulevard Voltaire, sur les perspectives qui se dégagent - ou se confirment - des élections dites départementales qui viennent de se terminer. Sa critique pointe tous les gouvernements, sous toutes les Républiques. De sorte que, de fait, elle a valeur de remise en cause du Système en tant que tel. Du reste, Domique Jamet n'a pas davantage confiance dans le tripartisme qui s'installe que dans le bipartisme en vigueur jusqu'à présent encore ... Ces lignes - pensées, rédigées par d'autres que nous et il nous paraît bon qu'il en soit ainsi - nous aurions pu les écrire, les signer. A ceci près que le Système est chose vague si sa définition n'est pas donnée. Pour nous, la source doit en être recherchée dans les principes révolutionnaires eux-mêmes, qui fondent non pas toute république mais, en tout cas, la République française. Et l'actualité nous prouve chaque jour et en de nombreux domaines que cette source mortifère est loin d'être tarie.  Lafautearousseau    

     

    3312863504.jpgC’est une vieille ficelle, familière à tous les gouvernements, sous toutes les Républiques, lorsque les résultats des municipales ou des cantonales ne répondent pas à leur attente, de rappeler qu’il ne s’agit après tout que d’élections locales auxquelles il ne convient donc pas d’attribuer une signification qu’elles n’ont pas forcément. Un autre truc, classique, consiste à noyer le poisson d’une lourde défaite dans une cascade d’étiquettes et de dénominations vagues. S’il a surabondamment recouru à cette dernière recette lors du premier tour des départementales, le ministère de l’Intérieur n’a quand même pas cherché à nier que le vote des Français ait eu une dimension politique. Il s’est tout simplement abstenu d’aborder la question.

    Il tombe pourtant sous le sens, lorsque l’on vote le même jour dans un peu plus de 2.000 cantons, c’est-à-dire sur l’ensemble du territoire, Paris et Lyon exceptés, que ceux des citoyens qui font encore l’effort de se rendre dans les bureaux de vote sont de moins en moins sensibles à des considérations personnelles et locales, et se déterminent très largement en fonction de leurs préférences politiques et idéologiques. L’intrusion insistante et spectaculaire du Premier ministre dans la campagne électorale a fortement contribué à politiser le débat et M. Manuel Valls, bombant le torse et gonflant ses biceps à son habitude, n’a pas manqué de s’attribuer le mérite de la prétendue bonne tenue du vote socialiste et du fabuleux élan civique qui a fait remonter de cinq points, en référence à 2011, une participation qui avait reculé de vingt points par rapport aux précédentes consultations. À défaut de faire reculer le chômage et le Front national, le matador de la rue de Varenne aurait fait trembler l’abstention.

    Le pouvoir se satisfait de peu par les temps qui courent. Un Français sur deux a négligé ou refusé de voter. Le Front national a progressé de onze points depuis les dernières cantonales, gagné cinq cent mille voix depuis les dernières européennes et devrait multiplier par cinquante ou cent sa représentation. Le Parti socialiste, au bout du compte, devrait perdre le contrôle d’entre vingt et trente départements et assister en spectateur à la victoire en sièges dont Nicolas Sarkozy pourra se gargariser la semaine prochaine. Pour la quatrième fois consécutive, la majorité parlementaire est massivement désavouée par le pays et, lundi en huit au plus tard, frondeurs, mutins et même loyalistes devraient se livrer à un tir nourri contre le quartier général.

    Il est désormais clair que le président Hollande peut abandonner tout espoir d’être réélu s’il ne convainc pas ses partenaires de gauche de ne pas présenter de candidats, qu’il ne saurait y parvenir sans changer de cap et que, dans un pays en phase de droitisation accélérée, tout changement de cap entraînerait sa défaite. Trois blocs de force à peu près équivalente se partagent le plus clair de l’électorat, trois blocs qui ne peuvent s’entendre sans trahir leurs électeurs et dont aucun n’est en mesure de rassembler à lui seul une majorité. Ah les beaux jours que nous promet le nouveau tripartisme ! Louis XV, dit la légende, aurait un jour déclaré, désinvolte : « Après moi le déluge ! » Avec Hollande, le déluge, c’est maintenant.

     

    Dominique Jamet

  • Retour vers Soljenitsyne, le 25 septembre 1993, aux Lucs-sur-Boulogne : une critique historique et idéologique fondamentale de la Révolution

     

    En introduction à la note précédente, nous nous sommes permis de marquer notre point de vue : pour être efficiente, servir la pensée politique, être utile au pays, la critique du Système, que nous sommes désormais nombreux à faire, se doit de le définir et de remonter jusqu'à sa source. C'est ce que fait ici Soljenitsyne en homme qui a éprouvé dans sa vie même les horreurs qu'il rappelle. Non pas seulement pour lui-même et pour son pays. Mais aussi pour le monde et particulièrement pour la France parce qu'elle est à l'origine des Révolutions de l'époque moderne. Soljenitsyne remonte ici aux sources historiques et idéologiques du Système que nous subissons encore aujourd'hui. C'est, selon nous, ce qu'il convient que nous fassions. Et c'est pourquoi nous republions aujourd'hui ce texte important, qui nous est, d'ailleurs, souvent réclamé.  Lafautearousseau   

    1021349285.jpgTexte intégral du discours prononcé par Alexandre Soljenitsyne, , aux Lucs-sur-Boulogne, le samedi 25 septembre 1993 pour l'inauguration de l'Historial de Vendée . 

    Monsieur le président du Conseil général de la Vendée, chers Vendéens,           

    Il  y a deux tiers de siècle, l'enfant que j’étais lisait déjà avec admiration dans les livres les récits évoquant le soulèvement de la Vendée, si courageux, si désespéré. Mais jamais je n'aurais pu imaginer, fût-ce en rêve, que, sur mes vieux jours, j'aurais l'honneur d’inaugurer le monument en l'honneur des héros et des victimes de ce soulèvement.            

    Vingt décennies se sont écoulées depuis : des décennies diverses selon les divers pays. Et non seulement en France, mais aussi ailleurs, le soulèvement vendéen et sa répression sanglante ont reçu des éclairages constamment renouvelés. Car les événements historiques ne sont jamais compris pleinement dans l'incandescence des passions qui les accompagnent, mais à bonne distance, une fois refroidis par le temps.

    Longtemps, on a refusé d'entendre et d'accepter ce qui avait été crié par la bouche de ceux qui périssaient, de ceux que l'on brûlait vifs, des paysans d'une contrée laborieuse pour lesquels la Révolution semblait avoir été faite et que cette même révolution opprima et humilia jusqu'à la dernière extrémité.

    Eh bien oui, ces paysans se révoltèrent contre la Révolution. C’est que toute révolution déchaîne chez les hommes, les instincts de la plus élémentaire barbarie, les forces opaques de l'envie, de la rapacité et de la haine, cela, les contemporains l'avaient trop bien perçu. Ils payèrent un lourd tribut à la psychose générale lorsque le fait de se comporter en homme politiquement modéré - ou même seulement de le paraître - passait déjà pour un crime.            

    C'est le XXème siècle qui a considérablement terni, aux yeux de l'humanité, l'auréole romantique qui entourait la révolution au XVIIIème. De demi-siècles en siècles, les hommes ont fini par se convaincre, à partir de leur propre malheur, de ce que les révolutions détruisent le caractère organique de la société, qu'elles ruinent le cours naturel de la vie, qu'elles annihilent les meilleurs éléments de la population, en donnant libre champ aux pires. Aucune révolution ne peut enrichir un pays, tout juste quelques débrouillards sans scrupules sont causes de mort innombrables, d'une paupérisation étendue et, dans les cas les plus graves, d'une dégradation durable de la population.

    Le mot révolution lui-même, du latin revolvere, signifie rouler en arrière, revenir, éprouver à nouveau, rallumer. Dans le meilleur des cas, mettre sens dessus dessous. Bref, une kyrielle de significations peu enviables. De nos jours, si de par le monde on accole au mot révolution l'épithète de «grande», on ne le fait plus qu'avec circonspection et, bien souvent, avec beaucoup d'amertume.

    Désormais, nous comprenons toujours mieux que l'effet social que nous désirons si ardemment peut être obtenu par le biais d'un développement évolutif normal, avec infiniment moins de pertes, sans sauvagerie généralisée. II faut savoir améliorer avec patience ce que nous offre chaque aujourd'hui. II serait bien vain d'espérer que la révolution puisse régénérer la nature humaine. C'est ce que votre révolution, et plus particulièrement la nôtre, la révolution russe, avaient tellement espéré.

    La Révolution française s'est déroulée au nom d'un slogan intrinsèquement contradictoire et irréalisable : liberté, égalité, fraternité. Mais dans la vie sociale, liberté et égalité tendent à s'exclure mutuellement, sont antagoniques l'une de l'autre! La liberté détruit l'égalité sociale - c'est même là un des rôles de la liberté -, tandis que l'égalité restreint la liberté, car, autrement, on ne saurait y atteindre. Quant à la fraternité, elle n'est pas de leur famille. Ce n'est qu'un aventureux ajout au slogan et ce ne sont pas des dispositions sociales qui peuvent faire la véritable fraternité. Elle est d'ordre spirituel. 

    1630734882.jpgLa liberté et l'égalité s'excluent mutuellement. Et, en guise de fraternité, la Convention pratiqua le génocide !...

    Au surplus, à ce slogan ternaire, on ajoutait sur le ton de la menace : « ou la mort», ce qui en détruisait toute la signification. Jamais, à aucun pays, je ne pourrais souhaiter de grande révolution. Si la révolution du XVIIIème siècle n'a pas entraîné la ruine de la France, c'est uniquement parce qu'eut lieu Thermidor.

    La révolution russe, elle, n'a pas connu de Thermidor qui ait su l'arrêter. Elle a entraîné notre peuple jusqu'au bout, jusqu'au gouffre, jusqu'à l'abîme de la perdition. Je regrette qu'il n'y ait pas ici d'orateurs qui puissent ajouter ce que l'expérience leur a appris, au fin fond de la Chine, du Cambodge, du Vietnam, nous dire quel prix ils ont payé, eux, pour la révolution. L'expérience de la Révolution française aurait dû suffire pour que nos organisateurs rationalistes du bonheur du peuple en tirent les leçons. Mais non ! En Russie, tout s'est déroulé d'une façon pire encore et à une échelle incomparable.           

    De nombreux procédés cruels de la Révolution française ont été docilement appliqués sur le corps de la Russie par les communistes léniniens et par les socialistes internationalistes. Seul leur degré d'organisation et leur caractère systématique ont largement dépassé ceux des jacobins. Nous n'avons pas eu de Thermidor, mais - et nous pouvons en être fiers, en notre âme et conscience - nous avons eu notre Vendée. Et même plus d'une. Ce sont les grands soulèvements paysans, en 1920-21. J'évoquerai seulement un épisode bien connu : ces foules de paysans, armés de bâtons et de fourches, qui ont marché sur Tanbow, au son des cloches des églises avoisinantes, pour être fauchés par des mitrailleuses. Le soulèvement de Tanbow s'est maintenu pendant onze mois, bien que les communistes, en le réprimant, aient employé des chars d'assaut, des trains blindés, des avions, aient pris en otages les familles des révoltés et aient été à deux doigts d'utiliser des gaz toxiques. Nous avons connu aussi une résistance farouche au bolchévisme chez les Cosaques de l'Oural, du Don, étouffés dans les torrents de sang. Un véritable génocide.     

    En inaugurant aujourd'hui le mémorial de votre héroïque Vendée, ma vue se dédouble. Je vois en pensée les monuments qui vont être érigés un jour en Russie, témoins de notre résistance russe aux déferlements de la horde communiste. Nous avons traversé ensemble avec vous le XXème siècle. De part en part un siècle de terreur, effroyable couronnement de ce progrès auquel on avait tant rêvé au XVIIIème siècle. Aujourd'hui, je le pense, les Français seront de plus en plus nombreux à mieux comprendre, à mieux estimer, à garder avec fierté dans leur mémoire la résistance et le sacrifice de la Vendée.  Alexandre SOLJENITSYNE 

  • Deux vidéos à ne pas rater vous seront proposées cette semaine

    Ces deux vidéos seront les suivantes :

    Colloque du cercle Vauban du 6 décembre 2014  1/8  

    Extraits du colloque du Cercle Vauban, « Pour un nouveau régime », le 6 décembre 2014 à Paris.

    Frédéric Rouvillois évoque « l'Etat décapité, la dépendance en question ».

    Jacques Trémolet de Villers parle de « La justice à la dérive, bilan et perspectives ».

    et d'autre part : 

    Charles Maurras : un portrait politique

    Entretien avec Olivier Dard, historien, agrégé, docteur en histoire contemporaine et professeur à l’université Paris-Sorbonne - Paris IV. UNE VIDÉO DU CERCLE HENRI LAGRANGE 
     
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  • VOYAGES • Virée multiconfessionnelle à Bahreïn ... Par Péroncel-Hugoz

     

    peroncel-hugoz 2.jpgMalgré ou à cause d’une vieille sympathie pour Bahreïn, Péroncel-Hugoz a éprouvé le besoin de donner un petit « coup de dent » à la délégation très parisienne reçue en ce mois de mars par le roi Hamad II

    Cela tient peut-être à l’atmosphère décontractée,voire chaleureuse, que les journalistes étrangers hantant le Golfe arabo-persique trouvent de longue date à Manama, en comparaison des rigueurs hanbalites de Djeddah ou Doha, mais j’ai toujours senti de l’attirance pour cet archipel baigné par la même mer, en contradiction donc avec son nom : Bahreïn = Deux-Mers … Cet Emirat perlier puis pétrolier, régi patriarcalement depuis les années 1780 par la dynastie arabe des Khalifa, et que son chef actuel, Hamad II, a cru opportun en 2002 de hisser au rang de « Royaume », malgré ses 700 km2 peuplés seulement de 1.250.000 âmes dont plus de 50% sont allogènes ; cet Etat sunnite malékite comme le Maroc, lequel est un peu son modèle et aussi un de ses protecteurs diplomatiques, face aux appétits présumés du géant iranien à 200 km de ses côtes.

    Oh ! Je sais, Bahreïn abrite une grosse base américaine (comme Cuba…) , qui fait grimacer bien des Arabes, et les sacro-saintes « valeurs démocratiques » ne sont pas strictement honorées par le gouvernement insulaire, comme le réclame une partie de ses administrés chiites, dont certains se voient déjà diriger ces îles qui furent colonie chiito-persane aux XVII et XVIIIe siècles … Bref, le régime bahreïni n’a pas très bonne presse dans les tout-puissants réseaux « droitsdelhommistes » des cinq continents ; du coup il cherche tout naturellement  à améliorer son « image », et je ne sais quel « communicant » a donc soufflé à Manama d’accueillir avec maints égards une brillante escouade judéo-cristiano-islamique composée en France; une sorte de Tout-Paris religieux ambulant qui s’est donné pour mission (plus qu’honorable, il est vrai …) de sauver les chrétiens d’Orient. Or, la monarchie khalifienne est exemplaire en la matière, s’apprêtant même à abriter la première cathédrale de la rive arabe du Golfe … Evidemment, pour la délégation pluriconfessionnelle, il aurait été plus compliqué, plus dangereux d’aller essayer de rallier à son projet ces jihadistes de Mésopotamie, Algérie, Libye, Niger, Nigéria, etc. qui s’attaquent violemment aux chrétiens en tant que tels …

    Epargnons à nos suiveurs les platitudes ultra-consensuelles sur la « tolérance » et contre la « haine » débitées par des membres de la délégation parisienne et attardons-nous plutôt sur ses figures, à mes yeux les plus « pittoresques » : l’abbé Alain de La Morandais, prêtre mondain octogénaire connu en Europe pour ses propos crus sur la chasteté ou la prostitution ; côté chrétien encore mais américano-proche-oriental, Patrick Karam, né aux Antilles, dignitaire (avec madame) de l’hypersarkozysme, bon garçon, paraît-il, fameux pour ses hâbleries levantines qui font rire les dîneurs chics de Cayenne à Beyrouth, via Neuilly-sur-Seine et la Côte-d’Azur ; l’Islam était représenté notamment par le plus controversé des imams de France, Hassan Chalghoumi, né tunisien de père algérien ; spécialiste des séjours « mystérieux » en Syrie, Turquie, Algérie, Pakistan, Inde mahométane, etc ; naturalisé français (pas très difficile …) ; gérant d’une pizzeria ( « Il n ‘y a pas de sot métier ») ; victime en 2010 d’une « agression inventée » en banlieue parisienne, « agression » attribuée d’abord à des partisans du Marocain Cheikh Yacine (disparu en 2012) ; anti-burqa ; proclamant la « singularité sans égale » du génocide des juifs d’Europe par les nazis ; louant l’Islam pakistanais, bref paraissant surtout adapter son discours à ses auditoires, etc.

    Enfin, le bouquet, avec le célébrissime Marek Halter : rescapé (mais c’est contesté par des chercheurs juifs (1)) du ghetto de Varsovie ; condamné en appel le 15 décembre 1993, avec « Le Figaro », pour « diffamation publique » envers le catholicisme (2) ; reconverti dans les biographies romancées à l’eau tiède d’héroïnes chrétiennes (La Vierge Marie), israélites (Bethsabée) et dernièrement musulmanes (Khadija, Fatima, Aïcha). Dans un geste mécénique, qui n’est pas inhabituel chez lui, le brave Hamad II a décidé le 11 mars 2015 que la trilogie haltérienne sur les « premières grandes dames de l’Islam » serait très bientôt traduite en arabe. C’est pour le moment le seul résultat tangible de ce voyage huppé à la Cour khalifienne… 


    (1)  Par exemple le résistant et historien judéo-polonais Michel Bronwicz, auteur en 1983-84 d’un texte coup-de-poing « le cas Marek Halter. Jusqu’où est-il tolérable d’aller trop loin ? »

    (2)  « Les mensonges de Marek Halter », « Le Nouvel Observateur », Paris,  6 décembre 2008.

    Péroncel-Hugoz

  • LIVRES • Restez polis !

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    Peut-on espérer réformer les mœurs douteuses de nos contemporains ? Si toute tentative étatique destinée à civiliser les « sauvageons » semble vouée à l’échec, parce que tout retour à la politesse, fondée sur le respect d’autrui, donc sur l’abnégation et le sens de l’inégalité, va par principe à l’encontre des idéologies, du moins peut-on espérer réhabiliter la courtoisie au niveau individuel, et même, la remettre à la mode.

    Ghislain de Diesbach souffre de la grossièreté ambiante qui n’épargne personne, pas même les rejetons d’honorables familles. À tous ceux qui ont oublié les bases élémentaires de la civilité, il propose, avec force conseils et anecdotes, de s’amender.

    Le genre même de l’ouvrage impose une préciosité, une outrance, dont Diesbach, en grand écrivain et styliste qu’il est, joue à ravir. Il faut, souvent, le prendre au second degré. Alors, entre les pages, se dessine un remarquable essai de moraliste, d’une drôlerie folle, – il y a là des passages à pleurer de rire, notamment celui consacré à la façon de se bien tenir à l’église aujourd’hui.- et d’une profondeur jamais prise en défaut. À lire, et faire lire, de toute urgence, par mesure de salubrité publique ! 

    Nouveau savoir-vivre de Ghislain de Diesbach, Perrin, 270p., 21 euros.

     

    Politique magazine

  • Consultez les archives de Lafautearousseau, voyez nos « grands auteurs », retrouvez leurs réflexions ...

     

    Grands auteurs ou acteurs de l'Histoire s'enrichit, chaque semaine, en principe le vendredi, de pensées et réflexions particulièrement pertinentes. Vingt-quatre Français, neuf grands esprits européens, anglais, allemand, espagnol, russe et tchèque. et trois non-européens, Edgar Poe, le Dalaï Lama et le pape François. Bien d'autres grands auteurs éclectiques et profonds sont à venir. « Du bonheur d'être réac ? » C'est, entre autres et en très simple, ce qui les rassemble. N'hésitez pas à consulter cette bibliothèque qui s'étoffe et se construit !

    Accès : Icône en page d'accueil, colonne de droite. 

     

    Déjà cités : Edgar Poe, le Dalaï Lama, Tocqueville, Baudelaire, Vaclav Havel, Claude Lévy-Strauss, Charles Péguy, Dostoïevski, Goethe, Anouilh, Malraux, Unamuno, la Satire Ménippée, George Steiner, Shakespeare, Frédéric II, Jacques Perret, Georges Bernanos, Anatole France, Auguste Comte, Balzac, Racine, Pierre Manent, Louis XIV, Charles Maurras, Alexandre Soljenitsyne, le Pape François, Wintson Churchill, Alfred de Musset, Michel Houellebecq, Jean Giraudoux, Gustave Thibon, Choderlos de Laclos, Jacques Ellul et Simone Weil.

  • Loisirs • Culture • Traditions ...

  • SOCIETE • L’État Big Mother, par Stephan A. Brunel

    La République (DAUMIER)

    Félicitations à l'auteur de ces lignes. C'est du très bien vu. Lafautearousseau 

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    Pépère nous joue sa mémère, en direct à la télé. Il compatit aux morts des crashs aériens et des catastrophes ferroviaires. Il accueille les malheureux otages arrachés aux griffes des méchants. Il offre son épaule afin que Patrick Pelloux puisse s’épancher devant les caméras. Il annonce au pays tout entier que Leonarda peut revenir dans le giron présidentiel. C’est notre Mère Teresa des causes humanitaires.

    Tout cela ferait sourire si la politique, aujourd’hui, ne se résumait aux bons sentiments larmoyants, à l’humanitaire façon Kouchner et à un tout compassionnel menant à l’assistanat généralisé, et à ces idées chrétiennes devenues folles consistant à accueillir toute la misère du monde, ce que M. Gauchet nomme la « politique des droits de l’homme ». Foin des vertus viriles à l’antique, la politique n’en a plus que pour les qualités féminines. 

    J’ai souvent du mal à convaincre mes étudiants (très « gogauche du social »), auxquels j’enseigne les politiques sociales, que l’État-providence est le produit de la société libérale, et que la gauche en a récupéré l’héritage après que la démagogie révolutionnaire a montré ses horreurs et que les deux piliers du socialisme – propriété collective des moyens de production et planification – sont devenus obsolètes. 

    Tocqueville, en visionnaire, avait tout compris avant tout le monde : « Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance. »

    Le libéralisme détruit les solidarités de proximité (famille, métiers) et les institutions (syndicats, Églises), il pousse à la solitude et à l’anomie. Il ne reste que l’État. Dans « la société des individus » marquée par le risque et l’incertitude, l’assistanat est la soupape qui permet d’acheter la paix sociale et d’éviter les explosions populaires. 

    Comme par hasard, la France est championne du monde des transferts sociaux, avec un tiers de son PIB. Les revenus d’existence (RMI en France, Hartz IV allemand) sont apparus quand on a renoncé à intégrer tout le monde par le travail, en admettant que le chômage de masse était là pour durer. La société compassionnelle de Bush, ou le philanthropisme des Gates ou Buffet, ou le charity business de nos artistes et sportifs ne servent qu’à légitimer, et faire perdurer, l’exploitation éhontée du plus grand nombre pour l’enrichissement monstrueux de quelques-uns, barons-voleurs milliardaires et autres footballeurs analphabètes.

    On ne saurait saisir la nature de nos régimes politiques sans souligner que cette mère attentionnée est aussi possessive. Elle ne supporte pas qu’on lui résiste, ou qu’on en préfère une autre. Elle devient odieuse et abusive en prenant de l’âge, comme la Folcoche des romans. 

    Nous ne sommes plus dans la société totalitaire du Big Brother, révolue à l’instar du fascisme et du communisme, mais dans celle du Big Mother, que notre couple exécutif, Hollande et Valls, illustre à merveille. L’un nous joue sa maman, et l’autre sa marâtre. Valls, en mégère acariâtre et donneuse de leçons, gronde l’enfant pas sage qui va s’acoquiner avec Dieudonné ou faire des risettes à la vilaine Le Pen. 

    Pour mieux séduire le chaland, il faudra du reste à la chef du FN qu’elle abandonne les postures viriles héritées de son père et inscrites dans l’ADN de son parti, pour se rapprocher des minaudages à la Merkel, la Mutti des Allemands. On ne peut que le regretter. 

    Boulevard Voltaire

     

  • CIVILISATION • Indispensable science-fiction, par Pierre de La Coste*

     

    PierreDeLaCoste.jpgLorsqu’elle est contre-utopique, la science-fiction est particulièrement révélatrice des angoisses d’une époque, consacrant à l’écran ou sur papier la peur de la tyrannie. Elle s’est heureusement bien souvent trompée mais, paradoxalement, c’est son rôle.

    On parle beaucoup de « prophétie auto-réalisatrice » : à force de présenter un avenir comme déterminé, il finit parfois par se réaliser, du moins en partie (par exemple, annoncer une pénurie de telle marchandise provoque une ruée sur celle-ci). Mais ce qui est prévu, anticipé, exorcisé, conjuré ne se réalise jamais exactement. C’est ce que l’on appelle une « prophétie auto-destructrice ». Marcel Proust l’avait dit de la vie humaine. Il suffirait d’imaginer avec précision un avenir déplaisant pour qu’il ne se produise pas. C’est également vrai de la destinée collective.

    Le rôle utile de la SF

    Depuis le début de l’ère moderne, les grandes contre-utopies, les dystopies, remplissent peut-être cette fonction, ô combien utile. Elles sont le reflet inversé du Progrès optimiste et naïf, et jouent un rôle « proustien » collectif, de maintien à distance de l’horreur, qu’elles accompagnent pas à pas, comme dans Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1931), 1984 de George Orwell (1948) ou Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (1953). Des films comme Brazil, Minority report, ou Bienvenue à Gattaca jouent également ce rôle, en compagnie d’innombrables bandes dessinées.

    Contrairement à ce que l’on dit souvent, 1984 et Le Meilleur des mondes ne se sont pas réalisés. Ils représentent deux avenirs potentiels de l’humanité, également effrayants, mais inverses et en réalité incompatibles. Le roman 1984, comme le film Brazil, nous offre un cauchemar formé de pauvreté, de privations, de tristesse, d’espionnage généralisé de la vie privée et de haine collective. Le meilleur des mondes, comme son nom l’indique, nous fait voyager dans un trop-plein de bonheur, de consommation de plaisir charnel – pour les catégories supérieures, il est vrai. Aucune société ne pourrait être à la fois l’une et l’autre de ces dystopies rivales. Or elles sont « vraies » toutes les deux, au sens où l’une et l’autre incarnent quelque chose de la modernité. L’humain est parvenu à les éviter, en les exorcisant, pourrait-on dire. Fahrenheit 451 – c’est la température exacte à laquelle un livre se consume–, avec son histoire terrifiante de pompier brûleur de livres, apporte un contrepoint utile à ces deux premiers classiques. Si les écrivains et les intellectuels ne jouent pas leur rôle dans la société d’abondance matérielle ou d’espionnage généralisé, celle-ci tuera l’humanité.

    Parfois, une contre-utopie ne remplit pas son rôle. Dans Paris au XXe siècle, chef-d’œuvre posthume de Jules Verne, écrit en 1863, au début de sa carrière, Paris, mégapole vouée à l’électricité-reine, à la technologie, aux robots, tourne le dos à toute forme de culture littéraire et artistique. C’est la première science-fiction de combat moderne. Mais leur devancière du XIXe siècle ne fut pas publiée du vivant de l’auteur mais à la fin du XXe seulement . Hetzel avait refusé le manuscrit, ne voulant pas faire ombrage à l’épopée progressiste de Verne, déjà entamée, dont la suite était exigée à grands cris par une clientèle bourgeoise enthousiaste. Entre-temps, cette sombre prophétie ne s’est-elle pas réalisée ?

    Des dystopies auto-destructrices

    D’autres dystopies cherchent à être auto-réalisatrices et sont heureusement plutôt auto-destructrices. C’est le cas d’Atlas Shrugged, le best-seller américain d’Ayn Rand (La grève, en français ). Dans ce roman, quelques individus prédestinés, n’ayant plus d’autre Dieu qu’eux-mêmes, s’estimant exploités par la multitude, décident de « stopper le moteur de la société ». Ils se mettent « en grève », pour pousser le reste de la société à la faillite. Dites qu’une telle vision ne mènerait qu’à une jungle dominée par quelques prédateurs et qu’elle nous ferait retomber rapidement dans la barbarie, et vous serez taxé de « communisme », voire peut-être accusé d’être « frenchie », ce qui est bien pire, par les nouveaux puritains névrosés du Tea Party. Car Atlas Shrugged n’est pas une dystopie, une vision de cauchemar qui pousse à réagir. Non, c’est un idéal de vie, qui a fait fantasmer des millions d’Américains, persuadés d’être du camp des Saints, des prédestinés.

    Certains récits peuvent être aussi un subtil mélange de prophéties auto-réalisatrices et auto-destructrices. Dans L’étoile mystérieuse, l’album des aventures de Tintin, le savant Calys qui avait prévu la fin du monde est furieux que la collision de la terre avec un aérolithe géant soit finalement évitée de justesse, contrairement à ses calculs. Ainsi des savants d’aujourd’hui, qui tiennent à leur scénario catastrophe, quitte parfois à noircir le tableau. Ainsi, dans l’album, le savant fou Philipulus, prophète de malheur, et néanmoins ancien scientifique, appartient à la fois à la réalité de l’histoire et au cauchemar de Tintin, conséquence d’une vraie chaleur excessive. Il existe une fausse menace, l’araignée dans le télescope, mais également une vraie, la boule de feu qui se dirige vers la terre. Celle-ci provoque finalement une vraie collision, mais d’une gravité toute relative, et, frôlant la terre, provoque la création d’une île nouvelle, recelant un métal nouveau, le calystène, qui déclenche à son tour la convoitise d’affairistes sans scrupule, comme la curiosité des scientifiques.

    Cette structure en abîme du récit d’Hergé reflète la complexité du problème de l’avenir de la planète, avec ses hypothèses à tiroir, dans lesquels, nous dit-on, si l’homme prend conscience de la gravité de la situation et change d’attitude, la planète pourrait être sauvée…

    Continuons à exorciser l’enfer et à rêver d’un monde meilleur. C’est ainsi que les grands auteurs nous aideront à préserver notre liberté, entre utopie et contre-utopie, afin d’échapper à tous les déterminismes historiques et à toute prédestination personnelle. Dans Minority report, le héros (pourtant joué par Tom Cruise, un très dangereux scientologue dans la vie) parvient à écarter ce dernier piège. Il démontre que la soi-disant prédestination de certains hommes au crime n’est qu’un leurre pseudo-scientifique, destiné à camoufler les vrais crimes de personnages haut placés. Grâce à Dieu, l’homme est toujours libre du bien et du mal. Il est en outre capable de mettre en scène son libre-arbitre. C’est le vrai moteur de toute vraie tragédie, de toute littérature valable, de tout grand art : de toute œuvre de « fiction » crédible, depuis toujours. Le préfixe « science- », pour l’essentiel, ne change rien à l’humaine condition.

    Dernier livre paru : Apocalypse du progrès, Perspectives libres, 253 p., 22 euros.

     

  • LIVRES • Relire Le Grand Meaulnes, par Lars Klawonn*

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    A tous ceux qui pensent qu’on doit encadrer les enfants le plus tôt possible pour les « préparer à la vie », les former afin de « mettre toutes les chances de réussite de leur côté », je conseille de lire ou de relire Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier.

    Le lecteur est complètement capté par l’action et les sentiments nobles de jeunes personnages, la campagne et l’atmosphère féerique dans laquelle baigne tout le roman. Dans Le Grand Meaulnes, aucune bassesse, pas la moindre mesquinerie ou méchanceté. Tous les personnages ont en commun la même pureté de cœur, le même sens du sacrifice, la même haute idée de l’amitié. Ce sont de jeunes gens romantiques et sévères, cruels et fidèles. Dès les premières pages, on sent que des choses graves vont se passer, des luttes angoissantes, et que tout va vers la dévastation de ce monde de l’enfance sans qu’n’y ait aucune intention volontaire de personne.

    Le roman porte le surnom du personnage principal : Augustin Meaulnes, appelé le grand Meaulnes par les autres élèves. Il lui arrive une aventure bien extraordinaire. Après une longue déambulation à travers la campagne, il atterrit de manière tout à fait fortuite dans un grand château où se déroule une fête étrange, à caractère onirique, donnée par des enfants. C’est là où lui apparaît la belle jeune fille. Il échange avec elle quelques paroles. Et obtient d’elle la promesse de la revoir. Tout cela se passe au début du roman. Cette rencontre produit en lui un tel état d’exaltation que son désir de la revoir et de l’épouser s’empare entièrement de sa vie. C’est un désir moral non seulement en raison de la promesse mais surtout parce que le grand Meaulnes refuse de laisser périr son état d’exaltation et de rester séparé à jamais de l’être aimé. Ensuite, d’autres forces s’en mêlent, l’éloignent de sa quête, le font partir sur une fausse piste…

    Alain-Fournier sait que la véritable joie n’est pas de ce monde. Il sait que c’est par notre enfance que nous sommes le plus proche du paradis, donc de Dieu, et que la vie ensuite nous éloigne d’elle, qu’elle est en fait une lente dégradation. Bernanos le sait aussi qui, derrière chaque visage et chaque masque des êtres, cherchait toujours le petit enfant qu’ils furent. Le monde de l’enfance est un monde entièrement moral. Retrouver l’enfant que l’on fut, c’est retrouver le sens moral du monde, c’est-à-dire son innocence. L’enfant est innocent non pas parce qu’il ne sait pas encore ce qu’est le mal, comme le pensent la plupart des adultes, mais parce qu’il le sait trop bien ; il le sait mieux que les adultes. Les grandes personnes finissent tous ou presque par se résigner au mal, l’acceptent comme on accepte la pluie et l’orage. Ils appellent cela « être réaliste ». Chez l’enfant, le sens moral n’est pas encore contaminé par le mal.

    Alain-Fournier nous fait pénétrer dans un monde que nous n’avons pas fait, un monde qui paraît se passer de nous, un monde incalculable qui a ses lois particulières et étranges ; il nous fait entrer dans un conte de fée, un conte fantastique, un de ses contes qui s’attachent à nous, à notre famille, à nos relations pendant toute notre existence.

    Revenir à l’enfance ? Cela est interdit à l’homme nouveau. Pour faire cela, il lui faudrait des souvenirs ; il lui faudrait retrouver l’être qu’il fut et que le temps et l’oubli a aboli en lui. Or l’homme nouveau a désappris de s’attacher. Il se détourne volontiers de l’effort qu’il faut pour approfondir en soi-même, d’une façon générale et désintéressé, l’impression qu’a laissée en lui son enfance. L’homme nouveau ne croit plus à l’enfance. Il ne croit plus en rien. Tout ce à quoi il aspire désormais est gagner de l’argent, copuler et crever.

    Il n’y a plus d’enfance possible dans le monde nouveau, celui des robots. 

    Politique magazine

     

  • A la veille du second tour des élections départeentales .... Le discrédit malheureux de la politique, par Jean-Philippe CHAUVIN

     

    A vrai dire, nous avons aimé cet article de Jean-Philippe Chauvin, qu'il vient de mettre en ligne sur son blog. Il dit à la fois son dégoût, au mieux son indifférence, pour la politique politicienne, son regret de constater le discrédit qui frappe la Politique au sens noble et la passion qu'il persiste à lui porter. Nous partageons ces sentiments.  Lafautearousseau

     

    arton8470-7b8cd.jpgJ'ai suivi d'une oreille distraite la soirée électorale de l'autre dimanche et j'ai parcouru d'un œil non moins indifférent les articles de presse et leurs commentaires sur les « leçons des départementales » : suis-je pour autant un mauvais citoyen ? En fait, j'aime trop la politique et particulièrement le débat d'idées pour aimer ce qu'elle est devenue, entre rappels constants à la « République » et « petits crimes entre amis », entre oukases vallsiens et revanche libérale.

    D'ailleurs, en ce dimanche électoral ensoleillé et pollué, j'ai préféré lire le livre de M. Bertrand Le Gendre sur le dialogue entre de Gaulle et François Mauriac, livre que m'avait conseillé le matin même Jean-Philippe M., socialiste de grande culture avec lequel il est toujours agréable - et instructif - de converser, mais aussi, dans l'après-midi, poursuivre la lecture du « journal » de Friedrich Reck-Malleczewen, cet aristocrate allemand, monarchiste impénitent et antinazi virulent qui paya de sa vie cet engagement intellectuel contre la barbarie.

    Avec ces deux ouvrages (sur lesquels je reviendrai dans de prochaines notes), on apprécie mieux la valeur des idées (et leur prix de sang, parfois...) et l'art de la conversation, au sens noble du terme, et les querelles politiciennes d'aujourd'hui nous paraissent bien vaines ou, plus exactement, bien méprisables. Non pas que tous ceux qui se soumettent au jeu des urnes le soient eux-mêmes (j'en connais qui, de droite ou de gauche, méritent le respect et ont de la politique une grande idée, de celle qui impose de grands devoirs...), mais le « système », entre jeux médiatiques et croche-pieds partisans, entre dévoiements des intelligences et trahisons des électeurs (quand il faudrait parfois savoir leur parler, pour les convaincre, non pour les tromper...), décrédibilise la politique à laquelle il ne laisse plus, en somme, que le soin de « gérer la crise » quand il faudrait qu'elle s'impose à l'économique et à cette « gouvernance » qui n'est rien d'autre que l'inféodation du politique et des États aux exigences de l'hubris libérale. Les politiciens sont d'autant plus odieux qu'ils renoncent à cette capacité de résistance aux idées reçues qui devrait être leur raison d'être, et d'agir.

    Je ne suis pas un « idéaliste » qui verrait en la politique un chemin de roses tout comme je ne la vois pas seulement comme un « combat de rosses » : j'ai lu Mazarin et je connais la politique et les manœuvres de Richelieu, voire ses bassesses. Mais la « fin » (le service du souverain, de l’État, de la France) pouvait justifier certains « moyens » qui, utilisés aujourd'hui pour des fins moins nobles et plus individuelles (plus individualistes...), m'apparaissent détestables et condamnables. C'est aussi cela qui fait que je suis royaliste, fidèle et non idolâtre, politique et non servile... 

     

    Le blog de Jean-Philippe Chauvin