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Michèle Tribalat parle de l'Islam, de l'islamisme

            Nous avons publié lundi une des question/réponse de l'entretien fort intéressant accordé le mardi 27 Janvier par Michèle Tribalat, la démographe bien connue, auteur de "La République et l’islam"à Pierre Cassen, de Riposte Laïque.

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            Voici une autre question/réponse, plus longue cette fois, dans laquelle Michèle Tribalat - toujours dans le même entretien - attire l'attention sur deux ou trois choses que l'on ferait bien de prendre en compte à propos de l'Islam, de l'islamisme et des terroristes; ainsi que sur une erreur grossière que commettent ( par idéologie ?.... ) nos gouvernants et notre Pays Légal dans son ensemble, dans les rapports qu'ils entretiennent avec les musulmans.   

             On appréciera dans les lignes qui suivent le solide bon sens de Michèle Tribalat. Un bon sens et une connaissance de son sujet qui s'opposent frontalement à l'aveuglement suicidaire de beaucoup de nos dirigeants actuels. Qui s'explique peut-être, en plus de l'idéologie, par leur méconnaissance profonde de l'Islam, en fait. Tout simplement.....

Riposte Laïque : Vous avez écrit en 2002 un livre "La République et l’Islam, entre crainte et aveuglement", avec Jeanne-Hélène Kaltenbach. A cette époque, on était déjà rapidement traité de raciste dès qu’on critiquait certains aspects agressifs de l’islam. Vous dénonciez de nombreux reculs de la République, devant l’offensive islamiste. Quel est votre regard, huit ans après la sortie de ce livre, sur les réponses de la société française ?

Michèle Tribalat : Ce livre, il faut le rappeler, avait un titre bien banal - La République et l’islam - et venait après d’autres ouvrages aux titres tout aussi convenus du genre l’islam et la République ou l’islam dans la République. À l’époque déjà, il était difficile d’annoncer la couleur de manière explicite. J’avais choisi un titre qui me paraissait bien plus pertinent et en rapport avec ce que nous souhaitions traiter dans cet ouvrage : Islam, les yeux grand-fermés. Ce titre exprimait bien notre projet et avait l’avantage de faire référence à un film osé de Stanley Kubrick - Eyes Wide Shut - allusion qui me plaisait beaucoup mais qui n’a pas plu à l’éditeur. Le titre nous a été imposé et je n’ai jamais souhaité le défendre.

             Dans ce livre, nous voulions montrer les dangers de l’islamisme, montrer qu’il ne tombait pas soudainement du ciel, si l’on peut dire, que sa légitimité plongeait dans les textes sacrés et qu’il avait donc bien un rapport avec l’islam qu’il ne fallait pas éluder. Tous les commentaires du genre « les actes terroristes n’ont rien à voir avec l’islam » ou « ceux qui ont fait ça ne sont pas des musulmans » sont absolument contre-productifs. Ils n’aident pas les musulmans de bonne volonté à envisager les sacrifices nécessaires à l’acclimatation de l’islam en Europe.

            Les terroristes islamistes se réclament de l’islam. Au nom de quoi refuserions-nous de les croire, nous qui ne savons généralement rien de cette religion ? C’est une mauvaise stratégie parce que nous en arrivons à croire que le combat politique se résume à débusquer les cellules islamistes prêtes à poser des bombes. Tant qu’ils ne jouent pas aux artificiers, les militants de l’islam deviendraient ainsi présentables.

            Notre livre visait aussi, et sans doute avant tout, à révéler la faiblesse et la complaisance avec lesquelles nous accueillons les exigences politico-religieuses islamiques. Il ne faut pas espérer acclimater l’islam à nos sociétés modernes en présentant ces dernières comme spirituellement vides, sans honneur, sans histoire prestigieuse, sans culture propre, sans traditions, sans rien à défendre, sans continuité à construire. Nous regrettions donc cet autodénigrement, ce goût de l’autre excessif qui enlève toute consistance et tout attrait à la société dans laquelle l’islam doit trouver sa place.

            Nos remarques d’alors restent valables. Aujourd’hui, nous aimons l’authentique, pourvu qu’il soit « terroir » ou « exotique ». C’est ce qui nous amène à privilégier un islam tel qu’il se présente, avec ses coutumes, traditions et rites, à un islam rénové et adapté aux exigences de nos sociétés modernes. Nous y voyons un islam authentique alors que nous sommes incultes en la matière. Les musulmans progressistes prêts à moderniser leur religion et les habitudes culturelles qui vont avec nous plaisent beaucoup moins. Pourtant, ils connaissent de l’intérieur les méfaits et ravages d’une obédience aveugle à ce qu’exigerait une application intégrale de l’islam conçu comme parole divine inaltérable. Ils parlent haut et fort, avec émotion, désespoir et colère. Et, paradoxe, ce sont eux qui sont jugés excessifs.

            Il s’est ainsi trouvé des « sages » de la commission Stasi pour juger que l’audition de Chahdortt Djavann avait été une faute de goût. La France a tourné le dos à Ayaan Hirsi Ali alors que nous aurions dû être honorés de la compter parmi nous, mais a offert l’asile à un terroriste colombien et gracié une terroriste italienne. J’attends avec impatience la réaction de la France lorsque les États-Unis vont lui demander d’accueillir des « présumés » terroristes de Guantanamo. Il n’est pas impossible que nous en prenions quelques uns pour raison humanitaire.

            Nous n’avons pas, à ma connaissance, de mouvement musulman équivalent à celui qui est né aux Etats-Unis dans l’après 11 septembre -« Free Muslim Coalition » - et qui a compris que cet événement engageait la responsabilité des musulmans. Kamal Nawash, à l’origine de Free Muslim Coalition écrivait ainsi : « il ne suffit pas que les modérés musulmans déclarent que certains passages du Coran ont été exploités politiquement. Les musulmans doivent réaliser que ces passages n’auraient pas été exploités s’ils n’existaient pas… Nous, musulmans, devons balayer devant notre porte et congédier les nombreux leaders qui à longueur de sermons prêchent la haine, l’intolérance, la violence. Nous ne devons plus avoir peur d’admettre que, comme musulmans, nous avons un problème avec l’extrémisme violent. Si nous devions rester silencieux, nous ne pourrions espérer que l’on nous entende lorsque nous nous plaignons des stéréotypes et de la discrimination. Nous n’aurions pas à nous plaindre des mesures particulières dont nous faisons l’objet dans les aéroports. Pour dire les choses directement, nous, musulmans ne devons pas seulement nous joindre à la guerre contre la terreur. Nous devons en prendre la tête. »

            Nous aurions besoin d’un engagement de musulmans français de ce type. Pour cela, il faudrait ne pas décourager les bonnes volontés et ne pas considérer comme des transfuges douteux ceux qui se détournent de l’islam tel qu’il est. Et il faudrait au contraire assurer leur protection. Ce type de mouvement est indispensable pour que la critique légitime de l’islam ne débouche pas sur une mise en accusation des musulmans dans leur ensemble. Si la plupart des musulmans en désaccord avec les militants de l’islam se taisent et si les hommes et les femmes courageux qui parlent sont déconsidérés, l’amalgame est à redouter.

            Nous avons intérêt, l’État a intérêt, à favoriser l’émergence de ce courant de pensée musulman en France, plutôt que de flatter dans le sens du poil ceux qui nous expliquent que l’islam tel qu’il est doit le rester parce qu’il serait un gage de tranquillité. Toute action politique en la matière devrait ainsi être évaluée à l’aulne de cet objectif : « Est-ce qu’elle contribue à soutenir et épauler les hommes et les femmes courageux qui sont engagés dans ce processus de réforme ? Est-ce qu’elle aide les incroyants de culture musulmane à vivre leur vie, à exercer leur liberté de penser sans crainte ? Ou, au contraire, est-ce qu’elle livre les tièdes à la tutelle des islamistes ? »

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