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Documents pour servir à illustrer une histoire de l'URP (16)...

(Documents pour servir à illustrer une histoire de l'URP : contribution, commentaires, informations, renseignements, prêt de photos etc... bienvenus; retrouvez l'ensemble de ces documents dans notre Catégorie : Documents pour servir à illustrer une histoire de l'URP)

 

16 : 24 février 1968, les gauchistes - emmenés par Samuel Johsua  - attaquent notre réunion de la Salle Mazenod, avec Pierre Debray... (3/3)

Voilà : maintenant que nous avons suffisamment rappelé le contexte général, je vais vous relater - comme acteur, au premier rang - la façon dont j'ai vécu cet évènement, qui nous a vraiment marqué et qui a eu, pour nous, pas mal de répercussions heureuses, par la suite...

Comme je l'ai dit dans les deux notes précédentes, ni nous ni personne ne savait que, en réalité, cette montée de fièvre, qui culmina "Salle Mazenod", n'était que l'un des prémices de ce qui allait s'achever en... "Mai 68".

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Ah, cette affiche ! On a écoulé le stock, et pourtant, il y en avait !

 

Nous, nous cherchions seulement à développer notre "groupe jeunes", qui n'avait pas cinq ans, à l'époque. Très favorablement accueillis par "les anciens" (Chauvet, Lavo, Ducret, Motte, Joannon...), "anciens" mais, alors, dans la force de l'âge, notre noyau initial (de trois) commença d'abord par remplacer/dégager un groupe assez mondain, qui n'avait pour nous de "royaliste" que le nom. Je me souviens d'un certain Sylvie, de Bourlotton, qui n'avait qu'une envie : parler de tout ce dont on voudrait, pourvu que ce soit "autour d'un bon gueuleton" (vous voyez le genre... il n'était pas méchant, mais bon...); le seul assez sympa était Philippe Huguier : le dernier souvenir de lui, du peu qu'il m'en reste, est ce jour où il vint à la maison. Mon frère Jean-Marie - de quatre ans et demi mon aîné, qui m'emmena au local - était absent, et Philippe Huguier déposa une quinzaine d'Aspects pour la vente. Maman était furieuse, demandant pourquoi il ne venait pas les vendre lui-même avec nous...

Après avoir donc remplacé/dégagé ces "mondains", nous reçûmes les premiers "nouveaux" : je me souviens très bien de la grande timidité d'Hubert (de Lapeyrouse) à qui j'ouvris la porte, un samedi après-midi, rue Saint Suffren, et qui me bafouilla quelque chose comme "c'est bien ici le local des royalistes"... et, bien sûr, de cet autre après-midi où j'ouvris à Guy (de Balanda), qui, dès le début, se révéla être ce qu'il était : un personnage ! C'est avec eux, et d'autres encore, que nous partîmes vendre, afficher, tracter... et étoffer notre groupe, qui commença à devenir important.

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Dès la réunion de rentrée de "Roquevaire 67", mais pensant entrer dans une nouvelle année normale, alors que tout allait être chamboulé, nous pensions donc à la façon dont nous pourrions dynamiser notre action, notre année, et l'idée nous vint d'utiliser le slogan "Défendez-vous", faisant référence à la guerre du Viet-Nam, puis d'organiser une réunion publique, avec Pierre Debray, qui tenait - dans Aspects de la France - la rubrique "Le combat des idées".

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Le numéro 949, du premier décembre 1966. Au moment où nous vendions le plus, nous organisions trois ventes hebdomadaires : le jeudi (puis mercredi) après-midi, jour de congé scolaire, le samedi après-midi et, le dimanche matin, devant six ou sept églises du centre-ville...

 

Nous voulions aussi nous implanter et recruter là où nous étions absents. Une première distribution dans des "terra incognita", au Lycée Nord (maintenant, Saint Exupéry) fut un échec, mais sans plus : nous vîmes tout de suite que le milieu était hostile, aucun lycéen ne venait vers nous et même certains montraient une animosité réelle; nous jugeâmes préférables d'en rester là et de partir...

C'est notre seconde tentative, à la Fac Saint Charles, qui se révéla désastreuse pour nous, comme je l'ai raconté dans la partie 2 de ce récit. La meilleure preuve que nous n'étions pas des bagarreurs et que la seule chose qui nous intéressait était de développer notre groupe pour, surtout, faire partager nos idées, est que nous partîmes, ce jour-là, complètement inconscients, à seulement cinq ou six, sans rien d'autre que nos tracts et... nos jambes ! Les gauchistes de Josuah nous reçurent comme je vous l'ai dit...

Mais cette piteuse déconvenue, et notre fuite éperdue et sans gloire, devait finalement les tromper, et se retourner contre eux : à partir de cet évènement, ils se sur-estimèrent, et nous sous-estimèrent. Quel mérite y avait-il, eux étant chez eux, et nombreux, à faire déguerpir cinq ou six jeunes venus sans rien, uniquement pour tracter ? La "bande à Samy" dut s'imaginer que nous n'étions que quelques ramollos : et, là, mal leur en prit, et ce fut à eux de se tromper lourdement. Car, attaquer une réunion, lorsque on vous attend, cela n'est plus du tout la même chose...

 

1. Je vous laisse d'abord lire ce compte-rendu :

L'article paru dès le lendemain de l'agression, le dimanche 25 février, dans le quotidien local Le Méridional 

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(sa lecture étant malaisée, en voici la retranscription)

À LA SALLE MAZENOD

Une réunion royaliste perturbée

par les communistes

Cinq blessés à l'arrivée de la police

 

Une véritable bataille rangée a opposé hier soir, de 18h à 18h45, un groupe de jeunes communistes aux royalistes assistant, Salle Mazenod, à la conférence tenue par M. Pierre Debray, journaliste à "Aspects de la France". La réunion, organisée sur le thème "Défense de l'Occident", par la section marseillaise des étudiants de la Restauration nationale, avait débuté depuis environ une demi-heure, quand plus de cinquante communistes, faisant irruption dans le hall, tentèrent de bloquer le déroulement de la séance.

Armés de gourdins, matraques et bouteilles, les attaquants, qui s'aidaient volontiers du matériel hétéroclite leur tombant sous la main, ne bénéficièrent pas longtemps de l'effet de surprise et durent se retirer à l'issue d'une bagarre sans concessions. Refluant petit à petit sous la pression des royalistes. Ils furent finalement repoussés jusqu'à la rue d'Aubagne où s'était rassemblée une grande foule attirée par le vacarme.

Bancs, chaises, tout y passa. Quand le calme fut revenu, le hall de la Salle Mazenod, si paisible à l'accoutumée, ressemblait à un "Olympia" des jours de "casse", le sang et les tracts politiques en plus. Les agresseurs, où l'on remarquait plusieurs jeunes Asiatiques et Africains, parvinrent à se disperser avant l'arrivée de la police. Sauf les blessés, parmi lesquels figurait un certain Samuel Josuah, qui serait le chef de file du commando perturbateur et appartiendrait aux JCR (Jeunesses Communistes Révolutionnaires).

En effet, atteint au visage et aux yeux, Samuel Josuah dut aller se faire soigner dans une pharmacie du quartier, avant d'être évacué par "Police-Secours". Au total, on déplorerait cinq blessés, dont trois du côté royaliste.

Après cet intermède pour le moins animé, M. Pierre Debray qui fit le coup de poing avec les siens, reprit le cours de son exposé, tendant à rendre "la duplicité aveugle de l'Occident, principale responsable de notre décadence, donc des progrès de la subversion marxiste". L'orateur sait de quoi il parle. Ancien secrétaire national du Comité France-URSS et collaborateur de "Témoignage chrétien" et de la revue "Esprit", il  s'est rallié aux thèses de Charles Maurras, qu'il défend vigoureusement dans "Aspects de la France", dont il est incontestablement l'une des meilleurs plumes.

En homme d'Action française, "habitué à regarder les choses en face", il a rappelé la longue accumulation d'erreurs qui nous a amenés à l'actuel "climat de dépravation et de mollesse généralisée", faisant le procès du jacobinisme, fourrier du communisme. Il ne voit qu'un remède à tant de maux : l'abandon des idéologies nous ayant porté tort et le recours "aux conclusions maurrassiennes, donc royalistes".

(fin de la transcription de l'article)

 

2. Et je vous raconte, maintenant, l'attaque, comme je l'ai vécue... 

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Je l'ai dit : nous étions partagés (cinquante/cinquante, comme on dit) et nous pensions qu'il était très possible qu' "ils" reviennent, mais nous ne pouvions en être certains non plus. Nous nous préparâmes donc au pire, achetant trente manches de pioche et demandant à chacun d'être là. Dès la mi-journée, ce samedi 24, nous effectuâmes quelques repérages, dans la rue d'Aubagne et aux alentours (à la Plaine) : rien. La réunion étant prévue pour 17h, encore une ou deux tournées d'inspection/vérification : toujours rien. Bien sûr, nous arrivâmes très en avance, nous installant comme il fallait, dans la salle et dans la rue, devant l'entrée du Théâtre; et le temps passa : 15h, 15h30, 16h : toujours rien. À partir de 16h30 environ, les premières personnes du public commencèrent à arriver, et, surtout, les derniers amis qui n'avaient pu se libérer avant, et qui étaient prévus au S.O. Puis c'est Debray qui arrive, et toujours rien. Finalement, on laisse passer un peu de temps, puis la réunion commence. Nous restons vigilants, et restons surtout dehors. Mais, rien, toujours rien. Nous commençons à nous dire qu'une partie du S.O. peut rentrer, écouter Debray, et ne restons que quelques uns dehors. Et toujours rien, et le temps qui passe, et le discours de Debray qui, finalement, va bien finir par finir.

C'est là que nous commettons notre grossière erreur : nous nous disons que, maintenant "ils" ne viendront plus et, finalement, tout le monde rentre dans la salle, laissant la rue et le vestibule du théâtre vides. Mais, tout de même, nous sommes tous derrière les portes battantes qui donnent entrée à la salle. Quand même...

Tout à coup - nous comprenons au quart de tour - une sorte de grand bruit, un peu comparable à une explosion, et des hurlements : pas besoin de donner d'ordres, tout le monde est dans le vestibule en un clin d'oeil, chacun avec son manche. Et, là, nous retrouvons cette grande échasse de Josuah avec une meute vociférante et haineuse, telle que nous l'avons laissée à la Fac Saint Charles. Nos deux groupes sont sensiblement égaux, mais, poussés par leur élan et grâce à l'effet de  surprise, les autres occupent déjà une grande part du vestibule, et nous sommes, pour ainsi dire, déjà coincés contre les portes battantes.

Mais nous voyons bien, malgré tout, que Josuah et les siens sont surpris de nous voir si méchants, cette fois. Ils n'ont plus devant eux, maintenant, cinq ou six inconscient désarmés, mais bien un groupe égal au leur et qui, manifestement, ne va pas se laisse faire, cette fois. La seule différence entre eux et nous c'est l'âge des combattants, car il s'agit d'un vrai combat : Salluste disait des légionnaires de Caius Marius, affrontant - pour les exterminer - les Cimbres et les Teutons, qu'ils venaient "pro salute, non pro gloria, certari"; c'est-à-dire qu'ils ne se battaient pas pour la gloire, mais bien pour sauver leurs peaux, face aux barbares. C'était exactement cela, pour nous : Samy était bien venu, finalement, comme nous l'imaginions possible, pour "finir le travail" et, sinon pour nous tuer vraiment, du moins pour nous faire assez mal et assez de mal pour nous enlever l'envie de continuer à militer...

Je parle d'âge car, en face de la bande de nervis gauchistes, exclusivement constituée d'étudiants et de jeunes (lycéens, travailleurs), de notre côté il y a nous, bien sûr, les jeunes de l'époque, mais les anciens sont là aussi et se battent avec nous : Lavo est là, André (le trésorier qui succéda à Ducret) lance à tour de bras tous les gros cendriers en céramique "Cinzano" qu'il peut trouver (et il y en a ! : tout le monde fume, et partout, à l'époque...). Et cela fait rudement mal, un Cinzano lancé à toute volée, pris en pleine poire !

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Papa est là, avec son nerf de boeuf... Et, bien sûr, Debray est là, comme un tribun à qui il ne manque que le cheval, mais qui nous harangue en même temps qu'il insulte ces "salauds" de "fascistes" et qu'il les agonit d'injures et insultes bien senties, ce qui nous galvanise évidemment et déstabilise un peu les autres, c'est évident...

Pendant ce temps, dans la salle, Maman et Madame Orsini (une amie d'AF qui ne manquait jamais ni une réunion ni une Jeanne ni, plus tard, un Rassemblement) m'ont raconté comment ceux qui ne pouvaient se battre étaient partagés entre l'indignation face à ces barbares, les encouragements qu'ils nous prodiguaient malgré tout et, quand même, il faut bien le dire, une certaine inquiétude; ou une inquiétude certaine...

Et dans le vestibule ?

Premier temps : nous nous sommes donc fait surprendre comme des bleus, bien qu'un peu préparés quand même. Sur leur lancée, par un simple effet mécanique d'entraînement, les gauchos gagnent quelques mètres de terrain, d'abord, même s'ils ne s'attendaient pas à ce que l'on résiste et, à fortiori, à une telle résistance...

Les choses se figent un peu alors, l'affaire commence à durer, et les coups pleuvent, mais vraiment (et pas des caresses !) de part et d'autre. Si l'on se figure deux rectangles se faisant face (comme dans les plans de batailles) je me suis trouvé, en sortant précipitamment de la salle, à l'extrême-gauche de notre rectangle (à l'extrême-gauche ! moi !), au premier rang, face au rectangle ennemi, et je n'en ai plus bougé, comme personne du reste : nous sommes tous restés là où nous nous trouvions dès le début, donnant le maximum de coups et tâchant d'en éviter un maximum.

Deuxième temps : puis les gauchos, manifestement surpris d'abord, semblent se ressaisir et fournissent un gros effort. De toutes façons, ils sont venus pour faire très mal, et leur haine est décuplée du fait de notre résistance, qui les rend fous et encore plus furieux. Ils n'ont pas fait tout ça pour rater leur coup : alors "ils poussent". Et, il faut bien l'admettre, à un moment, ils progressent et nous plions un peu. S'ils continuent comme cela, et si nous cédons encore du terrain, ils arrivent aux portes battantes, et, là, c'est le carnage assuré.

Troisième temps : nous comprenons bien qu' "ils" avancent. Alors, sans qu'il soit besoin de se parler, les simples regards suffisent, on se dit qu'il faut tout donner, ou, sinon, on va tout perdre. Et on voit bien, tout de même, que nous en avons amoché certains, en face. Et que, malgré tout, jusque là, on a tenu. Alors, on décide de foncer en hurlant nous aussi, de jeter toutes nos forces d'un coup, non pas avec l'énergie du désespoir, mais avec la rage de sauver notre réunion (et nous avec, et le public) et de venger la honte de la Fac Saint Charles. Et là, finalement, un ou plusieurs d'en face changent d'attitude, se mettent clairement à faiblir, à mollir; une incertitude gagne quelques uns, de toute évidence, un ou deux baissent les bras : joint à notre poussée, ce début de doute/inquiétude/perte de confiance devient assez vite reflux et panique, et toute leur troupe s'en va : on a  gagné  ! 

Nous savons qu'on en a blessé plusieurs, et notamment Josuah lui-même∗. Mais le plus important c'est que, après cette démonstration magnifique de la solidité et du moral d'acier de notre groupe militant, tous âges confondus, plus aucune de nos activités n'a été entravée, gênée, attaquée : ni ventes, ni affichages, ni tractages ni même, plus tard, aucun Rassemblement : pourtant, au "précurseur", à partir du mercredi, nous n'étions que cinq ou six, et un peu moins encore au "postcurseur", jusqu'au mercredi d'après...

En somme, la Salle Mazenod, pour employer un langage sportif d'aujourd'hui, ce fut notre "remontada" à nous après notre piteuse déroute de la Fac Saint Charles !

Un simple souvenir personnel, pour clore ce chapitre. S'il y eut de gros dégâts matériels - nous fûmes "grillés" pour un bon bout de temps, sur la place de Marseille, pour tout ce qui était location de salle ! - et si plusieurs d'entre nous eurent mal pendant une bonne semaine, qui aux bras ou aux épaules, qui aux jambes, qui à la tête... je fus le seul à devoir passer aux Urgences pour me faire poser cinq points de suture à la nuque. Le lendemain, comme je ne me levais pas, et que j'étais dans le brouillard, j'entends un petit bruit, à un moment, dans une sorte de demi sommeil : Maman toquait à la porte de ma chambre, en me disant : "François, c'est Monsieur Chauvet qui vient prendre de tes nouvelles et t'encourager". Chauvet avait pris la peine d'aller, ou de téléphoner aux Urgences, je ne sais plus, pour s'assurer que le coup resterait sans séquelle(s)... "Chauvet, c'était un Seigneur", nous a dit un jour le patron du restaurant Le Caribou. Un Seigneur et un vrai chef, humain, pour qui "l'amitié d'Action française", comme je l'ai raconté ici, n'était pas un vain mot... 

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Josuah, entre l'époque de la Salle Mazenod et aujourd'hui...

 

∗ Le jeudi 12 février 2015, le sénateur-maire FN Stéphane Ravier s'adresse à son opposition de gauche, menée par l'élu du Front de Gauche Samy Johsua, ancien dirigeant trotskyste : "M. Johsua, je vais vous faire un cadeau." Et il lit : "Une réunion de royalistes attaquée par des communistes. Cinq blessés. Ça ne vous rappelle rien ?" (l s’agit de l'article du Méridional cité plus haut). "Si c’était à refaire je le referai !", répond Samy Johsua, qui en profite pour dire qu'il conserve de cette bataille une cicatrice à la tête...

 

François Davin

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