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La tentation du cynisme et de la brutalité, par Philippe Kaminski.

Lorsque le jeune et sémillant Emmanuel Macron a été nommé ministre de l’Économie, il sut séduire nombre de gros poissons de l’industrie et de la finance. Il fit même forte impression sur notre chroniqueur, qui s’imagina un temps candidat à la députation, afin de porter ses valeurs d’économie sociale. La tentation fut éphémère, mais les motivations demeurent : le cynisme le plus assumé peut-il néanmoins servir le Bien commun ?

Actualités de l’économie sociale

Je viens de refaire un rêve. Le même qui continue. À la réflexion non, ce n’est pas un vrai rêve, mais plutôt un scénario qui se construit par petites touches, sur le temps long, dans ces moments de semi-éveil que nous traversons tous pendant une conférence ennuyeuse ou après quelque libation un peu trop appuyée. Et ce rêve qui n’en est pas vraiment un me fige, en ces temps de confinement, face à une question récurrente qui exige de moi, pour que j’y réponde, la maîtrise de tout ce qui me reste de facultés de réflexion conscientes : que ferais-je, que dirais-je, que ressentirais-je, si j’étais aujourd’hui un député anonyme de la majorité gouvernementale ?

Tout cela ne vient pas de nulle part. Revenons cinq ans en arrière. Je dois participer à un séminaire sur l’actionnariat salarié. L’affiche est attractive, puisque notre nouveau, jeune et sémillant ministre de l’Économie y est annoncé. Je n’ai lu qu’en diagonale ce qu’on a écrit sur lui, ce sera donc pour moi une totale découverte. D’autant que sur le sujet du jour, j’ai quelques références à faire valoir.

Eh bien il m’avait fait lors de cette réunion, je dois l’avouer sans honte aucune, forte impression. Il connaissait son dossier sur le bout des doigts, et parlait sans regarder ses notes, dans un français clair et parfait. Se mettant résolument en complicité avec ses interlocuteurs, il n’éprouvait aucune gêne à se placer ainsi en contradiction frontale avec les options défendues par le gouvernement qu’il venait de rejoindre. Quelle était dans ses propos la part de calcul, la part de sincérité, peu importe ; l’art de la mise en scène valait celui d’un vieux routier de la politique, une habileté oratoire certaine et la jeunesse en plus.

Je comprends fort bien qu’en multipliant ce genre de prestations, notre ex-ministre et aujourd’hui président ait pu séduire nombre de gros poissons de l’industrie et de la finance, qui se sont dits à l’unisson : il n’y a pas de doute, c’est ce gars-là qu’il nous faut !

Mais moi, je n’avais rien d’un gros poisson de cette sorte, et je m’étais promis depuis une bonne dizaine d’années de ne plus remettre les pieds dans le marigot politique. Il fallait que j’en reste là. Cependant une petite voix venait agiter devant moi les clignotants de la tentation :

Ne laisse pas passer ta chance ! Tu n’as plus la même fougue ni la même énergie, mais tu as l’expérience. Joue cette carte, c’est la dernière, ce sera la bonne ! Cette monture ira jusqu’au bout, chevauche-la !

Je ne tardai pas à identifier l’émetteur de ces messages racoleurs. C’eût été lui faire trop d’honneur que de l’appeler Méphisto. Je lui donnai un nom mieux approprié au niveau de sa fourberie : Le Sacripant.

C’est lui qui vient régulièrement me visiter, surtout quand je rêvasse et que je dois avoir l’air d’une proie facile. J’ai consigné en un petit grimoire, que voici, la quintessence de ses interpellations depuis les origines. Et je vais peut-être avoir besoin d’un cahier supplémentaire, tant ses assauts intempestifs deviennent fréquents, en cette période de coronavirus.

 

Annonce-toi, pour commencer. C’est facile, tu connais la recette. Tu crées un comité de soutien, le premier, avant les autres. Les attaques viendront de tous les côtés, et s’annihileront d’elles-mêmes.

Tais-toi, Le Sacripant ! C’est de la pure fiction. Je ne connais plus personne. D’ailleurs, la place est déjà préemptée par le Maire, suite à la fusion des régions. C’est sa manière d’opérer une dissidence qui ne dit pas son nom, et il a toute une équipe de fidèles à caser.

Justement, c’est ta chance ! Il aura besoin d’un associé venant de l’extérieur pour équilibrer son affaire. Et puis, vous avez déjà été, bien qu’adversaires en théorie, complices dans des alliances pas si paradoxales que ça. Cela a laissé des liens plus forts que ceux des partis, où chacun est prêt à égorger son frère… Tu es l’homme de la situation !

Ah, Le Sacripant, tu portes bien ton nom ! Que pèsent quelques signes de connivence échangés lors d’un coquetèle ? Illusions que tout cela ! C’est une histoire à prendre des coups bas de toutes parts. Je me sens trop bien de ne plus y toucher. D’ailleurs le député Vert vient de se rallier aussi, ça fait deux crocodiles dans la mare…

Mais tu vois bien qu’ils sont à couteaux tirés ! Le vainqueur sera le troisième larron, et là il n’y a personne pour te contester le rôle… Et puis, je serais toi, je regarderais attentivement la seconde circonscription. Tu vois bien qu’il y a là-bas un boulevard. Personne n’y fait le poids.

Irréaliste ! Tu sais bien que le sortant de la seconde est une sortante, qui a elle-même pris la place de mon amie Catherine… Jamais deux sans trois, et avec les exigences de parité, le prochain élu de la seconde sera une élue. Ton hypothèse est caduque de chez caduc de Guise !

Tu seras l’homme du renversement ! Tu jettes une femme dans la première, le vieux Maire sera tout heureux de l’adouber, elle battra le Vert que tu as toujours rêvé d’assassiner, et la seconde sera pour toi, avec la parité toujours respectée. Je sens que ce plan florentin a tout pour te plaire…

Très joli tout ça, mais il faudra d’abord que Macron soit élu. Or comme je vois que s’organise son mouvement, rien ne m’enthousiasme. C’est du cafouillage partout. Et puis les idées qui semblent s’en dégager ne me conviennent pas du tout. C’est même tout le contraire. Que serais-je allé faire dans cette galère ?

Au contraire, c’est la situation la plus favorable qui puisse être. Dans un contexte d’improvisation bordélique, on progresse, on se faufile, on se rattrape, beaucoup plus facilement que dans une organisation qui a déjà ses codes et ses hiérarchies. Et ne me casse pas les phalanges avec les idées. Tu n’as plus vingt ans. Tu as bien pu voir ce que ça donne, les candidatures de témoignage, où l’on défend ses idées, et où on termine avec 3 % des voix ! Ça ne t’a pas suffi ? On s’en tape, des idées ! Ce qui compte c’est d’arriver au pouvoir ! Au pou voir ! Les seules bonnes idées sont les idées qui t’amènent au pou voir ! Et plus celles qu’affiche le parti sont orthogonales aux tiennes, mieux ça vaudra, parce que ça t’évitera d’en parler et de perdre de vue l’essentiel, arriver au pou voir !

Tu penses avoir gagné, Le Sacripant, mais cette victoire est bien fragile. Elle n’est due qu’au suicide de Fillon, aux quelques voix de Hamon qui ont empêché Mélenchon de passer devant, et à la mauvaise prestation de Marine lors du duel télévisé. Mais si tu fais les comptes, tu vois bien que la base électorale du président est très étroite. Il est irrésistible en petit comité, mais il perd ses moyens et son charisme dès qu’il s’adresse au peuple. Ça n’ira pas loin.

Ridicule ! Il dispose d’une majorité introuvable à la Chambre, et si tu avais suivi mes doctes conseils, tu en serais à l’heure qu’il est. Imagine l’étendue et la diversité des perspectives d’action qui te seraient alors offertes ! Imagine seulement ! Et cesse de tout voir en négatif. Certes, le président se montre souvent cassant, maladroit, même arrogant. Mais ce sont autant de voies d’action qui s’ouvrent à toi, pour pallier ces défauts et te faire un nom, toi qui ne les a pas !

Je vois le mécontentement et la contestation qui ne cessent de monter. Tous mes amis sont remontés à fond contre lui. Ils ne cessent de s’en moquer, ils sont tous derrière les gilets jaunes. J’aurais l’air fin, devant eux, ah oui, s’ils me savaient député godillot. D’ailleurs il y en a de plus en plus, de ces députés, qui quittent le navire, et ceux qui restent prennent des positions que je ne puis approuver.

Mais ne fais pas comme ces députés qui ont des états d’âme et qui en plus le crient sur les toits ! Soit tu as su les ramener à temps dans le droit chemin, soit tu participes à leur mise à mort, ces traîtres, ces chacals, ces moins que rien ! Dans les deux cas, tu grimpes dans le parti, tu te fais respecter. Quant à ce que peuvent penser tes amis, laisse-moi rigoler. Bien sûr que les plus fidèles d’entre eux auront vite compris tout le profit qu’ils peuvent tirer d’avoir un relais au cœur du pays légal. Tu auras rendu service aux uns et aux autres, te faisant ainsi une clientèle d’autant plus solide que tu auras su les compromettre, juste ce qu’il faut, dans le parti du président. Ce n’est pas le double jeu qui va t’effrayer. La seule chose qui importe, c’est que ton interlocuteur croie toujours que ce que tu lui dis c’est vraiment le fond de ta pensée, et ce que tu dis ailleurs c’est juste pour donner le change.

Je me suis tenu éloigné de tes sortilèges, Le Sacripant. Je ne me suis pas compromis avec la lèpre politicienne. Je n’ai de comptes à rendre à personne. Et je me consacre à défendre une belle chose qui est l’Économie Sociale, que malheureusement le « Haut Commissaire » qui en a aujourd’hui la tutelle, s’acharne à pervertir…

Ha, tu est libre, tu es pur. Tu es surtout inefficace et inaudible. Songe à ce que, comme député audacieux et entreprenant, tu aurais pu réaliser pour l’Économie Sociale ! Ton haut commissaire, tu pourrais lui savonner la planche, ou le mettre dans ta poche, selon ses réactions ; tu pourrais être devenu le point de ralliement de tout ce que le secteur compte d’éléments prometteurs et réalistes. Tu aurais pu mettre en valeur, et en pratique, tout ce que tu as accumulé jusqu’ici comme réflexions et comme recherches, au lieu qu’elles dorment dans ton disque dur, si seulement tu sais les y retrouver. Il ne tenait qu’à toi. En plus, tu aurais vécu des aventures passionnantes. Est-il vraiment trop tard pour écouter mes judicieuses suggestions ?

Philippe KAMINSKI

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