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Sur Figaro Vox, Céline Pina: «Castaner préfère excuser les émeutiers plutôt que défendre les policiers».

LUDOVIC MARIN/AFP

Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle est la fondatrice de «Viv(r)e la République», elle a également publié Silence coupable (Kero, 2016).

Invité ce jeudi matin sur BFMTV, le ministre de l’Intérieur a minimisé les émeutes survenues dans plusieurs quartiers sensibles depuis samedi, y voyant «l’effet de la dureté du confinement». Des propos qui indignent l’essayiste Céline Pina.

Ceux qui ne supportent pas le confinement et décident d’aller faire du jogging à Paris en dehors des horaires réglementés, l’exécutif n’a pas de mots assez durs pour les réprimander. Ceux qui passent le confinement ailleurs que dans leur appartement en s’installant pour un temps à la campagne sont régulièrement traités d’égoïstes irresponsables, voire de criminels en puissance sur les réseaux sociaux. En revanche, ceux pour qui le confinement serait «trop dur» peuvent attaquer un commissariat, caillasser les forces de l’ordre ou brûler la voiture de leurs voisins, ils trouveront alors chez le ministre de l’Intérieur de la bienveillance et de la compréhension...

 

C'est le ballet de l'excuse sociologique qui a débuté.

 

Depuis samedi soir, suite à un accident entre une voiture de police et un délinquant d’une trentaine d’années, condamné à 14 reprises, sous contrôle judiciaire pour avoir menacé de mort une personne hachoir à la main, on assiste depuis à un embrasement des banlieues, de Villeneuve-la-Garenne à Gennevilliers, d’Aulnay-sous-Bois à Suresnes, de la Courneuve à Nanterre, d’Évry à Fontenay-sous-Bois. Face à ces émeutes d’autant plus inacceptables qu’elles ne reposent dans les faits sur rien de tangible (une enquête est en cours et l’homme accidenté était manifestement en infraction), c’est le ballet de l’excuse sociologique qui a débuté dans la presse. Et le sociologue en chef, c’est d’abord Christophe Castaner: pour lui, tout cela est «l’effet du confinement, de la dureté du confinement pour ces jeunes gens»... et le ministre chargé du respect de la loi d’ajouter: «ce sont des petits groupes qui pensent que ce serait ludique d’attaquer les forces de police, de brûler des poubelles. Ce n’est pas ludique, c’est dangereux à commencer pour eux-mêmes». Les policiers qu’il est censé représenter apprécieront.

On atteint là en même temps le fond de l’irresponsabilité et le comble de la bêtise. Contrairement à ce que pense peut-être Monsieur Castaner, le caïd de banlieue n’est pas stupide à ce point. Attaquer la police, faire régner la terreur dans les rues et incendier des voitures n’a rien d’un jeu. Le terme «ludique» est donc parfaitement déplacé et tend à faire passer pour normal ce qui ne l’est pas. Face à des voyous qui veulent blesser des policiers et n’hésitent pas à assiéger des commissariats, un tel euphémisme est délétère. Le but de ces émeutes est pourtant toujours le même: démontrer sa puissance en s’en prenant à ceux chargés de faire respecter l’ordre républicain, et exhiber sa domination sur un territoire. Les caïds affichent leur pouvoir au détriment de celui de l’État et entendent prouver qu’ils sont les véritables maîtres. Ils veulent faire peur et voir les autorités baisser les yeux. Quand cela marche, ils ajoutent ainsi l’impunité à la dangerosité.

 

L'état a renoncé à appliquer la loi sur certaines parties du territoire.

 

L’État aurait-il tellement peur de ne plus contrôler les banlieues, qu’il a même renoncé à se faire respecter... et l’avoue sans ambages? La fin de l’intervention du ministre jeudi matin sur BFMTV est à ce titre sans équivoque: des délinquants tirent aux mortiers d’artifice sur un commissariat et essaient de blesser ou de tuer des policiers, et le ministre de l’Intérieur s’inquiète avant tout pour leur santé? Il paraît oublier que ceux qui se prennent cailloux et armes de jet, voire parfois cocktails molotov, ne sont pas les émeutiers, mais bel et bien ceux qui les affrontent. Cette soumission en parole comme en acte de Christophe Castaner ne parle pas que de son absence de crédibilité et de compétence, elle dit surtout que l’État a renoncé à appliquer la loi sur certaines parties du territoire et pense, en s’humiliant, arrêter le feu.

Pourtant si à la faveur de l’instrumentalisation d’une fausse rumeur, c’est toute une partie de la banlieue qui s’embrase, cela n’est pas un hasard. C’est le résultat d’un long travail idéologique, qui aboutit à faire de la police un ennemi et de la France un pays raciste. Les fruits, les voici: ce hashtag «#MortAuxPorcs» qui sévit sur les réseaux sociaux d’extrême-gauche. Ce véritable appel au meurtre des policiers est pourtant traité comme un épiphénomène.

 

Poursuivant cette grotesque comédie, voilà que nous avons maintenant droit à l’appel au calme du caïd accidenté. Lequel, la main sur le cœur, espère que «justice lui sera rendue». Il faut reconnaître à son avocat un véritable talent, celui d’exploiter l’hypocrisie politique actuelle. Quelqu’un croit-il vraiment à la sincérité de celui qui instrumentalise un accident, alors qu’il était dans l’illégalité et se fait passer pour une victime expiatoire? Lancer un appel au calme, après avoir hurlé à la bavure, est comique pour qui connait la banlieue. C’est pourtant toujours le même scénario auquel on assiste depuis des années. Quant à ces appels, souvent surjoués, ils visent d’abord à assurer la défense de celui qui les lance. Le double langage coutumier aux voyous est parfaitement intelligible pour leurs petits camarades et ne s’adresse qu’aux politiques, vus comme lâches, manipulables et particulièrement sensibles à un discours de victimisation quand il les exonère d’agir tout en préservant leur réputation d’humaniste et parfois leur clientèle. D’ailleurs, généralement le subterfuge fonctionne et on voit nombre de maires de ces villes plus souvent soutenir les voyous en mettant en avant l’injustice sociale, qu’assumer leur rôle de représentants de la loi.

 

Christophe Castaner apporte sa caution à ces attitudes inacceptables.

 

Lorsque je travaillais aux Mureaux en tant que directrice de cabinet, nous eûmes droit en 2001 à une flambée de violence urbaine suite à la mort d’un jeune après qu’au volant d’une voiture volée, lui et deux de ses amis aient tenté de forcer un barrage et d’écraser un policier. S’en sont suivies quelques nuits d’émeutes. Le conseil municipal venait alors juste d’être élu et faisait état d’un angélisme extrêmement peu réaliste. Le discours larmoyant et victimaire sur les jeunes des cités était alors à son apogée. Alors que deux compagnies de CRS essayaient de maintenir l’ordre, les grands frères venaient régulièrement se proposer comme médiateurs. Sauf qu’à la faveur d’une caméra nouvellement installée à l’arrière d’un bâtiment, élus et policiers ont pu découvrir un étrange ballet: ceux qui se proposaient d’éteindre le feu si on leur laissait les mains libres étaient les mêmes qui poussaient les autres jeunes à l’affrontement. Ils changeaient juste de sweat derrière les bâtiments, espérant monnayer auprès des élus leur supposée influence bénéfique sur les jeunes. À l’époque, quand on était de gauche, refuser de regarder en face la violence pour la violence qui caractérise ceux qui font régner la terreur dans les quartiers, permettait d’obtenir un brevet de bonne conscience, alors que dans les faits on abandonnait les habitants des quartiers aux plus dangereux des leurs. Depuis, hélas, la posture s’est beaucoup généralisée.

Alors que nous affrontons une pandémie sans précédent et que nous mobilisons toutes les ressources de la solidarité nationale pour éviter un crash économique qui se traduirait par une véritable plongée dans la misère d’un grand nombre des nôtres, ces émeutes sont lamentables. Mais faire l’amer constat que Christophe Castaner, en qualité de ministre de l’Intérieur, apporte sa caution à ces attitudes inacceptables, est pire encore.

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