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Pour l'après-Macron... La profession de foi monarchiste de Choderlos de Laclos (1791)

 

« Je veux une monarchie pour maintenir l'égalité entre les différents départements, pour que la souveraineté nationale ne se divise pas en souveraineté partielle, pour que le plus bel empire d'Europe ne consomme pas ses ressources et n’épuise pas ses forces dans des discussions intéressées, nées de prétentions mesquines et locales ; je veux aussi, et principalement une monarchie, pour que le département de Paris ne devienne pas, à l'égard des 82 autres départements ce qu'était l'ancienne Rome à l'égard de l'empire romain…

Je voudrais encore une monarchie pour maintenir l'égalité entre les personnes, je voudrais une monarchie pour me garantir contre les grands citoyens ; je la voudrais pour n'avoir pas à me décider un jour, et très prochainement peut-être, entre César et Pompée; je la voudrais pour qu'il y ait quelque chose au-dessus des grandes fortunes, quelque chose au-dessus des grands talents, quelque chose même au-dessus des grands services rendus, enfin quelque chose encore au-dessus de la réunion de tous ces avantages, et ce quelque chose je veux que ce soit une institution constitutionnelle, une véritable magistrature, l’ouvrage de la loi créé et circonscrit par elle et non le produit ou de vertus dangereuses ou de crimes heureux, et non l'effet de l'enthousiasme ou de la crainte…

Je ne veux pas d'une monarchie sans monarque, ni d'une régence sans régent, je veux la monarchie héréditaire…» Et il poursuit : «Je veux une monarchie pour éviter l'oligarchie que je prouverais, au besoin, être le plus détestable des gouvernements ; par conséquent, je ne veux pas d’une monarchie sans monarque et je rejette cette idée, prétendue ingénieuse, dont l'unique et perfide mérite est de déguiser, sous une dénomination populaire, la tyrannique oligarchie ; et ce que je dis de la monarchie sans monarque, je l'étends à la régence sans régent, au conseil de sanctions, etc... Dans l'impossibilité de prévoir jusqu'où pourrait aller l'ambition si elle se trouvait soutenue de la faveur populaire, je demande qu'avant tout on établisse une digue que nul effort ne puisse rompre.

La nature a permis les tempêtes, mais elle a marqué le rivage, et les flots impétueux viennent s’y briser sans pouvoir le franchir. Je demande que la constitution marque aussi le rivage aux vagues ambitieuses qu’élèvent les orages politiques. Je veux donc une monarchie ; je la veux héréditaire ; je la veux garantie par l'inviolabilité absolue ; car je veux qu'aucune circonstance, aucune supposition, ne puisse faire concevoir à un citoyen la possibilité d'usurper la royauté. »   

Choderlos de Laclos 

Journal des Amis de la Constitution, organe officiel des Jacobins, 12 juillet 1791, n° 33

Commentaires

  • La lecture ou relecture des anciens, quoique pas si anciens dans le cas de Choderlos de Laclos dans une période de très grand trouble institutionnel, est enrichissante pour le citoyen de la France d'aujourd'hui car elle lui donne du recul et permet une calme réflexion à l'écart de la saturation de propos branchés, percutants, excités et souvent vains des bonimenteurs et autres amuseurs publics ou politiques.

  • Curieux personnage, brillant général lors de la guerre d'indépendance américaine, MAIS AUSSI l'auteur des liaisons dangereuses

  • vous avez entièrement raison mais il est dommage que l'auteur nait pas mis en pratique ses principes !!!
    Henri-Melchior de Langle

  • Les convictions monarchistes de Laclos exprimées dans cet écrit de 1791 sont marquées par une conception orléaniste du pouvoir royal, c'est-à-dire en faveur de Philippe Egalité. Sa monarchie n'est nullement l'effet de la tradition ou de l'histoire nationale, mais "une institution constitutionnelle, une véritable magistrature, l’ouvrage de la loi créé et circonscrit par elle". Il faut remarquer qu'il ne lui faudra pas plus de six mois pour devenir républicain ( mai 1792). Les idées de Laclos sont, après les journées d'octobre 1789, dont il fut un des organisateurs, celles de Mirabeau et du club des feuillants. Par la suite, dénoncé et arrêté pour orléanisme, Laclos fit tout pour sauver sa carrière, et y réussit grâce à Bonaparte, qui le fit général d'artillerie. Il mourut en 1803 sur la baie de Tarente, où il commandait l'artillerie de l'armée d'Italie.

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