Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Lu sur le Blog de Patrice de Plunkett : Les Lumières ont engendré le libéralisme

(ce mercredi 28 décembre 2011 : http://plunkett.hautetfort.com/ )

 

À propos d'une phrase de l'homélie de Noël de Benoît XVI :


Dans le dernier paragraphe de son homélie de Noël, le pape dit : « Mi sembra che in ciò si manifesti una verità più profonda, dalla quale vogliamo lasciarci toccare in questa Notte santa: se vogliamo trovare il Dio apparso quale bambino, allora dobbiamo scendere dal cavallo della nostra ragione illuminata. » Traduction française officielle par le service polyglotte du Vatican : « Il me semble qu’en cela se manifeste une vérité plus profonde, par laquelle nous voulons nous laisser toucher en cette sainte Nuit : si nous voulons trouver le Dieu apparu comme un enfant, alors nous devons descendre du cheval de notre raison libérale. »

Pourquoi traduire « illuminata » par « libérale » ?

Dans sa version originale allemande, le pape avait écrit : «aufgeklärten », ce qui correspond à « illuminata ». Mot à mot, on pourrait le traduire par « illuminée ». A ceci près qu'en français, « illuminé » veut seulement dire « éclairé » (sens favorable) ou « fou » (sens défavorable) ; alors qu'en italien ou en allemand, et surtout dans la bouche d'un universitaire comme Benoît XVI, les termes « aufgeklärten » et « illuminata » – appliqués à la raison –  sont une allusion à la philosophie des Lumières. Aufklärung, en allemand.

Le traducteur français se trouvait donc devant un choix : ou faire du mot à mot, ou suivre le sens. Il a choisi le sens. A son avis, « raison libérale » est le terme le plus proche de ce que le pape veut dire en employant un adjectif qui renvoie aux Lumières.

L'idéologie économique et politique libérale est née en effet de la philosophie des Lumières : John Locke et David Hume ( le relativisme), Mandeville (les vices comme condition de la prospérité), Voltaire (le culte de la marchandise), Condillac (le culte de la sensation), La Mettrie (le matérialisme hédoniste), Adam Smith (la « main invisible » du marché), etc. Autrement dit : la construction idéologique substituée à la reconnaissance humble du réel dans toutes ses dimensions – y compris celles que nous ne maîtrisons pas.

On voit ainsi ce que veut dire le pape quand il nous conseille de « descendre » de ce cheval d'orgueil.

Sans doute quelques personnes ne comprendront pas ce sens. Ayant appris le culte du libéralisme à l'école, elles sursauteront devant les mots « raison libérale » et, se reportant au texte italien, préféreront traduire « illuminata » par « éclairée », « illuminée », « embrasée », « luisante », ou n'importe quel autre synonyme, donnant ainsi un sens favorable à une formule pourtant défavorable dans son intention et dans son expression. Ce qui ferait dire au pape le contraire de ce qu'il veut dire. Pourquoi faudrait-il « descendre » du cheval d'une raison éclairée ?

Les commentaires sont fermés.