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Éphéméride du 19 février

lfar flamme.jpgIl y a treize jours, dans l’année, pendant lesquels il ne s’est pas passé grand-chose, ou bien pour lesquels les rares événements de ces journées ont été traités à une autre occasion (et plusieurs fois pour certains), à d'autres dates, sous une autre "entrée".

Nous en profiterons donc, dans notre évocation politico/historico/culturelle de notre Histoire, de nos Racines, pour donner un tour plus civilisationnel  à notre balade dans le temps; et nous évoquerons, ces jours-là, des faits plus généraux, qui ne se sont pas produits sur un seul jour (comme une naissance ou une bataille) mais qui recouvrent une période plus longue.

Ces jours creux seront donc prétexte à autant d'Evocations :  

1. Essai de bilan des Capétiens, par Michel Mourre (2 février)

• 2. Splendeur et décadence : Les diamants de la Couronne... Ou : comment la Troisième République naissante, par haine du passé national, juste après avoir fait démolir les Tuileries (1883) dispersa les Joyaux de la Couronne (1887), amputant ainsi volontairement la France de deux pans majeurs de son Histoire (12 février)

• 3. Les deux hauts lieux indissociables de la Monarchie française : la cathédrale Notre-Dame de Reims, cathédrale du Sacre, et la Basilique de Saint-Denis, nécropole royale. I : La cathédrale de Reims et la cérémonie du sacre du roi de France (15 février)

• 4. Les deux hauts lieux indissociables de la Monarchie française : la cathédrale Notre-Dame de Reims, cathédrale du Sacre, et la Basilique de Saint-Denis, nécropole royale. II : La basilique de Saint-Denis, nécropole royale (19 février)

• 5. Quand Le Nôtre envoyait à la France et au monde le message grandiose du Jardin à la Française (13 mars)

• 6. Quand Massalia, la plus ancienne ville de France, rayonnait sur toute la Gaule et, préparant la voie à Rome, inventait avec les Celtes, les bases de ce qui deviendrait, un jour, la France (11 avril)

• 7. Quand Louis XIV a fait de Versailles un triple poème : humaniste, politique et chrétien (28 avril)

• 8. Les Chambiges, père et fils (Martin et Pierre), constructeurs de cathédrales, élèvent à Beauvais (cathédrale Saint-Pierre) le choeur ogival le plus haut du monde : 46 mètres 77 ! (4 mai)

• 9. Quand la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais a reçu, au XIIIème siècle, son extraordinaire vitrail du Miracle de Théophile (28 mai)

• 10.  Quand Chenonceau, le Château des Dames, à reçu la visite de Louis XIV, âgé de douze ans, le 14 Juillet 1650 (26 juillet)

•  11. Le Mont Saint Michel (11 août)

•  12. Quand François premier a lancé le chantier de Chambord (29 septembre)

•  13. Quand Léonard de Vinci s'est installé au Clos Lucé (27 octobre) 

 

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Aujourd'hui : Les deux hauts lieux indissociables de la Monarchie française : la cathédrale Notre-Dame de Reims, cathédrale du Sacre, et la Basilique de Saint-Denis, nécropole royale.

II : La basilique de Saint-Denis, nécropole royale (précédent : Reims, la cathédrale du Sacre,  Éphéméride du 15 février) 

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 Pour en savoir plus : 

• notre album (49 photos) : La Basilique de Saint Denis, nécropole royale.  

I : Des origines... au génial Suger 

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Comme on s'en rendra vite compte, les quatre liens suivants, traitant du même édifice, se recoupent forcément, en partie; ils ont pourtant chacun leur originalité, et chacun apporte un quelque chose que les autres n'ont pas... :   

• http://www.tourisme93.com/basilique/abbaye-saint-denis.html 

• http://architecture.relig.free.fr/denis.htm

•http://www.saint-denis.culture.fr/fr/index.html 

• http://www.tourisme93.com/document.php?pagendx=73

       

Martyrium, Abbaye royale, Nécropole royale... : l'histoire de Saint-Denis commence vers 250, avec le martyre, précisément, de Saint Denis, l'évangélisateur et premier Évêque de Lutèce. 
Décapité à Montmartre, il aurait pris sa tête dans ses mains et se serait rendu dans la cité romaine de Catulliacus, au nord de Lutèce, où il aurait été enterré (voir l'Éphéméride du 9 octobre). 

Vers 475, sainte Geneviève fait édifier une première église, but d'un pèlerinage immédiatement très populaire, dont Dagobert, en 630, se fait le protecteur, transformant cette simple église en une abbaye royale, où il installe des moines bénédictins. 
Il est le premier souverain à s'y faire enterrer. 

Pépin le Bref s'y fait sacrer roi par le pape en 754 : il est le premier roi sacré de l'histoire de France (voir l'Éphéméride du 27 juillet) et c'est lui qui aménage, sous le choeur, le martyrium où l'on vient vénérer les reliques de saint Denis et de ses compagnons, Éleuthère et Rustique. Plusieurs Carolingiens s'y font enterrer. 

Devenu roi, Hugues Capet, dans la volonté affichée de prendre la suite de la dynastie carolingienne, s'y fait inhumer, et l'abbaye devient ainsi officiellement la nécropole royale.

Tous les rois de France y furent enterrés, sauf cinq :


• Philippe 1er, inhumé en 1108 au monastère de Saint-Benoît-sur-Loire.

• Louis VII, inhumé en 1180 à l’abbaye royale Saint-Port de Barbeau près de Fontainebleau. En 1817, Louis XVIII fit transférer ses restes à Saint-Denis.

• Louis XI, inhumé à Notre-Dame de Cléry, près d'Orléans.

 Charles X, inhumé à Kostanjevica (Nova Gorica) en Slovénie.

• Louis-Philippe, inhumé à Dreux.

 

Le rayonnement, l'importance et l'influence de la l'abbaye devinrent considérables : ainsi, par exemple, elle créa en 1109 la Foire du Lendit : 1.200 loges de bois y accueillaient les marchands, venus de toute l'Europe .

Cette foire gardera toute son importance pendant six siècles (l'Université de Paris y venait, en corps, pour y acheter du parchemin...) jusqu'à ce que la Révolution la supprimât, en 1793.

Elle durait deux semaines (du 11 juin, jour de la Saint-Barnabé, jusqu'au 24 juin, jour de la Saint-Jean : voir l'Éphéméride du 9 juin).

 

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II : Suger, qui a "fait" Saint Denis...   

         (Pour de plus amples informations sur Suger, voir l'Éphéméride du 13 janvier, jour de sa mort...)

 

Cependant, l'homme qui va marquer Saint-Denis - et l'histoire de l'Art - est l'abbé Suger, moine et homme d'état, aux dons exceptionnels, dans un grand nombre de domaine. 
Né pauvre, Suger (1081-1151) intègre l'abbaye vers les dix ans; il prend vite une grande influence sur le futur Louis VI : c’est lorsque le prince accède au trône que la carrière de Suger prend une dimension autant religieuse que politique : il devient Conseiller du roi, et, après lui, de son successeur Louis VII, dont il a préparé le mariage avec Aliénor d'Aquitaine

C’est à lui que le roi confie la régence du royaume, lorsqu’il part en croisade en 1146 : Louis VII devait l'appeler "Père de la Patrie".....

Devenu Ambassadeur à Rome, il est élu Abbé de Saint-Denis en 1122. À partir de 1130, il fait reconstruire la basilique et impose des verrières qui donnent aux fidèles l’image de Dieu par la présence de la lumière : mais ceci demande quelques explications...

En réalité, Suger est l'homme qui, à Saint Denis et en construisant Saint Denis, a inventé l'Art ogival, ou Art français, dont Saint Denis est, précisément, à la fois le manifeste, le premier exemple, la première réalisation...

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Les cathédrales qui viendront par la suite seront appelées dédaigneusement, à partir de la Renaissance, "gothiques", c'est-à-dire barbares, ce qui est surprenant de la part d'hommes aussi raffinés et cultivés que les humanistes de la Renaissance. Mais, dans leur amour bien compréhensible pour l'Antiquité, pour sa Sagesse, pour ses trésors, ils en étaient venus - d'une façon certainement un peu excessive...- à tenir pour rien l'âge intermédiaire qui s'était écoulé entre l'Empire romain et sa chute, et leur époque (en gros, 1500), à partir de laquelle on redécouvrait l'Antiquité.

D'où le double contresens de Moyen-Âge et de gothique, pour une époque de mille ans qui fut tout sauf infertile : sa fécondité s'étendit au contraire à tous les domaines de l'Art et de la pensée, mais c'est ainsi, aujourd'hui, l'habitude est prise, et l'on parle de "Moyen-Âge" et de cathédrales "gothiques"...

Ces précisons étant données, qu'est-elle donc, cette influence, cette action de Suger ? Et en quoi a-t-elle marquée non seulement leur époque mais aussi l'histoire de l'Art. Tout simplement, si l'on peut dire, Suger a illustré à sa façon l'image de l'oeuf de Colomb : et il l'a fait en trouvant, enfin, la façon de tirer toutes ses possibilités d'une technique de construction banale - la croisée d'ogives - que l'on connaissait depuis des siècles (les Romains la pratiquaient déjà...).

Mais les possibilités immenses qu'offraient la croisée d'ogives étaient impossibles à exploiter vraiment tant qu'on en restait au fonctionnement par muralité ou par mur porteur
Dans ce type de schéma, c'est le mur qui supporte la totalité du poids des parties supérieures : charpentes, toits, tours etc...: les murs doivent donc être très épais, ne pas être percés de trop larges fenêtres, et ne pas monter trop haut; d'où l'ambiance intimiste, au demeurant fort belle et fort propre à la prière, des églises romanes...

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Avec le nouveau style, et Suger, tout va changer : on va passer du mur porteur au pilier porteur, en faisant se croiser les ogives, comme depuis toujours, mais surtout et essentiellement en faisant reporter maintenant au maximum la poussée des parties supérieures sur des piliers énormes, qui vont soulager les murs.  

Ceux-ci pourront, du coup, non seulement monter beaucoup plus haut mais, surtout, être percés de larges baies. Et la lumière pourra entrer à flot dans l'édifice, créant ainsi une ambiance radicalement différente de celle de l'Art roman : la cathédrale d'Amiens, littéralement baignée de lumière; ou bien la Sainte Chapelle, où les murs ont quasiment disparus dans la Chapelle haute le montrent assez...

Suger pourra ainsi, à partir de la pierre, exprimer une véritable théologie de la lumière : la lumière, menant vers "la" Lumière...

On a presque tout dit de Suger et sur Suger - en tout cas on a cerné l'essentiel de son être profond... - lorsqu'on a rappelé sa célèbre et magnifique devise De materialibus ad immaterialia...
Toute la vie, toute l'oeuvre de Suger tient en cela en effet : amener les hommes, par des choses matérielles et sensibles, vers les choses supérieures et immatérielles.

Le 11 Juin 1144, sera une date mémorable, et un triomphe personnel pour l'abbé Suger, qui en présence du Roi Louis VII, inaugure le nouveau chevet lumineux de l'Abbaye (voir l'Éphéméride du 11 juin).
Mais, pour en arriver là, il a fallu "3 ans, 3 mois et 3 jours" à cet homme qui "petit de corps et de famille, poussé par sa double petitesse, refusa dans sa petitesse d'être petit" (selon son épitaphe) ! 

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  III : La plus riche collection de tombes et mausolées

 

Malgré le vandalisme révolutionnaire et les destructions irréparables qu'il a commises à Saint-Denis, l'Abbaye continue malgré tout de présenter la plus riche et la plus exceptionnelle collection de tombeaux, mausolées et monuments funéraires, puisqu'elle s'étend de Dagobert à Louis XVIII.

Trois tombeaux avaient été détruits lors de la Guerre de Cent Ans : ceux de Philippe Auguste, de Louis VIII et de Saint Louis; tous les autres le furent lors de la Révolution : surtout celui d'Hugues Capet - hautement symbolique... - et, avec quelques autres de rois d'autres dynasties, ceux des Bourbons : Henri IV, Louis XIII, Louis XIV et Louis XV. Là aussi, le vandalisme était hautement symbolique... 

Les trois monuments funéraires les plus spectaculaires sont, sans conteste, ceux de Louis XII et Anne de Bretagne, de François Premier et Claude de France, et d'Henri II et Catherine de Médicis :  

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1. Monument de Louis XII et d'Anne de Bretagne (ci-dessus)

En 1516, François 1er commande le monument de Louis XII. L'exécution en revient à une famille d'artistes d'origine florentine, les frères Juste. On retrouve la tradition "gothique" du dais à arcades devenu un petit temple à l'antique, un tempietto. Le roi et la reine sont disposés en orants sur la terrasse supérieure; la nudité des transis, dans le tempietto, traduit un réalisme macabre. Les transis sont réalisés d'après le moulage à la cire des deux cadavres pendant l'embaumement, dont on remarque le détail des points de suture. Les quatre vertus cardinales : la Justice, la Force, la Prudence et la Tempérance ornent les angles du mausolée; avec une grande variété, les douze apôtres sont disposés sous les arcades.

 

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 2. Monument de François Premier et Claude de France, par Philibert Delorme et Pierre Bontemps (ci-dessus)

C'est une sorte d'arc de triomphe à l'antique, délicatement ciselé, dont le socle porte de remarquables bas-reliefs évoquant la bataille de Marignan.

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 3. Monument d'Henri II et Catherine de Médicis, par Germain Pilon (ci-dessus)

Cet ensemble monumental est animé par des marbres de différentes couleurs, une pratique directement inspirée du nouvel esprit italien. Ce qui retient le plus l’attention, ce sont les monumentales vertus de bronze aux quatre angles du tombeau, exemple frappant de l’art maniériste.

Détail ci-dessous

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IV : 1793, l'année terrible. Ou : l'horreur des profanations

 

Ce fut l'un des épisodes les plus infâmes de cette révolution, qui pourtant n'en manque pas... "Il y a des temps où l'on ne doit dépenser le mépris qu'avec économie, vu le grand nombre de nécessiteux" (Chateaubriand).

http://desaix.unblog.fr/2007/11/09/profanation-des-tombes...

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En 1793, tout comme Notre-Dame de Paris, l'abbaye est transformée en Temple de la Raison. Ce qui les sauvent probablement, l'une et l'autre. Mais elle est affreusement vandalisée. C'est Barrère qui, le premier, demande à la Convention d'effacer les "effrayants souvenirs des rois".

Certains tombeaux sont carrément détruits (Hugues Capet). Toutes les sépultures sont profanées, et les corps qu'elles contenaient jetés pêle-mêle dans des fosses communes. Alexandre Lenoir avait réussi à faire transporter les tombeaux les plus précieux à Paris, au Dépôt des Petits-Augustins, les sauvant ainsi d'une destruction certaine: rentré à Paris, Louis XVIII fera transférer tous les tombeaux à la basilique, dont il ordonnera la remise en état.

- La première vague de profanations eut lieu en août 1793, et affecta les tombeaux de Philippe le Hardi et Isabelle d'Aragon, Pépin le Bref, Constance de Castille (femme de Louis VII) et Louis VI.

- Mais, c'est lors de la seconde vague de "sauvage profanation" (Michel Mourre), en octobre 1793, la pire des deux, qu'ont été véritablement réalisées les exhumations :

• Le samedi 12 octobre furent exhumés les corps d'Henri IV et Turenne (son corps fut exposé quelques temps puis transféré au Jardin des Plantes de Paris, puis au Musée des monuments Français, et enfin sur ordre de Napoléon 1er à l'église Saint-Louis des Invalides).

•  Le lundi 14 octobre, ceux de Louis XIII, Louis XIV, Marie de Médicis, Anne d'Autriche, Marie-Thérèse d'Espagne et Gaston de France, fils d'Henri IV.

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•  Le mercredi 16 octobre, ceux d'Henriette de France, épouse de Charles 1er d'Angleterre, Philippe d'Orléans, Régent de France, Louis XV, Charles V et Jeanne de Bourbon.

•  Le jeudi 17 octobre, ceux de Charles VI, Isabeau de Bavière, Charles VII, Marie d'Anjou, Marguerite de France, femme d'Henri IV, François II, et Charles VIII.

•  Le vendredi 18 octobre, ceux d'Henri II, Catherine de Médicis, Charles IX, Henri III, Louis XII, Anne de Bretagne, Jeanne II de Navarre, fille de Louis X, Louis X, Jean 1er, Hugues le grand, père de Hugues Capet et Charles le Chauve.

•  Le samedi 19 octobre, ceux de Philippe IV le bel, Dagobert et Nantilde, femme de Dagobert 1er.

•  Le dimanche 20 octobre, ceux de Bertrand du Guesclin, Bureau de La Rivière, François 1er, Louise de Savoie (sa mère), Claude de France (sa femme), Pierre de Beaucaire, chambellan de Louis IX, et Mathieu de Vendôme, Abbé de Saint-Denis.

•  Le lundi 21 octobre, ceux de Philippe V, et de Philippe VI de Valois.

•  Le mardi 22 octobre, ceux de Barbazan, chambellan de Charles VII, Louis II de Sancerre, connétable de Charles VI, Suger, Abbé de Saint-Denis et de l'abbé Troon.

•  Le jeudi 24 octobre, celui de Charles IV le bel.

• Et le vendredi 25 octobre, ceux de Jean II le bon et Louise de France, fille de Louis XV.

Les squelettes et les corps embaumés furent jetés dans une fosse commune...

Chateaubriand écrivit dans Le Génie du Christianisme : 

"...On voyait autrefois, près de Paris, des sépultures fameuses entre les sépultures des hommes. Les étrangers venaient en foule visiter les merveilles de Saint-Denis. Ils y puisaient une profonde vénération pour la France, et s'en retournaient en disant en dedans d'eux-mêmes, comme saint Grégoire : Ce royaume est réellement le plus grand parmi les nations; mais il s'est élevé un vent de la colère autour de l'édifice de la Mort; les flots des peuples ont été poussés sur lui, et les hommes étonnés se demandent encore : Comment le temple d'Ammon a disparu sous les sables des déserts...
...La sépulture royale de Saint-Denis se trouvait au centre de notre puissance et de notre luxe, comme un trésor où l'on déposait les débris du temps et la surabondance des grandeurs de l'empire français. C'est là que venaient tour à tour s'engloutir les rois de la France...
...D'où vient ce profond silence ? D'où vient que vous êtes tous muets sous ces voûtes ? Vous secouez vos têtes royales, d'où tombe un nuage de poussière ; vos yeux se referment, et vous vous recouchez lentement dans vos cercueils !...
...Mais où nous entraîne la description de ces tombeaux déjà effacés de la terre ? Elles ne sont plus, ces sépultures ! Les petits enfants se sont joués avec les os des puissants monarques : Saint-Denis est désert, l'oiseau l'a pris pour passage, l'herbe croît sur ses autels brisés; au lieu du Cantique de la mort qui retentissait sous ses dômes, on n'entend plus que les gouttes de pluie qui tombent par son toit découvert, la chute de quelques pierres qui se détachent de ses murs en ruine ou le son de son horloge qui va roulant dans les tombeaux ouverts et les souterrains dévastés" (L. II, ch 9).

 

 

V : État actuel

 

En 1816, Louis XVIII ordonna la reconstitution de la nécropole royale. Les restes des monarques furent placés dans un ossuaire installé dans la crypte.

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  Un grand nombre de belles photos sur le lien suivant :

http://parisii.fr/2009/04/necropole-gothique-des-rois-de-... 

 

LOUIS XVI 10.jpgLes orants de Louis XVI et Marie Antoinette (ci-dessus)

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 Le cénotaphe de Louis XVII et, au dessous, l'urne contenant son coeur (ci-dessus)
 
 
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Le trésor de Saint Denis bénéficia des dons des souverains, et accumula quatre cent quarante cinq objets rangés dans les "armoires du sacre".
Il fut dispersé et fondu à la Révolution.
Toutefois, une centaine d'objets furent épargnés pour être déposés au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale et au Louvre.
Aujourd'hui, Saint-Denis possède les insignes de la royauté reconstitués pour les funérailles de Louis XVIII en 1824.
La vitrine de ces ornements restaurés présente (ci dessus) le grand manteau de catafalque en velours de soie violet orné de trois cent soixante dix fleurs de lis d'or, le heaume et son "timbre", petite couronne royale, les éperons et les gantelets d'or, les copies du sceptre d'or de Charles V et de l'épée dite de Charlemagne, la Main de justice et les deux Couronnes du roi et de la reine.
 
Ci-dessous, Manteau de sacre de Charles X, manteau royal de velours bordé d’hermine

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VI : Montjoie Saint Denis !
 
 

On appelait autrefois Mont-Joye un monceau de pierres entassées pour marquer les chemins; la coutume des pèlerins était de faire des Mont-Joyes de monceaux de pierres, sur lesquels ils plantaient des croix, aussitôt qu'ils découvraient le lieu de dévotion où ils allaient en pèlerinage :

Constituunt acervurn lapidum, et ponunt cruces, et dicitur Mons gaudii. La même chose est attestée des pèlerins de Saint-Jacques en Galice : Lapidum songeries… Galli Mont-Joyes vocant.

Ce nom de Montjoies fut donné aux sept croix élevées au bord de la route de Paris à Saint-Denis sous le règne de Philippe III (1270 à 1285) : petits monuments "gothiques", elles furent démolies comme "signes de la religion et de la royauté" en 1793.

Cette gravure anonyme à l’eau-forte de la fin du 17ème siècle (ci-dessous) en restitue l’aspect : hexagonales, trois niches aveugles sur la plaine, trois niches avec trois grandes statues de rois orientés vers la route :

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Ces croix furent élevés à chacun des endroits où Philippe III le Hardi, portant le corps de son père, saint Louis, le 12 mai 1271, arrêta le convoi pour se reposer. Par la suite, tous les cortèges funèbres royaux s'arrêtèrent traditionnellement aux monts-joie de Saint-Denis...

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Ce monument passe pour être une mont-joie, mais il correspond probablement au pinacle d'une culée de l'église abbatiale
 
 
 
 
 
VII : L'Abbaye va-t-elle retrouver sa flèche nord ?
 

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État actuel de la façade (à gauche) et état initial (à droite)...

 
 
 
 

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2020 : L'épée d'Académicien de Charles Maurras déposée à l'Académie...

 

(article de Politique magazine, le 1er mars 2020) :

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Comment le plus normal devient le plus extraordinaire.

Mercredi 19 février, à l’Institut de France, quai de Conti, face au Louvre et dans la perspective unique de la Seine que réhaussent de symboliques festons les clartés vespérales, au sein de ce Paris royal où bat le cœur de la France, dans les salons du Secrétaire perpétuel de l’Académie française, Madame Hélène Carrère d’Encausse. Cela se passe bien chez elle, dans ce logement qu’elle a voulu aménager elle-même lors de son installation avec son propre mobilier pour bien signifier que, quand elle reçoit, c’est elle qui reçoit, elle et nul autre, et bien sûr tout ce qu’elle représente, dont les portraits en nombre des académiciens d’avant la Révolution qui regardent fixement les invités de l’heure du haut des cimaises de l’une des salles de réception.

Impressionnant, donc, mais tout aussi bien familier. Une vingtaine de personnes sont conviées à cette soirée, dont le Prince Gabriel de Broglie, de l’Académie française, chancelier honoraire de l’Institut de France, et le Professeur Georges-Henri Soutou, membre de l’Institut.

Il y a dans l’assistance de l’étonnement, de l’amusement aussi, une solennité de bon aloi doublée d’une charmante simplicité, bref une ambiance créée par et pour l’occasion. L’évènement est historique ; chacun en a parfaitement conscience ; et, cependant, rien n’est plus naturel, plus raisonnable, plus sensé, plus logiquement français que la cérémonie qui se déroule. Madame le Secrétaire perpétuel de l’Académie française reçoit des mains de Madame Nicole Maurras l’épée d’académicien de Charles Maurras. En dépôt perpétuel ! Sont joints à ce don les originaux de tous les documents, notes et papiers divers, que Maurras avait conservés de son voyage à Athènes en 1896, quand il couvrit, à vint-huit ans, comme journaliste pour la Gazette de France, les premiers jeux olympiques organisés par le baron de Coubertin.

Maurras, quai Conti

Voilà qu’en ce jour de 2020 Maurras rentre à l’Académie. De nouveau. Mais l’a-t-il jamais quittée, cet Immortel qu’on a prétendu vouer à la mort définitive ? Il y est à sa place en toute honorabilité, sous le regard de ses vieux confrères, toujours vivant et dont l’immortalité ne saurait être remise en cause.

Madame Carrère d’Encausse ne manque pas de l’affirmer avec vigueur, sans user d’aucune de ces contorsions alambiquées dont il est courant de se servir pour évoquer l’homme et l’œuvre. C’est qu’elle connaît son sujet ! Maurras est assurément un grand écrivain, l’un des plus grands de langue française : il faut être inculte ou d’une mauvaise foi insigne pour ne pas le reconnaître. Elle sait, et dit tout uniment, à la fois, et l’inanité des jugements portés contre l’intellectuel, attaché comme aucun autre à sa petite patrie provençale et à sa grande patrie française, et l’injustice commise envers le polémiste, philosophe autant que politique, le plus anti-allemand de notre histoire nationale. Elle retrace en quelques mots aussi vifs que spirituels les rapports, en effet singuliers, que le Martégal, devenu le plus parisien des parisiens et le plus français des Français, entretint avec l’Académie française. C’était le seul honneur auquel il tint, comme il l’écrivit à son ami Barrès, et qu’il accepta de revendiquer.

En 1923, l’Académie lui préféra un certain Jonnart, homme politique, alors ambassadeur de France près le Saint-Siège, ambassade dont, d’ailleurs, Charles Maurras avait réclamé inlassablement le rétablissement à l’encontre du stupide anticléricalisme qui dominait encore la République française. Le concurrent abusa de sa situation, note le Secrétaire perpétuel. Et de raconter en souriant comment les camelots du roi se gaussèrent joliment dans le quartier latin de l’élection du politicien dont l’œuvre littéraire n’était composée que de pages blanches. À moins de prendre des discours électoraux pour des chefs-d’œuvre de littérature.

Maurras fut élu le 9 juin 1938 au fauteuil d’Henri-Robert. Condamné en 1945 à la dégradation nationale à la suite d’un procès inique, comme tant d’autres à cette époque, et dont il récusa l’autorité du verdict jusqu’à sa mort, il aurait dû être radié de l’Académie comme l’exigeaient les maîtres du moment. L’Académie française, précise Madame Carrère d’Encausse, s’honora de ne point obtempérer et de décider, malgré toutes les pressions, comme pour le maréchal Pétain, de ne déclarer vacant le siège qu’à la mort de l’intéressé. Et, donc, très logiquement le duc de Lévis-Mirepois qui fut élu au siège de Maurras en 1953, fit un éloge bien senti de son prédécesseur dont il était un ami. Maurras était bien Immortel : les Immortels, ses collègues, dans leur institution royale et nationale, le garantissaient. Et Madame le Secrétaire perpétuel le certifie aujourd’hui.

Un bijou de symboles

Nicole Maurras parle de l’épée. La plume de Maurras en était déjà une, dit-elle, comme l’avait écrit en 1915 l’archevêque de Bordeaux, le cardinal Andrieu, celui-là même qui, en 1926, abusé par une cabale, lança la procédure de condamnation ecclésiastique, aussi absurde et aussi injuste que toutes les autres, et qui sera levée en 1939 par le pape Pie XII et par acte de simple justice, comme disait le Cardinal Villeneuve, archevêque de Québec.

Cette épée offerte par une souscription nationale, a été ciselée par Maxime Real del Sarte et confectionnée par le joaillier Mellerio, dit Meller, de cette fameuse maison qui se flatte toujours de son antique privilège royal. Elle fut remise à Charles Maurras le 4 mars 1939, salle Wagram, par Charles Trochu, alors président du Conseil municipal de Paris. Il est bon aujourd’hui d’évoquer ces temps-là !

Nicole Maurras décrit l’étonnant parcours de la superbe épée qui, avant sa remise, pélerina littéralement à Lisieux, sur les traces mêmes de celui qui devait si fièrement la porter et qui laissa dans la chapelle du Carmel son ex-voto de « vieux pèlerin » : elle alla de la châsse jusqu’au lit d’infirmerie d’où s’envola l’âme de la petite Thérèse que Maurras, dans une dévotion profonde – oui, dans son état si singulier – plaçait parmi les plus grandes.

La France des Bourbon, de Mesdames Marie,

Jeanne d’Arc et Thérèse et Monsieur Saint Michel.

Quelle épée connut jamais pareil rite de sanctification ?

Il revient à Christian Franchet d’Espèrey, petit-neveu du maréchal qui fut académicien au même fauteuil que madame Carrère d’Encausse, celui de Corneille, et qui fut parrain de Charles Maurras à cette même Académie – les choses sont vraiment bien faites –, de donner lecture de la description de l’épée.

"Sa poignée représente sainte Geneviève protégeant des mains un écu fleurdelysé posé à la proue d’une nef où se détache le chapiteau de pierre, dit "bucrâne", qui orne la terrasse de la bastide du Chemin de paradis. Les vagues sont là pour rappeler la vocation de marin à laquelle Charles Maurras dut renoncer en raison de la surdité qui l’atteint à l’âge de quatorze ans. Elles battent contre un mur de pierres surmonté de "merlons", ceux du Mur grec de Saint-Blaise, près de Martigues, espace mystique qui fascina l’écrivain.

Encadrée des armes de Provence et de Martigues, surmontée du ciel où brille la Grande Ourse en petits diamants, voici la bastide du XVIIe siècle, maison de famille de Maurras que gardent deux cyprès d’émeraude. Lui fait pendant, de l’autre côté, le château de Versailles surmonté, pour sa part, du Bouclier d’Orion, et flanqué des armes de France et de Versailles. Le fourreau de l’épée se termine par une élégante petite amphore grecque." 

Tout est symboliquement représenté. Il y faudrait encore un commentaire ! Comme pour les poèmes de Maurras !

Dans son discours de réception à l’Académie, Charles Maurras fit l’éloge de son prédécesseur, Henri-Robert, et de là il fit l’éloge de la France et à travers elle de la féminité – notre siècle en a bien besoin, on ne le sait que trop ! – et, au-delà, l’éloge de la Femme, et de la Femme bénie entre toutes les femmes, la Vierge Mère, Notre Dame. Car c’est en elle que se sublime, pour rejaillir en fontaine de vie, le culte de la France éternelle, dont la sève typiquement française se renouvelle d’âge en âge par la grâce de tant de femmes d’exception où se retrempe constamment, naturellement et surnaturellement, la singularité extraordinaire de cette sainteté française. Il vaut la peine de relire ce morceau d’anthologie ! Aucun discours d’académicien, même ecclésiastique, ne s’était risqué à une telle hymne. Et cet homme a été traité d’impie ! Non, son amour de la France était vrai, et vrai son amour de l’Église. En dépit de toute les condamnations. De son Martigues "plus beau que tout", où repose aujourd’hui son cœur de chair, il n’a point démérité. Jamais ! Il l’a chanté avec la violence de l’indignation dans les jours sombres où des gens sans aveu qui se croyaient des juges, voulaient le "dénationaliser" et le "désimmortaliser". Peine perdue ! Les feux de sa vérité de nature sont là, ceux qui lui ont brûlé le cœur, ainsi qu’il le clame,

 … et qui m’emportent l’âme,

Pour la ravir de ciel en ciel,

Partout où retentit sur un verdict infâme

Le grand rire de l’Immortel !

 

 

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3 janvier,sainte geneviève,paris,pantheon,attila,gaule,puvis de chavannes,huns,saint etienne du mont,larousse,joffreCette Éphéméride vous a plu ? En cliquant simplement sur le lien suivant, vous pourrez consulter, en permanence :

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Commentaires

  • Je suis fan des regalias et je découvre votre site. Il y a donc deux manteaux dans le trésor de Saint-Denis, celui des funérailles de Louis XVIII et celui du sacre de Charles X ? Ils se ressemblent fortement, à part le pan avant sur celui de Charles X ?

  • (A Claude Maron) : en effet, il y a deux manteaux de sacre dans les regalia. Il se trouve, que, par le plus grand des hasards, nous sommes en train de refaire la note sur Saint-Denis, justement, et seule la partie III (la collection de tombeaux) reste à finaliser; votre message nous pousse à rajouter la photo du deuxième manteau, celui de Charles X.....

  • Je reviens vers vous à l'occasion du bel article de ce jour sur Saint-Denis. J'ai déjà évoqué la présence des 2 manteaux royaux au Palais du Tau. En m'y intéressant plus, je m'étonne de l'aspact du manteau du sacre de Charles X... En effet, sur les différents tableaux relatant la cérémonie, et notament celui de Gérard représentant le roi en costume du sacre, on constate que le manteau est semé de fleurs de lys (tout comme celui des funérailles de Louis XVIII). Or, sur celui présenté ci-dessus, ce n'est pas le cas. Ne serait-ce pas un manteau porté par un membre de la famille royale... En effet, les manteaux de sacre avaient une forme arrondie (le patron de celui de Louis XVI exsite), avec un ouverture sur le côté. Il n'y aurait pas eu confusion : celui des funérailles serait le manteau du sacre de Charles X ?
    Il y a eu récemment une exposition des regalias, y a-t-il eu un catalogue et comment peut-on se le procurer ?
    Merci de me répondre directement sur mon adresse mail.

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