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"La menace hitlérienne et l'inconscience des politiques...": une contribution au débat de Pierre-François Paoli

            Voici un extrait de l'article publié par Pierre-François Paoli dans Famille chrétienne (n°1691, du 12 au 18 juin 2010). Il tombe à point nommer pour illustrer et conforter notre réaction au de Gaulle de France 2 :

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"...Comment expliquer une telle faiblesse ? C'est ici que l'affaire prend une dimension politique. Il est indéniable qu'à l'exception de quelques hommes énergiques comme Paul Reynaud (plutôt de Centre-droit, même si la Chambre restrait celle du Front Populaire, ndlr), les dirigeants d'un exécutif sans cesse affaibli par l'instabilité parlementaire ne furent pas à la hauteur.

Plusieurs facteurs se sont conjugués qui ont affaibli la préparation française. L'incompréhension des nouvelles donnes de la guerre, et notamment l'importance des chars, sur laquelle de Gaulle insistera sans être entendu, en est un. La "nullité" des dirigeants -mot qu'emploie Druon pour qualifier Edouard Daladier, l'homme des accords de Munich de septembre 1938 qui livreront la Tchécoslovaquie à Hitler, ou encore le pacifiste Camille Chautemps, qui sera président du Conseil en 1940 -, personnages liés les uns aux autres par des solidarités politiciennes et peut-être maçonniques, en est un autre.

Quant à Léon Blum, s'il est indéniable qu'il a renforcé le budget militaire de son gouvernement de Front populaire, il a longtemps minimisé la menace allemande avec une inconscience significative de l'époque.

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Paris, Palais de l'Elysée, Mars 1940 : Ministère Paul Reynaud. Paul Reynaud est au centre avec, à sa droite Edouard Daladier et, à sa gauche, Camille Chautemps. "...La "nullité" des dirigeants - mot qu'emploie Druon pour qualifier Edouard Daladier... ou encore le pacifiste Camille Chautemps..."

 

             

Dans un livre accablant, L'impardonnable Défaite : 1914-1918, l'historien Claude Quétel met, lui, en cause, le pacifisme des élites et des intellectuels français, toutes tendances confondues, durant l'entre-deux-guerres. Il y a certes un pacifisme moral légitime : celui de ceux qui ont vécu l'horreur de la précédente guerre, qui a fauché un homme sur dix et saigné la France -, c'est le cas de Giono ou de Céline.

Mais se greffe sur ce refus anarchiste de la guerre une forme de défaitisme idéologique que l'on retrouve en particulier chez les instituteurs du SNI, dont Raymond Aron écrira dans ses Mémoires qu'ils avaient "contribué à démoraliser l'armée",en brocardant tout patriotisme. Elève du philosophe Alain, Simone Weil, dans sa période anarcho-syndicaliste, va jusqu'à écrire qu'elle préférait la défaite et l'humiliation à une victoire injuste contre l'Allemagne !

 

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1936 : Simone Weil -ici en compagnie de militants de la CNT- porte les armes en Espagne
 

           

Enfin, il y a la trahison endémique du Parti communiste, manipulé par Staline, signataire en 1939 du Pacte germano-soviétique. Un parti qui, devenu clandestin, sabotera la production industrielle.

 

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Si on ajoute à ce tableau calamiteux la germanophilie d'une partie de l'extrême-droite et l'apathie de certains grands industriels qui, comme Louis Renault, ont freiné l'effort de réarmement, on comprend que ce pays, déjà en guerre avec lui-même et divisé en camps antagonistes, n'était pas vraiment préparé à un affrontement militaire !

 

Pour Blum, en 1939, Pétain est "le plus noble de nos chefs"

           

Ce refus de voir  l'évidence de la menace hitlérienne, qui sera aussi celui de moult politiciens britanniques contre lesquels bataillera Churchill, explique l'absence de réactivité française devant les provocations allemandes qui ont précédé la guerre. Hitler ne pensait pas qu'il pourrait aussi facilement réoccuper la Rhénanie en mars 1936 : il croyait que les Français réagiraient, mais le gouvernement radical d'Albert Sarraut laissa passer sa chance d'entrer dans l'Histoire par le haut !...

...Du coup, on comprend mieux aussi l'arrivée à la tête de l'Etat du maréchal Pétain en juin 1940, après que l'Assemblée nationale lui a confié les pleins pouvoirs. A sa manière, ce conservateur germanophobe est, lui aussi, un pacifiste. Il veut épargner le sang des Français, comme il a réussi à économiser celui de ses soldats en 1914. L'immense prestige dont jouit, en 1940, le vainqueur de Verdun, est moins d'ordre idéologique que charismatique. Ce vieil homme rassure un pays qui a trop donné de lui-même, vingt ans auparavant, et qui n'en peut plus.

Dans 1940, l'année noire, Jean-Pierre Azéma restitue dans son contexte l'aura dont bénéficie un homme comme Pétain, que le socialiste Léon Blum qualifiait "de plus noble et plus humain de nos chefs" en 1939 ! L'historien ne minimise pas les crimes engendrés par les statuts des Juifs, la tache la plus noire de ce régime, amis ne criminalise pas non plsu celui-ci, intrinsèquement.

"Que Vichy ait été dans l'histoire de France au vingtième siècle un régime d'exception, autoritaire et répressif, où tous les pouvoirs étaient concentrés entre les mains d'un seul, nul n'en disconviendra. Ce statut ne doit pas faire oublier sa relative singularité: l'Etat français que l'on a dépeint comme exclusivement réactionnaire, pour ne pas dire contre-révolutionnaire, a maintenu le 14 juillet comme fête nationale, le drapeau tricolore comme emblème, et son chef n'a jamais songé à rétablir la monarchie. Son dessein opiniâtre n'était pas tant d'inscrire son action dans un régime particulier que de procéder à la tâche impérieuse du remembrement de la société française pour remodeler en profondeur une France éternelle, du moins intemporelle"

Un dessein qui apparaîtra très vite comme chimérique mais qui, dans une France traumatisée, pouvait, jusqu'à un certain point, se comprendre...

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