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Mini dossier sur la Crise (IV): Espérance souveraine, par Hilaire de Crémiers.

Espérance souveraine

Bientôt vers un deuxième krach… C’est comme un sentiment général que tout se détraque… Que peut-il en advenir ?

 

            Non, les bilans généraux ne sont pas bons. Les bilans d’État. Ceux de la zone euro, ceux de l’Europe. Ceux de la France. Le fait que les États-Unis soient dans des situations comparables, n’en est pas pour autant réjouissant.

Les 750 milliards – même encore aujourd’hui  virtuels – du plan de sauvetage européen, dont il était dit, il y a quinze jours à peine, que ce serait la digue  qui assurerait l’avenir de la construction européenne, sont déjà obsolètes, d’avance submergés, immédiatement inutiles, sauf à donner un court répit.

 

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            Les Allemands n’ont accepté et voté ce plan sous la pression américaine qu’à des conditions draconiennes, les leurs, qui le rendent pour ainsi dire impraticable, concrètement inexécutable. Et telle est bien leur volonté profonde ; tout l’art dans cette prétendue négociation consiste à imputer le défaut d’exécution aux autres partenaires pour dégager sa propre responsabilité.

L’irréalisme du plan tout autant que les conditions qui y sont jointes dorénavant, en ont fait, à peine conçu, un replâtrage caduc.

La spéculation est mise en cause par les États. Et, certes, ils n’ont pas tort. Ils auraient dû s’en rendre compte plus tôt, au lieu d’en jouer eux-mêmes, car ils en ont joué dans leur intérêt, par organismes financiers interposés, tant qu’elle leur était profitable ; et ils ont laissé aveuglément ou impunément les banques qui relevaient de leur souveraineté et éventuellement de leur contrôle, en user et en abuser. Quitte à demander à ces mêmes banques de les rembourser de leurs avances ! Vient un moment où tout – ou presque tout – se sait !

Cependant la véritable raison de cet effondrement financier, demain monétaire, aux conséquences économiques, sociales et bientôt politiques, incalculables, ne tient pas d’abord et fondamentalement à la spéculation. Feindre de le croire est une excuse facile que les hommes politiques s’accordent pour ne pas assumer leur responsabilité.

 

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Des états insolvables

 

            La crise s’explique tout uniment par la dette, les dettes, celles qui aujourd’hui grèvent les États, hypothèquent toutes leurs capacités, empêchent leur action, bouchent leurs horizons. Il y a quelques mois, quelques semaines encore, comme personne n’osait trop aborder le problème de face, les commentateurs officiels de cette crise en cours qui ne cessait, ne cesse toujours, de connaître de nouveaux rebondissements, parlaient d’un problème de liquidités. Il suffisait, disait-on, d’assurer des liquidités et le système serait sauvé ; le moteur financier, les moteurs économiques, continueraient à fonctionner. D’où des plans, encore des plans, toujours des plans pour injecter du crédit et finalement de la monnaie, qui partaient dans tous les trous qui se creusaient et que, du coup, on creusait partout ; autant d’argent, d’ailleurs, qui n’était pas mis dans les circuits où c’était nécessaire, ceux de l’activité économique réelle, capable d’engendrer de véritables plus-values.

            Cependant la vérité du problème a fini par s’imposer dans sa cruelle réalité. Ce n’est pas, ce n’est plus une question de liquidités, une affaire de trésoreries qu’il conviendrait d’assurer et qui subiraient des difficultés. C’est une question de solvabilité. C’est donc infiniment grave. Et c’est aussi, disons-le, ce qui fut et ce qui est écrit dans ces colonnes depuis déjà trois ans.

La constatation vient pulvériser tous les raisonnements ; elle est implacable, et ses conséquences sont inéluctables. Les États concernés par la crise sont insolvables. Voilà, c’est dit ; ça commence à se dire. Comme la percée de Sedan en mai 1940 : tout était prévu, sauf ça. Qui survient précisément. Panique dans  les états-majors, aujourd’hui comme naguère. Les événements s’enchaînent sans retours-arrière possibles.

            Les Allemands qui sont les moins mal en point de tous, économiquement parlant, ne veulent pas devenir insolvables de l’insolvabilité des autres. C’est compréhensible. Ils prennent déjà les mesures pour empêcher la spéculation sur leurs dettes souveraines. L’idée de mettre les dettes en commun, de les « européaniser » ne leur sourit pas. Un fonds monétaire européen où ils seraient financièrement les plus engagés, au prétexte de soutenir un euro qui, dans leur esprit, commencerait à davantage ressembler à la drachme qu’au deutschmark, ne saurait leur agréer. Pas plus que ne leur plaît le fait – gravissime pour eux – que la BCE se mette tout à coup à acheter de la dette d’État, grecque en particulier. C’est évidemment contraire à tous les dogmes financiers sur lesquels, à leur demande, la Banque centrale de Francfort avait été instituée. Autant dire que cette dette est monétisée, vieux procédé de la planche à billets que les fabricateurs de l’Europe intégrée et de l’euro avaient voulu justement exorciser. À quoi sert donc l’euro, en pareil cas ? Nécessité oblige, répond-t-on d’un air gêné sans donner de vrais chiffres. Trichet tricherait-il ? Pour quelle bonne cause ? Pour maintenir des taux obligataires raisonnables ? Pour arracher des États à la banqueroute forcée ? Au final, pour sauver l’euro ?

            Mais les Allemands ne voient pas du tout cette nécessité. Angela Merkel, tiraillée entre des influences contradictoires tant extérieures qu’intérieures – sa coalition est émiettée – n’a pas manqué de signaler ouvertement que l’euro était en question. Les Allemands ont donc exigé des compensations et des engagements précis. La Commission européenne et la présidence de l’Union s’en sont emparé aussitôt pour en faire un programme qui leur donne l’illusion d’exister dans cette crise. Et les ministres des Finances font réunion sur réunion pour trouver des accords qui n’en sont pas, au motif de stabiliser la zone euro. Elle est instable par nature. Alors Merkel et Schäuble ont donné leurs ordres.

 

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La Chancelière Angela Merkel et son Ministre des Finances, Wolfgang Schäuble

 

La rigueur ou/et la mort de l’euro

 

            Les budgets nationaux devront être supervisés par la Commission européenne et – les Allemands ont réclamé en plus cette précision – par des organismes indépendants, avant même d’être votés par les parlements nationaux. Autant dire que les chambres de députés n’exercent plus les droits de leur prérogative souveraine de représentations nationales ; et autant dire, aussi et d’ailleurs, qu’elles les exercent fort mal ; ce qui est, évidemment, plus que vrai. Les Anglais ont tout de suite, conformément à leur histoire nationale, récusé cette instance supérieure.

            Des mesures concrètes et immédiates de baisse des dépenses d’État et d’amélioration des finances publiques doivent être prises par tous les États de la zone euro, et aussi par tous ceux de l’Union européenne qui bénéficient des fonds européens sous une forme ou sous une autre.

            Ne serait-ce que pour arrêter la dégradation de leurs propres finances et, en conséquence, des notes relatives à leurs dettes souveraines qui risquent d’affecter terriblement, peut-être irréversiblement, leurs emprunts obligataires, les États ont dû, non seulement annoncer, mais entamer des plans de rigueur et là, sans les vaines  fioritures que les responsables français se croient obligés d’employer. La Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, l’Italie, l’Allemagne elle-même et l’Angleterre de Cameron aussi, tous les pays concernés, quel que soit leur gouvernement, frappent fort : c’est drastique, la taille est de l’ordre de 5 %, voire de 10 % tant dans les budgets que dans les salaires ; les impôts augmentent d’autant. Cameron en particulier y va très fort et donne l’exemple en commençant par rogner dans les émoluments ministériels et politiciens ; ça donne envie de crier bravo, trois fois bravo !

            Quant à la France, ne touchant pratiquement à rien, – le peut-elle seulement ? – elle entend son président proclamer que les déficits seront proscrits pour l’avenir par voie constitutionnelle. Comment faire avec les chiffres effarants qui augmentent tous les jours ? Et d’abord il n’est pas dit que la réforme de la Constitution puisse passer, et puis n’y a-t-il pas quelque chose d’absurde et de ridicule dans tous ces grands engagements qui ne font que souligner davantage les effroyables sujétions d’habitudinaires invétérés ? Une Constitution organise le fonctionnement des pouvoirs publics et ne vise pas le comportement des hommes ! Et, pendant ce temps, le gouvernement français essaye de laisser penser que peut-être il faudra songer sans doute à allonger éventuellement le temps de vie au travail, si les Français ne veulent pas que le système de retraite par répartition que, bien sûr, il n’est pas même envisagé de changer, n’explose ! La France est en retard, prend chaque jour du retard. Dans tous les domaines. Comme les investisseurs ont besoin de placements, son crédit souverain pour le moment ne souffre pas ! Mais pour combien de temps ?

            Cependant l’Allemagne a aussi exigé des sanctions contre les États récalcitrants, ceux qui ne suivraient pas les normes qu’elle a fixées. Droit de vote supprimé dans les instances européennes et, renouvellement de la pensée maestrichienne, pénalités financières pour ceux qui ne sont pas bon financièrement : gravité de la faute, aggravation de la situation du coupable ! Jusqu’où ? Jusqu’à la sortie de l’euro ! Cela a été dit. Clairement.

 

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Les fourmis en ont assez des cigales.....

 

L’impossible dilemme

 

            S’il est permis de risquer quelques pronostics, toujours sujets à caution en ces matières, il est des directions générales qui se profilent suffisamment pour discerner quelques évolutions politiques futures. L’Allemagne se tirera, elle, de cette crise ; elle a refait son unité et ses assises et, sur son pourtour, toute sa zone d’influence ; reste son problème central qui est moral avant même d’être démographique. L’Angleterre a toujours un ressort nationaliste qui la sauve de son égoïsme et de sa sottise démocratique ; c’est le cas aujourd’hui. Elle se moque de l’euro, en dépit des discours, et maintiendra sa livre qui lui garantit son indépendance. Elle aussi, son problème est d’abord moral avant même d’être économique. Les États-Unis pragmatiques conservent la totale souveraineté de leur dollar ; ils rachètent leur dette, en s’appuyant sur leur puissance. Ils veulent sauver leur économie. Leur souci réel, c’est la Chine ; ils traitent donc avec la Chine, carte forcée. L’euro ne compte pour eux que dans leur jeu monétaire. Les États-Unis n’ont besoin que de retrouver leur foi et leur dynamisme.

            Et la France ? Il est dès à présent à craindre qu’elle ne suive le sort de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal… Malgré tout ce que racontent les commentateurs officiels. Quelques esprits libres, comme Yves de Kerdrel, osent le pronostiquer. La France présidera le G20 du mois de juin : elle fera des discours sur une régulation financière qu’Obama a déjà fait entériner aux États-Unis !

            Le malheur veut que les peuples du sud de l’Europe, qui plus que d’autres auraient besoin de monarchies fortes, c’est-à-dire indépendantes et libres, garanties supérieures de toutes les libertés vraiment populaires, soient livrés à des politiciens démagogues et littéralement enchaînés à des institutions aussi inefficaces que corrompues où la surenchère électorale est la règle. Comment pourraient-ils s’en sortir ?  Le président de la République française n’est pas un roi, hélas ! Il faut être sot comme nos journalistes officiels pour se l’imaginer. N’est pas Ulysse qui veut.

            Le dilemme de nos peuples est simple : ou ils se lancent dans une politique de rigueur qu’ils ne peuvent supporter, qui ébranlera leur peu d’unité sociale, en tuant en même temps toute tentative de croissance… et, alors, tout explose, y compris vraisemblablement l’euro ; ou ils prétendent sauver leur indépendance, garder leurs habitudes, aménager leur situation économique sans en avoir vraiment les moyens… et la zone euro ne peut durer. Il leur faut dès maintenant songer à une solution de rechange. La vérité est que ces peuples et leurs responsables sont aujourd’hui incapables d’anticiper sur les événements : les deux branches du dilemme sont de toute façon périlleuses, voire catastrophiques, donc, dans l’état actuel des choses et des esprits, inimaginables ! Pour sortir d’un dilemme, il faut un esprit et une volonté. Le problème de la France, avant même que d’être moral, est politique ; politique d’abord. Un Henri IV, que la France a célébré en ce mois de mai, avait su en son temps sortir son pays d’un dilemme, lui aussi, apparemment insoluble. La solution était politique, c’était lui : le Roi.

 

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