mardi, 09 septembre 2008

Un humaniste ( ! ) pour enterrer l’Humanisme et les humanités, le Savoir, la Culture…..

          S’il s’agissait d’une journaliste de radio/télévision, on dirait qu’elle parle avec des trémolos dans la voix. Là il s’agit d’un article écrit dans La Provence (1) par Ariane Allard. Mais on les entend presque ces trémolos, dans l’outrance des titres et sous-titres : à la Une, et en gros caractères s’il vous plaît, Rencontre avec un Humaniste (excusez du peu…) et photo presque quart de page ! Et, sur la moitié de la dernière page, un papier plus qu’élogieux, dithyrambique, intitulé A l’école de l’intelligence, en toute simplicité ! N'en jetez plus.....


          De qui parle-t-on, avec ces éloges appuyés, ampoulés et, disons le, excessifs en tout ? De Laurent Cantet, palmé d’or comme l’écrit la journaliste pâmée d’aise, pour son film  Entre les murs.

          Faut-il répondre ( et que répondre ?….) à un tel fatras de propos aussi déconnectés du réel ? A un tel encensement de la décadence ? Une décadence acceptée et, pourrait-on presque dire, assumée. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Tout le monde le sait, tout le monde le dit. Dernière en date, Isabelle Stal : "Notre système d’enseignement est sinistré, de la maternelle à l’université", assure ce professeur à l’IUFM de Nice, dans un livre qui vient de sortir (2), dans lequel elle montre bien, en outre, que beaucoup d’enseignants ne sont plus armés culturellement pour redresser le niveau….

          Et pendant ce temps là monsieur Cantet fait un film pour célébrer, au fond, tout ce que dénonce Isabelle Stal; et s’amuse de la situation qu'il dépeint, et trouve tout « merveilleux », « un moment de bonheur énorme »… Et la journaliste parle d’ « une rentrée qui parie sur l’intelligence », d’un film « enthousiasmant de lucidité et d’énergie » car il présente une chronique vraied'une classe de 4° dans un collège parisien ! C'est justement bien là le drame : ce que montre Cantet est, hélas, la pure vérité....

          Pourtant interrogeuse et intérrogé sont tout contents, et ils trouvent que tout va bien.

          Mais sur quelle planète vivent-ils ? Ils ne voient pas que l’enseignement français fait naufrage sous nos yeux ? Non. En bons bobos qu’ils sont, ils s’amusent pendant le naufrage, et du naufrage.

          Pour des gens comme eux, Alain Finkielkraut prêche dans le vide lorsqu'il avertit que nous sommes la première génération dont les élites sont et seront sans Culture.

          C’est tragique. Ils sont tragiques.....

(1): La Provence, mardi 2 septembre.

(2): L'Imposture pédagogique, août 2008, 228 pages, 16,50 euros.

      Voici la présentation de l'ouvrage proposée par les Editions Perrin :

Une radiographie sans concession de ce qui fut longtemps présenté comme une excellence française et qui se révèle un échec cuisant de notre Education Nationale, la faute en incombant à la pédagogie moderne.

D'où vient la catastrophe scolaire que nos enfants subissent ?
En une génération, un système d'enseignement assez efficace et, qui plus est, pour le plus grand nombre s'est quasiment effondré. Des dizaines d'ouvrages ont inventorié des maux variés - corporatisme syndical, égalitarisme pédagogique, baisse des exigences en raison d'une massification non maîtrisée -, mais celui d'Isabelle Stal est le premier à s'attaquer au coeur du système : la formation des maîtres.
De l'intérieur, car elle enseigne en IUFM, Isabelle Stal décortique le jargon pédagogique, le refus professoral d'enseigner, les manières dont la lecture, l'écriture, l'orthographe, la grammaire sont bradées et négligées, les ravages de l'informatique qui pousse les élèves à recopier des informations sans jamais les penser. Voilà comment une pédagogie destructrice est en train de gâcher une génération.

Isabelle Stal, docteur en philosophie, est professeur à l'IUFM de Nice. Elle a écrit La Philosophie de Sartre et L'Ecole des barbares.

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