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Retraites : on passe de la révolution à la calculette… par Christian Vanneste

La pensée dominante actuelle, au lieu d’éviter la contradiction, l’érige en système. Beaucoup de ceux qui ont voté Macron aux présidentielles et pour un candidat macroniste aux législatives ont vu en lui celui qui allait enfin avoir le courage des réformes structurelles. La dernière palinodie gouvernementale sur le retrait provisoire de « l’âge-pivot » de 64 ans pour bénéficier à plein de sa retraite révèle que cette « révolution » à la suédoise d’une retraite par points n’était une fois de plus qu’un expédient comptable pour retrouver un équilibre budgétaire entre les cotisations et les prestations.

3309368304.jpgEn grande partie déplumé par les mesures annoncées en faveur de certaines catégories et de leur régime spécial actuel, le volatile législatif poursuit sa course vers le Conseil des Ministres puis l’Assemblée, avec un dialogue social en partie renoué en vue d’une conférence de financement. Ce qui était structurel dans l’intérêt supérieur du pays devient très conjoncturel avec l’horizon des présidentielles 2022, pour lesquelles il faut que la loi passe, quel qu’en soit le prix, et la difficulté pour les partenaires de l’Etat de trouver d’autres solutions à l’existence d’un « âge d’équilibre », le nouveau nom de « l’âge-pivot », garantissant l’équilibre budgétaire en 2027.

D’ici Avril, les partenaires doivent résoudre la quadrature du cercle, puisque le Premier Ministre exclut par avance la perte de pouvoir d’achat des retraités et l’augmentation du coût du travail. La réalité, c’est que cette réforme « structurelle » comme toutes celles qui ont précédé, 1993, 2003, 2008, 2010, 2013, va se réduire à être davantage « paramétrique », en tentant de compenser la pente démographique par un allongement de la durée de cotisation, c’est-à-dire du travail durant une vie. Le reste est décoratif. On peut mesurer en passant une fois de plus la catastrophe qu’a été pour le pays l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, et de sa démagogie galopante du début des années 1980. La retraite à 60 ans, alors que l’espérance de vie s’allongeait, que la natalité diminuait, et que le chômage s’accroissait ? Il fallait vraiment l’incompétence économique et le cynisme politicien de ce triste personnage pour asseoir sa popularité sur des mesures suicidaires à terme pour le pays. Certains vont bien sûr proposer des solutions techniques à court terme : il y a un Fonds de réserve pour les retraites créé par Jospin en 1999 et qui dispose de 33 milliards d’Euros, somme inférieure aux prévisions. Son importance limitée le contraint à n’être qu’un fusil à un coup. Que se passe-t-il si une nouvelle crise augmente le chômage ? Notre pays doit-il, comme pour sa dette qui dépasse les 100% du PIB, continuer à ignorer les risques d’un monde dangereux dans lequel il n’a plus la même place que par le passé ? D’autres vont se tourner vers le maintien de la CRDS, cet impôt inventé par Juppé pour rembourser la dette sociale, qu’on a glissé comme la poussière sous le tapis de la CADES, cette caisse qui pourrait donc survivre à 2024, puisqu’à cette date, le remboursement sera complet…. Pas d’augmentation des prélèvements obligatoires si on se contente de maintenir l’impôt : une de ces mesures irresponsables qui consistent à rendre le provisoire définitif et à considérer que dépense publique et impôts ne peuvent jamais diminuer, comme si cette politique à courte vue, induisant le chômage par perte de compétitivité, n’était pas une des causes essentielles de la plongée de notre pays ! Enfin, il y a ceux qui lorgnent sur les régimes excédentaires, les écureuils qui ont leur réserve de noisettes, et qu’on rêve de récupérer. La France a décidément mal lu La Fontaine : la fourmi, qui travaille et épargne, qui gère bien est une sale bête égoïste et avare. La justice sociale implique que les cigales se partagent son butin.

Ce débat sur les retraites qui donne au monde entier le triste spectacle d’un pays qui ne parvient pas à résoudre ses problèmes autrement que par l’affrontement social, les manifestations et les grèves condense toutes les turpitudes de la démocratie française. Mais la plus grave, sans doute, réside non dans nos vieilles habitudes démagogiques de « gaulois réfractaires », de défenseurs acharnés de l’égalité pour tous, avec maintien des privilèges pour chacun, mais dans l’incapacité de la caste qui dirige le pays de redonner à celui-ci une perspective enthousiasmante, une nouvelle frontière à conquérir, tout en cessant de traiter le peuple avec hauteur sous le régime « Tina » : il n’y a pas d’alternative. Une fois de plus, des référendums réguliers, à la Suisse, assortis d’une longue préparation, d’un vrai grand débat, redonneraient confiance aux Français en leur démocratie.

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