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Boris Johnson premier ministre : trois mois décisifs pour le Royaume désuni ?

(Cette note a été rédigée hier; il y avait une élection partielle au Pays de Galles, remportée par une europhile convaincue, donc hostile au Brexit : la majorité de Boris Johnson ne tient donc plus qu'à... un seul siège !)

 

Boris Johnson n'en démord pas, et il n'a pas tort puisqu'il a été élu pour cela : il veut que l'ex Royaume-Uni, aujourd'hui royaume plus désuni que jamais, soit sorti de l'Europe au 30 octobre prochain.

On pourra lui reprocher ce que l'on veut : au moins, lui, ne trompe pas ses électeurs, et il fait ce qu'il dit : qui trouverait là matière à critique(s).

Du moins, il annonce qu'il va le faire, car, dans les faits, cela promet des tangages fort importants outre-Manche...

(peu lisible, la légende de l'illustration - très claire, elle... -  donne, en rose, le vote "brexit", donc "sortie de l'Europe" et, en bleu, le vote "remain", donc favorable au maintien dans l'Europe...)

Pressé, Boris Johnson ? Excentrique ? Atypique ? Tout cela à la fois, et même d'autres choses encore ? Certainement. Mais, à la limite, maintenant ce n'est plus cela qui compte. Ce qui compte c'est qu'il a déclenché des forces, une logique, une dynamique qui vont probablement, maintenant, aller toute seules, comme à certains moments de l'Histoire, qu'elles qu'en soient les conséquences finales.

Et, là, il n'est plus question ni d'hommes, ni de programmes, ni même... de logique : les forces déclenchées échappent à toute tentative de reprise en main et dépassent ceux qui les ont mises en route, sans plus pouvoir les arrêter : c'est le thème bien connu de l'apprenti sorcier... 

Or, qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, le Brexit sème la discorde dans le royaume : l'Écosse, qui souhaite rester dans l'Europe, est tentée par l'indépendance tandis que la question de la réunification de l'Irlande ressurgit et donc le Brexit porte en germe un risque dangereux pour l'avenir du pays.

La carte électorale (ci dessus) dessine très clairement  les contours d'une désunion profonde entre les quatre composantes nationales du pays. Le vote à 52 % pour le Brexit est essentiellement celui de l'Angleterre (à 53,4 %), à l'exception de quelques poches urbaines proeuropéennes. Contrairement aux prévisions, les Gallois ont rejoint à 52,5 % les Anglais dans ce rejet, malgré leur dépendance élevée aux subventions européennes à l'agriculture et au développement régional. À l'inverse, l'Écosse, à 62 %, l'Irlande du Nord, à 55,8 %, et Londres, à 60 %, ont signifié avec force leur volonté de rester en Europe. Tout comme la lointaine Gibraltar, non mentionnée ici...

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La première ministre écossaise - Nicola Sturgeon, ci dessus avec Boris Johnson - fut la première à réagir au Brexit, annonçant, d'une part, qu'une nouvelle consultation du peuple écossais était désormais "hautement probable" et, d'autre part, qu'elle engageait des pourparlers directs avec Bruxelles pour protéger l'ancrage européen de l'Écosse. Elle a même posé les jalons d'une hypothétique alliance en ce sens avec son homologue de Gibraltar et avec le maire de Londres, Sadiq Khan, qui en a profité pour revendiquer davantage d'autonomie pour la capitale...

Mais le vrai problème, ou, si l'on préfère, un problème plus crucial et, en tout cas, plus immédiat qu'une hypothétique indépendance écossaise, c'est celui de l'Irlande du Nord : " Les conséquences du Brexit sont plus importantes en Irlande du Nord", déclare sans ambage Vernon Bogdanor, professeur d'histoire constitutionnelle à King's College de Londres.

L'Irlande du Nord renvoie d'ailleurs, d'une certaine façon, à l'Ecosse, puisqu'une majorité des protestants unionistes d'Irlande du Nord sont originaires d'Écosse, plus que de l'Angleterre proprement dite. Dès le résultat du référendum connu, le parti républicain Sinn Féin, présent à la fois au sud et au nord de l'Irlande, a appelé à l'organisation d'un référendum sur la réunification de l'île, où de très nombreux problèmes pratiques sont posés par le Brexit, l'Irlande étant le seul endroit possédant une frontière terrestre entre l'ex Royaume-Uni et l'Union européenne.

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Pour Vernon Bogdanor, les risques d'éclatement du Royaume-Uni sont cependant largement exagérés. Il considère plus urgente la question de la décentralisation économique en faveur du nord postindustriel de l'Angleterre. Des régions qui se sentent oubliées des politiciens de Westminster et ont voté massivement pour le Brexit (à 59 % dans les West Midlands). Par ailleurs, si Londres l'européenne peut toujours espérer faire avancer sa revendication d'une autonomie fiscale accrue, l'idée d'une sécession d'avec le royaume pour former une cité-État relève du pur fantasme.

Mais ces forces centrifuges, attisées par les flammes du nationalisme anglais, risquent de remettre en cause à long terme le fonctionnement de l'union. Un système de relations plus fédéral pourrait, à terme, émerger de ces déséquilibres, pour la sauver d'un éclatement possible.

Dans cette vision "vernonienne" des choses, Boris Johnson, le trublion excentrique mais énergique, va très probablement jouer un rôle d'accélérateur dont on verra très vite les effets, puisque, on l'a vu, il veut avoir "terminé le travail" dans trois mois...

Quelles conclusions tirer de tout ceci : contentons-nous de constater les faits, pour l'instant, et de voir que, au moment où l'Allemagne s'effondre en quelque sorte sur elle-même du fait de sa démographie plus que problématique, ce que l'on a longtemps appelé "l'Angleterre" risque fort bien de connaître de très profonds bouleversements. Qui a parlé, un jour, de "fin de l'Histoire" ? L'Histoire continue, tout change tout le temps, et rien n'est jamais acquis à l'homme sur la terre...

Nos deux plus anciens partenaires/adversaires sont entrés dans des flots tumultueux... ce qui ne veut bien sûr pas dire que nous soyons, nous-mêmes, à l'abri de toute tempête !

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