Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Mayotte, emblème tragique du mal français

 

Par   

 

TRIBUNE - Hyppolite Lachaize voit dans l'impasse à laquelle sont confrontés les habitants de Mayotte un exemple flagrant de l'irresponsabilité de nos politiques. Cette île de l'archipel des Comores connaît une prospérité artificielle, qui attire une immigration massive et impossible à maîtriser. Est-ce un succès si glorieux et si intéressant que d'avoir maintenu Mayotte dans la souveraineté française ? Et, qui plus est, de l'avoir départementalisée ? La question qui est posée ici (Figarovox, 7.03) mérite sûrement réflexion et, éventuellement, débat.  LFAR    

 

Qui connaît vraiment Mayotte, située à 8 000 kilomètres de Paris, peuplée d'environ 250 000 habitants ? Vue du ciel, l'île se présente comme un joyau de l'océan indien, aux allures paradisiaques avec sa montagne qui plonge dans les eaux turquoise, ses plages de carte postale, sa forêt tropicale, son lagon et ses fonds marins exceptionnels. 

Pourtant, ce paradis est devenu un enfer pour ceux qui y vivent : les bidonvilles y prolifèrent, l'environnement est dévasté par des décharges sauvages, des mouvements sociaux d'une rare violence se déchaînent et entraînent une paralysie de son économie et de sa vie sociale. La violence et la délinquance y sont le cauchemar de tous les habitants. Là-bas, la perspective d'être agressé, pillé et cambriolé hante la vie quotidienne. Jadis, spécialisée dans la production du parfum d'Ylang-Ylang, l'activité productive y est désormais quasi inexistante. Avec un taux de chômage de 40 %, Mayotte vit grâce aux transferts de fonds de la métropole, en particulier les salaires des fonctionnaires.

Le 8 février 1976, les habitants de Mayotte ont choisi par référendum de rester français, contrairement au reste de l'archipel des Comores. D'ailleurs, l'Assemblée générale de l'ONU condamne la France, accusée d'y poursuivre la colonisation. Dans les années 1990, la France a fait le choix de la départementalisation de cette île. Elle est donc devenue, à l'initiative de François Mitterrand, confirmée par Jacques Chirac et par Nicolas Sarkozy, le 101e département français. Devenue un département comme un autre, Mayotte estime avoir droit aux mêmes droits et prestations que tous les Français...

Le découplage entre le niveau de vie de Mayotte et du reste des Comores est au cœur du drame de cet îlot. Les transferts financiers de la métropole ont fait de Mayotte une enclave de prospérité dans un environnement dévasté par une misère indescriptible: son revenu par habitant, équivalent au tiers de celui de la métropole, est pourtant 15 fois supérieur à celui du reste de l'archipel, notamment d'Anjouan, à portée de kwassa-kwassa. Un seul exemple montre toute l'absurdité de la situation. Les Mahorais réclament, depuis la départementalisation, un alignement de leur RSA (aujourd'hui inférieur de 50 %) sur le droit commun. Or, un mois de RSA, au taux normal, équivaut à un an du revenu moyen du travail d'un habitant des Comores !

Dès lors Mayotte subit un flux migratoire considérable et continu : plus de 40 % de sa population est composée d'immigrés en situation irrégulière. De fait, les familles et les clans comoriens se reconstituent à Mayotte, dans un ensemble de la même origine ethnique et de religion musulmane. Cependant cette masse d'immigration illégale produit des conditions de vie et d'exclusion sociale effroyables. À Mamoudzou, ville chef-lieu, un gigantesque bidonville est surnommé « la colline des immigrés ». Le phénomène se développe dans un vertigineux climat d'hypocrisie qui mélange le recours banalisé au travail clandestin et la montée des haines anti-immigrés.

Le droit du sol, constamment exhibé comme un chiffon rouge par les politiques est bien loin d'être seul en cause. Les milliers de Comoriens qui débarquent en kwassa-kwassa sont attirés par la perspective d'y être soignés, de voir leurs enfants scolarisés et d'obtenir un travail illégal, dont la rémunération, même dérisoire, leur assurerait un niveau de vie incomparablement supérieur à celui des îles voisines. La vérité, c'est que la suppression du droit du sol à Mayotte n'aurait aucune incidence sur le destin d'un territoire, confronté à une réalité infiniment plus complexe.

Alors pourquoi la France s'acharne-t-elle, depuis si longtemps, notamment à travers le choix de la départementalisation, à entretenir un îlot de prospérité artificiel à Mayotte, aux effets dévastateurs ? Mission civilisatrice de la République ? Le prétexte a bon dos… La vérité, que connaissent tous ceux qui ont servi à Mayotte, est bien plus triviale. Elle est politicienne, électoraliste. Les présidents français, depuis Mitterrand, y ont tous vu un réservoir potentiel de voix pour leur réélection ; certes modeste, mais il n'y a pas de petit profit. En attendant, le drame mahorais, engendré par des politiques irresponsables, est aujourd'hui sans issue sachant que même l'abrogation du droit du sol serait bien loin de suffire pour sauver Mayotte, otage de la politique politicienne, devenue une sorte d'emblème tragique du mal français.  

Hyppolite Lachaize est le pseudonyme d'un haut fonctionnaire français.

Commentaires

  • Le maintien de Mayotte dans les possessions françaises est encore plus aberrant que celui de la Guyane... Quand on pense que le brave Pierre Pujo a eu aussi peu de jugeote politique pour en faire un combat de l'AF ! Maurras a dû se retourner douze fois dans sa tombe...

  • Le pauvre Pujo était bas de plafond, dixit Vallat. Mais il était aussi orgueilleux. Sauveur de Mayotte, ça lui semblait glorieux. Il a rabougri l'AF à sa mesure, qui était faiblarde.
    En attendant, la lubie mahoraise, c'est nous qui la payons.

  • Pour répondre aux deux commentaires, qui chacun ont une part de vérité, je voudrais souligner, non pour absoudre Pujo, mais pour le remettre dans son environnement, que le référendum de Mayotte demandant à rester française représentait, pour beaucoup d'anciens partisans de l'Algérie française, une revanche dérisoire à la perte de cette province. A force de répéter que "l'intégration était possible", certains maurrassiens un peu naïfs ont fini par croire à un discours sommaire, déployé dans le combat, et dont nous n'avions pas toujours discerné les limites. Certains des nôtres - bien des noms me reviennent à l'esprit - ont cru que l'on pouvait réaliser tout de même un projet colonial que la droite a commencé à approuver quand la gauche s'en est détournée. Nous devons, sans renier nos combats passés, être lucides sur le monde et sur nous-mêmes.

  • Tout à fait d'accord sur ce point de vue et sa lucidité ; allons plus loin et voyons que nous avons le plus souvent un train (et un TGV !) de retard sur le monde tel qu'il est.
    La ductilité de la monarchie, sa capacité à s'adapter souplement aux évolutions du monde est un des meilleurs arguments en sa faveur ; mais parmi ses partisans, combien en sont encore à l'église au milieu du village !

  • C'est justement parce ce que nous devons le monde tel qu'il est, que nous ne devons pas rêver d'un pouvoir royal en république ou espérer que les républicains vont enfin nous dispenser les vertus de ce pouvoir.Rien ne remplace l'arbitrage royal , du moins en France/ D'ici là soyons des veilleurs , ce qui nous empêche pas de résister au nihilisme ambiant et d'ancrer le politique sur le spirituel et défendre nos églises au milieu du village comme symbole et témoignage fort de qui nourrit notre histoire à venir .

Écrire un commentaire

Optionnel