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Religions & Géopolitique • François, Cyrille, Vladimir et le « Filioque »

 

Par Camille Pascal*

Une réflexion intéressante et documentée - dont nous souhaitons que la suite des événements vienne confirmer l'optimisme - qui resitue dans la double perspective historique et géopolitique qui nous paraît convenir, la rencontre historique qui s'est tenue à La Havane, entre le pape François et le patriarche de Moscou, Cyrille. Cette chronique complète l'article de Jean-Baptiste Noé « Rencontre pape-patriarche à Cuba : le mur de Dioclétien va tomber » que nous avons publié le 9 février dernier, à la veille de la rencontre. Les deux analyses vont dans le même sens. LFAR

 

Camille%20Pascal_22222222222222.pngAprès mille ans d’anathèmes, Rome et Moscou se parlent de nouveau, pour le plus grand profit des chrétientés orientale et romaine.

La rencontre entre le pape François et le patriarche de Moscou est un événement d’une portée historique, religieuse et géopolitique majeure. C’est la raison pour laquelle il a été traité de façon parfaitement anecdotique par les médias français. Il est vrai qu’évoquer, aujourd’hui, la querelle du Filioque devant un public qui n’a pas la moindre idée de ce qu’est le Credo est à peu près aussi facile que d’enseigner le latin à des analphabètes.

Rappelons qu’après la déposition, par Odoacre, du dernier empereur romain d’Occident, en 476, le pape de Rome resta seul face à des rois barbares, mal christianisés et adeptes de l’arianisme, alors qu’à Constantinople, le patriarche, lui, se trouvait entièrement soumis à l’empereur devant lequel il devait même se prosterner le jour de son avènement.

Très vite, la papauté prit ses distances avec le basileus et son patriarche, trouva des alliés chez les rois francs et permit à Charlemagne de ressusciter l’empire d’Occident alors même que le bassin méditerranéen passait sous le contrôle des disciples du prophète Mahomet. Cette séparation politique avec l’empire d’Orient fut immédiatement suivie d’un divorce théologique, car Charlemagne obtint, malgré les réticences du pape, d’introduire le Filioque dans le Symbole de Nicée-Constantinople. Ainsi le Saint-Esprit ne procédait-il plus simplement du Père mais aussi du Fils. C’était pour les Occidentaux le moyen d’en finir définitivement avec l’hérésie arienne, qui avait tenté d’établir une hiérarchie au sein de la Trinité, et un moyen pour l’empereur Charlemagne de se montrer plus trinitaire que l’empereur Constantin lui-même.

Les Byzantins ne l’entendirent évidemment pas de cette oreille et refusèrent catégoriquement cette innovation, au point qu’en 1054, les légats du pape, à bout d’arguments, finirent par excommunier le patriarche. La rupture était consommée et, même assiégée par les Turcs, jamais l’Église d’Orient n’accepta de se soumettre à l’autorité politique et théologique de Rome. Après la chute de Constantinople, en 1453, le prince moscovite Ivan III, en épousant la nièce de Constantin XI Paléologue, le dernier empereur de Byzance tombé sous les coups des Turcs, relevait le titre impérial et avec lui l’autorité sur toute l’Église d’Orient. Moscou devenait la troisième Rome, ses patriarches ne reconnurent jamais l’autorité des papes et l’Église russe assura la défense de la plus stricte orthodoxie.

La rencontre de La Havane est donc d’une force symbolique et d’une portée historique hors norme, car non seulement elle met fin à un divorce millénaire, mais elle permet à la Russie de Vladimir Poutine — il est inenvisageable que le patriarche de Moscou ait accepté cette rencontre sans l’aval du nouveau tsar — de briser son isolement diplomatique et de se poser en bras armé de la chrétienté orientale face à la renaissance du califat. Quant au pape, isolé au milieu d’une Europe divisée, impuissante et déchristianisée, tout progressiste et argentin qu’il soit, il fait comme ses lointains prédécesseurs, il tente de faire l’unité des chrétiens et de trouver le « prince » — fût-il orthodoxe — capable de protéger la catholicité. 

Camille Pascal

* Valeurs actuelles du 19.02.2016 

A lire : Rencontre pape-patriarche à Cuba : le mur de Dioclétien va tomber

Commentaires

  • Cette rencontre pape-patriarche de Moscou à Cuba est la seule vraiment bonne nouvelle de ce siècle : elle donne un espoir d'universalité dans la Foi pour les Chrétiens ! Puissent-ils la faire partager au monde entier,au lieu de la laisser se perdre dans le relativisme de l'égoïsme !

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