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La guerre d’indépendance américaine de 1812, méconnue et racontée par Sylvain Roussillon [Interview].

En 1812-1814, alors que le monde a les yeux tournés vers l’Europe, embrasée par les guerres napoléoniennes, une autre guerre se déroule sur le continent américain. Elle oppose les États-Unis d’Amérique à l’Angleterre.

La Guerre de 1812-1814 , appelée aussi Seconde Guerre d’indépendance américaine, aurait pu s’appeler « Naissance d’une Nation ». Les Etats-Unis entrevoient le formidable potentiel qui est le leur sur un continent d’où les puissances européennes vont être chassées. Les conséquences de la Guerre de 1812-1814 sont toujours bien présentes.

7.jpgCette guerre a forgé une nation dans les épreuves, bien davantage que la première Guerre d’indépendance n’avait été en mesure de le faire.

Ce conflit est retracé dans un nouveau livre passionnant signé Sylvain Roussillon, livre qui retrace les batailles navales et terrestres et les enjeux diplomatiques du conflit et qui est le premier ouvrage écrit en français sur le sujet.

L’autre guerre d’indépendance américaine – Sylvain Roussillon – 18€ – l’Artilleur (Toucan)

Nous avons interrogé M. Roussillon pour plonger dans une histoire méconnue.

Breizh-info.com : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Sylvain Roussillon : Je suis né en 1965, j’ai longtemps été un militant politique actif avant de me tourner vers une carrière plus institutionnelle. Parallèlement à cela, je suis président d’un Etablissement Privé d’Enseignement Universitaire.

Je suis un passionné d’histoire. J’ai déjà publié en 2012 un livre sur les volontaires étrangers pro-nationalistes durant  la Guerre d’Espagne, intitulé Les Brigades internationales de Franco, qui vient d’être traduit et édité en Espagne. En 2019, j’ai rédigé un petit opuscule sur les origines du PCF. Enfin, au mois de novembre prochain, paraitra L’Epopée coloniale allemande, avec une préface de Rémi Porte et une postface de Bernard Lugan ; l’œuvre est consacrée à l’histoire de la colonisation allemande.

Breizh-info.com : Dans quel contexte se déroule la guerre d’indépendance américaine de 1812 ? Et à l’International, quelles sont les répercussions ?

Sylvain Roussillon : La guerre de 1812 se déroule dans un contexte pour le moins complexe. La vie politique américaine est déchirée entre deux grands partis aux vues radicalement opposées. Tout d’abord, le Parti Fédéraliste, le père de l’indépendance américaine, avec une lecture encore très « européenne » des rapports de force économiques, politiques et diplomatiques. D’un autre côté, le Parti Républicain-Démocrate qui souhaite une rupture franche avec le Vieux-Monde, notamment l’ancienne puissance tutélaire des Britanniques. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas digéré leur défaite dans  la guerre d’indépendance et ne désespèrent pas de reprendre la main, d’une manière ou d’une autre, sur les anciennes colonies rebelles. Ils sont poussés dans cette démarche par plusieurs milliers d’Américains loyalistes, réfugiés au Canada. Ajoutons à cela les prémisses de la Conquête de l’Ouest, avec les premiers heurts vraiment sérieux face à des nations amérindiennes organisées, et peu désireuses d’être encore refoulées plus loin.

Les répercussions à l’international ne se font pas sentir immédiatement. Les Etats-Unis sont à l’époque une puissance de seconde voire de troisième zone. Quant à l’Europe, elle est bien plus préoccupée par les débuts de la Campagne de Russie et le franchissement du Niemen par l’armée française, ou encore par les violent combats qui déchirent la péninsule ibérique, que par ce petit conflit américano-britannique balbutiant.

Breizh-info.com : Qui sont les grandes figures, politiques et militaires de l’époque en Amérique ?

Sylvain Roussillon : Le Président des Etats-Unis est à l’époque le républicain-démocrate James Madison, élu en 1808 et réélu en 1812. Considéré que l’un des principaux rédacteurs de la Constitution américaine, il s’est éloigné des fédéralistes qu’il juge trop timorés à l’égard de l’agressivité britannique.

James Monroe, qui représente l’aile la plus radicale des républicains-démocrates, est Secrétaire d’Etat de Madison. Il prend une part active dans la conduite de la guerre. Elu président des Etats-Unis en 1816, c’est lui qui, fort de l’expérience de cette guerre de 1812-1814, établira la fameuse « Doctrine » qui porte son nom. Aujourd’hui encore, celle-ci dicte les rapports que les Etats-Unis entretiennent avec le reste du continent américain et le reste du monde. Tout d’abord, les Amériques du Nord et du Sud sont fermées à la colonisation et à toute forme d’ingérence. Ensuite, toute intervention européenne dans les affaires du continent sera perçue comme une agression et une menace pour la sécurité et la paix. Le non-interventionnisme américain, initialement partie intégrante de la « Doctrine Monroe » disparaitra, comme chacun peut le constater, à la fin du XIXème siècle…

Sur le plan militaire, les Américains feront plusieurs erreurs de « casting » au début du conflit, privilégiant des officiers politiquement acquis à la cause républicaine-démocrate, plutôt que compétents. Un figure militaire se détache néanmoins du lot, celle d’Andrew Jackson. Vétéran des guerres indiennes dans le sud des Etats-Unis, c’est lui qui inflige aux Britanniques, avec l’appui notable des francophones de Louisiane, la plus grosse défaite de ce conflit lors de la bataille de la Nouvelle-Orléans. Il sera à son tour président des Etats-Unis de 1828 à 1837.

Breizh-info.com : Dans quel camp se situent les principales tribus indiennes ?

Sylvain Roussillon : Les nations indiennes sont majoritairement hostiles aux Etats-Unis. Le chef shawnee Tecumseh tente même, avec le soutien des Britanniques, de créer une sorte d’état, une Confédération indienne, pour s’opposer à l’expansionnisme américain. Tecumseh est le premier amérindien à obtenir un grade de général dans une armée occidentale, britannique en l’occurrence. Il est tué en 1813, et sa confédération se désagrège. Mais cette même année, la tribu des Red Sticks, de la nation des Creeks, prend les armes dans le sud. Il faut cependant noter que quelques nations demeurent fidèles aux Américains, comme les Cherokees ou les Choctaws. Mais c’est plus l’exception que la règle. Les grands perdants de ce conflit seront, comme souvent, et peut-être toujours, aux Etats-Unis, les nations indiennes.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui explique que cette guerre soit beaucoup plus méconnue que la première guerre d’indépendance ?

Sylvain Roussillon : D’une part, ainsi que je l’ai souligné, l’Europe est engagée dans la période des guerres napoléoniennes, et ce conflit du bout du monde, avec cet embryon de nation que constituent alors les Etats-Unis n’intéressent pas grand monde à l’époque. En outre, la paix qui est signée en 1814 (même si les combats vont encore durer quelques mois, le temps que l’ensemble des belligérants en soit informé) conclut à un Statu quo ante bellum. Il n’y a donc ni annexion, ni modification substantielle des frontières et des territoires. Les effets de cette guerre méconnue se feront sentir bien plus tard.

Il est cependant fort dommage, notamment en Europe, que ce conflit et ses conséquences aient été si peu étudiés. En effet, la Guerre de 1812-1814 est un évènement majeur dans l’histoire des relations internationales des Etats-Unis. Bien plus que la Guerre d’Indépendance qui, si elle reste importante symboliquement, n’a pas les mêmes répercussions internationales. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que certains historiens appellent ce conflit, « Seconde Guerre d’Indépendance américaine ».

Quelles ont été les conséquences de cette guerre ? Porte-t-elle en elle déjà les germes de la guerre de sécession ?

Sylvain Roussillon : La première des conséquence de cette guerre est économique. Les Etats-Unis, qui importaient d’Europe l’essentiel de leurs produits manufacturés, sont contraints, à cause du blocus naval britannique, de développer leur propre économie de transformation. C’est cette guerre qui véritablement fait entrer les Etats-Unis dans l’ère de la Révolution industrielle. C’est cette guerre qui va rapidement transformer cette nation rurale en un géant industriel, notamment dans les états du nord, ce qui ne sera pas sans impact sur la Guerre de Sécession à venir.

Par ailleurs, en 1814, malgré cette paix « sans vainqueur ni vaincu », les Américains éprouvent un curieux sentiment d’invincibilité. N’ont-ils pas, effectivement, tenu tête, seuls, à la première puissance navale et militaire de l’époque, celle-là même qui vient de terrasser la France après plus de 20 ans de conflits et de coalitions. C’est véritablement de cette guerre que nait le sentiment « national » américain. Plus que la Guerre d’Indépendance, la Guerre de 1812 est le véritable creuset du patriotisme des Etats-Unis.

Enfin, quitte à me répéter, cette guerre donne naissance à la « Doctrine Monroe » qui demeure, malgré les aléas historiques et politiques, la ligne de conduite quasi-permanente des Etats-Unis en matière de politique étrangère depuis sa mise en œuvre.

Les rapports de ce conflit avec la Guerre de Sécession sont indirects mais bien réels. L’éveil industriel et urbain du nord, construit notamment sur l’exploitation massive d’un sous-prolétariat irlandais, puis bientôt allemand et italien, s’oppose à un autre modèle économique, rural et servile, dans le sud. De surcroît, les deux économies entrent en concurrence au sujet des droits de douane. Le nord, dont l’industrie manufacturière est encore bredouillante, a besoin de ces droits pour contrer la concurrence européenne, tandis que le sud, très exportateur de coton et de tabac, souhaite des barrières douanières les plus faibles possibles. La rivalité entre les deux modèles est effective, provoquant des tensions politiques. au cœur d’un Sénat équilibré, avec 11 états esclavagistes et 11 états non esclavagistes. L’admission du Missouri au sein de l’Union, en 1820, risque de faire basculer le Sénat dans le camp des états esclavagistes. Le président James Monroe élabore alors le « Compromis du Missouri » qui vise à figer les équilibres. C’est ainsi qu’une partie du Massachusetts est détachée de cet état pour former le Maine et ainsi rétablir l’équilibre avec 12 états esclavagistes et 12 états non esclavagiste. Ce compromis durera bon an, mal an, jusqu’à son abrogation en 1854. Cette abrogation réveille les passions et enclenche une dynamique qui conduit à la création du Parti Républicain, défenseur des intérêts économiques du nord. La victoire du candidat du Parti républicain, Abraham Lincoln, lors de l’élection présidentielle de 1860, contre un Parti Démocrate divisé entre partisans de l’esclavage et partisans d’un retour à un nouveau compromis, conduit à la sécession des états esclavagistes du sud. En ce sens, on peut dire que ce sont les « hommes de 1812 » qui posent une partie du décor de la future Guerre de Sécession.

Breizh-info.com : Est-ce que vous recommanderiez certains films, certains livres sur cette période en Amérique ?

Sylvain Roussillon : Il n’y a pratiquement pas d’ouvrages en langue française sur le sujet, ou alors il s’agit de travaux qui traitent d’éléments très précis au cœur même du conflit. Mon livre fait un peu figure d’exception, et c’est probablement pour cette raison qu’il est entré dans les syllabus de certaines universités québécoises. Il y a bien quelques films, téléfilms ou séries, mais beaucoup sont inédits en français. Citons tout de même, la série Taboo, sortie en 2017 et qui se passe dans le contexte historique de cette guerre. A titre personnel, je conseillerais, même si cela reste très hollywoodien, et très centré sur la personnalité du pirate francophone Jean Laffite, un des principaux acteurs de la bataille de la Nouvelle-Orléans en 1814, Les Boucaniers, sorti en 1958, avec Yul Brynner, Charton Heston et Charles Boyer.

Le sujet demeure donc encore largement à explorer pour les francophones.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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Source : https://www.breizh-info.com/

Commentaires

  • Très intéressante interview de Sylvain Roussillon. J'ignorais cet épisode de la guerre de 1812-1814 aux Etats-Unis dont je n'avais qu'une idée floue à travers des connaissances imparfaites glanées ici et là. Le programme d'histoire de l'éducation nationale au temps du baby boom n'en faisait pas sa priorité. Comme quoi, nous pouvons passer notre vie à apprendre et tenter de combler le fossé insondable de nos ignorances. Merci à LFAR.

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