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En français s'il vous plait : la langue française est menacée, par Jean Monneret.

Source : https://www.actionfrancaise.net/

Billet d’humeur

Beaucoup d’entre nous sont abasourdis devant les effets absurdes produits par la nouvelle offensive idéologique faisant la promotion de l’écriture inclusive. Mais l’attaque du « français dans le texte  », s’appuie sur de nombreuses complicités, médiatiques comme universitaires, bien avant cette dernière mise à mal de la langue de Molière. Jean Monneret , écrivain, historien , ancien enseignant d’anglais nous livre dans cette première partie son constat affligeant.(ndlr)

3.jpgIl est à craindre qu’après avoir lu ce titre, certains lecteurs ne soupirent  : «  Encore cette rengaine  !  »

Espérons néanmoins qu’il demeurera beaucoup de braves pour m’emboîter le pas. Car, l’heure est tragique. De fait, j’aurais dû écrire  : «  Jamais la langue française n’a été autant menacée de destruction  ». Passées les objurgations d’Etiemble sur le franglais, finie la loi Toubon sur la protection du Français, votée mais jamais appliquée. Désormais, l’abîme nous guette.

Pourquoi  ?

D’abord, parce que les media audiovisuels ont considérablement renforcé leur influence sur les populations. Je parle d’influence mais c’est d’emprise qu’il s’agit. Ils l’ont portée à un niveau sans précédent dans l’Histoire. Du matin au soir et même, du berceau au cimetière, un individu lambda est bombardé par une multitude d’images, d’émissions, de publicités, de vidéos, de films, de débats, de reportages qui modèlent sa façon de voir les choses, mais aussi sa façon de s’exprimer. Limitons-nous au domaine du langage  ; que constate-t-on  ?

Un fait accablant.

La démultiplication de ces flux audio-visuels gigantesques ne s’accompagne plus, comme ce fut longtemps le cas, d’un strict contrôle de la qualité du Français utilisé. Tout au contraire, le Léviathan médiatique qui pèse sur nos vies, véhicule une langue appauvrie, rabougrie et saturée d’anglicismes.

Quelques exemples pour fixer les idées  :

__Les mots sujet et souci sont constamment utilisés comme synonymes de problème. Qui n’a entendu dire ces temps-ci  : «  y a pas de souci  » pour dire  : «  Pas de problème  »  ? Or ces trois mots ont des sens différents. Cet usage absurde a été imposé par les media dont la puissance tentaculaire a propulsé cette erreur au niveau national et même international en deux temps trois mouvements.

__Les journalistes se croient trop souvent obligés d’annoncer qu’ils vont « décrypter  » l’information  ; il suffirait de dire qu’ils vont l’analyser. (Décrypter est un synonyme de décoder.)

___Le participe passé dédié a remplacé consacré à ou destiné à. On vous parlera donc d’un emplacement «  dédié  » à l’accueil des voyageurs ou d’un personnel «  dédié  » à la sécurité. Les media ne reculant devant rien ont même imposé une salle «  dédiée  » sans complément ce qui signifierait donc une salle particulière, et même des fonctionnaires «  dédiés  », comprendre  : spécialisés. Le tout au mépris des dictionnaires et des notions étymologiques les plus élémentaires.

De telles âneries sont constamment propagées et imposées par les media. Rappelons que dédier a originellement un sens religieux et qui a évolué vers l’idée d’attribuer un lieu, un objet, un livre, en hommage à une personne, ou à une divinité.

La cause de ces impropriétés à la limite du barbarisme est facile à éclairer  : la déficience de l’enseignement du Français dans nos écoles. Elles produisent des millions de jeunes gens n’ayant qu’une connaissance approximative, fort médiocre de la langue nationale.

A ce défaut majeur s’ajoute le fléau d’un certain snobisme qui porte des locuteurs francophones à truffer leurs phrases de mots anglais. Ce phénomène est bien connu  : il consiste à parsemer leurs propos d’un semis de termes empruntés à la langue de Shakespeare afin de « laisser entendre »__tout est là__, que cette langue n’a pas de secret pour eux. C’est là pur enfantillage et sans doute l’explication complète est-elle plus compliquée, mais baste, que c’est irritant  !

Quelques exemples pour fixer les idées  :

_Une grande publicité pour le Ricard,…born (né) à Marseille.

__Le coronavirus faisant des ravages, les plus hautes autorités évoquèrent à la télévision des Clusters. Ce mot désigne en anglais un massif de fleurs, un bouquet d’arbres, un régime de bananes, un pâté de maisons ou un groupe d’îles. Pourquoi diable le substituer au terme français foyer infectieux, parfaitement clair  ?

___Durant cet épisode, j’entendis, toujours sur les petits écrans, un médecin s’inquiéter de la vulnérabilité des personnes âgées. Il déclara benoîtement ceci  : «  on peut craindre un «  strike  » (choc) dans les EHPADs  »

Ces sottises et ces faux sens ne datent pas d’aujourd’hui. En 1950 déjà, j’entendais des professeurs expliquer qu’en anglais To Control ne signifiait pas contrôler mais dominer ou maîtriser. «  Pas grave  », diront certains.

ET pourtant  ! La traduction de birth control est à l’origine d’un faux sens qui s’est perpétué à ce jour. En français correct, contrôle des naissances signifie stricto sensu vérification des naissances. Or, en anglais, birth control signifie maîtrise de la fécondité et l’on aurait dû le traduire ainsi. Entre ces deux expressions, on admettra qu’il y a plus qu’une nuance.

Le problème ne se limite pas à des traductions bancales, il y a pire. L’emploi de mots anglais dans la phrase française atteint une densité frappante. Qui n’a déjà entendu des phrases du genre  : «  il faut booster les process pour éviter un gap  »  ?

En français régulier, il est pourtant plus simple de dire  : « il faut renforcer l’action pour éviter un écart…  » (tenu pour trop grand). L’ennui est que pour beaucoup de Français  : booster, process, gap, ne sont déjà plus des mots anglais. D’aucuns vous diront, en toute bonne foi, qu’ils les ont toujours entendus. Le mal est fait. Hélas  ! Il ne sera pas sans conséquence. Nous verrons lesquelles.

Et alors  ? Que faire  ?

Nous le verrons aussi prochainement. Jean Monneret.

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Commentaires

  • Très bien ce billet d'humeur ; le sujet semble inépuisable et , en même temps on en viendrait à douter avant d'écrire quoi que ce soit du fait de la simplification du langage .
    Du reste , un livre postérieur au milieu du siècle dernier - pouvant être "bien écrit" - diffère d'un texte du XIX e siècle et ceci alimente la perplexité .
    Par ailleurs , à force d' entendre des néologismes ( voire des barbarismes ) on les assimile et l'on finit par les reprendre : c'est contagieux !

    Autre élément : l' emploi d'abréviations ; cela semblait l'apanage de certains milieux professionnels ( OPEX , par exemple ) ; d'autres milieux encore ( AVC , IRM ) . Ce ne serait pas trop grave si , les journalistes , ne s'en emparaient et puis , le public qui suit .

  • Encore aujourd'hui , entendu une présentatrice des prévisions météorologiques de "C news" ou "BFM" (encore un sigle dont on ne sait ce qu'il signifie , à moins qu'il ne s'agisse simplement de lettres arbitrairement choisies) parler de température respirable . Une première fois cela pouvait passer dans le cadre du "direct" mais cela revint une seconde fois.
    Le téléspectateur de plus de 60 ans peut , en pareil cas corriger de lui-même comprenant qu'on ne peut respirer une température mais , de moins anciens risquent d' intégrer cette ineptie à leur registre lexical .

    A quand IFBD ? ( il fera beau demain ) pour simplifier ; cela permettrait de reconvertir les dames météos en journalistes politiques : pour couper la parole , elles feraient merveille !

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