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L'aventure France en feuilleton : Aujourd'hui (135), Révolution, Danton et "frontières naturelles"

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31 janvier 1793 : Danton prononce son "Discours sur les frontières naturelles"...

Il faut tout d'abord préciser que, de fait, l'expression "frontières naturelles" s'emploie, le plus souvent, pour parler du Rhin, et de sa rive gauche.
Encore faut-il bien rappeler, dans ce cas-là, qu'il ne s'est jamais agi, ni pour l'opinion publique française en général, ni pour les rois de France en particulier, de la totalité de la rive gauche du Rhin :
ni sa partie sud (la Suisse);
• ni sa partie nord (la Hollande), ne furent jamais désirées, ni par l'opinion, ni par les rois.
Il ne s'agissait "que", si l'on peut dire, de la partie centrale de la rive gauche du Rhin : Alsace, Palatinat et Rhénanie, jusqu'à Cologne...

La première mention des "frontières naturelles" apparaît en 1642 dans un testament apocryphe de Richelieu. On connaît la formule célèbre de Vauban : "Sérieusement, le Roi devrait songer à constituer son pré carré".
Cependant, pour les Rois, il ne s'agissait pas d'un programme rigide, comme l'explique très bien Michel Mourre : il s'agissait d'une "inspiration prudente, empirique, respectueuse du possible, définie par des préoccupations immédiates et changeantes".
Ainsi, Henri II acquiert les Trois Evêchés (Toul, Metz et Verdun), sans lesquels la progression vers l'Est de Louis XIV (Franche-Comté puis Alsace) et de Louis XV (réunion de la Lorraine, occupée mais pas rattachée à la Couronne) n'aurait pas été possible..

Philippe Buache, géographe français du XVIIIème siècle, avait pour sa part théorisé sur l'organisation en bassins versants, ce qui a été repris par certaines politiques de délimitation des frontières (Chili/Argentine....)
Turgot, lui, pensait que le fait d'ajuster les territoires sur des "bornes naturelles" garantirait la paix perpétuelle car c'était se conformer à un ordre préexistant......

Il faut cependant attendre 1786 pour que cette notion soit réellement théorisée. Le baron Jean-Baptiste Cloots, allemand, natif de Clèves, publie cette année-là les "Vœux d'un gallophile", et se prononce pour le rattachement à la France de la rive gauche du Rhin, "borne naturelle des Gaules".

A partir de là, le discours de Danton marque une rupture : là où la Royauté française agrandissait le territoire national régulièrement, et "avançait", parfois lentement, mais sagement, les révolutionnaires français, dès 1790, vont exacerber ce désir d'extension du territoire, en le haussant à la hauteur d'un mythe, mais un mythe guerrier et idéologique : là où la Royauté attendait, pour saisir, à chaque occasion (mariage, héritage, guerre, succession...) la possibilité d'acquérir une Province supplémentaire, les Révolutionnaires prétendirent forcer le destin et la marche des choses....
Après Valmy, le 20 septembre 1792, la Convention exhorta les soldats à chasser les armées prussiennes de l'autre côté du Rhin.
Pour le général Custine, commandant de l'Armée du Rhin, "si le Rhin n'est pas la limite de la République, elle périra".
Le 17 décembre, la Convention adopta le Décret sur l'administration révolutionnaire française des pays conquis, prélude à l'annexion de la Belgique par la France.
Celle-ci fut demandée par Danton le 31 janvier 1793 en ces termes : "les limites de la France sont marquées par la nature, nous les atteindrons des quatre coins de l'horizon, du côté du Rhin, du côté de l'Océan, du côté des Pyrénées, du côté des Alpes. Là doivent finir les bornes de notre République."

Cette attitude belliqueuse et déraisonnable aboutira, en fin de compte, à l'inverse du résultat espéré : après avoir déclaré une guerre à l'Europe qui durera 23 ans et qui s'achèvera par la défaite complète de la France, amenant les coalisés à Paris, non seulement la France n'aura pas "conquis" la rive gauche du Rhin, mais elle aura même perdu des territoires qu'elle possédait sous Louis XVI, et une population estimée par Bainville à 500.000 hommes :

La France perdait :
 les forteresses de Philippeville et Marienbourg (cédées toutes deux à Louis XIV en 1659) ainsi que Bouillon (la ville de Godefroy !...), actuellement en Belgique.

 les villes de la Sarre, aujourd'hui allemandes (Sarrelouis, fondée par Louis XIV en 1681 et Sarrebrück) et aussi Landau, aujourd'hui dans le Palatinat, mais qui fit longtemps partie de la décapole alsacienne (ville française depuis 1648 !...);

 Versoix, sur la rive nord du Léman, et une partie du pays de Gex, français depuis Henri IV, aujourd'hui en Suisse ( les six communes de Versoix, Preny-Chambésy, Collex-Bossy, Grand-Saconnex, Meyrin et Vernier furent cédées à Genève ).
Avec, en prime, une occupation de trois ans et une "amende" de 700 millions de francs !...

Après cet épisode douloureux, on trouve encore chez Chateaubriand l'expression d'un désir de "frontière naturelle" :
"... Nous, nous voulons avoir la ligne du Rhin, , depuis Strasbourg jusqu'à Cologne..." (Mémoires d'Outre-tombe, La Pléiade, Tome II, page 274).
Et Bainville explique que, lorsqu'il fut renversé, Charles X s'apprêtait "à donner à la France la rive gauche du Rhin"...

Après la Guerre de 14, et malgré les immenses sacrifices consentis, Clémenceau lui-même reconnut : "Nous n'avons pas obtenu ce que nous aurions pu et du obtenir...".
Les chefs militaires (Foch, Joffre, Mangin...) demandaient la frontière du Rhin, ainsi que les ténors du nationalisme : Barrès, Bainville, Maurras...
Et même, le 12 février 1945, encore, de Gaulle déclara : "Le Rhin doit être une grande avenue française..."
Mais, d'une part, nos alliés anglo-saxons des deux Guerres ne le voulurent pas et nous en empêchèrent; d'autre part, le cours naturel des choses avait été interrompu par la Révolution de 1789.... et, avec elle et à cause d'elle, la marche en avant incessante du peuple français vers ses "frontières naturelles", du moins du côté du Rhin.
Dix jours après avoir assassiné le roi Louis XVI - le fédérateur - Danton - le révolutionnaire - demandait une fédération, mais autour d'un mythe, d'une abstraction, d'une idéologie. Cela n'a pas marché...
Et aujourd'hui, sans même parler de la Belgique (Flandre et Wallonie), Mayence, Coblence, Trèves, Bonn, Cologne, Aix-la-Chapelle... qui étaient en Gaule, ne sont pas dans les limites territoriales du pays qui a succédé à la Gaule...

lafautearousseau

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