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L’art du gouvernement et de la parole, par Gérard Leclerc.

© Pascal Deloche / Godong

Dans une période critique, la parole présidentielle est forcément observée avec une attention particulière. Tout simplement parce qu’on attend énormément de l’autorité suprême, surtout lorsque règne une certaine confusion et que ne cessent de proliférer des opinions de toutes sortes. Au moins que l’on sache où l’on va, qu’une direction claire soit donnée, qu’on ait le sentiment que le gouvernail est fermement tenu. Lundi soir, toute la France s’est mise à l’écoute de son président. A-t-elle été convaincue, rassurée ?

gerard leclerc.jpgDifficile de la dire, même si des satisfecit sont parfois venus de là où on ne les attendait pas. Par exemple de la part de Jean-Pierre Chevènement, qui, il est vrai, en pareilles circonstances, plaide toujours en faveur de l’unité nationale.

Comment ne pas comprendre un tel souci ? Il arrive même que des anarchistes sentent vibrer en eux un sentiment légitimiste en faveur de l’autorité en place. Mais par ailleurs, il faut bien reconnaître que la tâche du chef de l’État est terriblement ardue. Lundi, a-t-il parlé trop longtemps, alors qu’il aurait fallu être concis et précis ? Sur ce point, dans un texte à sa façon, Régis Debray se montre radical : « Une phrase, un acte. Pas un mot de trop, et chaque mot à sa place. Comme la reine d’Angleterre en quatre minutes. Imperatoria brevitas. Autorité et brièveté sont synonymes. » Bien sûr. Et de ce point de vue Emmanuel Macron a beaucoup de mal à s’exprimer brièvement. Il a, cependant, des circonstances atténuantes, tout d’abord celle qui tient à la complexité extrême de cette crise sanitaire, sur laquelle il est parfois difficile d’affirmer des jugements définitifs.

Ou alors, il faudrait opérer un partage, une distribution de la parole. Au président les grandes orientations. Au premier ministre et à quelques membres de son gouvernement, le soin de définir des dispositions plus pratiques. Encore faut-il que le pouvoir en général soit en pleine cohérence avec lui-même pour que sa parole soit en totale synergie avec son action. Mais lorsque certains moyens manquent pour agir, la parole se trouve victime de ces carences. Et l’opinion risque d’être désorientée par l’incertitude qu’elle perçoit.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 15 avril 2020.

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