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Bioéthique : La France confrontée à une culture de mort (19), par François Schwerer. Annexes (1/6)...

L'étude de notre ami François Schwerer s'est donc achevée hier.

Cet ensemble constitue une véritable somme, aussi bien par son importance que par son intérêt.

Nous en avons commencé la publication le vendredi 10 janvier, et l'avons poursuivie du lundi au vendredi inclus, comme nous l'avons fait, par exemple, pour l'étude de Pierre Debray, Une politique pour l'an 2000.

Pour suivre et retrouver ces textes plus commodément, nous avons regroupé la totalité de cette étude, vu son importance, dans une nouvelle Catégorie : François Schwerer - Bioéthique : culture de mort : vous pourrez donc retrouver donc l'ensemble de cette chronique en cliquant sur le lien suivant :

François Schwerer - Bioéthique : culture de mort...

Nous avons redonné chaque jour le plan de l'étude, afin que le lecteur puisse correctement "situer" sa lecture dans cet ensemble; voici maintenant le plan des Annexes et textes divers, que nous publierons jusqu'à vendredi prochain, inclus, date finale de la publication de cette importante contribution :

Annexe 1 : Les lois de bioéthique.

Annexe 2 : Le projet de loi bioéthique : une horreur peut en cacher une autre.

Annexe 3 : La loi de bioéthique est essentiellement une loi discriminatoire.

Annexe 4 : Bioéthique : on a ouvert la boîte de Pandore...

Annexe 5 : La loi de tous les dangers.

Annexe 6 : Sondage IFOP pour les AFC / Prière de Jean-Paul II /Quelques statistiques / Lettre pastorale de l'évêque de Bayonne.

Schwerer.jpgANNEXES

 

1. les lois de bioéthique (1)

Dans son encyclique Centesimus annus (2), saint Jean-Paul II expliquait que l’écologie dans son intégralité ne s’arrête pas aux considérations environnementales ni aux questions relatives à l’organisation sociale mais inclue aussi l’écologie humaine. En effet, cette écologie intégrale est tendue non pas exclusivement vers l’accroissement de l’avoir mais d’abord vers le développement de l’être. Pour lui, c’est toute la création qui est l’objet des soins de l’écologie et au sommet de celle-ci se trouve l’homme. Poursuivant dans la même ligne, le pape François a expliqué dans son encyclique Laudato si’ que « tout est lié » (3). Comment peut-on donc défendre les bébés phoques et empêcher d’arriver à la vie autonome les enfants des hommes ? Comment respecter la nature et chercher à déshumaniser l’homme ?

Le pape Benoît XVI, dans Caritas in veritate aborde la raison profonde qui conduit l’homme d’aujourd’hui à dissocier l’écologie environnementale de l’écologie intégrale et à adopter, in fine, une culture de mort : « Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité. Il est la proie des émotions et de l’opinion contingente des êtres humains ; il devient un terme galvaudé et déformé, jusqu’à signifier son contraire. La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité qui le prive de contenus relationnels et sociaux, et d’un fidéisme qui le prive d’un souffle humain et universel » (3).

Si l’on y réfléchit bien, c’est ce processus qui est sous-jacent dans toutes les « avancées sociétales » portées en France par les lois dites de bioéthique. Leur enchaînement illustre bien la méthode mise en œuvre pour imposer à la France une véritable culture de mort.

 

(1) : Cette annexe reprend l’essentiel de l’article publié dans le numéro 57 de la Nouvelle Revue Universelle.

Le terme bioéthique mérite quelques explications. Il est formé de deux mots grecs bio qui signifie la vie et éthique que l’on a pris l’habitude distinguer du mot morale. Or, nous fait remarquer Sylvianne Agacinski, dans « L’homme désincarné », p. 18, « l’éthique n’est pas autre chose que la morale. L’une désignait pour les Grecs la recherche d’une sagesse pratique, soucieuse du bien et du juste ; l’autre était pour les Latins l’étude des mœurs, c’est-à-dire des bonnes façons d’agir les uns avec les autres ».

(3) : Cf n° 37 et 38.

(3) : Dans son homélie à Saint-Germain l’Auxerrois, le 1er septembre 2019, Monseigneur Aupetit a rappelé que « la Création a été confiée à l’homme pour qu’il en prenne soin et l’embellisse. Si elle est abîmée, c’est en raison de la cupidité et de l’orgueil de l’homme qui l’a conduit à se « faire comme Dieu ». L’humanité a confondu l’autorité qui fait grandir avec le pouvoir qui écrase et qui exploite tout à son profit. Ce désastre ne concerne pas seulement les plantes vertes et les animaux dans leur biodiversité, elle concerne de plus en plus l’humanité elle-même dans son désir de toute-puissance, par exemple lorsque l’on fabrique un hybride homme-animal ou que l’on vote des lois pour combler les frustrations sans tenir compte de la dignité de l’enfant qui a le droit de naître de l’acte d’amour de son père et de sa mère. Tout cela relève d’un manque d’humilité et d’amour ». Et, il a ajouté : « De la même façon que l’amour génère l’humilité, la véritable humilité ne peut naître que de l’amour ».

 

C’est ce qu’a reconnu Monseigneur de Moulins-Beaufort lorsque, le 25 juillet 2019, juste après la présentation en Conseil des ministres du projet de loi appelé à être voté en septembre/octobre, il a tristement fait remarquer : « A chaque révision des lois de bioéthique, les encadrements sautent ». Cette fois-ci, cependant, l’évolution prend une nouvelle allure car, comme l’a expliqué Jean-François Delfraissy devant la Commission spéciale de l’Assemblée nationale le 28 août 2019, cette loi de bioéthique est une loi « d’ouverture et de confiance (sic) alors que les dernières lois de bioéthique étaient des lois qui interdisaient (1)».

(1) : Il s’agit donc d’une loi liberticide comme l’expliquait Pierre Debray en 1998 : « Dans le récit de la Genèse Yahvé donne à Adam et Eve une loi, gage de l’alliance conclue avec eux. Cette loi est symbolisée par le fruit défendu. Pour que l’homme puisse exercer sa liberté il faut effectivement une loi, ou, si vous préférez, en référence au fruit défendu, des interdits » (« Lettre à un jeune européen sur le suicide de l’occident », Cahiers de Pierre Debay, n° 1.

Il aurait été plus juste de dire des lois qui posaient des limites. La nouvelle loi pose donc en principe qu’il n’y a, du point de vue éthique, aucune limite. Elle reconnaît implicitement que tout ce qui  est techniquement possible est faisable. Cela a amené Jean-Marie Le Méné à considérer qu’« il ne s’agit pas d’une loi de bioéthique mais d’une loi de financement de la technoscience et de ses lucratives applications. En effet, on ne voit pas ce qu’il y a d’éthique ni de scientifique dans le détournement des lois de l’engendrement. En revanche, on voit très bien ce qu’il y a d’économiquement intéressant dans l’appropriation de gamètes et d’embryons destinés à devenir des matières premières exploitables ». Deux jours plus tard, comme pour lui donner raison, la commission spéciale bioéthique de l’Assemblée nationale approuvait un amendement pour ouvrir le marché de la conservation des gamètes aux établissements privés.

Poursuivant son analyse dans La Croix, le président de la Conférence des évêques de France a expliqué cette évolution politique : « A mes yeux, [ce projet de loi] confirme l’impuissance des politiques à résister à une espèce de pression qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer : depuis des années, ils font croire que les solutions techniques, médicales et juridiques permettront de soulager toutes les souffrances et les désirs non réalisés au fur et à mesure qu’ils seront identifiés. En affirmant cela, nos politiques nous trompent car inévitablement, les causes des souffrances se déplaceront. On ne fera que créer d’autres frustrations ». Il aurait pu ajouter que ces nouvelles frustrations serviraient alors de prétexte pour de nouveaux abandons. Il a simplement ajouté, montrant ainsi qu’il est bien conscient de la méthode utilisée : « nous sommes très doués pour habiller nos actes de mots édulcorants et nous donner bonne conscience à bon compte ».

 

Une politique des petits pas

 

La première loi française qualifiée de bioéthique remonte au 1er juillet 1994.

Elle avait pour but d’encadrer le traitement des données nominatives dont le but est la recherche dans le domaine de la santé. Cette première loi portait, sans le dire, atteinte aux fondements même du droit français puisqu’elle conduisait à évaluer le caractère éthique des pratiques de la recherche à l’aune de l’utilité que la collectivité pouvait en retirer. Le droit prenait ainsi une dimension essentiellement utilitariste.

Elle fut suivie, le 29 juillet de la même année, par deux autres lois relatives au respect du corps humain, au don et à l’utilisation des « produits » du corps humain. Il s’agissait alors de déclarer l’impossibilité pour le corps humain de faire l’objet d’un droit patrimonial, ce que tout le monde considérait comme naturel, sans qu’il fût nécessaire de le préciser. Cependant le vers était déjà largement dans le fruit puisque ce texte appréhendait le corps humain comme quelque chose en soi, préparant implicitement les esprits à une rupture dans la personne humaine (1).

La deuxième loi du 29 juillet prévoyait aussi l’encadrement de l’aide médicale à la procréation et celui du diagnostic prénatal. Or, cet encadrement reposait essentiellement sur les notions de désir et de « consentement » préalable. Autrement dit, l’encadrement de ces nouvelles pratiques reposait désormais sur des notions purement subjectives. Si les apparences étaient sauves, puisque les pratiques antérieures n’étaient pas bouleversées, le fondement ontologique des lois de bioéthique – et avec elle de tous les types de lois – s’était écroulé (2).

Puisqu’elle est la suite logique des précédentes, passons rapidement sur la loi de 2004 qui interdisait le clonage d’être humain mais qui étendait l’encadrement des dons de « produits » du corps humain aux importations et exportations. Elle créait « un crime contre l’espèce humaine » dont on n’a jamais vu l’application concrète devant un tribunal, mais ouvrait, « de façon limitée », la recherche sur les embryons. Avec ce nouveau texte, l’embryon pouvait donc, dans certains cas, être réduit à l’état d’objet. En fait, elle permettait ainsi l’utilisation des embryons « surnuméraires » résultant de la fécondation in vitro.

La loi du 7 juillet 2011 a, pour sa part, autorisé la congélation ultra rapide des ovocytes. Puis la loi du 6 août 2013 a fait passer la recherche sur les embryons du régime d’interdiction avec dérogations à celui d’« autorisation encadrée ».

La loi de 2019 ne sera donc que la septième loi dite de bioéthique dont se dote la France depuis moins de vingt-cinq ans. Et, comme personne n’imagine que l’on sera arrivé au bout de l’évolution éthique, l’article 32 du projet de loi « renouvelle la clause de réexamen périodique de la présente loi dans un délai de sept ans, afin de s’assurer que le cadre législatif demeure pertinent pour répondre aux enjeux éthiques posés par l’avancée rapide du savoir scientifique ». L’exposé des motifs est donc clair : en France désormais l’éthique est subordonnée à l’avancée du « savoir scientifique ». Elle n’a plus aucun fondement transcendant. Cette loi ouvre non seulement le recours à l’insémination artificielle avec donneur anonyme (pudiquement appelée PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules, mais encore la possibilité de recherches sur les embryons humains (par le biais des « cellules souches embryonnaires) et la création de chimères (en introduisant des cellules humaines dans des embryons d’animaux) (3).

Cette loi n’est pas la dernière. Pour justifier le fait qu’elle ne se penche pas sur la question de la Gestation pour autrui (la GPA), le ministre de la santé, Agnès Buzyn a expliqué devant la commission spéciale de l’Assemblée nationale : « une loi de bioéthique n’est pas une loi d’égalité. Il ne s’agit pas de comparer l’égalité de tous nos concitoyens à l’égard de telle ou telle pratique ». Cela signifie, en clair, qu’une prochaine loi devra s’occuper de cette question de l’égalité… une fois que la loi adoptée aura créé cette nouvelle inégalité !

 

(1) : En 1995, saint Jean-Paul II remarquait dans son encyclique Evangelium vitae : « le corps n'est plus perçu comme une réalité spécifiquement personnelle, signe et lieu de la relation avec les autres, avec Dieu et avec le monde. Il est réduit à sa pure matérialité, il n'est rien d'autre qu'un ensemble d'organes, de fonctions et d'énergies à employer suivant les seuls critères du plaisir et de l'efficacité » (23).

(2) : Dès lors, il n’y a plus aucune raison que le projet de loi de 2019 s’oppose au diagnostic préimplantatoire dans le cadre d’une PMA. Devant la commission spéciale de l’Assemblée nationale chargée d’examiner la nouvelle loi, Agnès Buzyn a déclaré le 11 septembre 2019 : « Autant quand on porte un enfant et qu’on est sensible à l’idée du handicap et d’une société inclusive (sic), on peut faire le choix de garder un enfant [atteint d’une maladie chromosomique], autant quand on a le choix entre différents embryons dont un est atteint d’une maladie génétique, il est évident qu’un couple ne choisira de prendre le risque d’être réimplanté » avec un embryon à risque.  Si cela n’est pas de l’eugénisme, on se demande ce que c’est.

(3) : Cf. notre présentation de la loi dans Politique Magazine (septembre 2019).

 

Des fuites orchestrées

 

Le projet de loi a officiellement été présenté en Conseil des ministres le 24 juillet et jusqu’à cette date il n’était normalement pas accessible au public. Mais le 27 juin il faisait déjà l’objet d’une présentation dans Libération qui s’était « procuré » le texte avant même que le Conseil d’Etat n’ait donné son avis. Et le journal Libération commentait alors les propos de Madame Buzyn, ministre de la Santé, publiés deux jours auparavant dans le Journal du Dimanche (JDD). Cela permettait déjà de préparer l’opinion au contenu du texte et de faire indirectement pression sur le législateur en lui suggérant des « améliorations » pour répondre aux attentes de certaines. « Que reste-t-il du rapport du député Jean-Louis Touraine (LREM) destiné à servir de support au projet de loi bioéthique ? Le souffle de décrassage et de levée des interdits n’est plus franchement là ! » précisait le journal. On comprend pourquoi ce député a été choisi parmi les rapporteurs du projet de loi et ce que l’on attend de lui.

Mais, en même temps, le journal voulait rassurer les opposants. Certes, le projet de loi bouscule totalement les règles de la filiation mais il le fait de façon intelligente puisqu’à côté de la filiation naturelle, il créera un nouveau type de filiation « entre les parents qui ont eu recours à un don (sic) et leurs enfants ainsi nés ». Il sera « inutile ainsi de toucher au code civil ». Ces fuites permettent aussi d’orienter les futurs débats qui ne s’annoncent pas aussi « apaisés » que ne le souhaiterait le gouvernement.

Cette nouvelle « filiation », reconnaît le journal, est incohérente. Mais ne s’agit-il pas « d’une tactique destinée à apaiser la Manif Pour Tous, qui sera forcément satisfaite que l’on crée un mode de filiation à part pour les couples de femmes, quitte à faire grincer la communauté LGBT » ? De son côté, Avenir Pour Tous constatait immédiatement que le projet de loi prévoyait que le « don » de gamète soit obligatoirement anonyme ce qui interdit aux couples qui le souhaitent d’avoir recours à cette technique pour obtenir un enfant dont ils connaîtraient l’origine.

Pour un débat apaisé, il faudra bien que chacun fasse un effort. On discutera calmement sur le caractère anonyme du don de gamète. Et, il faudra bien que la Manif Pour Tous soit satisfaite car la loi ne touche pas à la filiation naturelle ; il faudra bien que la communauté LGBT se contente de cette avancée puisque leurs enfants auront les mêmes droits que les autres. Si certains n’acceptent pas cet équilibre ils seront responsables du désordre ! Ludivine de la Rochère ne s’y est pas trompée : « La réforme va révéler de profondes fractures mais on met en avant l’apaisement pour mieux culpabiliser ceux qui portent la contradiction » (1).

(2) : Cité dans La Croix, le 25 juillet 2019.

 

Des éléments de langage

 

Comme dans tous les domaines où le gouvernement veut faire passer des dispositions controversées, il impose ce qu’il appelle des « éléments de langage ». Dans le monde orwellien, cela signifie que tout le monde doit utiliser des mots « non-signifiants », destinés à masquer la réalité pour mieux avancer en toute tranquillité. Le projet de loi de bioéthique de 2019 n’échappe pas à la règle. Deux exemples suffisent à le montrer.

Le premier concerne la forme du débat : celui-ci doit être « apaisé ». Traduit en français courant cela signifie que le gouvernement ne veut entendre aucune opposition. Si des voix discordantes s’élèvent, elles ne pourront venir que de personnes qui ne veulent pas la paix et, c’est bien connu, qui ne veut pas la paix veut la guerre. Les voix discordantes seront donc réputées venir de gens qui, avec une intention maligne, veulent s’opposer à la marche du progrès, qui veulent empêcher « certain.e.s individu.e.s » de jouir de nouveaux droits. Ces fauteurs de trouble seront dénoncés publiquement pour être mieux condamnés.

Pour répondre au souhait du gouvernement et être bien sûr que le débat sera « apaisé » au Parlement, le règlement de l’Assemblée nationale a été modifié au mois de juin précédent, dans le plus grand silence. Désormais la durée de l’examen des textes de loi est fixée à l’avance et le temps de parole est réparti entre les groupes au prorata des voix obtenues aux élections précédentes. Ainsi, chaque député non-inscrit n’aura plus droit qu’à un temps de parole limité à 5 minutes et les explications de vote sont désormais à la discrétion du président de séance. Enfin aucun amendement n’est plus déposable en séance, il ne peut plus qu’être déposé en commission et donc uniquement par un membre de ladite commission. Si les amendements sont nombreux, les députés qui les ont déposés n’ont donc même plus le temps de venir les défendre (1). Autant dire que le débat sera apaisé dans l’enceinte du Palais Bourbon puisqu’il n’y aura pas lieu. Les députés choisis pour diriger les « débats » y veilleront.

Le second est encore plus grave car il concerne le fond. On voit désormais apparaître une distinction entre un embryon et une « cellule souche embryonnaire ». Comme il n’est pas question de « libérer » totalement la recherche sur les embryons, cela risquerait d’être mal perçu, on ne va « libérer » la recherche que sur les « cellules souches embryonnaires ».  L’expression fait moins peur car personne ne sait à quoi cela correspond.

Les quelques curieux qui sont allé consulter l’avis du Comité national d’éthique ont appris que l’on « désigne par cellules souches embryonnaires [humaines] (CSEh) des cellules souches issues de la culture de cellules de la masse cellulaire interne d’un embryon préimplantatoire (2) de 5 à 6 jours après la fécondation ». Que cela est bien dit ! Et pour mieux noyer le poisson le même Comité, dont les membres ont pris des leçons auprès des Précieuses ridicules de Molière ajoute aussitôt : « Après leur mise en culture, certaines de ces cellules prolifèreront en gardant leur potentiel pluripotent : elles constituent alors des lignées de cellules souches embryonnaires ». Et, argument choc expliquant leur intérêt : « Ces cellules sont pluripotentes, c’est-à-dire capables de se différencier dans tous les tissus de l’organisme ». Des Précieuses ridicules on est passé aux Femmes savantes. Un seul élément manque, mais il est fondamental. Les cellules souches embryonnaires sont des cellules d’embryon, autrement dit pour les obtenir il faut commencer par tuer l’embryon. Dès lors la distinction entre embryon et cellule souche embryonnaire relève de la pire casuistique. On ne peut faire d’expérience sur un être vivant, mais on peut le faire sur ses éléments constitutifs après l’avoir préalablement tué.

(1) : C’est ce qui a amené Emmanuelle Ménard à saisir le Conseil Constitutionnel.

(2) : Un embryon préimplantatoire est un embryon surnuméraire de moins de sept jours, issu d’une FIV (c’est-à-dire d’une fécondation in vitro) « réalisée en France pour un projet parental, qui n’a pas été transféré et a été congelé », pour reprendre le texte du Comité national d’éthique. Tout embryon de ce type qui n’est « plus inscrit dans un projet parental » et qui ne fait pas « l’objet d’une procédure d’accueil d’embryon » est destiné à « être détruit ». Le mot « détruit » qui ne peut s’appliquer qu’à une chose est préféré au mot « tué » qui ne concerne que les vivants. Dans la France du XXIe siècle, il est donc interdit de « tuer » son hamster mais on peut « détruire » son enfant tant qu’il n’est pas autonome.

Le Comité national d’éthique termine son analyse par cette énormité : « Si leur origine embryonnaire fait encore débat dans leur encadrement législatif, il n’est pas l’élément déterminant ; c’est le caractère pluripotent et les potentialités que cet état confère ». Ce changement de paradigme ouvre la voie à une distinction ultérieure entre le corps humain et les cellules du corps humain. L’homme n’a plus aucune dignité en soi. La seule chose qui compte désormais c’est l’utilité de chacun de ses matériaux biologiques constitutifs, peu importe que pour les utiliser il faille ou non tuer l’homme.

 

Un rôle ambigu des Pouvoirs publics pour une culture de mort

 

Le calendrier retenu montre déjà à quel point le gouvernement ne se sent pas sûr de lui. La loi de 2011 prévoyait déjà une révision dans les sept ans, soit avant fin 2018, mais à cause de son impopularité le gouvernement a préféré retarder la présentation du projet. Le choix de la date de présentation en Conseil des ministres (pendant les vacances, au moment où les Français sont préoccupés par la canicule – qui, écologie oblige, est attribuée à des causes anthropiques –, au moment où les députés votent en urgence la ratification du CETA – dont le texte complet fait plus de 2 000 pages que personne n’a lues en entier – au moment où l’on discute du nom des nouveaux représentants de l’Union européenne…) a pour but de faire passer le sujet au second plan des préoccupations de tous. Comme il ne faut surtout pas que les opposants au  projet de loi aient le temps de s’organiser pour le contester, il sera voté dans l’urgence dès la fin des vacances parlementaires. Tout est fait pour que ce nouveau bouleversement sociétal – comme on dit aujourd’hui – soit imposé le plus discrètement possible.

Comme, de plus, les hommes politiques ne veulent pas assumer la responsabilité des décisions qu’ils imposent, ils ont recours à l’artifice de la « concertation ». On fait discuter « le peuple » et après ce morceau de bravoure savamment mis en scène, on fait passer la décision arrêtée bien avant et on lui fait croire qu’il est d’accord. Dans le cadre de cette évolution, aucune nouvelle loi réputée bioéthique ne peut plus être présentée sans avoir donné lieu, auparavant, à des « Etats généraux de la bioéthique », organisés et contrôlés par le « Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé » (CCNE), organisme indépendant… dont les membres, qui n’endossent aucune responsabilité d’aucune sorte, sont triés sur le volet ! Dans le projet de loi de 2019, il est prévu (à l’article 29) que « le comité anime, chaque année, des débats publics sur un ou plusieurs des problèmes éthiques ». Cela permettra de faire évoluer les mentalités !

Pour la révision de la loi de bioéthique qui débouche sur le projet de l’été 2019, les Etats généraux ont eu lieu au premier semestre 2018. Outre le fait que le Comité consultatif compétent avait soigneusement trié les questions qu’il voulait accepter de discuter, les citoyens, qui y avaient accès, pouvaient s’exprimer par Internet. Des débats organisés, le Comité a constaté qu’il ne ressortait pas de consensus et il a donc rendu un rapport qui ne tenait pas compte de résultats dont il était impossible de faire la synthèse. Quant aux réponses reçues par Internet on n’en a pas tenu compte. Il est vrai qu’à près de 90 %, ceux qui ont répondu se sont montrés hostiles aux nouvelles avancées. Pour écarter leurs réponses on a donc dit qu’ils avaient été manipulés et qu’en conséquence, les résultats n’étaient pas fiables.

On a cherché à suppléer par des sondages. Comme, à 93 %, les Français ont estimé qu’il était essentiel pour les enfants d’avoir un père, on a changé la question et trouvé une majorité pour répondre favorablement à celle qui demandait s’ils étaient ou non « favorables à ce que les femmes en couple et seules puissent avoir un enfant ». S’appuyant sur ce dernier sondage, les pouvoirs publics, non contredits par le CCNE, ont considéré que l’opinion était mûre pour accepter une nouvelle avancée. Et depuis, les médias répètent qu’une majorité de Français est favorable à la PMA.

Avec cette nouvelle loi, les enfants ne seront plus accueillis comme un don, fruit de l’amour de leurs parents, mais fabriqué pour combler un manque affectif de certains adultes irresponsables. Dans la logique, la prochaine loi de bioéthique acceptera que ces enfants ainsi fabriqués, puissent faire l’objet d’un marché. Et, comme la loi de 2019 permettra aussi la possibilité de fabrication de chimères, en modifiant les articles du code de la santé publique prohibant – jusqu’à présent – le clonage et ouvrira la porte tant à la recherche sur l’utérus artificiel (article 14) et sur la modification de génome humain (article 17), ne doutons pas que la suivante autorisera « l’augmentation » des embryons ou la greffe de cellules humaines sur des robots. Que reste-t-il de l’homme dans tout cela ?

Avec monseigneur Rey si l’on considère que « l’écologie humaine désigne, d’une part, les interactions de l’homme avec son environnement naturel et social et, d’autre part, une approche de la personne vue comme un écosystème à protéger », alors l’urgence est de mettre un terme à cette folie que portent les lois que, dans la logique orwellienne, on répute de bioéthiques et qui ne sont que porteuses d’une culture de mort.

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