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13 Novembre 1914 ... Les jeunes recrues que l'Allemagne envoie au feu chargent en chantant le Deutscland über alles ...

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L'inquiétude qui avait réapparu jeudi est dissipée. Voici le feu qu'il y avait sous cette fumée : nous manquions de munitions, surtout pour l'artillerie, depuis quinze jours. Les fournisseurs tiennent la dragée haute au gouvernement, le marchandent. Et puis il manque d'un certain tour à creuser les boulets qui se trouve en Amérique et qui coûte 10 millions. Les Allemands en ont profité pour opérer une poussée vigoureuse dans la forêt de l'Argonne, qui a, durant quelques jours, donné des inquiétudes pour Verdun. Tout est rétabli aujourd'hui. Au nord, les attaques allemandes viennent se briser contre les lignes des alliées. Les jeunes recrues que l'Allemagne envoie au feu chargent avec un élan de "Marie-Louise" en chantant le Deutscland über alles. Ce sont des jeunes gens, presque des enfants : ils meurent, mais quelle semence ils laisseront ! L'Allemagne, en ce moment, vit sa légende, son épopée napoléonienne. Même vaincue, même dégrisée, il restera chez elle ce qui était resté chez les "enfants du siècle" après Waterloo : la passion de la gloire, l'orgueil d'avoir vu le monde se coaliser pour abattre l'Empire allemand...

A Saint-Sauveur, près de Compiègne, l'ennemi est resté quelques jours. C'étaient pour la plupart des gens du Rhin, assez bons hommes, qui presque tous parlaient un peu de français. Entre eux et les habitants qui étaient restés au village (quelques femmes, des vieillards), la conversation s'était établie, on s'était trouvé au même niveau. Il faut dire qu'à Saint-Sauveur on était radical-socialiste comme dans presque toutes les campagnes depuis quelques années. Aussi disait-on aux soldats allemands que la guerre est une chose affreuse qu'on ne devrait plus voir au siècle où nous sommes, et puis qu'au demeurant les Allemands s'y font tuer comme les Français... Là-dessus les Allemands de se lever, de joindre les talons et, les bras en croix, le blanc des yeux tourné au plafond, de s'écrier avec emphase : "Nous voulons mourir pour notre Kaiser." Comme avec cela ils prononçaient le mot Kaiser à l'allemande, les bonnes femmes de Saint-Sauveur n'entendaient guère et demandaient curieusement : "Qui est-ce votre Kaiser ?" Et, avec la même mimique, les soldats de reprendre : "Nôtre crand souferain, Quillaume teux !" Tout le village copie encore leur ton et leur geste et ne croit plus que les Allemands soient prêts à couper le cou à leur Empereur. Mais toute la France n'a pas vu les Prussiens : puisse-t-elle, sans subir la même épreuve, avoir la même révélation que les bonnes gens de Saint-Sauveur ! Mais la vague d'imbécilité qui commence à se former sur notre pays est effroyable. Gustave Hervé, dont La Guerre sociale se vend à cent mille exemplaires tous les jours, tandis que la guerre étrangère ravage encore cinq ou six départements, Gustave Hervé raconte que, si nous n'avons pas été prêts, c'est parce que nous sommes des Latins et que le débraillé fait partie de notre beauté morale. L'Humanité soutient que le peuple allemand est le meilleur peuple de la terre, qu'il ne faudra pas lui faire de mal, et attend que la révolution pacifiste allemande lui tombe toute rôtie dans le bec. Ernest Lavisse, professeur d'histoire en Sorbonne, rappelle à l'Allemagne que c'est la France qui a débrouillé l'écheveau germanique, oubliant qu'elle défaisait ainsi l'ouvrage de la guerre de Trente Ans et des traités de Westphalie et préparait elle-même aux Français de 1870 et de 1914 deux terribles guerres. Gabriel Séailles*, autre professeur, quitte les nuages d'un idéalisme confus pour se faire docteur en politique étrangère et découvre que la paix de l'Europe se fera sur le principe des nationalités, lequel a déjà à sa charge au moins quatre ou cinq grandes guerres, sans compter que ce principe est celui dont l'Allemagne, pour réaliser son unité, s'est réclamée. 

Les Français ont la tête bien malade. Le bon sens national (vexatio aperit intellectum) aura la forte tâche de renverser les positions où s'obstinent par amour-propre les politiciens et les théoriciens. ♦ 

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* Gabriel Séailles (1852-1922), professeur de philosophie à la Sorbonne, l'un des fondateurs de la Ligue des droits de l'homme.

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