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Maîtres et témoins (III) : Léon Daudet

L'amitié pour Barrès

L'amitié pour Barrès

1. De Paris Vécu, 2ème Série, Rive gauche, pages 21/22 :

"...J'ai toujours eu de l'amitié pour Barrès et un goût très vif pour son style, inspiré de Pascal et de Michelet, cependant si personnel et, ici et là, magique.
Je l'aimais aussi d'aimer la France, beau pays mis au pillage et au charnier par les démocrates "juristes" comme ce nain de Poincaré, flasques et ignares comme Briand ou filous comme tant d'autres.
Mais son esprit, faussé par Renan, n'aimait pas à conclure et restait hésitant, en religion comme en politique.
Il était napoléonisant. J'ai toujours eu horreur de l'Empire, de ce jacobinisme couronné, de ces salonnards pourvus de titres, de ses débauchés à la Cambacérès et à la Morny, de sa centralisation administrative, de son effroyable politique extérieure, de ses expéditions inutiles. C'est le régime hybride et bâtard par excellence, verni d'une fausse respectabilité, semé de faux triomphes qui puent et annoncent le désastre.
Barrès avait le respect des autorités constituées, même indignes ou risibles, respect qui me manque absolument.
Enfin je n'ai jamais cru à la culture du moi, ni à l'égotisme, ni à rien de semblable, et un homme ne m'intéresse - comme une femme - que dans la mesure où il ou elle n'est pas occupé de soi-même :
"Vous, Barrès - lui disait le génial Vaugeois, fondateur, avec Maurras, de l'Action française - vous ne croyez qu'à ce qui est."
C'était vrai.
Mais il y a des choses, comme des gens, qui ont l'air d'être et qui ne sont pas..."

2. De "Paris vécu", 1ère Série, Rive droite, pages 18/19 :

"...Barrès fut député de l'arrondissement contenant à la fois, comme il le disait, "le Lôvre et les Hôlles"".
Vers 1902, j'assistai à une de ses réunions et j'y pris même la parole dans une salle proche de la rue Montorgueil, attenant à un café.
Aucun des assistants (c'était visible) ne savait quoi que ce fût de Barrès, sinon qu'il écrivait dans les journaux et que c'était "un type à la coule", c'est-à-dire très intelligent.
Cependant il se faisait écouter quand il généralisait un peu son affaire, et parlait, en écartant les bras et les mains, des grands intérêts du pays.
Aussitôt qu'il traitait d'une question locale, on ne prêtait plus la moindre attention à ses propos.
C'est une règle générale : un auditoire s'intéresse à tout, sauf à ce dans quoi il est localisé, ou spécialisé.
Il en est de même à la Chambre des Députés. Les bancs se vident quand un collègue s'amuse à faire le technicien, ou à traiter un thème méticuleux, précis.
La précision et la rigueur sont des plaisirs éminemment solitaires..."

Daudet appréciait, naturellement, des textes de Barrès comme celui-ci (tiré de "Scènes et doctrines", page 121) :
"Nous nous recommandons de la France éternelle; nous sommes des Français qui avons été formés à travers les siècles. Tout ce que nous sommes naît des conditions historiques et géographiques de notre pays. Nous avons été... médités à travers les siècles par nos parents, et il faut pour que nous nous développions, pour que nous trouvions le bonheur, que les choses ne soient pas essentiellement différentes de ce qu'elles étaient quand nos ancêtres nous "méditaient". J'ai besoin qu'on garde à mon arbre la culture qui lui permit de me porter si haut, moi faible petite feuille. Nous voulons d'une politique qui tienne compte des traditions nationales et qui protège tout ce qu'elles ont encore de vivant au milieu des modifications que le temps apporte chez des êtres vivants, chez des êtres en perpétuelle transformation; il faut que la France demeure liée de génération en génération, il faut qu'elle demeure dans son essence, pour que nous, individus, nous trouvions le bonheur (car que ferai-je en Chine ou en Angleterre, moi Lorrain ?) et aussi pour que la nation trouve le bonheur. Et je ne puis guère plus me passer du bonheur national que de mon bonheur propre, car je porterai mal la tête à travers le monde si je suis d'une France humiliée..."

(Illustration : Barrès jeune, par Jacques-Emile Blanche)

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