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L’Iran, de Cyrus aux Mollahs en passant par Saint Thadée, par Antoine de Lacoste

(reçu hier matin, à 10h52)

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L’Iran est un grand paradoxe. Territoire perse, et fier de l’être, mais où les turcophones ont joué un rôle majeur, pays adepte de la religion zoroastrienne, mais contraint d’adopter l’islam des conquérants arabes, puis inventeur de la dissidence chiite pour échapper à l’emprise ottomane, rien n’est simple en Iran. Si l’on ajoute que le régime islamiste des mollahs, en place depuis 1979, tolère avec bienveillance les chrétiens arméniens et assyriens ainsi qu’une petite communauté juive, on doit comprendre que le monde chiite est bien différent du sunnite, et que les Perses ne sont pas comme les Arabes.

L’Empire perse fut autrefois le plus grand. Dirigé par les Achéménides, il s’étendait sur tout le Proche-Orient, la Turquie actuelle, une partie des Balkans, l’Egypte et la Libye, le Caucase, et, à l’est, l’Afghanistan et le Pakistan actuels.

De -550 à -330 avant Jésus-Christ, il connut une expansion quasi-continue malgré quelques défaites célèbres contre les Grecs, à Salamine ou à Marathon. Alexandre le Grand mit fin à tout cela et chacun connaît les noms illustres du Granique, d’Issos et de Gaugamèles, trois grandes batailles qui entraînèrent la disparition de l’Empire achéménide. Le lecteur pourra relire avec profit la brillante biographie d’Alexandre écrite de main de maître par Jacques Benoist-Méchin (leslivresdantoine.com)

Après l’intermède des Séleucides, des Grecs finalement, ce sont les Parthes qui recréèrent un Empire iranien en -247 avant Jésus-Christ. Iraniens sans être Perses, ils régnèrent quatre siècles avant d’être chassés par les Sassanides, d’authentiques Perses cette fois. Adeptes convaincus de la religion zoroastrienne, ils persécutèrent le premier pays chrétien du monde, l’Arménie. Après l’avoir envahi et soumis, ils chassèrent le clergé chrétien des églises pour les remplacer par des prêtres adeptes de Zoroastre. Ce « prophète », que Nietzche appela Zarathoustra, apparut sans doute vers 1700 avant Jésus-Christ et développa quelques principes de cette religion fondée sur l’affrontement entre un dieu du bien, Ahura Mazda, et un esprit du mal, Angra Mainyu. Le clergé était notamment chargé de l’entretien du feu, qui ne devait jamais s’éteindre dans les temples du feu.

L’Arménie devint le premier Etat chrétien en 301 grâce à Saint Grégoire l’Illuminateur, qui passa des années au fond d’un cachot, sur décision du roi Tiridate III. Ce dernier finit par faire libérer le saint et se convertir. Un monastère a été bâti à l’endroit où Saint Grégoire passa tant d’années emprisonné. Les Arméniens le visitent en nombre et peuvent par la même occasion contempler, depuis les murs du monastère, le Mont Ararat situé maintenant hélas en territoire turc.

Saint Grégoire, malgré son rôle essentiel dans la christianisation de l’Arménie, n’en fut toutefois pas le premier évangélisateur. Avant lui, l’apôtre Saint Thadée, et peut-être Saint Barthélémy, vinrent prêcher dans toute la région. Saint Thadée alla sans doute jusque dans l’Iran actuel. Il n’y a pas de traces officielles de son passage mais plusieurs églises et monastères qui furent bâtis, notamment à l’ouest de l’Iran, portaient souvent le nom de Saint Thadée.

L’un de ces édifices, comportant des parties construites au IXe siècle, est parvenu jusqu’à nous et est classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Située tout près de la frontière arménienne, il est un lieu de pèlerinage important pour les Arméniens ainsi que pour la communauté arménienne vivant en Iran, malgré la grande distance à parcourir depuis Téhéran ou Ispahan.

D’autres églises anciennes subsistent en Iran : Saint Stepanos, datant du IXe siècle et située en Azerbaïdjan occidental(région de l’Iran, à ne pas confondre avec le pays voisin), à 15 kilomètres de la frontière arménienne, la chapelle de Dzordzor (XIVe siècle), également à l’ouest, l’église de la Sainte Mère de Dieu (XVIIIe siècle) à Tabriz et surtout la cathédrale Vank (XVIIe siècle), à Ispahan, lieu aujourd’hui emblématique de la communauté arménienne. L’église la plus grande de Téhéran, Saint Sarkis, construite en 1970, est le centre de la petite vie chrétienne d’Iran.

Bien évidemment, la grande œuvre de christianisation de la région par Saint Thadée et Saint Grégoire l’illuminateur, fut presque anéantie par l’invasion arabe du VIIe siècle. Les forces sassanides furent vaincues par les cavaliers d’Allah en 636 à la bataille de Qadisiyya. Ctésiphon, la capitale sassanide, tomba l’année suivante. Si la Perse ne s’arabisa pas, elle fut contrainte d’adopter l’islam sunnite, la religion du vainqueur.

Les adeptes du zoroastrisme, immédiatement persécutés, choisirent en partie l’exil en Inde, où subsistent encore aujourd’hui une petite communauté. Les chrétiens, comme toujours, subirent le statut de dhimi, les soumis, écrasés d’impôts et objets de multiples vexations.

C’est peu dire que les chrétiens ne regrettèrent pas l’empire sassanide. Ils n’avaient pas oublié la prise et le pillage de Jérusalem en 614, et le vol de la Vraie Croix qui suivit. L’empereur byzantin Heraclius entreprit une campagne pour La récupérer. Il vainquit le roi perse Chosroès à la bataille de Ninive en 627 et récupéra ensuite la relique qui fut solennellement remise à Jérusalem. Les amateurs d’art doivent aller à Arezzo en Italie admirer le cycle de la Vraie Croix peint par Piero de la Francesca dans le chœur de l’église Saint François où cet épisode est magnifiquement décrit.

Cette guerre entre Perses et Byzantins, qui fut assez meurtrière, les affaiblit militairement et cela aida les Arabes dix ans plus tard. Les chrétiens, finalement, passèrent de Charybde en Scylla. Persécutés occasionnellement par le zoroastrisme, ils le furent ensuite davantage par l’islam.

En 651, le dernier roi sassanide fut renversé et, dès lors, ce furent les Arabes qui dirigèrent l’Iran, d’abord par la dynastie des Omeyades depuis Damas, puis, celle des Abbassides, cent ans plus tard, depuis Bagdad. Mais les Abbassides sont loin et, progressivement, le monde perse reprit ses droits en Iran. De petites dynasties locales apparurent. Elles se gardèrent bien de remettre en cause la gouvernance officielle de Bagdad, mais dans les faits une certaine autonomie prévalut et la culture perse connut un retour en force.

La situation se complexifia, quand l’Iran oriental se détacha de l’Iran occidental. Une dynastie turcophone, qui régnait en Asie centrale, les Kwarezmiens, s’étendit et l’est de l’Iran passa sous son contrôle. Le pouvoir des Abassides de Bagdad devint de plus en plus théorique, même en Iran occidental, quasi autonome.

C’est alors que les Mongols de Gengis-Khan entrèrent en scène. A la suite d’un conflit avec les Kwarezmiens, ils envahirent l’Iran oriental en 1221. Ils attaquèrent ensuite l’Iran occidental puis Bagdad qu’ils prirent en 1258 mettant ainsi fin à la dynastie des Abbassides.

Le pouvoir mongol se relâcha au bout d’un siècle et de petites dynasties locales prirent de l’importance. Elles étaient Perses ou Mongols, puis une nouvelle dynastie turco-mongol, les Timourides (issue de Tamerlan), s’imposa.

Elle dut à son tour s’effacer en 1501 au profit des Safavides qui organisèrent le grand tournant vers le chiisme. Cette nouvelle dynastie, à la fois Perse et Turcomane, notamment son armée, marqua l’Iran de façon décisive.

Hors sa partie militaire turcomane, la dynastie Safavide étaient issue d’un courant religieux proche du chiisme. C’est donc tout naturellement que leur premier roi, Ismaïl Ier, décida que l’Iran quitterait le sunnisme pour devenir une nation adepte du chiisme duodécimain.

Les conflits se multiplièrent avec l’Empire ottoman. Les deux pays se disputaient leur frontière commune et la décision d’Ismaël Ier d’intégrer le chiisme fut influencée par son désir d’échapper à l’emprise ottomane.

Le destin de l’Iran changea avec le règne du Shah Abbas de 1587 à 1629. Cet homme énergique modernisa le pays en profondeur. Il réforma l’armée, désormais au service du pays et non de telle ou telle tribu, il noua des liens commerciaux avec l’Angleterre, les Pays-Bas ou le Portugal, toujours dans le cadre du contournement de l’Empire ottoman et fit d’Ispahan une des plus belles villes du monde de l’époque.

Il fut aussi le maître d’œuvre de la déportation des Arméniens, arrachés à leur pays et « importés » de force en Iran. Abbas avaient deux objectifs : pratiquer la terre brûlée afin d’empêcher les Ottomans de s’appuyer sur les structures arméniennes pour progresser vers l’Iran et attirer les Arméniens à Ispahan pour bénéficier de leurs grandes compétences commerciales. Les conditions de cette déportation hivernale furent terribles et, sur 300 000 personnes, seulement la moitié arriveront à bon port, épuisés mais vivants.

Une majorité venait de la province du Nakhitchevan. Les conséquences furent implacables : vidée de ses Arméniens très majoritaires, la région fut peuplée d’Azéris musulmans. Aujourd’hui, elle appartient à l’Azerbaïdjan avec qui elle n’a aucune frontière commune. C’est une enclave volée à l’Arménie le long de la frontière iranienne. Elle constitue en outre le début du corridor auquel la Turquie rêve pour rejoindre son allié azéri, donc la Mer Caspienne et enfin l’Asie centrale.

Azerbaïdjan: situation générale

Malgré ces conditions terribles, les Arméniens, comme toujours s’adaptèrent très vite. Ils rétablirent leurs circuits commerciaux centrés sur  la soie, les tapis et toutes sortes d’étoffes, toujours de haut niveau. Pour les encourager, Abbas, qui fut si dur avec eux, leur concéda beaucoup. Ils bénéficièrent rapidement d’une véritable autonomie politique et religieuse. Dans le vaste quartier qui leur avait été attribués, ils purent construire à leur gré, vivre à l’arménienne, nourriture et vin compris. Dans ce pays d’un islam strict, tout au moins en apparence, les Arméniens purent faire venir du vin, en faire commerce, officiellement entre eux puis officieusement avec les Iraniens. Aujourd’hui encore, le vin consommé clandestinement au pays des Mollahs vient des Arméniens.

Surtout, ils purent construire des églises et aller librement à la messe. La plus célèbre est la cathédrale Vank. L’heureux visiteur d’Ispahan peut s’y rendre en toute quiétude. Il quitte l’Ispahan chiite et pénètre dans ce quartier si reposant, admirant les églises, pouvant (enfin !) prendre un verre dans un café et admirer des commerces modernes. Un autre monde, si près de l’autre. Cette cathédrale, à l’architecture agréable, est célèbre pour ses fresques. Le rare  visiteur occidental les jugera intéressantes, mais ne sera pas ébloui et les trouvera sans doute un peu naïves. Ce n’est pas le cas des Arméniens qui viennent en nombre, d’Iran et d’Arménie, admirer le travail de leurs ancêtres déportés. Le plus surprenant est d’y voir de nombreux chiites avec beaucoup de femmes intégralement voilées, d’autres moins lourdement camouflées. Que pensent-elles la tête levée vers les scènes de la vie du Christ ou celles du Jugement dernier ?

En quittant cette cathédrale emblématique de la présence chrétienne, il faut entrer dans un des magasins consacrés aux tapis. Les plus célèbres d’Iran sont là. Des milliers de tapis de soie ou de laine sont exposés et de riches visiteurs achètent pour des sommes parfois considérables. Les Arméniens seront toujours des commerçants hors pair, don qui leur permet de se relever, toujours et partout. Ils sont 100 000 au pays des mollahs et vivent en toute tranquillité, bénéficiant même d’un siège au Parlement.

La dynastie safavide disparut à son tour en 1722.Les dynastie safsharide (1736-1796), puis Zand (1751-1794) s’imposeront brièvement, chacune sur une portion du territoire iranien, avant que la célèbre dynastie Qajar ne s’installe progressivement (1789-1925), sur l’ensemble du territoire cette fois.

Les Qajar, d’origine turque, transférèrent la capitale à Téhéran. Ils poursuivirent la modernisation du pays entamée par les Safavides. Toutefois la pression des Anglais et des Russes se fit de plus en plus forte. Les Iraniens ne surent pas empêcher la Russie de poursuivre ses conquêtes vers le sud et se résigna à leur abandonner la totalité du Caucase. Ils s’installèrent également dans le nord de l’Iran, obtenant des concessions de chemins de fer.

Les Anglais étaient très présents dans le sud. Ils obtinrent des concessions très avantageuses pour les chemins de fer, le tabac, ce qui provoqua d’importants émeutes, les banques et le pétrole. Sans consulter le Shah, l’Angleterre et la Russie passèrent même un accord en 1907 se partageant l’Iran en zones d’influence. Cette dépendance croissante finit par provoquer une réaction dans de nombreux pans de la société iranienne, notamment les intellectuels et les commerçants. Elle déboucha sur la révolution constitutionnaliste (1906-1911) qui permit l’instauration d’une constitution, la création d’un parlement et la liberté de la presse. L’affaire finit par échouer, mais elle avait ébranlé toute la société et mis au jour une grande aspiration à la fin du régime autoritaire.

Toutefois, la découverte du pétrole en 1908 ne fit que renforcer l’emprise des Anglais, découvreurs de la nappe. Ils s’octroyèrent la quasi-totalité des bénéfices et créèrent l’Anglo-Persian Oil Company, ancêtre de la British Petroleum (BP).

L’omniprésence anglaise et la décadence de la dynastie qajar finirent par lasser les Iraniens. En 1921, l’armée déclencha un coup d’Etat. A sa tête, un officier ambitieux, Reza Khan. En 1925, il se fit proclamer Shah et prit le nom de Pahlavi, nom perse qui signifie moyen-perse, langue parlée pendant des siècles en Iran. Ainsi naquit la dynastie des Pahlavi qui régna de 1925 à 1979.

Dans l’intervalle, la petite présence chrétienne fut renforcée par quelques milliers d’Assyro-Chaldéens venus d’Irak en 1915, fuyant le génocide qu’ils subissaient en même temps que les Arméniens. Ils s’installèrent principalement dans l’ouest de l’Iran, non loin des communautés arméniennes historiques, et sont aujourd’hui entre 5 et 10 000 mille.

Lorsqu’éclata la seconde guerre mondiale, Reza Shah Pahlavi adopta une position neutre ce qui inquiéta les alliés. L’Iran avait du pétrole, nerf de la guerre, et était limitrophe de l’Union soviétique qu’il fallait pouvoir ravitailler en toute sécurité.

Anglais et Soviétiques se mirent d’accord pour envahir l’Iran en 1941, les premiers depuis l’Irak, qu’ils contrôlaient alors, les seconds par le nord. Reza Shah fut déposé, envoyé en exil et les alliés choisirent son fils Mohamed Reza pour lui succéder. Il avait 21 ans et accepta sans sourciller ce trône choisi pour lui par les ennemis de son pays.

Après la seconde guerre mondiale, le sentiment nationaliste ne fit que croître dans tout le pays. Un député, Mohammad Mossadegh, prit la tête du mouvement parlementaire favorable à la nationalisation du pétrole, spolié par les Britanniques. Il eut gain de cause en 1953 et les députés votèrent cette nationalisation malgré l’opposition du Shahqui fut obligé de nommer Mossadegh premier ministre aussitôt après. Dépassés, les Anglais firent appel aux Américains qui optèrent pour le coup d’état. Ce fut l’opération Ajax, une des rares opérations de renversement d’un gouvernement revendiquée par la CIA, sans doute pour l’exemple. Un roman de bonne qualité, La librairie de Téhéran, de Marjan Kamali, raconte le déroulement de cette opération (leslivresdantoine.com).

Le Shah, craignant pour sa vie, s’enfuit en Irak, puis à Rome. Après la réussite du coup d’Etat, il put rentrer. Mais c’était tout de même la seconde fois qu’il pouvait s’assoir sur le trône grâce à une intervention étrangère, occidentale qui plus est. Cela resta conne une tâche tout au long de son règne.

Dès lors, l’Iran fut dirigée avec une poigne de fer et Mohamed Reza ne nomma plus jamais un premier ministre nationaliste. Il fut un fidèle allié des Etats-Unis et d’Israël, laissant ainsi la porte ouverte à une contestation croissante alimentée par le clergé chiite. Ce dernier vit ses prérogatives rognées, en particulier dans le domaine de l’éducation. Mais son influence resta forte, notamment dans le monde rural. La bourgeoisie urbaine était fidèle au régime, mais d’autres forces menaient une opposition active comme les communistes du Tudeh.

En 1971, à l’apogée de sa puissance, le Shah décida l’organisation de somptueuses fêtes organisées dans les belles ruines de Persépolis en l’honneur du 2500ème anniversaire de l’Empire perse. Une anecdote à propos de ces fêtes fit le tour du pays : un avion français avait été affrété pour apporter un repas préparé par Maxim’s. Ce fut un dîner grandiose réunissant des centaines d’invités prestigieux. Les guides le racontent encore en faisant visiter Persépolis.

Arrêté puis exilé dès 1963 pour son opposition à l’occidentalisation de l’Iran, l’ayatollah Khomeini devint progressivement la figure de proue de l’opposition au Shah. Il vécut en Irak (pays majoritairement chiite) jusqu’en 1978 puis il fut expulsé par Saddam Hussein. Accueilli par la France, il s’installa dans un pavillon de Neauphle-le-Château dans les Yvelines.

A partir de 1978, dans un contexte d’inflation et d’appauvrissement non seulement des zones rurales mais même des classes moyennes citadines, des manifestations éclatèrent dans toutes les grandes villes. Elles prirent de plus en plus d’ampleur malgré la répression, assez hétérogène d’ailleurs. Le 8septembre, un grand rassemblement à Téhéran fut très durement réprimé. Il y eut des centaines de morts. Une grève générale éclata alors et le processus devint hors de contrôle. Les Américains, comme d’habitude, lâchèrent leur allié et conseillèrent au Shah de quitter le pays. N’ayant plus le choix, malade, il le fit et Khomeiny revint triomphalement en février 1979.

L’Iran bascula alors dans une théocratie totalitaire. Les partis d’opposition furent interdits et un répression féroce s’abattit sur le pays. Des milliers de personnes furent pendues. Un très bon roman, Aria, de Nazanine Hozar, raconte cette période terrible.

Les Américains avaient abandonné leur allié, espérant poursuivre leur alliance avec ce pays stratégique. C’était mal connaître les mollahs. Ils profitèrent de l’ambiance très anti-américaine pour organiser l’assaut contre l’ambassade des Etats-Unis. Les employés pris en otage restèrent captifs plus d’un an. Les Américains se vengèrent en poussant l’Irak de Saddam Hussein à attaquer l’Iran. Ce conflit dura huit ans, se solda par un match nul et fit un million de morts pour rien.

L’Iran s’intéressait au nucléaire depuis longtemps. Le haut niveau de ses ingénieurs lui permit de progresser rapidement. Le but était bien sûr d’acquérir la capacité nucléaire pour son électricité, très défaillante, mais aussi le nucléaire militaire. Inquiets, les pays occidentaux négocièrent un accord avec Téhéran, profitant du passage au pouvoir du mollah Rohani plus modéré que ses congénères. L’accord fut signé à Vienne en 2015.

Malheureusement, Trump, élu en 2016 pour son premier mandat, décida de dénoncer cet accord. Il renforça ainsi le clan des durs et le guide suprême, Ali Khamenei, qui avait succédé à Khomeini en 1989, reprit le dessus. Depuis, l’Iran poursuit ses recherches entre deux bombardements israéliens, et maintenant américains en juin 2025.

Toutefois, l’ambiance change dans le pays avec, comme toile de fond, le symbole du voile. Lors de notre dernière visite, en 2023, nous n’avions observé que quelques dizaines d’Iraniennes se promenant tête découverte, et uniquement à Téhéran. Aujourd’hui, elles sont des milliers et le régime n’ose plus les arrêter. Certes, la police est omniprésente et les 120 000 gardiens de la révolution veillent au grain.

Mais l’inflation, les restrictions, la lassitude de cette théocratie étouffante créent une ambiance électrique. L’Iran est encore loin d’un nouveau chemin mais il est clair que son peuple aspire maintenant à autre chose.

Toutefois, les récentes manifestations, très durement réprimées et provoquant des milliers de morts, ont montré que la théocratie savait encore se défendre. Il n’est pas certain que Donald Trump ait bien agi en encourageant ces manifestations vouées à l’échec. C’est de l’intérieur du régime lui-même que la solution peut venir.

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