Feuilleton : Son "érudition intelligente" fait "des lecteurs reconnaissants" : Jacques Bainville... (63)
(retrouvez l'intégralité des textes et documents de ce sujet, sous sa forme de Feuilleton ou bien sous sa forme d'Album)
Illustration : portrait de Jacques Bainville par Marie-Lucas Robiquet; couverture du "Jacques Bainville, La Monarchie des Lettres, Histoire, Politique et Littérature", Édition établie et présentée par Christophe Dickès, Bouquins, Robert Laffont (1.149 pages).
Aujourd'hui : Sur Thomas Woodrow Wilson...
Sur Thomas Woodrow Wilson...
Illustration : Elu Président deux fois de suite, le 4 mars 1913 et le 4 mars 1917, Wilson vit le Congrès refuser de ratifier "son" Traité de Versailles. Il entreprit alors une tournée dans les États-Unis, afin de promouvoir cette ratification, à partir du 4 septembre 1919. C'est durant cette tournée qu'il eut sa première attaque cérébrale. Mais il termina cependant son mandat, affaibli et diminué, avant d'être atteint également par la paralysie et un début de cécité...
Il avait, malheureusement pour nous, fait preuve de cécité politique tant qu'il était valide, et avait eu le temps de "ficeler" le mauvais Traité de Versailles, et d'y faire triompher ses "nuées", ce qui nous donna Hitler, et tout ce qui s'ensuivit...
"Incapacité, frivolité, inexpérience, préjugé..." : c'est, évidemment, à Wilson que pense surtout Bainville...
De "Les conséquences politiques de la paix", pages 118/119/120 :
" En 1917, la fin, une meilleure fin, eût été possible. Quiconque avait le sens de la politique songeait à la dislocation de la coalition ennemie. Le roi d'Espagne ne se bornait pas à la conseiller. Il s'offrait pour l'entreprendre. Incapacité, frivolité, inexpérience, préjugé : il y eut de tout. Le fil tendu ne fut pas saisi. La vie de milliers de Français tués depuis cette date et l'avenir de ceux qui restent ont tenu à une maladresse qui ne peut plus être réparée.
Enfin l'ennemi s'agenouille. Des heures, des jours au plus sont donnés aux vainqueurs pour profiter de la victoire. Hésitations, incertitudes. L'armée allemande, avec ses armes, repasse le Rhin. Tandis que la foule insouciante se réjouit, pousse un grand "ouf", soulagée du poids de la guerre, des moments uniques s'enfuient sans retour.
Et plus tard encore, il arriva une chose fantastique. Quelques hommes s'étaient réunis pour établir la paix. Leur pouvoir était immense, tel qu'on n'en avait jamais vu. Ils disposaient de l'humanité. Ils créaient à leur gré ou renversaient des États. Et le plus puissant de ces hommes pareils à des dieux, celui qui était obéi parce qu'il semblait parler au nom de cent millions d'individus, il était, à ce moment même, désavoué par son Sénat souverain.
Et non seulement son autorité était factice, mais peut-être déjà ne gouvernait-il plus tout à fait son esprit. Rentré dans sa capitale, le dictateur s'abattit. On craignit pour sa raison.
"Est-ce là cet homme qui ébranla la terre, qui fit tomber les empires ?".
Six mois plus tôt, cette hémiplégie eût changé la physionomie et l'avenir du monde. Cette prodigieuse histoire se trouve mêlée à notre histoire nationale.
Il n'y a rien d'aussi cruel dans Candide et dans Gulliver..."
"Ce qui fait une Nation..."
De "Les conséquences politiques de la paix", page 134 :
"Ce qui fait une Nation, c'est l'habitude de vivre ensemble.
La frontière a un sens précis quand des hommes savent qu'au-delà du poteau cessent des moeurs, des coutumes, des souvenirs auxquels ils sont attachés..."