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Municipales 2020 ou le puzzle macronien, par Christian Vanneste.

Dire que les élections municipales de 2020 sonnent le glas de la démocratie peut paraître peu démocratique. Pour qu’il y ait une démocratie, il faut qu’il y ait un démos, un peuple avec une volonté générale qui l’anime et qui se traduit par les mouvements d’amplitude différente et d’orientations opposées qui marquent les scrutins. Certes les élections municipales sont des élections locales, mais on sait très bien que, de plus en plus, les électeurs sont déterminés par des considérations nationales qui justifient de grands basculements à leur occasion, et cela en proportion de la taille de la ville.

christian vanneste.jpgLes vagues nationales sont imperceptibles dans les petites communes et peuvent être des raz-de-marée dans les très grandes. C’est ainsi que les Républicains avaient conquis un certain nombre de villes sur la gauche en 2014 en raison du rejet de Hollande. Le Rassemblement National avait aussi réussi à s’implanter dans quelques communes. Toutefois, les luttes internes de la « droite » et l’implosion socialiste avaient provoqué un éloignement de la politique chez beaucoup de Français : l’abstention avait atteint 36,5% en 2014, contre 33,5% en 2008. En 1983, elle n’était que de 21,6%. Ce scrutin de proximité connaissait habituellement des records de participation. L’effritement de celle-ci est un signe du délitement de la nation française, de notre démos en voie d’archipelisation. 2020 a accéléré le processus dans le contexte du COVID-19 et de la crainte d’être infecté. 56 % des électeurs au premier tour, 60% au second ont déserté les bureaux de vote. A Moissac, ville du Tarn-et-Garonne de 13 000 habitants où le RN l’emporte, 42,21 % d’abstentions, 55,10% à Paris Ve, 67,48 % à Saint-Denis, et 77,25 % à Roubaix. L’enjeu politique d’une part, la composition sociologique de la commune, d’autre part, avec ses tranches d’âge, sa proportion d’immigrés peu intégrés, expliquent ces différences qui dessinent une France éclatée. Dans l’ensemble, beaucoup de maires ont été reconduits après une campagne altérée par le confinement et dans l’indifférence d’un grand nombre d’administrés. Quelques pertes ici compensées par quelques victoires là, Metz à droite, et Nancy à gauche : rien d’inhabituel. En revanche, les événements les plus significatifs se situent dans les plus grandes villes avec le grossissement médiatique que cela entraîne alors que le petit nombre de votants, et la déformation du corps électoral que cela induit, devraient relativiser cette impression.

La vague verte n’est électoralement parlant qu’une vaguelette mais c’est un tsunami symbolique puisque l’alliance avec le PS à Paris procure une très nette victoire et que des grandes villes, et sans doute leur agglomération, tombent entre les mains des pastèques, ces gauchistes repeints en vert plus enclins à se battre sur les questions sociétales et en faveur des migrants que pour l’environnement, si ce n’est à travers leur acharnement contre la voiture. Bordeaux, Marseille, Strasbourg, Tours, Annecy, Besançon, sont enlevées à la droite et au centre, Poitiers à la gauche. L’ex-Maire de Lyon, socialiste devenu LREM, puis allié à la droite est sèchement battu jusque dans son secteur, et son dauphin largement distancé. Ce succès est pour la France un abominable contre-sens. Notre pays est assez exemplaire pour la production de gaz à effet de serre, si tant est que cette obsession ne soit pas une faribole. Il souffre en revanche d’une anémie de son industrie, et d’un excès de règlements, d’interdictions et de taxes qui sont les marottes des prétendus verts, lesquels sont les vecteurs privilégiés de l’immigration et de l’insécurité comme on le voit dans leur laboratoire de Grenoble. Mais la connivence entre la faune médiatique et les écolo-gauchistes est telle que leur image loin d’en être ternie, est chaque jour ripolinée. Les grandes villes vertes, c’est l’île des bobos et de la diversité communautaire.

Sur une autre île moins favorisée par les dépliants touristiques, il y a les périphériques profonds, ceux du Pas-de-Calais et de Perpignan. Louis Alliot a remporté cette dernière, et on peut imaginer qu’il essaiera, comme Robert Ménard à Béziers de prouver son savoir-faire, pour redynamiser la ville et y assurer la sécurité. Bruay-Labuissière aura un maire RN : c’est tout dire sur le lien entre ce parti et une certaine désespérance nationale. Entre ces deux extrémités de l’Archipel, il y a de multiples situations . Sans doute y-a-t-il une proximité sociologique apparente entre les électorats LR et LREM, comme l’avait montré l’impressionnant glissement des votes parisiens aux Législatives, mais l’alliance entre les deux n’a pas été plébiscitée par leurs électeurs. Ceux de Fillon ont le sentiment d’avoir été volés de la victoire de leurs idées en 2017 par Macron et En Marche. L’accord superficiel sur des questions économiques entre les deux ne peut combler le fossé entre le progressisme macronien et le conservatisme qui anime nombre d’électeurs LR privés depuis le départ de Fillon d’un chef qui serait en tous points le contraire du Président actuel. L’inexpérience et l’amateurisme de celui-ci, le désordre dans lequel s’enfonce la France, ont largement diminué le crédit dont il bénéficiait et qui amenait vers lui tous ceux qui courent vers la victoire. Plus que jamais son jeu repose non sur ses qualités mais sur l’absence d’adversaires capables de mobiliser tous les opposants le soir du second tour. Le terne Edouard Philippe étonnamment dopé par la gestion pourtant désastreuse du COVID-19, a été réélu au Havre avec 58% d’abstentions et face à un communiste… Pas un triomphe capable de lui conférer l’autonomie !

Le président élu en 2017, devait rassembler sur un projet novateur, et il s’est enlisé dans les méandres des contradictions du « en même temps ». Sa volonté absurde d’associer le redressement et l’expansion économiques avec l’écologie a produit ses effets : mise en valeur des verts, et accroissement de leur poids, mortel pour notre économie. Il lui reste quelques survivants de ses amitiés socialistes comme Castaner ou Belloubet qui révulsent tout homme de droite. Grand « dislocateur » de la France depuis trois ans, on a de la peine à croire qu’il pourra recoller les morceaux de sa « majorité » qui a perdu toute légitimité dans le pays réel. Il reste à la droite à s’unir derrière un candidat crédible pour mettre fin à la sortie de piste démocratique du macronisme.

Commentaires

  • Comme d'habitude excellente analyse par Christian VANNESTE; Le plus grand parti de France le grand vainqueur, c'est celui des abstentionnistes. Sont-ils encore républicains, et ont-ils la volonté de changer de régime??????

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