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Quand l'Etat décide l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

 

Par Jean-Philippe Chauvin

Un autre éclairage, une réflexion à plusieurs facettes,  sur l'affaire Notre-Dame des Landes et son aboutissement. Une utile analyse, éventuellement pour en débattre.  LFAR 

 

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Ainsi, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne verra pas le jour, et c'est tant mieux ! Ce projet qui ne correspondait plus aux enjeux économiques ni aux problématiques environnementales de l'Ouest de la France a, enfin, été abandonné, même si, en définitive, les précédents gouvernements n'avaient jamais vraiment pris les moyens de l'imposer, comme si eux-mêmes n'y croyaient pas... La décision de l’État est raisonnable et elle signale, au contraire de ce que disent MM. Alain Duhamel et Bruno Retailleau, une reprise en main par l’État de la « décision politique » quand les prédécesseurs de M. Macron à l’Élysée avaient renoncé à faire preuve d'autorité tout en se plaignant désormais de la décision prise, non par une assemblée parlementaire ni par quelques bureaucrates ministériels, mais par la magistrature suprême de l’État et par son chef de gouvernement. Un vieil ami royaliste me soufflait tout à l'heure que ce retour de la décision d’État s'apparentait à la prise du pouvoir du jeune Louis XIV après que son « parrain » Mazarin ait rendu son âme à Dieu : désormais, le maître, c'était lui, et aujourd'hui, l’État c'est Macron, rajoutait-il, avec un air amusé. Et de soupirer, tout d'un coup mélancolique d'un temps ancien qu'il avait bien connu, entre La Nation Française et la Nouvelle Action Française : « Ah, mais qui sera le Maurice Clavel des zadistes, et le Pierre Boutang du président de la République ? Ils manquent au royalisme, ces deux-là ! ». Cette formule, qui peut sembler bien sibylline à tous ceux qui ne connaissent pas l'histoire du royalisme de la seconde moitié du XXe siècle, méritera, un jour prochain, une plus large explication... Mais je sais qu'elle parlera déjà à quelques vieux monarchistes qui ne désespèrent pas, mais s'impatientent... 

La colère des partisans de la construction de l'aéroport dans le bocage nantais se comprend, et je ne m'en moquerai pas, mais elle révèle bien le manque de hauteur de quelques élites politiques qui oublient le réel et s'en remettent à l'utopie de quelques grands travaux qui devraient régler les mille problèmes d'emplois, d'aménagement du territoire et d'attractivité qu'elles sont bien incapables de résoudre par une politique à la fois plus locale et plus ambitieuse, plus imaginative : l'opposition que celles-ci font entre économie et écologie démontre une absence de pensée stratégique sur le long terme qui reste celui à privilégier, pour transmettre aux générations qui viennent et sont encore à venir un pays habitable, agréable et tout simplement vivant, dans tous ses coins et recoins, et pas seulement dans de grandes métropoles « connectées » et mondialisées.

Là où le président de la République a montré qu'il concevait sa fonction de manière verticale et dans la tradition régalienne de l'arbitrage qui tranche quand les opinions et les passions s'affrontent depuis tant d'années, c'est qu'il n'a pas hésité à revenir sur une promesse électorale et à prendre, même, le contre-pied, rappelant ainsi que le Chef de l’État n'est plus le candidat, comme le Roi n'est plus le prétendant ou le simple dauphin, ce que le roi français Louis XI a su démontrer, roi sérieux et responsable quand il avait été jadis un dauphin agité et conspirateur... 

Certains ont vu dans la décision de l’État, décision officiellement prise et assumée par le Premier ministre quand c'est bien le Président qui a tranché dès lundi soir, un « déni de démocratie », comme M. Ayrault, l'ancien maire de Nantes, et Mme Rolland, qui y siège désormais, et l'argument mérite examen, tout compte fait, car il y a bien eu une consultation démocratique sur le projet d'aéroport, en juin 2016, et une majorité d'électeurs du seul département convié à s'exprimer (quand l'aéroport était censé concerner deux régions...) l'avait approuvé, même si la géographie du vote montrait les forts clivages liés au lieu de résidence des votants, et que les tout premiers concernés, les habitants de Notre-Dame-des-Landes, avaient très largement marqué leur forte opposition au goudronnage de leur bocage... 

En fait, plusieurs remarques me viennent à l'esprit : d'abord, il est tout de même ironique de constater que ceux-là mêmes qui, après le référendum national sur le projet de constitution européenne, n'ont eu de cesse de contourner le vote des électeurs français avant que de faire approuver ce même texte par le seul Parlement, évidemment moins rétif que le corps électoral, se drapent aujourd'hui dans les plis d'une démocratie qu'ils méprisaient et trahissaient alors, comme le confirment les propos du M. Ayrault de l'époque... Ensuite, cette bronca contre la décision étatique s'inscrit dans la remise en cause de la légitimité de l’État à décider, au-delà des opinions du moment et en dehors des seuls jugements de la foule, fût-elle électorale : c'est la même qui se lève contre le droit de grâce du président, condamné par nombre de démocrates contemporains comme un reste de l'Ancien régime, un vieux droit régalien obsolète, mais que je défends aussi avec vigueur comme l'expression d'une « plus haute justice » qui n'est plus celle des « vengeurs » mais bien celle du « pardon », qui est chose royale comme elle est, aussi, de nature religieuse, divine, pour ceux qui croient en Dieu. 

Dernière chose (mais il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet) : s'il y a le « déni », ce n'est pas de la démocratie en soi, ne serait-ce que parce que, qu'on l'ait souhaité ou non, c'est bien M. Macron qui est sorti vainqueur des joutes électorales, démocratiques donc, du printemps 2017, soit après juin 2016 et le vote de Loire-Atlantique, et que la démocratie représentative, depuis la Révolution de 1789 et le moment où les états-généraux se sont transformés en Assemblée nationale constituante, ne reconnaît pas le mandat impératif, ce que, pour ce qui concerne les élections législatives, je regrette personnellement, mais que je ne souhaite pas, en revanche, pour l'élection présidentielle (en attendant la succession royale...). De plus, en démocratie, et on peut parfois le regretter, une élection « efface » souvent la précédente, ce qui, d'ailleurs, est la cause d'une instabilité de la magistrature suprême de l’État que la Monarchie résout par son mode de succession tranquille et assurée. 

Ainsi, l’État, dans cette affaire, a repris l'avantage et, comme tout arbitrage, il s'agit d'un choix qui n'a pas vocation à plaire à tous mais à servir l'ensemble, au-delà des oppositions de la veille. Cela suffit-il à faire une politique ? Sans doute pas, et la République, en ce domaine comme en d'autres, montrera vite ses limites et ses incapacités, mais, pour l'heure, le vieux royaliste que je suis s'avoue satisfait de la décision gouvernementale : il n'est pas certain que j'éprouve la même satisfaction pour les autres et prochaines décisions du pouvoir en place... 

Alors, le temps de quelques heures, savourons, et promenons-nous dans les bois, à Notre-Dame-des-Landes comme à Versailles !   

Le blog de Jean-Philippe Chauvin

Commentaires

  • Aberrant ; il y a bien trop d'agriculteurs en France et pas assez d'infrastructures...
    Les contorsions intellectuelles de ce Chauvin - qui doit être un écolo déguisé - n'y changeront rien.
    Quand les monarchistes entreront-ils enfin dans la modernité ?

  • Pour répondre à certaines remarques sur mon petit cas : je suis effectivement un écologiste intégral, tel que l'a défini, dans les colonnes de Je Suis Français (revue de l'Union Royaliste Provençale), Jean-Charles Masson, cela dans un esprit d'Action Française bien compris. La lecture de l'encyclique Laudato Si' a confirmé certaines des intuitions et idées développées depuis longtemps par les royalistes promoteurs d'une écologie respectueuse de la terre, de la mer, de la biodiversité et des paysages, mais aussi des hommes. Chateaubriand, Barbey d'Aurevilly ou encore Paul Bourget, royalistes fervents, ont écrit quelques unes des plus belles pages littéraires sur ce que l'on n'appelait pas encore "protection de l'environnement", sans oublier, plus tard, Bernanos et Bertrand de Jouvenel. La défense par Maurras de l'étang de Berre menacé par l'industrialisation est aussi à méditer, et certains de ses accents nous rapprochent du combat des Chouans (combat qui remonte aux années 1970 !) contre la bétonnisation de la zone humide et de bocage de Notre-Dame-des-Landes...

  • Il y a surtout beaucoup trop de chômeurs.
    Qu'on le veuille ou non, on est toujours dans la modernité. En soi, le terme est vide de sens.
    Si l'on est satisfait de l'existant, on se réjouit. Sinon, d'autres types de modernités sont toujours possibles. Aucune n'est fixée pour toujours. La nôtre me paraît assez compromise.

  • Ne rigolons pas : les monarchistes vivent dans la modernité comme les camarades. Ils roulent en voiture, regardent la télé, ont des smartphones et des ordinateurs, travaillent sous Word ou Photoshop, prennent l'avion, et tout le bataclan. Le matin, ils écoutent, comme les copains, Nicolas Demorand, Thomas Legrand, Bernard Guetta, et les saloperies de Charline Vanhoenecker ou d'Alex Vizorek. S'ils sont malades, ils ne refuseront pas les merveilles de la médecine ou de la chirurgie up to date.
    Alors quoi ? On est content ? On abolit lucidité et esprit critique ? On se couche ? On accepte d'oublier que nous risquons de crever béats devant cette "modernité" ?

  • Comme pour les déchets , il faut savoir trier dans la modernité et c'est ce qui est fait , bien entendu ,

  • MOI, je n'accepte pas que l'Etat ait cédé devant une poignée de Zadistes Soixanhuitards refusant tout progrès., nous refaisant le coup du "LARZAC";, cela dit je ne suis pas Breton, et n'ai aucun pb pour trouver un aéroport.

  • Se réfugier derrière quatre agriculteurs, deux douzaines de chenilles processionnaires et de grenouilles atypiques, condamner au bruit permanent les braves gens qui demeurent sous l'emprise de l'actuel aéroport de Nantes (et leur indiquer même qu'on va l'étendre ! immonde cynisme) et ne pas voir que le transport est la clé du monde de demain m'effare.

    Je ne parle pas même de la racaille qui s'est entassée là-bas et qui, si elle est chassée va aller migrer à Bures, dans le désert de la Meuse où doivent être entreposés nos déchets nucléaires (quelqu'un a une solution, puisqu'on se refuse à mener vite les recherches sur les sur-régénérateurs ?) ou à Roybon dans l'Isère où doit s'installer un complexe de loisirs ?

    Quelle honte pour la France que cette renonciation vichyste ! Tous les crétins à la Chauvin devraient prendre pour devise "La terre ne ment pas"... Renonciation, culte des ruines, refus du progrès technique (du tout à l'égout : Chauvin doit avoir des "toilettes sèches", comme Bové) ; et de l'anesthésie, pendant qu'il y est...)

    J'ai honte d'avoir pu défendre les mêmes causes que ce mec.

  • Pierre Builly prend prétexte de très mauvaises causes pour en défendre d'aussi mauvaises en ressassant des vieilleries. Se voulant moderne, il devient ringard. J'ai honte !

  • Vous m'expliquerez où sont et ce que sont les "mauvaises causes" que je défends ? L'aménagement du territoire ? La Défense de notre industrie nucléaire ?

  • Tout le monde défend l'aménagement du territoire. En tout cas moi. Je suis même partisan de ressusciter le plan. Mais je ne suis pas sûr du tout que le projet "Notre Dame des Landes" soit un bon exemple d'aménagement du territoire bien mené.
    Je déteste, moi aussi, la racaille zadiste. Du moins les radicaux idéologues et violents. Mais le clientélisme des élus bretons ne me dit rien qui vaille, non plus.
    D'accord aussi pour défendre notre industrie nucléaire. Sans en faire une religion.
    Mais je ne défends pas "la modernité" en bloc, sous prétexte du progrès technico-scientifique. Et encore, à l'intérieur de ce dernier, l'esprit critique s'impose.

  • Chateaubriand, Barbey d'Aurevilly ou encore Paul Bourget, royalistes fervents, ont écrit quelques unes des plus belles pages littéraires sur ce que l'on n'appelait pas encore "protection de l'environnement", sans oublier, plus tard, Bernanos et Bertrand de Jouvenel. La défense par Maurras de l'étang de Berre menacé par l'industrialisation est aussi à méditer, et certains de ses accents nous rapprochent du combat des Chouans (combat qui remonte aux années 1970 !) contre la bétonnisation de la zone humide et de bocage de Notre-Dame-des-Landes...

  • Je suis un grand défenseur de l'aménagement du territoire, que j'enseigne à mes élèves, et il ne doit pas se faire dans le seul sens de la "modernité" telle qu'elle est définie aujourd'hui, c'est-à-dire "mondialisation et métropolisation" : un "redéploiement rural" intelligent et utile, par le développement des nouvelles technologies de l'information au plus large de nos territoires, permettrait de revitaliser des espaces aujourd'hui en déshérence et susceptibles de tomber entre les mains de grandes sociétés chinoises qui appliquent désormais en France le "land grabing" (accaparement des terres", en français) qu'elle appliquait hier en Afrique...

  • Il y a donc des avis divergents sur ce sujet précis, des appréciations différentes. Pas de quoi en faire un drame quand on est d'accord sur l'essentiel. Merci à Jean-Philippe Chauvin de s'être exprimé sur ces réactions. Toute mon / notre amitié.

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