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Maîtres et témoins (III) : Léon Daudet

Les grandes mutineries de 1917...

Les grandes mutineries de 1917...

De Michel Mourre, Dictionnaire Encyclopédique d'Histoire, page 3077 :

"MUTINERIES DE 1917" : Durant la Première Guerre mondiale, à la suite du sanglant échec de l'offensive déclenchée par le général Nivelle dans la région du Chemin des Dames, et dans le climat psychologique créé par les nouvelles de la Révolution russe, des mutineries se produisirent le 28 mai 1917 dans deux régiments français, les 35ème et 129ème érgiments d'infanterie.
Le mouvement s'étendit dans d'autres formations, en particulier le 21ème corps : des soldats refusaient de monter aux tranchées et voulaient envoyer des délégations à Paris pour demander la paix immédiate.
Pétain, qui avait remplacé Nivelle au commandement en chef dès le 15 mai, s'efforça de limiter la répression (il y eut cependant 25 exécutions) et réussit à redonner confiance aux armées.
Ces mutineries, qui coïncidèrent avec d'importants mouvements de grève, contribuèrent à créer dans les milieux politiques français une psychose de trahison qui provoqua l'arrivée au pouvoir de Clemenceau (novembre 1917) et l'ouverture de poursuites contre le journal "Le Bonnet rouge", contre des hommes politiques favorables à une paix de compromis, tels Malvy et Caillaux."

En écrivant ces lignes, Michel Mourre fait ressortir l'importance de la lutte quotidienne de Léon Daudet et de "L'Action française" contre "la trahison de l'intérieur"; en la justifiant, il donne aussi raison à ceux qui pensaient - comme Daudet et "L'Action française" - que, quoi qu'il ait dit et fait "avant", Clemenceau était le seul capable de redresser la situation, ou alors la France allait droit au désastre, et imminent...

De "La pluie de sang", extraits du Chapitre V, "Le moral des Armées fléchit (Mai, Juin, Juillet 1917) pages 123 à 148 :

"...D'octobre 1914 à avril 1917, en dépit de combats terriblement meurtriers, de fatigues inouïes, de maintes déceptions tactiques, et de pertes considérables, le moral et l'endurance des armées françaises furent quelque chose d'extraordinaire. Dans la boue des tranchées, les poux, les rats, les alertes continuelles, les sorties, elles supportaient, d'un bout à l'autre de la ligne de combat, leur sort sans se plaindre, avec une sorte de stoïcisme railleur, qui voyait clair, mais se taisait.
Les choses commencèrent à se gâter à la fin de l'hiver et au printemps de 1917, comme en témoignèrent les deux rappoprts secrets de Nivelle (février 1918) et de Pétain (mai 1918) qui signalaient en même temps les progrès de la campagne dite défaitiste, en réalité de trahison, dans la zone du front et des relèves...
...Le drame des mutineries militaires éclata, en plusieurs points du front, au printemps de 1917, sous le cabinet Ribot (Malvy ayant été introduit, sans raison avouable, au comité de guerre). Quelques semaines auparavant, Maurras, inquiet de certains symptômes, s'était préoccupé de consolider et cimenter le moral des soldats et avait lancé, dans notre journal, sa grande idée de la Part du Combattant...
...Je pense aujourd'hui que les mutineries militaires (annoncées à l'avance par l'agent malvyste Henri Guilbeaux, dans sa revue "Demain") furent le résidu d'un plan d'ensemble, comportrant des dégâts plus importants. J'eus l'occasion (sur l'interrogation du procureur général) d'exposer ce point de vue à la Haute-Cour, contradictoirement avec l'inénarrable Paul-Prudent Painlevé, ministre de la Guerre, qui affirmait la spontanéité de ces mouvements. Je fis remarquer que ces actes d'indiscipline, extrêmement graves, collectifs, allant jusqu'à des coups de feu tirés sur des officiers, s'étaient produits simultanément dans quatorze corps d'armée et avaient laissé le front ouvert pendant quarante huit heures, notamment dans le région de Soissons. Le Sénat parut fort ému de cette révélation, que j'appuyai de précisions irréfutables. Painlevé maintint son absurde avis, d'après lequel l'échec de l'offensive d'avril (dite offensive Nivelle, du nom du général qui l'organaisait et la commandait) suffisait à expliquer l'origine des mutineries.
Le procureur général donna alors connaissance à la Haute-Cour des avertissements sérieux qui étaient venus des généraux commandant en chef aux membres du Gouvernement, concernant les effors criminels faits pour ébranler le moral militaire. A partir de là, cette cause était entendue...
...De malheureux soldats se mutinèrent, non parce qu'ils étaient déçus militairement (une telle déception n'était pas la première, et bien des offensives alliées avaient échoué avant celle-là, sans que se produisît aucun trouble), mais parce qu'ils étaient excités systématiquement. D'où venaient ces excitations ? Je l'ai dit et je le répète : du ministère de l'Intérieur. Pourquoi cela ? Parce que le ministère de l'Intérieur était occupé par un agent allemand inamovible...
...On sait que c'est le général Pétain qui dispersa les mutineries et releva, en quelques semaines, le moral des armées ! Néanmoins l'alerte, pour ceux qui savaient, avait été chaude. De malheureux soldats payèrent pour les misérables agitateurs, dont le grand chef était place Beauvau...


Illustration : Georges Clemenceau dans les tranchées, le 15 septembre 1917...