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L’affaire Epstein, une bombe à fragmentation, par Antoine de Lacoste

(reçu hier, à 9h20)

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A la fin des années quatre-vingt, Jeffrey Epstein fit la connaissance de Leslie dit Les Wexner, milliardaire et propriétaire, entre autres, de la marque de lingerie féminine Victoria’s Secret, à qui il doit sa fortune.

Mais juste avant, un fait encore étrange de la vie d’Epstein doit être approfondi. En 1987, il entre au conseil d’administration de la New York Academy of Art. C’est une institution prestigieuse co-fondée en 1979 par le célèbre et sulfureux Andy Warhol et Stuart Pivar. C’est ce dernier qui a fait entrer Epstein dans l’antre de cette académie. Pivar est un milliardaire né dans une famille modeste de Brooklyn (décidément !) qui a fait fortune dans le plastique et s’est passionné pour l’art. Il aimait également la science et a développé des théories fumeuses sur l’évolution et la biologie.

 

C’est par amitié que Pivar aurait fait entrer Epstein dans ce conseil d’administration où les places étaient chères. Notre prédateur ne connaissant rien ni à l’art ni à la science, on se demande bien comment une telle amitiéa pu naître. Aucune réponse ne peut être trouvée, Pivar se contentant d’invoquer « le magnétisme d’Epstein ».

Pivar quitta l’académie en 1994 dans un climat conflictuel et opaque. Il raconta ensuite qu’il ignorait tout des activités répréhensibles d’Epstein et qu’il rompit avec lui en 1996 lorsqu’une étudiante de cette académie, Maria Farmer, l’informa des agressions sexuelles qu’elle avait subies de la part de son protégé. Un mensonge de plus dans cette affaire hors norme puisque la divulgation des dossiers Epstein a révélé que Pivar avait écrit un petit mot amical dans le livre-anniversaire d’Epstein en 2003, soit sept ans après avoir été prévenu par Maria Farmer. Le mot en question est d’ailleurs très étrange et vaut la peine d’être cité : « Jeffrey à mi-siècle, aux références plénipotentiaires, bien que faisant le mal quand il pouvait, a évité la pénitencerie ». Cette connivence, déjà suspecte, est vraiment révélée par ce mot baroque et aurait pu intéresser des enquêteurs mais Pivar ne fut évidemment jamais inquiété.

La malheureuse Maria Farmer porta plainte auprès de la police de New York et auprès du FBI, rien que ça. Que se passa-t-il ? Rien, comme d’habitude. Pourtant, cette fois, ce n’était plus un mannequin mais une étudiante au profil plus classique. Le plus curieux c’est que c’est la doyenne des étudiants de l’académie, Eileen Guggenheim, qui a envoyé Farmer chez Epstein et Maxwell en lui faisant miroiter la vente d’un de ses tableaux. C’est à cette occasion qu’elle fut agressée. C’était en 1995.

Maria Farmer raconta ensuite qu’elle appela Eileen Guggenheim dès le lendemain lui racontant, en pleurs, qu’Epstein et Ghislaine Maxwell étaient « des malades » et qu’elle avait failli être violée. Madame Guggenheim s’est, pour toute réponse, moquée de Maria. Pour agir ainsi avec une élève envoyée par la doyenne étudiante de l’académie, le couple devait vraiment être sûr de son immunité.

Epstein a longtemps profité de sa position pour se promener à l’académie, fructueux terrain de chasse. Il « rôdait souvent, regardant les ateliers des étudiants » raconta ensuite Maria Farmer. Cela dura sept ans, de 1987 à 1994, date à laquelle il quitta le conseil, probablement poussé dehors après le départ conflictuel de Pivar.

Eileen Guggenheim fut tout de même interrogée par le FBI en 2007 dans le cadre de l’enquête qui mènera à la première condamnation du prédateur en 2008.Issue d’une famille qui tenait des boutiques de vêtements dans le New Jersey, elle fit des études d’art, devint assistante, on ne sait comment, du prince Charles, futur roi d’Angleterre. La famille royale britannique est décidément assez en vue dans tout ce qui gravite autour d’Epstein.

Elle se tira sans dommages de cet interrogatoire, malgré les plaintes de Maria Farmer. Elle avait pourtant été vue plusieurs fois lors de séjours dans le ranch d’Epstein situé au Nouveau-Mexique. Elle nia ces séjours mais plusieurs témoignages d’anciennes étudiantes qui l’avaient vue sur place l’obligèrent à se rétracter.

Le plus cocasse c’est qu’en 2013 Eileen Guggenheim écrivit à Epstein sur papier à en-tête de l’académie pour lui demander de parrainer une bourse. C’était donc cinq ans après sa première condamnation.

Aujourd’hui, Eileen Guggenheim est la très respectable présidente de la New York Academy of Art, fonction prestigieuse où elle a succédé à son mari. Mais plus pour très longtemps : rattrapée par la publication de documents évoquant son rôle, elle devrait prochainement quitter son poste.

 

LA RENCONTRE AVEC WEXNER

 

Même si ce n’est pas rien d’avoir été chez Bear Stearns, puis chasseur de primes pour des gens riches victimes d’escroquerie (voir le premier article) ou encore administrateur de la New York Academy of Art, c’est la rencontre avec Les Wexner qui marqua la véritable ascension d’Epstein.

C’est l’assureur Robert Meister qui a présenté les deux hommes en 1986, à Palm Beach en Floride. Meister, vice-président du grand groupe Aon, connaissait Wexner de longue date, il n’y a pas d’ambiguïté à ce sujet. En revanche, et comme toujours, c’est la façon dont Epstein a rencontré et acquis la confiance de Meister qui est mystérieuse.

La thèse officielle n’a même pas eu l’élémentaire élégance d’être un tout petit peu crédible. Il faudrait en effet avaler qu’Epstein et Meister se soient rencontrés par hasard dans un avion où ils étaient opportunément assis l’un à côté de l’autre. Grâce au charme inné d’Epstein les deux hommes ont sympathisé pendant le vol et Meister a ensuite eu l’irrépressible envie de rendre service à son nouvel ami. En réalité, cette version est celle de Robert Meister reprise par toutes les sources sans le moindre élément de preuve. On ne sait donc pas comment Epstein a pu se lier avec Meister qui naviguait dans des sphères bien supérieures aux siennes. Une intervention extérieure peut, une fois de plus, être envisagée.

Donc, Meister veut rendre service à Epstein pour des raisons inconnues et le présente au multimilliardaire Les Wexner. Ce dernier est issu d’une famille russo-juive, son père est né en Russie, sa mère à Brooklyn. Il fit fortune dans la vente au détail, notamment de lingerie féminine, activité créée par ses parents et qu’il réussit à remarquablement développer. Forbes estime sa fortune à 10 milliards de dollars. Engagé au Parti républicain, il fit partie de la délégation accompagnant George Bush à Jérusalem en 2008 pour le 60e anniversaire de l’Etat d’Israël.

Très vite, Epstein gagne sa confiance et devient son conseiller financier à la place d’Harold Levin qui avait prévenu Wexner : « Je sens le rat » lui avait-il dit. Notons en passant, qu’un des précédents conseillers financiers du milliardaire, Arthur Shapiro, a été assassiné en 1985 en pleine rue et en plein jour de deux balles dans la tête. Un travail de professionnels. Services secrets, mafia ? Nous ne le saurons sans doute jamais.

La machine s’emballe alors. En très peu de temps, Epstein gère directement l’ensemble de la fortune du milliardaire et obtient en 1991 procuration sur toutes ses affaires. Sa liberté est totale, ses honoraires gigantesques. En 2019, Wexner se plaindra aux juges d’avoir été escroqué par Epstein pour de « vastes sommes ». Cette très tardive indignation ne trompa personne, le milliardaire était, à l’évidence, une victime consentante.

Pour quelle raison ? Cette fois, et contrairement à Meister, ce sont les frasques sexuelles qui ont permis à Epstein de « tenir » Wexner. Virginia Giuffre, qui s’est officiellement suicidée en avril 2025 (thèse plus que douteuse), le reconnut et le dénonça comme un de ses prédateurs. Il ne fut jamais inculpé.

Epstein lui doit beaucoup, à commencer par son appartement de luxe dans l’Upper East side de New-York et son jet privé. Ensuite, grâce à ses faramineux émoluments et ses détournements d’argent, il put acquérir Little Saint James, la fameuse île privée des Caraïbes, l’immense ranch du Nouveau-Mexique, la résidence de Palm Beach (à côté du golf de Donald Trump) et 800m2 avenue Foch à Paris.

C’est dans plusieurs de ces lieux que Wexner bénéficia des faveurs, consenties ou non, de jeunes femmes fournies par Epstein. L’histoire ne dit pas s’il y eut des mineures.

Lui aussi présenta quelqu’un d’important à Epstein. Il s’agit du milliardaire Leon Black. Le prochain article consacré à l’affaire Epstein sera également l’occasion de se pencher sur le Mega group, ce groupe informel composé de milliardaires juifs désireux d’aider l’Etat d’Israël, cofondé par Les Wexner.

                                                                                              (A suivre)

                                                                      

           

           

           

           

           

           

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