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GRAND STETXES De la Révolution française à la "nouvelle France" de LFI, par Mathieu Bock-Côté

(Chronique parue dans Le Figaro du Samedi 28 Mars 2026)

CHRONIQUE – Pour comprendre le concept de « nouvelle France » défendu par La France insoumise, il faut remonter à la Révolution française, qui a acté le passage d’une patrie identitaire et enracinée à une patrie philosophique et idéologique.

 

Jean-Luc Mélenchon prêche désormais ouvertement pour la « nouvelle France », celle issue du « grand remplacement », ce sont ses mots, autrement dit, de la submersion migratoire. Mais ce serait faire erreur de la réduire à cela. Il faut inscrire ce concept dans une histoire bien antérieure à LFI, et remonter à la Révolution, son véritable point de départ, avec la répudiation de la France millénaire, et son remplacement par une France nouvelle, universelle, fondée sur le culte des droits de l’homme, s’offrant à l’humanité entière. On y verra le passage d’une patrie identitaire et enracinée à une patrie philosophique et idéologique.

La République révolutionnaire n’aura de cesse d’effacer la France antérieure dans une vaste entreprise d’épuration philosophique inaugurée par la guerre de Vendée et culminant avec la proclamation de la laïcité au début du XXsiècle. Mais le vieux fond d’un pays remonte souvent à la surface. Une nouvelle identité synthétique, puisant dans les sources prérévolutionnaires et révolutionnaires de la France, prendra forme alors. On notera toutefois que tout ce temps, la France n’a pas changé de substrat démographique, de peuple historique.

Avançons de quelques décennies. La France connaîtra avec les années 1960, et surtout 1970, une nouvelle secousse, avec la grande vague de la contre-culture, qui la poussera, comme tous les autres pays occidentaux, à répudier son héritage, même à le maudire – ce mouvement s’accentuera dans les années 1980 avec la réduction progressive de l’histoire de France à ses pages noires, qu’il s’agisse de son histoire impériale ou de la Seconde Guerre mondiale, réduite à la collaboration. Le patriotisme devient un péché.

Au même moment, la France se découvre frappée par l’immigration de masse et SOS Racisme fut le premier mouvement, quoi qu’en disent ceux qui réécrivent son histoire, à plaider pour une forme de conscience raciale révolutionnaire. Ce qu’on appelle pudiquement le communautarisme surgit alors et ne cessera de s’étendre. La fameuse France « black blanc beur » de 1998, contrairement à ce que certains voulurent croire à l’époque, marquait moins l’heure de l’identité heureuse que la racialisation officielle de la symbolique française.

Radicalisation d’un processus de désincarnation identitaire

Au cours de ces années, d’ailleurs, la France est passée de l’assimilation à l’intégration, puis à l’insertion, et ce n’est plus à un corps social et politique culturellement caractérisé qu’il fallait se fondre, mais à une série de « valeurs ». C’est d’ailleurs dans cette séquence, à partir des années 2000, en fait, que la référence à la France s’effacera devant celle à la République européenne, comme si, de nouveau, le pays entendait départiculariser son identité et en faire une promesse pour l’humanité entière. La sacralisation du droit d’asile en est la conséquence.

C’est dans ce contexte que LFI se présente comme le vecteur d’un 1793 permanent. La « nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon repose à la fois sur la radicalisation d’un processus de désincarnation identitaire qui remonte à la Révolution, mais aussi, d’accueil béat d’un peuple nouveau, venu par l’immigration, qui vient balayer, dans son esprit, les derniers restes du vieux pays. Il importe d’abord, devant le nouveau peuple, de battre sa coulpe. Il le fera en maudissant à plusieurs reprises les « anciens Français », « tout moches, tout blancs ».

Le vide appelle le plein, la République désincarnée appelle un nouveau substrat démographique. Jean-Luc Mélenchon l’accueille de manière béate comme s’il guettait, au loin, un conquérant libérateur pour lui ouvrir de l’intérieur les portes de la cité. L’ethnomasochisme culmine dans le nationalisme étranger. Évidemment, le passage d’un monde à l’autre n’est jamais tout à fait agréable, comme on l’a vu avec l’expulsion violente des anciens maires de leurs mairies.

Saint-Denis, terre historiquement et symboliquement chargée, devient la capitale de la « nouvelle France ». Ce n’est pas neutre. Elle annonce par ailleurs la formation, tôt ou tard, d’une constellation de républiques ethnosoviétiques. Le pouvoir nouveau s’affirme sans gêne. Bally Bagayoko, l’éloquent maire de Saint-Denis, invite ainsi ceux qui s’installent dans sa ville à s’assimiler à son histoire, à son identité, à sa population historique. L’assimilationnisme reprend ses droits, pour peu qu’il s’inverse et serve à dissoudre les derniers restes du vieux peuple français.

L’universalisme républicain, hélas, devient un élément du folklore germanopratin. Ses assises sociologiques se sont effondrées. Les plus cyniques diront que la révolution arrive à son point d’aboutissement et peut enfin crier victoire.

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