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Feuilleton : Son "érudition intelligente" fait "des lecteurs reconnaissants" : Jacques Bainville... (30)

 

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 (retrouvez l'intégralité des textes et documents de ce sujet, sous sa forme de Feuilleton ou bien sous sa forme d'Album)

Illustration : portrait de Jacques Bainville par Marie-Lucas Robiquet; couverture du "Jacques Bainville, La Monarchie des Lettres, Histoire, Politique et Littérature", Édition établie et présentée par Christophe Dickès, Bouquins, Robert Laffont (1.149 pages).

Aujourd'hui : Rencontre avec Maurras, entrée dans l'AF; Bainville demande conseil à Maurras...

 

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Rencontre avec Maurras, entrée dans l'AF...

Rencontre avec Maurras, entrée dans l'AF...

 

Bainville est présenté à Maurras au Café de Flore.

Bainville est présenté à Maurras au Café de Flore.

Illustration : Le Café "Au signe de Flore" aujourd'hui, bien différent de ce qu'il était, "à l'époque"...
"Premier-né des cafés littéraires du "triangle d'or" qu'il forme avec les Deux Magots et Lipp, le Flore fut fondé vers la fin du Second Empire, peut-être en 1865. Établissement de médiocre aspect, il ouvrait alors sur la rue Saint-Benoît par une entrée décorée de la statue de la déesse qui lui conféra son nom, mais qui disparut, croit-on, lors des travaux de percement du boulevard Saint-Germain. Il subit en 1930 une transformation complète qui lui donna son aspect Art déco actuel...
Huysmans et Rémy de Gourmont furent les premiers habitués célèbres du Flore.
À partir de 1898, un groupe d'anti-dreyfusards commença à s'y rassembler autour de Charles Maurras, qui y venait en voisin, et qui y rédigea avec ses partisans les premiers numéros de l'Action française, imprimée rue Cassette...." (notice de M.G. dans Dictionnaire des Monuments de Paris, Editions Hervas).

 

Le Café de Flore a une importance toute particulière, pour l'histoire de l'Action française en général, mais aussi pour Charles Maurras et Jacques Bainville en particulier.
C'est en effet dans ce Café, dans la petite salle du premier étage - Maurras l'a raconté dans son livre "Au signe de Flore" - que se sont élevés les premiers, bruyants et joyeux échos du mouvement...
C'est aussi à cet étage que la Revue d'Action française vit le jour en 1899...

C'est là que Jacques Bainville fut présenté à Charles Maurras, de dix ans son ainé, en mars 1900.
Lucien Moreau, ami de Maurras, donnait une conférence au Café "Le Procope", sur l'empirisme organisateur.
Maurice Barrès y avait invité Jacques Bainville.
Après la conférence, Henri Vaugeois entraîna Bainville au Café de Flore, où se trouvait Maurras.
Maurras fut frappé par la jeunesse et, en même temps, la maturité de Bainville. Toujours dans "Au signe de Flore", il raconta la découverte réciproque :


"C'est par Henri Vaugeois que commencèrent six grands lustres de collaboration incessante et, à travers les biens et les maux de la vie, une amitié vive et fidèle entre Bainville et moi..."

 

Bainville demande conseil à Maurras

Bainville demande conseil à Maurras

 

Le moment est grave et solennel : Bainville doute de lui; il a résolu de ne pas prendre "l'état d'auteur".
Il s'en ouvre, avec gravité, à une seule personne, la seule qui compte pour lui, dans un moment pareil et sur un sujet pareil, qui va engager son existence.
C'est à cette confiance sans limite en celui qu'il considère, de toute évidence, et bien plus que comme un ami, comme un "père spirituel", que l'on comprend cette dédicace qu'il lui donnera : "hormis le jour, je lui dois tout"
La lettre de Bainville est du 10 janvier 1902, Maurras y répondra aussitôt, le 13.
En voici les textes :

1. Lettre de Bainville à Maurras (le 10 janvier).

Monsieur Charles Maurras, rue du Dragon, 19, Paris VIème.
Jeudi 10 janvier 1902.

Mon cher ami,

L'affection que vous me témoignez depuis deux ans m'autorise à vous demander plus qu'un service : un conseil. Effrayez-vous : c'est grave et en quelque manière décisif. Et je compte que vous ne me répondrez pas par des douceurs.
Je songe (et non par caprice) à cesser d'écrire et à ne pas prendre l'état d'auteur. Je n'ai aucune confiance en moi-même. Imagination nulle, intelligence médiocre, peu brillant au jeu des idées (vous ne récuserez pas ce portrait), j'envisage avec dégoût une vie occupée à composer malgré Minerve. Je me connais quelques qualités qui seront mieux employées à tout autre chose qu'à la littérature. Que plusieurs générations aient durement travaillé pour me permettre de combiner des mots et d'écrire quelques plaisanteries, cela vous paraît-il digne ? Il me semble que la sagesse serait de faire, moi aussi, un travail plus sérieux.
J'ai de plus en profonde horreur ce qui ressembla à la bohême (dans tous les sens). Au petit jeu de Vaugeois, je me définis "les rendez-vous bourgeois". Je n'ai jamais songé comme vous à me faire marin. Je connais quelques jeunes gens qui se trouvent fort bien d'avoir pris deux ou trois ans plus tôt que moi le parti qui leur semble le meilleur, mais c'est justement parce qu'ils l'ont pris plus tôt que je ne puis les imiter à la légère. Vous sentez la nature de la consultation que je vous demande.
Ceci pour vous seul. Et bien cordialement à vous.

Jacques Bainville

PS. Souvenez-vous que vous m'avez rangé il y a dix-huit mois dans les "esprits pratiques" et hier dans les "esprits rassis".

2. Réponse de Maurras à Bainville (le 13 janvier).

"Je voudrais vous éviter ce que j'appelle une folie. Il m'a toujours paru depuis que je vous connais que votre avenir est fixé. Je vous dirai tout de bon : tu seras critique..."

Maurras a donc répondu aussitôt à cette sorte d'appel au secours que lui lançait Bainville, et l'a convaincu de "renoncer à son renoncement" : heureusement pour Bainville lui-même; heureusement pour les Lettres, la Culture et l'Intelligence française : grâce à cette réponse de Maurras, et à son avis, qu'il va suivre, Bainville, selon l'opinion de celui qu'il institue son conseiller et son maître, adopte le parti d'écrire : il pourra "devenir ce qu'il est" : Jacques Bainville...

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