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Syrie : L’illisible stratégie américaine

Antoine de Lacoste 

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L’Etat islamique ou Daech, est militairement vaincu. Après avoir conquis et administré, par la terreur, de vastes territoires à cheval sur l’Irak et la Syrie, l’ancien califat ne défend plus que deux kilomètres carrés de territoire à Baghouz, près d’Hajin, au sud-est de la Syrie.

La chute de ce dernier réduit est imminente…depuis plusieurs mois. La bataille d’Hajin a en effet commencé en septembre.

Des combattants kurdes, des peshmergas.jpgAprès six mois d’une laborieuse progression, les fantassins kurdes des FDS, (Photo) appuyés par l’armada aérienne de la coalition, piétinent toujours devant les derniers irréductibles du califat. Certes, de nombreux civils sont toujours sur place ; des prisonniers également. Et, selon une tactique éprouvée après des années de guerre, les djihadistes ont creusé un vaste réseau de tunnels ce qui compliquera les ultimes combats.

Mais tout de même ! Les avions américains, selon leur habitude, ont déversé des milliers de bombes sur ce tout petit territoire, dont il ne reste pas un bâtiment debout. Les combattants de Daech n’ont plus un véhicule leur permettant de lancer des opérations suicide ou de contre-attaquer. La dernière tentative, faite à bord de pick-up, a été totalement annihilée par l’artillerie française, disposée à quelques kilomètres de là.

Alors que se passe-t-il ?

7578-tab.jpgTout simplement ce que le colonel Legrier (Photo) a expliqué dans l’article qui lui a valu tant de reproches de la part de la ministre Florence Parly. Les bombes ne suffisent pas ; elles sont même contre-productives en exaspérant la population civile, première victime de ces frappes massives. Quant aux fantassins kurdes, leur professionnalisme n’est guère démontré (ils se sont débandés à chaque offensive de Daech) et leur combativité est en chute libre. Pourquoi mourir au profit d’un allié et protecteur qui annonce qu’il va bientôt vous abandonner ?

Cette piteuse fin de campagne montre toutes les limites de la stratégie américaine. Pour reconquérir Raqqa et Mossoul, le Pentagone a choisi de les détruire, tuant des milliers de civils. Que n’aurait-on entendu si les Russes avaient procédé ainsi à Alep ou dans la Ghouta ! Au cours des reconquêtes syriennes appuyées par l’aviation russe, seuls les immeubles abritant des combattants étaient visés.

Alors bien sûr, ce petit réduit va finir par tomber. Mais quelle victoire politique pour Daech ! Une poignée d’hommes mettant en échec l’armada de la coalition pendant des mois, voilà qui ne peut qu’alimenter l’aura de l’Etat islamique.

bagdad.jpgPlus personne ne comprend la stratégie de l’Amérique, si elle existe d’ailleurs : après avoir longtemps soutenu en sous-main des rebelles prétendument modérés, elle les a finalement abandonnés ;  puis elle a envoyé 2000 hommes et des moyens aériens considérables pour appuyer les Kurdes contre Daech : elle annonce finalement qu’elle s’en va, avant la fin de la bataille. Et dans le même temps, elle proclame qu’elle restera en Irak pour surveiller l’Iran, ce qui a naturellement soulevé un tollé à Bagdad. (Photo)

Tout cela révèle une confusion sidérante mais aussi de profonds désaccords entre les différents centres de pouvoirs américains.

Le bilan américain au Proche-Orient est décidément accablant.  

Retrouvez l'ensemble des chroniques syriennes d'Antoine de Lacoste parmi les articles de dans notre catégorie Actualité Monde.

Commentaires

  • Ce n'est pas nouveau de dire que les compagnies d'infanterie arabes (ou kurdes) sont surtout formées (quand elles le sont) à occuper du terrain préparé par les bombardements aériens et d'artillerie "a tabula rasa" !

    Les Russes détruisent et chassent ou exterminent tout en avant des unités syriennes qui la plupart du temps se "battent" sans casque ni gilet.
    Dans les combats au contact de Daesh on procède de même. En cas de revers ou de contre-attaque des Freux, on...... "recule pour se reformer plus loin :)".

    Le colonel Legrier a bien raison.

  • Des cataractes de commentaires ont déjà été produits sur le caractère labile de M. Trump. Ce dernier se prend pour un individu d'une haute intelligence et par ses succès économiques et commerciaux il a gravi la marche suprême de la présidence. Certes, il ne manque pas de bagout et vibrionne à tous vents.Mais, en réalité, il doit son entrée à la Maison Blanche surtout à Mme Hilary Clinton, insupportable prédatrice du système américain.Il est clair que le Moyen-Orient l'agace ne comprenant rien à ses mystères et fourberies.D'autant que les Russes et les Turcs y sont impliqués.Il a donc peu à y gagner et les affaires d'Extrême-Orient sont à ses yeux autrement plus importantes. Aussi bien le sort des Kurdes lui est assez indifférent. Ce qui est proprement scandaleux, car sans eux les drapeaux noirs de Daech claqueraient encore sous les vents du grand califat.Mais l'ingratitude mène ce monde et les chers alliés français et anglais ne peuvent guère le critiquer ayant eux-même trahi naguère leurs plus fidèles soutiens.

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