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Maîtres et témoins...(II) : Jacques Bainville.

Brissot la guerre

Brissot la guerre

(De Jacques Bainville, Lectures, Fayard, pages 147 à 150).

La seule chose qui rende supportable les récits de la Révolution, c’est qu’on peut dire à la plupart des imbéciles et des scélérats qui ont coopéré aux actes révolutionnaires : «Toi non plus tu n’en as pas pour longtemps ». L’Ecclésiaste se plaignait de l’immense impunité qui règne sur la terre. La Révolution est le seul exemple du châtiment qui suit la faute sans délai. Lorsque le jour de la condamnation de Louis XVI, le garde du corps Pâris assassina le conventionnel Lepeletier Saint Fargeau, aristocrate ou grand bourgeois qui venait de voter la mort, il sacrifiait inutilement sa propre vie. Lepeletier, avec cent de ses camarades régicides, était déjà promis lui-même à la guillotine.
Il eût été scandaleux surtout que Brissot n’expiât point. Brissot principalement responsable (Jaurès l’a dit) de vingt-trois ans de guerre, génératrices de tant d’autres, et qui avait, par un profond calcul, lancé la Révolution dans un conflit avec l’Europe pour en finir avec la monarchie. Il existait déjà, sur Jacques-Pierre Brissot, une étude fort complète et très impartiale due à un étranger, M. Getz-Bernstein. A son tour, M. Jean-François Primo publie une biographie du personnage, une biographie à la mode du jour, à peine « romancée » ; qui contient beaucoup de détails nouveaux.
J’attendais impatiemment, en lisant ce livre, le moment où « le diplomate de la Gironde » porterait enfin sa tête sur l’échafaud, que personne n’avait mieux mérité que lui. Je ne crois pas que Maximilien Robespierre ait été « un homme très doux ». Jacques-Pierre Brissot était un homme très méchant. Tout le monde connaît son aveu : «C’était l’abolition de la royauté que j’avais en vue en faisant déclarer la guerre.» Toute la politique des Girondins est là et Barbaroux renchérissait : « La guerre a tué Louis XVI. » Barbaroux alla aussi à la guillotine et il ne l’avait pas volé. Mais Brissot avait eu un mot moins célèbre et plus terrible : «Je craignais surtout que nous ne fussions pas trahis.» Par la guerre avec l’Autriche, il comptait jeter le roi et la reine dans une affaire de trahison. Il y réussit. Jaurès a tort de croire que la Révolution, pour s’achever, n’avait pas besoin de devenir belliqueuse. Sans la guerre, il n’eut pas été possible de rompre « le charme séculaire de la royauté. »
Il est vrai que Brissot, par l’appel au peuple, tenta de sauver la vie de Louis XVI. C’est que la peur l’avait pris quand il avait vu que l’Angleterre se disposait à entrer dans la lutte alors qu’il s’était porté garant, en réponse à Robespierre, que jamais le peuple anglais ne permettrait à son gouvernement, du reste trop occupé ailleurs, d’attaquer la France. Les raisons de ce remords tardif sont très bien données par le livre de Getz-Bernstein. Que le remords soit « la faiblesse portée dans la faute », c’est toute l’histoire des Girondins des mains desquels il fallut que la Terreur prît la direction farouche des affaires pour sauver la France de la guerre qu’ils avaient voulue et qu’ils perdaient. Le vote de Brissot ne sauva ni Louis XVI, ni Marie-Antoinette, tandis que la meurtrière invention du Comité autrichien avait déterminé le régicide, de même qu’elle avait désigné pour les massacres de septembre Montmorin et Lessart, eux-mêmes, d’ailleurs, punis d’avoir, trois ans plus tôt, appuyé la politique de Necker.
Mais on peut dire que la fin de Brissot, avec les détails dont l’entoure son nouveau biographe, dépasse toute espérance. Brissot ayant fui à la grande débandade de la Gironde, fut arrêté à Moulins et ramené à Paris. Il eut alors son retour de Varennes. Rien n’y manque, n i les outrages, ni l’ordure, ni le « cannibalisme ». Enfermé à l’Abbaye, il est mis au secret. Il supplie le Comité de Salut public de lui permettre de voir sa femme : « Elle est mère, elle a trois enfants, jugez combien de larmes vont couler ; laissez-moi la douceur d’en essuyer quelques unes. » Pauvre chou ! Mais Brissot était traité en roi. Louis XVI aussi avait été séparé de sa famille pendant son procès.
Je ne vois pas que M. Jean-François Primo reproduise l’acte d’accusation d’Amar. C’est dommage. Le grief capital porté contre Brissot, c’était d’avoir conspiré et trahi par le moyen du Comité diplomatique, devenu le frère et le successeur du Comité autrichien. Et Brissot monta sur l’échafaud quinze jours après Marie-Antoinette. Malgré tout le talent de son biographe, il m’est absolument impossible de le plaindre.

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