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Journal d'un royaliste français au Maroc - Page 2

  • Américaneries

    Le port de pêche 

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    IMG - JPEG - Copie - Copie.jpgCasablanca, 20 mars 2015

    Au restaurant Ostreade, au port de pêche, je reçois, mon confrère le téléaste Omar Sélima. Impossible de s'entendre tant les chansonnettes anglo-américaines sont diffusées fort dans cet établissement marocain naguère silencieux. Le garçon a l'air ahuri quand je lui demande de baisser un peu le son, ce qui n'est fait qu'au bout d'un long, long moment et encore de seulement quelques décibels.

    C'est un mal universel et qui a sa seule raison d'être dans les fabuleuses redevances que ramassent partout sur cette musique diffusée en public les « majors », compagnies états-uniennes de production musicale. Et le monde entier ou quasi se soumet à ce rançonnement...

    Sur le même registre de la soumission générale à l'hégémonie industrio-financière du monde anglo-saxon, j'ouvre le luxueux magazine francophone marocain Leaders (sic) de mars 2015 : toutes les nouvelles entreprises locales mentionnées ont, à l'image d'ailleurs de ce qui se passe en France et ailleurs, des intitulés anglophones : Hit-Radio, Logistics Services, Hellofood, Upline Group, Ero-Friendly, Afric Industries, Industube, Bank Mouamalat-Saaba, CIH Bank, Mytrippy, Fastpayment, Linky, Virtual Building Solutions, Twiyer, Moo's, Smala and Co, Play Academy, Loolys, et je m'arrête car j'en aurais encore jusqu'à demain...

    Une consolation : le bon vieux Crédit agricole du Maroc conserve pour le moment son intitulé francophone...

    Je rentre chez moi et je mets Médi-1, la station franco-arabe de Tanger, pour écouter le journal parlé en français. Avant ça, ça broie les mêmes chansonnettes idiotes et « tapantes » que dans les restaurants, les super-marchés, les supérettes, les parc-autos payants, bref tous les endroits publics où les terribles « majors » peuvent se remplir les poches en nous cassant les oreilles...  

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  • Eclair de lucidité

    Après l'attentat du musée du Bardo ...

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    PERONCEL 4.jpgMohamedia, 19 mars 2015

    Parfois nous parvient de l'Eurocratie un trait de vérité mais, en général, il est vite oublié comme un lapsus. Ainsi ce réveil du Luxembourgeois Juncker, actuel président de la Commission européenne :

    « Sans l'armée française, l'Europe serait sans défense ! »

    La réaction la plus stupide, après l'attentat islamiste (21 tués, tous Européens, sauf un, dont 3 Français) contre le musée du Bardo, à Tunis, le 18 mars 2015 :

    « Ces attaques visent le multiculturalisme et la diversité ! », selon Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre. Et tant qu'il y est pourquoi pas la parité hommes-femmes, le mariage contre-nature, la théorie du genre et toutes les lubies actuelles de la société occidentale... 

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  • Petite histoire marocaine ... [4/8]

    Ramadan 2017 au Maroc 

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    ph - Copie (2).jpgMohamedia, mars 2015

    Petite histoire marocaine (mais qui pourrait se passer partout en Islam, France comprise) racontée par son « héros » principal, l'abbé Jean Parry, en poste au Maroc depuis des décennies. Ce prêtre a eu aussi une longue carrière d'infirmier dans plusieurs régions du Royaume,  carrière exercée en même temps que son service sacerdotal :

    « Je travaillais donc depuis un certain temps avec une équipe médicale et paramédicale à 100% musulmane, sauf moi. Par intérêt, par solidarité, je m'intéressais à ce que je voyais de la vie religieuse de ces Marocains, notamment le jeûne du mois sacré de Ramadan. Certains jours même je jeûnais avec eux, on parlait des faits et dits de Mahomet, de telle ou telle citation du Coran etc... Et puis un beau jour, un drôle de jour plutôt, toute l'équipe se jeta sur moi et m'étendit sur une table, en tirant mon pantalon : "Tu es prêt pour devenir musulman, tu jeûnes, tu te réfères au Coran, il ne te manque que la circoncision etc.. etc...".

    Je me débattis tellement, je criais sans doute aussi, que mes "circonciseurs" finirent par me libérer... On était dans un hôpital et ils avaient tout préparé, les braves gens... C'est ainsi que je ne devins pas musulman...» conclut notre brave abbé, qui est resté néanmoins adepte du « partage » avec les non-chrétiens... 

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  • Prions pour le sportif qui priait... [3/8]

    Alexis Vastine (1986-2015) 

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    peroncel1.jpgMohamedia, 10 Mars 2015

    Prions pour le sportif qui priait... et qui vient de se tuer, en Argentine, avec d'autres personnes, lors d'un accident d'hélicoptère : Alexis Vastine, 28 ans, pugiliste et qu'à cause de ses nom et prénom, de sa blondeur et surtout, surtout, des signes de croix qu'il faisait sur les stades avant de se lancer, j'avais pris pour un Russe... Eh ! bien ce « provocateur » était normand, donc d'une province particulièrement déchristianisée mais où il avait, lui, gardé la fierté de sa religion. Avec sa mort, quelques vérités cachées sortent : cette médaille d'or militaire au Championnat du monde 2014 avait été éliminé par le jury aux Jeux olympiques de 2012 au profit d'un Ukrainien douteux... Il fallait alors chouchouter à tout prix les gens de Kiev. Vastine s'en était rendu compte mais ses protestations « incorrectes » avaient été étouffées. Il avait dit clairement : « C'est un vol pur et simple. C'est de la politique, pas du sport ».

    « C'est parce que nous sommes impuissants à avoir des héros et des saints que nosu avons des stars, dont les champions sportifs font partie » (Robert Redeker, philosophe, Le Figaro, 11 mars 2015).

    ...mais Alexis Vastine, finalement, fut sans doute plus un « héros » voire un saint qu'une simple vedette sportive...  

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  • Cantiques idiots [2/8]

    Le concile Vatican II [1962-1965] 

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    IMG - Copie.jpgMohamedia, 9 Mars 2015

    Toujours à la messe du 8 mars (voir mon précédent article du Journal), j'ai dû subir les paroles stupides d'un de ces cantiques qui ont remplacé nos beaux chants traditionnels en latin ou français d'avant le concile-dévastateur Vatican II. « Notre cité se trouve dans les cieux / Nous verrons l'Epouse de l'Agneau / Resplendissante de la gloire de Dieu / Céleste Jérusalem ! »...

    Qui est cette épouse ? L'Eglise ? On ne sait trop... Si des musulmans qui, déjà, se moquent de ces catholiques « adorant un mouton puis mangeant la chair de leur dieu » entendent parler de cette « Epouse de l'Agneau », ils seront renforcés dans leur idée baroque du christianisme...  

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  • IIIème dimanche de Carême [1/8]

    Ancien chef d'Etat africain et académicien français, Léopold Senghor

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    IMG - JPEG - Copie - Copie.jpgMohamedia, 8 Mars 2015

    A la messe, en voyant toutes ces belles Négresses* qui ont abandonné leurs amples boubous pour des jeans et autres pantalons ultra-collants, je pense à ce que me disait un éditeur libano-marocain, en marge du récent Salon du livre casaoui, au sujet de ces jeunes musulmanes voilées qui tortillent du popotin : Dans les deux cas, les hommes normaux sont provoqués par ces appâts plus que moulés... Et après ces femmes se plaignent de « harcèlement sexuel ... » Ironie de l'affaire, le même éditeur choqué vient de publier un essai sur ou plutôt contre ledit harcèlement...

    A la même messe, je note les tenues débraillées des paroissiennes européennes bon chic bon genre : elles viennent à l'office dans des pantalons de maison, pas collants, eux, mais flasques, froissés, et portés avec des chaussures de sport type baskets...

    Finalement, à tout prendre, esthétiquement et moralement, je préfère et de loin tchadors, jilbabs et autres voiles islamiques, jamais laids, jamais provocants, toujours décents.  

    * Note de 2016 : j'emploie toujours dans mes écrits « le beau mot de Nègre » (et ses dérivés), selon l'expression du Sénégalais Léopold Senghor, l'un des pères de la Négritude littéraire ; « beau mot » qu'utilisèrent aussi Camus ou Sartre. Ancien chef d'Etat africain et académicien français, Senghor non seulement m'encouragea par lettre à résister au « vocabulairement correct » mais encore, non sans malice, il me confia avoir forgé le néologisme « Nègrerie », pour désigner un lieu habité par des gens venus d'Afrique noire, comme on dit de longue date « juiverie » ou « morerie ».

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  • DAMAS A LA BELLE EPOQUE par Péroncel-Hugoz (Suite de la semaine passée) 

    Damas en 1920 sous la neige

    Nous interrompons cette semaine pour la seconde fois le Journal du Maroc de notre ami Péroncel-Hugoz, pour laisser place à quelques-unes de ses Notes damascènes, dans lesquelles il puisa, au cours de la décennie 1980, et pour ses reportages dans Le Monde et pour son premier livre de voyages, Villes du Sud (1990).

     

    2878832644.2.jpgII. FEMMES « SERIEUSES » ET FEMMES « EVAPOREES » ...  

    ...Une chance quand même : aucun gratte-ciel ne fait, pour le moment, concurrence aux trois minarets dits de Jésus-Christ, du Sultan-Qaitbay et de la Fiancée qui signalent, de loin, la Mosquée des Omeyades. Damas à l'horizon, malgré ses agrandissements, conserve un profil homogène qui sera peut-être épargné si les « jaillissements « de béton restent cantonnés à la banlieue de Mezzé. Cela se devrait si la capitale de la République arabe de Syrie tient à rester encore un tant soit peu ce « grain de beauté sur la joue du monde » qui, à travers l'air arabe, lui vaut le doux surnom d'Ech-Cham, préféré au rauque et officiel Dimachq, dont nous avons tiré « Damas ».

    Bien que Roland Dorgelès assure y avoir atteint « l’Orient de la légende », les souks sous verrières de Damas n'ont pas l'ampleur de ceux d'Alep, mais on en prend aisément son parti en retrouvant Chez Bagdache les plus célèbres glaces à la pistache de tout le Machrek, nom arabe du Levant, ou en palpant, Chez Obeid, les nappes de coton brodées à la damascène. Plus introvertie encore que les autres capitales islamiques, Damas met ses talents au service du palais et du toucher, plaisirs domestiques. Il est symptomatique qu'en Europe elle ait donné son nom à l'étoffe la plus synonyme de confort cossu. Comme à Fez, même bourgeoisie dévote, politicienne et frondeuse, intéressée, calculatrice... « inébranlablement fidèle à ses conceptions de la vie » notent encore les frères Tharaud. Commerçante et prosaïque, mais raffinée, Damas a érigé en dogme la bonne chère et le confort, et aussi le secret de la vie privée. Eté comme hiver, les femmes-comme-il-faut ne se risquent dehors qu'en redingote et cagoules noires, celles qui affrontent la rue en cheveux ou en fichu, pourtant descendu jusqu'au sourcil et noué sur le menton, ne peuvent être que des « évaporées », ou des chrétiennes totalement inféodées aux modes étrangères...  

    Les cafés ou les veillées à domicile entre hommes furent longtemps, à Damas, le théâtre de débats politiques redoutés ou attendus dans tout le Proche-Orient car on y refaisait, au nom du sacro-saint arabisme, la carte régionale. Le Croissant fertile rêvé allait parfois du Koweït à Chypre, l'île gréco-turque comprise. La présence en chaque lieu public, chaque réunion privée un peu nombreuse, d'un espion du pouvoir étant devenu, sous le général Hafez El Assad, une donnée courante, comme dans la Roumanie des Ceaucescu.

    Les Damascènes se sont peu à peu, et non sans chagrin, résignés à ne plus refaire « le monde arabe », un mot mal compris par « qui-vous-savez » risquant de vous perdre. A en croire les organisations humanitaires occidentales, mais elles ont peut-être trop d'imagination, aucun régime de la planète n'utilise, de nos jours*, autant de modes de torture pour faire tout avouer aux suspects y inclus ce qu'ils n'ont même jamais eu l'intention d'entreprendre... Un tel climat est nécessaire, comme l'air qu'on respire, à une dictature. Aussi, autour du café ou du thé, le niveau des conversations a-t-il bien baissé. On y parle affaires ou sport, on y raconte des blagues sur le mode d'un « racisme » régional semblable à celui des Français à l'endroit des Belges et des Suisses, les Syriens de Homs faisant ici les frais de la galéjade : « Un garçon de café homsiote à qui on avait commandé deux consommations et un verre d'eau apporte le tout, plus un verre vide. - Pourquoi ce verre sans rien ? - Au cas où quelqu'un n'aurait pas envie de boire... » 

    Parfois on s'élève un peu, posant même au romantique pour évoquer cet autre roi Fayçal, mélancolique guerrier hachémite, découvert au Hedjaz par Lawrence d'Arabie pour les besoins de la révolte arabe contre les Ottomans. Ce prince prit Damas et l'aima brièvement mais fortement, entre le départ des Turcs et l'arrivée des Français, et avant d'être expédié sur le trône de la rugueuse Mésopotamie. Le Mandat français, ensuite, fut une longue bouderie nationaliste, non sans sympathies réciproques, aussi ardentes que contrariées. Puis Damas vit à travers ses moucharabiehs les chars de l'aube, monotones prémices de putschs toujours recommencés : la Syrie s'éloignait de l'Occident dans une brume de pronunciamientos. Les Damascènes s'exilèrent en foule, suivis d'autres citadins d'Alep, de Homs, de Hama, de Lattaquié : de 1956 à 1969, 57% des Syriens ayant reçu une formation supérieure ou technique s'échappèrent vers le Liban, la France ou les Amériques. En douze ans, la nation perdit 65% de ses médecins et 61% de ses ingénieurs. Aujourd'hui, le régime est toujours militaire mais il a le mérite, si l'on ose dire, de n'avoir pas changé depuis 1970.  Fin

    * C'est-à-dire vers 1985-1990. En 2017, on pourrait émettre une identique remarque, même en tenant compte d'une guerre civile entamée en 2011.

  • DAMAS A LA BELLE EPOQUE par Péroncel-Hugoz

    Damas - Le boulevard de la Victoire - vers 1920 

     

    Nous interrompons cette semaine et la semaine prochaine le Journal du Maroc de notre ami Péroncel-Hugoz, pour laisser place à quelques-unes de ses Notes damascènes, dans lesquelles il puisa, au cours de la décennie 1980, et pour ses reportages dans Le Monde et pour son premier livre de voyages, Villes du Sud (1990).

     

    Jean-Pierre_Péroncel-Hugoz_à_Salé.jpgC'était alors, en Syrie, l'époque du dictateur « Assad 1er », père d' « Assad II », son fils, toujours au pouvoir ; une époque non pas « belle » mais où le pays des Omeyades était en paix, armée certes mais en paix, où les étrangers non-musulmans pouvaient parcourir ce magnifique pays, encore plein de souvenirs français, sans risque, et où les chrétiens indigènes, sans être traités d'égal à égal avec les « vrais croyants » (mahométans bien sûr), voyaient leurs églises et leurs biens respectés en général. La minorité parachiite des noçaïris (ou alaouites) a installé en Syrie depuis près d'un demi-siècle une dictature impitoyable mais moins négative pour les non-musulmans que les régimes sunnites dictatoriaux ayant succédé au Mandat français après la Seconde Guerre mondiale. 

     
    I. DU MARBRE AU BETON... 

    Quand on entre à Damas on traverse la Ghouta, oasis sans palmiers. Des chemins s'en vont sous les poiriers et les pruniers : sur l'un d'entre eux, la conversion d'un certain Saül de Tarse changea la face du monde. En attendant de pénétrer dans la ville par « la rue qu'on appelle la droite » où Les Actes des Apôtres font résider le disciple et qui porte toujours le même nom, arrêtons-nous à Mléah, chez Maître Walid. Sa demeure est en terre brune séchée, à un seul étage. Dans le petit patio rouge et blanc des géraniums accouplés au jasmin, on s'assoit le temps de s'approvisionner en pommes confites et en amareddine, « la lune de la religion », pâte d'abricot dont on fait jusqu'au Caire, surtout pendant Ramadan, des sirops et des sorbets doux-acides dont même Bonaparte, en Orient, raffola. A Damas, émule de Sybaris, Mahomet ne voulut se transporter que par l'imagination, jugeant qu'il serait péché de « contempler le paradis sur terre » ... Préservé de tels scrupules par son agnosticisme, Ernest Renan trouva « calme et bonheur » sous les ramures damascènes. Le mont Kassioun, bloc rose et beige d'où le pouvoir a un œil sur la capitale, est aussi l'observatoire du voyageur. Alphonse de Lamartine, vêtu à l'arabe, découvrit de là, vers 1830, « le plus magnifique et le plus étrange horizon qui ait jamais étonné un regard d’homme ». Le poète fut ébloui par « les remparts de marbre jaune et noir... le labyrinthe de jardins, de vergers, de palais... les sept branches du fleuve et les ruisseaux sans nombre ». 

    Damas, simple chef-lieu ottoman sous le nom ronflant de pachalik, renfermait alors dans son « enceinte dorée » quelques 400.000 âmes. Elle en compte aujourd'hui* de un à deux millions selon que l'on consulte les registres du recensement ou ceux du ministre du Ravitaillement (il y a peut-être des resquilleurs...). La verdure de la Ghouta est partout grignotée par les constructions neuves ; l'à-pic du djebel Kassioun même n'a pas rebuté les financiers koweïtiens, qui, à coup de dynamite, y ont taillé des terrasses pour bâtir villas et cafés ; au-dessus des platanes de la route de Beyrouth montent d'amphigouriques palaces internationaux ; entre l'aérodrome militaire de Mezzé et la rotonde des Omeyades s'élève, le long d'une autoroute, la masse sarcellesque du Nouveau-Damas.

    Sans Damas

    Tolède n'eût pas été,

    Bagdad n'eût pas connu

    Les splendeurs des fils d'Abbas,

    nous rappelle Ahmed Chaouki, le Victor Hugo égyptien. Mais « la rumeur qui mène au fond de la mémoire ce nom prestigieux de Damas » ne se traduit guère pour nous aujourd'hui, comme déjà il y a trois quarts de siècle pour Jérôme et Jean Tharaud, que par « quelques mosquées, des tombeaux, deux ou trois palais bâtis dans la banalité moderne ». En proie à un charroi effrayant, le cœur de la capitale syrienne est lui-même en train de se débarrasser allègrement de ses quelques charmes. Nuit et jour, tout est chantier. Marteaux-piqueurs et boutoirs d'acier ont fait cause commune contre le profil rétro-provincial d'un centre resté marqué par la domination turque finissante et par quatre ou cinq lustres de tutelle française. Tout au plus peut-on espérer que la colonne de bronze marquant, sur la place Merjé, l'établissement du télégraphe entre Istamboul et La Mecque restera debout. Entichée de ciment armé et de macadam, la municipalité, par « modernisme », a déjà sacrifié sans remords les arbres bordant le fleuve Barada, après avoir enseveli sous le béton une partie de ce littéraire cours d’eau ; elle a pris maintenant pour cible la très démodée, quoique toujours utile, gare du Hedjaz, exemple amusant et rare de l'architecture stambouliote des derniers califes ottomans. A la suite des interventions d'intellectuels syriens éclairés, dont le scénariste et critique du Caire, Rafik Saban, les autorités de Damas ont décidé de sauver de la destruction la gare du Hedjaz.     (À suivre la semaine prochaine) 

    ∗ Vers 1985

  • Vraie et fausse reine...

    Bernadette Chirac et la reine Paola de Belgique

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    IMG - JPEG - Copie - Copie.jpgPrintemps 2009

    Une authentique grande dame marocaine, cherifa mariée à un chérif*  et ne faisant donc jamais allusion à son sang mohammadien (les faux chérifs, comme les faux nobles en France, parlent en revanche sans cesse de leurs origines...), dotée pleinement des deux cultures, arabe et occidentale, n'arborant jamais ni pantalon ni décolleté, mais toujours d'amples djellabas, me disait qu'elle n'avait jamais autant ri devant la télévision, il y a quelques années, qu'en voyant Mme Jacques Chirac, alors « première dame de France », pourchassée par des journalistes belges alors qu'elle faisait seule des emplettes dans les « bonnes rues » de Bruxelles; elle se  retourna soudain vers mes confrères d'outre-Quiévrain et leur lança, ultima ratio : « Vous n'oseriez jamais importuner comme ça la reine Fabiola ! ».

    Les journalistes, paraît-il, éclatèrent alors de rire, comme la cherifa devant sa télévision, et qui me dit : « Bien qu'appartenant au grand monde, Mme Chirac n'a jamais compris qu'une vraie reine commande en quelque sorte par nature la distance respectueuse, tandis que la simple épouse d'un président, par définition éphémère, ne vaut guère mieux pour le public et pour la presse qu'une ménagère sondée dans un supermarché sur telle nouvelle marque de yaourt... » 

    Ajoutons, pour accentuer encore ce comique chiraquien de situation, qu'on prête à l'ex-première dame cette phrase lorsqu'elle était au faîte des honneurs élyséens : « J’étais faite pour être reine » ...

    Eh ! bien non, justement !...  

    Sont « chérifs » au Maroc, comme le roi Mohammed VI, les descendants reconnus de Mahomet.

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  • La « folie » au pouvoir à Paris, vue du Maroc

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    PERONCEL 3.jpg0ctobre 2009 

    Certes, Frédéric Mitterrand, le nouveau ministre français de la Culture, placé rue de Valois par Mme Nicolas Sarkozy*, a écrit un livre tout à fait impudique sur son existence - bien nommé « La mauvaise vie » - mais enfin personne n'était obligé de l'acheter ou de le lire.

    Maintenant, c'est différent, depuis qu'il est ministre, ce neveu de François Mitterrand multiplie à l'envi les déclarations graveleuses ou à sous-entendus égrillards, que c'en est à vomir : devant un ministre Turc effaré, devant des journalistes enchantés, devant les téléspectateurs francophones du monde entier, scandalisés, approbatifs ou rigolards, c'est selon. Bref, M. le ministre français de la Culture n'a pas « passé la nuit » avec son collègue d'Ankara et il n'a « jamais pensé le faire » avec son « beau » (Mitterrand dixit) successeur à la Villa Médicis à Rome, « un père de trois enfants »...

    Juste un peu de pouvoir et ce personnage semble devenu fou - ou plutôt « folle » puisque c'est ainsi qu'en un certain argot on désigne cette variété d'homosexuels qui se comportent déraisonnablement en, public ou en privé...

    Tristes gays ! L'affaire est suivie avec une certaine attention au Maroc où on sait que Frédéric Mitterrand se dit monarchiste, variété rare de nos jours dans le sérail politique parisien. Après tout, feu le président Mitterrand avait été royaliste en ses débuts de cursus...

    Mais enfin, vu d'ici, le monarchisme du neveu, clair dans ses films historiques et dans son livre Lettres d'amour en Somalie, apparaît aujourd'hui un peu compromettant, c'est le moins qu'on puisse dire. Un libraire de Rabat m'a confié : « Un royaliste comme ça, on s'en serait passé... » Comment ne pas acquiescer ? Napoléon 1er professait : « Rien n'est pire qu'une femme sans pudeur ! » J'ajouterai à présent : idem pour un homme... 

    * La chanteuse légère Carla Bruni

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  • Marine Le Pen vue du Maroc

    Marine Le Pen reçue par le président tchadien, premier chef d'Etat musulman en exercice recevant la dirigeante du Front national. [Le roi Hassan II avait été le premier et seul chef d'Etat à recevoir Jean-Marie Le Pen en 1990] 

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    PERONCEL 4.jpg29 mars 2011 

    Casablanca aussi a ses hebdos bobos, par exemple Actuel*, qui en sera bientôt à son 90ème numéro et qui a eu l'exclusivité, le 19 mars 2011, du « premier entretien accordé par Marine Le Pen à un organe du monde arabe ». Elle y a librement exposé ses thèmes de prédilection comme la préférence nationale, le refus de la double nationalité, l'immigration à tout crins etc...

    Pas très original, d'autant plus que les médias français sont largement diffusés au Royaume alaouite...

    Plus novateur a été, dans le même numéro d'Actuel, la publication des propos - très crus - d'une Marocaine de  France, âgée de 33 ans, militante de base du Front national. Nous croyons utile pour nos lecteurs de donner ci-après in extenso les peu attendues déclarations de cette jeune femme. Ajoutons que, selon Actuel du 26 mars, les réactions de ses lecteurs, sauf exception, n'ont pas été hostiles non seulement aux propos de leur compatriote et coreligionnaire expatriée mais encore et surtout à ceux de  Marine Le Pen...

    Jugez-en !

    «...Finalement, elle est plus fréquentable que Sarko » (Ahmed, ingénieur) ; « Si j'étais française, je dirais la même chose » (Zineb, dans « l'Art » à Casa) ; « Elle est intelligente et sait où elle veut mener son pays. Quand on voit l'état de la France, quelque part, elle n'a pas tort. » (Fatima, assistante de direction) ; « Sur la double nationalité, on est sur la même longueur d'onde. » (Karim, commercial à Rabat) ; « C'est la seule qui a  un discours construit et des solutions radicales mais finalement pas si choquantes, ni racistes. » (Abdelhak, directeur financier à Casa)...

    Voici également la totalité des propos tenus dans Actuel du 19 mars par une Marocaine :

    « Au FN, on m'a acceptée.

    Moi, Lamia, 33 ans, marocaine et militante FN.

    Je mange du porc, et s'ils ne sont pas contents qu'ils retournent d'où ils viennent ». Lamia, 33 ans, une "droguée du travail qui fait des ménages", est devenue militante au Front national car elle considère que c'est le seul parti apte à protéger la France de l'islamisme. « Les autres partis n'ont pas saisi le danger que représentent les extrémistes, avertit-t-elle. Puisque je suis d'origine marocaine, les musulmans que je rencontre dévoilent leurs véritables sentiments sur les Français. Je sais qu'en réalité ils les méprisent ! »

    Ses parents sont arrivés de Meknès dans les années 70 pour s'installer à Cavaillon. Elle passe une enfance malheureuse. « Une fille au sein d'une famille pratiquante, j'étais l'esclave de  mes frères, je n'avais aucun droit, se souvient-elle. L'école ? J'y allais pour me reposer. » Elle est promise à son cousin germain à sa naissance. « A 17 ans, je suis allée voir une assistante sociale pour raconter ma situation. Elle a appelé ma mère : je me suis fait massacrer... physiquement et mentalement. »

    Lamia épouse donc tout de même son cousin germain afin d'échapper à ses parents. « Il était faible, je l'ai quitté au bout de trois mois sans trop de soucis. Mais mes parents ne l'ont pas accepté. » Elle fuit à Toulon. « C'est à partir de ce moment-là que je me suis intéressée aux idées de Jean-Marie Le Pen qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. » Elle s'inquiète de la montée de l'Islam en France. « Lorsque je suis arrivée à Toulon, on ne croisait pas de femmes portant le foulard. Or, depuis sept ans, dans le centre-ville, on se croirait au bled. » Du Maroc, elle connaît « très peu » les alentours de Meknès, d'où vient s a famille. « J'y suis allée pour la dernière fois à l'âge de dix ans. Je ne suis pas particulièrement intéressée par mes origines même si je n'en ai pas honte. Si j'y retourne ce sera sans mes parents, j'aurais trop peur qu'ils me confisquent mes papiers afin de m'empêcher de partir.» 

    Lamia ne leur en veut pas, « ils ont été éduqués comme ça ». Elle continue de les voir « une ou deux fois par an ». Mais ils ne savent pas qu'elle milite pour le FN. « Je risquerais de gros problèmes s'ils l'apprenaient. » Dans le parti, « on m'a tout de suite acceptée. De toute façon, je n'ai jamais connu de racisme en France ! » Aujourd'hui , Lamia est très enthousiaste qu'une femme soit à la tête du parti. « J'aime les femmes fortes. » 

    * Cet hebdo a ensuite disparu (Note de 2017).

    Vous pouvez retrouver l'ensemble des textes parus depuis le 14 janvier 2016 en cliquant sur le lien suivant : Journal d'un royaliste français au Maroc.

  • Rudolf Valentino dans « Le fils du Cheik » : un cas de racisme ignoré

    Rudolf Valentino dans « Le fils du Cheik » 

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    ph - Copie (2).jpgDébut 2009 

    Depuis des décennies j'entends vanter, je vois des photos du film de Georges Melford avec Rudolf Valentino, Le fils du Cheik (et non pas le Cheikh, la première orthographe étant la bonne, en français classique du moins). Je ne l'avais jamais vu. Je le visionne enfin. La copie de cette oeuvre américaine de 1921 est excellente. Les explications en français - le film est muet - sont correctes, claires. Les cavalcades sensées déferler dans le Sahara algérien, près de Biskra, les envolées de burnous sont excellentes.

    Sans moustache, avec son visage un peu « veau bouilli », Valentino ne paraît guère être le cheik arabe qu'il joue - une sorte de prince musulman ayant enlevé au Casino de Biskra, lors d'une soirée réservée aux mahométans, une lady Diana avant la lettre (c'est d'ailleurs exactement son appellation dans le film...), friande d'hommes exotiques mais faisant des manières avant de s'abandonner à l'émir...

    Elle a peur, en l'épousant, de « choquer son milieu ».

    Passe encore... mais ce qui ne passe pas, c'est la révélation finale du film : le cheik Ahmed est « de père anglais et de mère espagnole », élevé au Sahara par un dignitaire arabe l'ayant recueilli in situ après la disparition de ses parents, et lui ayant donné une éducation arabo-française... Bref, le jeune homme, une fois débarrassé de son arabité, peut être pris par la main, sans honte, par la haute demoiselle anglaise...

    Si ce n'est pas là un cas de « racisme », qu'est-ce que c'est ? Le « racisme » selon la définition, du moins, qu'en donne notre époque... 

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  • Tous les chiens ne s'appellent pas Kitmir...

    L'empereur Dèce ordonnant l'emmurement des Sept Dormants d'Ephèse. D'après un manuscrit du XIVe siècle. 

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    peroncel1.jpg2009 

    Bien que les canidés soient l'espèce animale « impure » par excellence pour les musulmans, leur paradis comporte un chien, et qui plus est un chien ayant un nom : Kitmir. On ne sait si l'Islam qui, pourtant, n'oublie jamais de tenir compte des besoins génesiques propres aux créatures de Dieu, a aussi prévu une chienne-hourie*...

    L'élection de Kitmir, lequel a été récompensé par une place au ciel pour avoir fidèlement gardé, sur terre, les Sept Dormants d'Ephèse**, n'a pas amélioré pour autant la réputation des chiens ordinaires qui, en Islam, sont réputés, par leur seule présence dans une maison, en chasser aussitôt les anges gardiens protégeant ou accompagnant les mahométans. 

    Un vieux Casablancais, père du psychanalyste Rouchdi Chamcham, nous dit : « Lorsqu'il y a un chien dans un lieu et qu'un musulman y prie, sa prière ne passe pas, ne monte pas vers Allah ».

    Un jeune croyant, serveur dans un café de Settat, en Chaouïa, précise lui que « les chiens se sont fait mal voir lorsque l'un d'eux mordit ou tenta de mordre le prophète, le salut et la paix soit sur lui, et puis, de toutes façons, cette variété de bêtes est par définition dégoûtante puisqu'elle est la seule de la Création à manger ses propres excréments...» 

    * Créature féminine idéale et jouissive spécialement créée pour les « vrais croyants » admis au Paradis d'Allah...

    ** Thème chrétien sorti des persécutions anti-chrétiennes de l'empereur romain Dèce, repris par l'Islam. L'orientaliste Louis Massignon créa, au XIXème siècle, le pèlerinage islamo-chrétien de Vieux-Marché, en Bretagne, pour célébrer les Sept Dormants.

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  • Les artichauts du président Poutine

    Entretien entre le président russe et le roi du Maroc à Casablanca [2006] 

     

    Par Péroncel-Hugoz 

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    IMG - Copie.jpg2009 

    Mustapha, un maçon de la Chaouïa, qui est venu travailler chez moi deux ou trois fois au cours du lustre écoulé, me raconte chaque fois, avec la même inaltérable fierté dans l'oeil, qu'il a participé à des aménagements à la résidence à Rabat de Moulay- Rachid, frère cadet du roi, et deuxième sur la liste de succession, après l'héritier Moulay-Hassan. Chaque fois, je fais comme si je ne savais pas l'honneur ainsi échu au brave maçon et je le félicite.

    L'autre fois, c'est un jeune électricien qui a travaillé, lui, durant un mois, au Palis royal de Casa, lors d'une période où sa Majesté chérifienne y a reçu le président russe Vladimir Poutine. Selon l'usage local, les reliefs - considérables - des repas des deux personnalités sont allés ensuite au personnel.

    Le Trician  - électricien, en dialecte marocain - me décrit en long et en large la saveur d'un immense tajine de mouton aux artichauts, des « artichauts énormes mais tendres comme de la crème », auxquels les deux chefs d'Etat dîneurs avaient, paraît-il, à peine goûté.

    Veinard de Trician ! 

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  • Pèlerinage au Moyen-Atlas

    « Moulay-Bouazza : dans un étroit repli du djebel ...»

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR  •  

     

    IMG - JPEG - Copie - Copie.jpg2009

    Moulay-Bouazza : dans un étroit repli du djebel, à 150 km de l'océan, entre Romani et Khenifra, c'est un des principaux et des plus anciens pèlerinages - ziara - populaires du Maroc.

    Réputé descendre de Mahomet, d'où son titre de Moulay, « Monseigneur », Bouazza fut au début du second millénaire de l'ère chrétienne le disciple de Moulay-Bouchaïb, le grand saint musulman d'Azemmour*. Bouazza passe pour avoir vécu 130 ans et pour être le véritable fondateur du soufisme - le mysticisme mahométan - au Maroc, ce soufisme qui est toujours, à l'heure où j'écris ces lignes l'un des piliers culturels et politiques du Royaume chérifien. Les descendants du prophète de l'Islam savent, quand ils le faut, se tenir les coudes, des plus reculés des djebels aux palais royaux...

    Là-haut, à Moulay-Bouazza, localité fameuse mais petite et négligée, c'est le jour du marché, un mercredi, mais nous abandonnons vite l'auto à un gardien pour gravir la côte  vers le sanctuaire. C'est un bel édifice blanc, ancien, noble, avec son minaret coiffé d'un nid de cigogne porte-bonheur, édifice attribué à la munificence de Moulay-Ismaïl, le « Louis XIV de la dynastie alaouite », qui règne sur le Maroc depuis la moitié du XVIIe siècle.

    Le sanctuaire étant catalogué « tombeau », j'y entre sans me poser de questions puisque les nécropoles musulmanes, contrairement aux mosquées, sont autorisées aux « Infidèles », au Maroc. 

    * Vieille cité luso-marocaine au sud de Casablanca, sur l'Atlantique.

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