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Laideur de la peinture dite moderne, beauté de la peinture classique, par Gilles Lenormand.

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La Laïta à marée haute

 

Paul Huet, né à Paris le et mort dans cette même ville le , fut peintre mais aussi graveur.

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Chaumière normande

 

Il est l'élève de Pierre-Narcisse Guérin et d'Antoine-Jean Gros, mais est en rupture avec eux. Paul Huet reste connu pour ses paysages romantiques, œuvres tourmentées à la touche large, aux couleurs contrastées et aux sujets menaçants. Jouant d'opposition marquée d'ombres et de lumières devant une nature sauvage, Paul Huet a été un des peintres les plus proches de Lamartine, par l'expression romantique du paysage. Surnommé « le Delacroix du Paysage », la modernité de sa peinture par sa facture, ses couleurs, sa quasi-absence de sujet, travaillant en plein-air font de l'artiste un précurseur de l'impressionnisme.

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La Côte de Grâce, à Honfleur

 

Il naît à Paris le au 212, rue des Boucheries, cinquième enfant d'une famille rouennaise de drapiers normands ruinée par la Révolution et l'Empire.

Il perd sa mère en 1810 et devient pensionnaire à Choisy-le-Roi, puis étudie au Lycée Henri-IV. Il est impressionné par une eau-forte de Rembrandt sur laquelle est écrit en latin « Tacet, sed loquitur » (muette mais parlante).

En 1816, il devient l'élève de Deltil (ancien élève de David), dans son atelier de l'Ile Seguin qu'il fréquente pendant dix ans. Il suit également les cours de Pierre-Narcisse Guérin dont l'académisme le rebuta. Guérin lui déclare qu'« il ne sera jamais qu'un petit Van Loo » et « jamais prix de Rome ». À partir de 1819 il est dans l'atelier d'Antoine-Jean Gros aux Beaux-Arts de Paris. Il est fasciné par le Chasseur à Cheval de Géricault.

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La falaise d'Houlgate près de Dives

 

Il étudie avec Gros de 1818 à 1822, non sans difficultés, car ce dernier le récuse comme élève au début. Il commence sa série de Cavaliers avec Le Retour du grognard. En 1822, à l'Académie Suisse, il rencontre Delacroix qui vient de présenter au Salon sa Barque de Dante et celui-ci vient le voir peindre L'Orage a la fin du jour ou Le Cavalier dans sa chambre du 27, rue Madame. Une profonde amitié va unir les deux hommes pendant toute leur vie.

La mort de son père, en 1823, le met en difficulté financière. Il peint alors de nombreux bouquets de fleurs et séjourne en Normandie, où il peint des paysages lors de voyages pittoresques qu'il pratique toute sa vie durant.

En 1826, il rencontre Bonington, qui l'initie à l'art de Constable qu'il a découvert au Salon de 1824. Le graveur anglais Samuel William Reynolds, graveur de Joshua Reynolds, vient le visiter et l'encourager. Influencé par Bonington et les frères Fiedling, il est reproché à Huet d'être un imitateur de l'école anglaise, mais il est aussi, par la suite, crédité d'avoir initié le travail des paysagistes qui peignaient sur le motif, hors des ateliers.

Entre 1824 et 1825, on crédite généralement Paul Huet de la réalisation d'une vue de Rouen prise du Mont-aux-Malades pour un Diorama.

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Inondation à Saint-Cloud

 

Bien que gravement malade en 1826 - sans doute à cause de malnutrition -, Paul Huet débute au Salon en 1827. Puis en 1828, il séjourne à nouveau en Normandie, où il développe avec Bonington (1802-1828) un fructueux échange artistique, au cours de séances de travail en plein air. On peut voir dans les œuvres de cette période l'influence de Turner dont les River's Scenery pousse Paul Huet dans une nébulosité et une imprécision.

Victor Hugo découvre son atelier avec enthousiasme : « C'est un jeune homme du plus beau talent. Vous partagerez la satisfaction de Delacroix et la mienne », écrit-il. Républicain engagé, Paul Huet prend part aux journées de 1830 et s'implique dans les batailles politiques dans une opposition virulente à la Monarchie de Juillet. Il pratique la caricature politique sur l'instance de Daumier, alors interné à la prison Sainte-Pélagie, mais publie également de nombreuses eaux-fortes, présentées à la Galerie Gaugain où la duchesse du Berry le découvre et achète Une chaumière. Il tombe gravement malade. Remis, il voyage à travers l'Auvergne, la vallée du Rhône jusqu'à Aigues-Mortes ; la pratique de l'aquarelle devient déterminante.

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Paysage animé au bord d'un étang

 

Il devient un intime de l'écrivain Lamartine, dont il apprécie le lyrisme, mélange d'exaltation et de profonde mélancolie, depuis qu'il a lu en 1820 les Méditations Poétiques. L'œuvre de Paul Huet s'inscrit alors pleinement dans le mouvement romantique. Ses amis sont Delacroix, Alexandre Dumas, Théophile Gauthier, Lamartine.

L'irascible Delécluze, défenseur de Ingres, lui reproche dans le Journal des débats en 1833 de « négliger absolument le dessin » alors que la Vue générale de Rouen de Paul Huet est récompensée par une médaille au Salon de la même année. En Juillet Paul Huet, encouragé par Granet, descend dans le midi son carnet d'aquarelles sous le bras. En août et en septembre on le rencontre à Arles, Nîmes et Aigues-Mortes.

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Coucher de soleil sur une abbaye au milieu des bois

 

En 1834, il épouse sa nièce, Céleste Richomme, peintre et copiste. À partir de 1835, sa touche s'affermit. En 1837, il est nommé professeur de dessin de la Duchesse d'Orléans avec l'entremise d'Alexandre Dumas qui s'amuse qu'un républicain se mette au service de la noblesse. Il est reçu par George Sand à Nohant et correspond avec elle.

En 1839, alors que Daguerre vient d'inventer son procédé photographique, le duc d'Orléans commande au peintre une suite d'aquarelles sur les villes méridionales. Le peintre est saisi par cette invention, il écrit à son ami Ducaisne : « Je suis tout étourdi de la découverte de Daguerre (mais) je suis sans inquiétude pour l'art lui-même. » La même année, Céleste meurt de phtisie, après plusieurs séjours dans le Midi et à Nice, dont le climat était favorable à son épouse. Il reçoit les insignes de chevalier de la Légion d'honneur le

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Spolète, près de Pérouse

 

Après un voyage en Italie à Rome (ci-dessus), Huet épouse Claire Sallard en 1843 de 19 ans sa cadette. Son fils René naît le . Il commence la pratique du pastel. Bien que refusé au Salon avec Corot, le peintre vit avec une aisance discrète vendant régulièrement sans marchand à une clientèle bourgeoise.

En 1845, il se rend aux thermes d'Eaux-Bonnes, dans les Pyrénées-Atlantiques, avec son ami Delacroix, pour soigner « un engorgement du poumon ». Il découvre l'Espagne, séjourne à Pau où en 1846 naît sa fille Edmée le .

Après 9 ans d'absence à Paris, il revient au Salon de 1848 où il reçoit une Médaille d'Or. Il s'oppose aux insurrections de Juin 1848 les armes à la main pour rétablir l'ordre. La République rétablie, il tente d'impliquer le gouvernement comme protecteur des arts. Il souhaite restaurer les palais nationaux et y faire pratiquer les jeunes artistes pour leur donner du travail en travaillant à la décoration et en copiant les chefs-d’œuvre pour « rendre l'art populaire ».

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Vue de Rouen

 

 

Il pratique alors la peinture sur le motif en Normandie et à Fontainebleau. Il est fasciné par Watteau, dont il possède plusieurs toiles. Quand Victor Hugo appelle au soulèvement contre le Coup d'État du 2 décembre 1851, il est sur les barricades et dans les manifestations. Il est malmené et manque d'être fusillé rue Saint-Placide, par un peuple parisien s'estimant trahi. Il s'offre comme commissaire à la Révolution à son domicile 55 rue du Cherche-Midi. La répression s'abat faisant plusieurs morts. David d'Angers est arrêté. Vaincu, ses amis en exil et atteint d'une ophtalmie qui l'empêche de travailler pendant six semaines, il est pris de colère et de désespoir. Il se rétablit à la fin de l'hiver.

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Le gouffre

 

Mis à l'index par le gouvernement de Napoléon III en 1852, il se définit comme un « exilé de l'intérieur ». De plus il se remet difficilement d'une rougeole. En 1855, il peint L'Inondation de Saint-Cloud. Delacroix est enthousiaste : « Votre Grande inondation est un chef-d'œuvre, elle pulvérise la recherche des petits effets à la mode ! », lui écrit-il le et il lui obtient une médaille supplémentaire à l'Exposition universelles de Paris.

En 1856, il contracte la fièvre typhoïde lors d'un séjour en Normandie et s'en remet difficilement ; il reste à nouveau alité six mois et pendant plus de deux ans, il est incapable travailler régulièrement. Il écrit alors ses pensées. En 1857, le gouvernement lui achète L'Inondation de Saint-Cloud pour le musée du Luxembourg.

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Les Ruines du château de Pierrefonds

 

Rétabli mais fragile, il travaille au Tréport, à Dives ou dans la forêt de Fontainebleau. En 1858, Eugène Delacroix le visite et note dans son journal au mardi  : « J'ai été trois heures et demi chez Huet. Ses tableaux m'ont fait impression. Il y a une vigueur rare ; encore des endroits vagues, mais c'est dans son talent. On ne peut rien admirer sans regretter quelque chose à côté. En somme, grands progrès dans ses bonnes parties. En voilà assez pour faire des ouvrages qui restent dans le souvenir, ce qui m'est arrivé pour ceux-ci. J'y ai pensé avec beaucoup de plaisir toute la soirée. »

En 1861, les décès successifs de son frère aîné et de sa nièce Caroline l'anéantissent complètement. Sa femme décide de les installer à Sèvres. Il voyage à Londres en 1862 à l'occasion de la présentation de sa grande Inondation à l'Exposition Universelle. Il est déçu de revoir la peinture de Constable qu'il semble préférer dans son souvenir et est enchanté par la vue des Turner et de leurs folies. Il rend visite à la Famille d'Orleans en exil à Londres. Il apprécie la ville, ses parcs mais aussi commente sa misère sociale. Il part en Cornouailles et au Cumberland dont il rapporte une douzaine de lavis dont des vues de Stonehenge.

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Arques-la-Bataille

 

En 1863, il achète un chalet à Chaville et se passionne pour l'art japonais qu'il a découvert à Londres. Il prononce l'éloge funèbre de Delacroix qu'il ouvre par les mots de Goethe : « Messieurs. Les morts vont vite », que Delacroix aimait citer. Désigné héritier par Delacroix, il reçoit la collection de lithographies de Charlet, des peintures de Monsieur Auguste et des esquisses de Portelet, mais ne recevant aucun souvenir de Delacroix, dessin ou peintures, il participe à la vente de l'atelier en 1864 où il achète entre autres une tête de cheval, une figure académique. En 1864, il voyage en Hollande pour découvrir Rembrandt et Rubens. Il participe à l'exposition universelle de 1867, mais vit mal les critiques de Théodore Rousseau devenu académicien et président du Salon, alors que poussé par ses amis Michelet et Ernest Meissonier, il s'est présenté à l'académie des Beaux-Arts sans succès.

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Oisans (Isère)

 

Son fils René-Paul Huet (1844-1928), élève aux Beaux Arts, assiste son père en marouflant esquisses et toiles sur de meilleurs supports. En 1868 sa fille Edmée (1846-1910) épouse Robert David d’Angers (1833-1912), le fils du célèbre sculpteur et ami de longue date du peintre. Le mariage est difficile, malheureux et inquiète le peintre. Après un dernier séjour en Normandie, à Etretat en particulier, Paul Huet meurt le , 35 rue Madame à Paris d'une embolie pulmonaire et « de chagrin ». Sur son bureau, on trouve un mot « MORT JE SUIS ». Il est enterré le au cimetière du Montparnasse.

Lors de son discours, Ernest Chesneau déclarait que le paysage avant Paul Huet, « était un art décoratif, un art de combinaison académiques ; il en a fait un art de passion, un art héroïque ». Selon son ami Jules Michelet, « Il était né triste, fin, délicat, fait pour les nuances fuyantes, les pluies par moments soleillées, c'était plus qu'un pinceau, c'était une âme, un charmant esprit, un cœur tendre. »

L'œuvre de Paul Huet évolue d'un paysage rêvé, idéalisé, romantique qui rappelle par ses cieux tourmentés la peinture de Georges Michel à une peinture naturaliste qui préfigure l'impressionnisme par des aquarelles et des carnets de voyage, précis voire même ethnographiques sur les régions françaises. Son œuvre est donc marqué par le lyrisme "des orages et la fureur des flots" cher aux écrivains Victor Hugo, Jules Michelet ou Alexandre Dumas. Ses aquarelles sont des études des variations et des effets atmosphériques, suggérant formes et coloris d'autant qu'il est un des premiers artistes français à pratiquer l'aquarelle avec une liberté comparable à celle des peintres anglais. Profondément marqué par Constable à ses débuts, l'influence de Turner est notable autour de 1828 où il dissocie les formes et les lumières, dont l'aquarelle "Matinée d'hiver près du Pont-Neuf" est un exemple frappant. Cette pratique tend à disparaître après 1835.

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Vue de Villeneuve-lès-Avignon

 

Il utilise des tons purs depuis 1828 dans une époque qui valorise les tons rompus. A partir de 1845 sa touche se fait large et juxtaposée évoluant à partir de 1862 pour une touche plus ronde qui sera vue et assimilée par Claude Monet, Alfred Sisley ou Camille Pissarro alors que les peintres impressionnistes ont pu comparer Turner et Huet au Salon et à l'Exposition Universelle de 1855. A partir de 1863, son œuvre devient pré-impressionniste par des effets de dégradation de la lumière aussi bien dans les aquarelles de paysages d'Apt dans le Vaucluse que dans son dernier chef d'œuvre une peinture à l'huile : "La Laïta à marée haute" (1865-1868).

Cependant l'œuvre de Paul Huet reste peu ou mal connue car peu étudiée dans sa totalité, la dernière grande rétrospective de Paul Huet datant de 1938.

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Fontaine de Vaucluse

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