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Laideur de la peinture dite moderne, beauté de la peinture classique, par Gilles Lenormand.

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Jatte de fraises

 

Sébastien Stoskopff (Strasbourg 13 juillet 1597 – Idstein, près de Wiesbaden, 10 février 1657).

Il était le fils de Georges Stoskopff issu d'une famille de la petite bourgeoisie protestante dont il est le troisième enfant.

Son père Georg occupe les fonctions de courrier diplomatique pour l’administration locale.

Son fils montrant des prédispositions certaines pour l'art, il lui cherche un apprentissage en architecture ou en peinture.

On admet une première formation de l'artiste auprès du miniaturiste et graveur Frédéric Brentel, qui n'est sans doute pas étranger au développement de son sens aigu du réel.

Le 15 décembre 1614, Georges Stoskopff demande au conseil des XXI qu'il prenne en charge la formation de son fils, compte tenu de ses dons pour la peinture et l’architecture et de ce fait de placer son fils chez un maître peintre. La ville accepte et s’engage à financer les études du jeune Sébastien sur une période de 5 ans. Georg meurt peu après.

En 1615, les sénateurs Kipp et Schach confient Sébastien part à Hanau en formation auprès d'un maître wallon, Daniel Soreau, peintre de talent tournaisien, artiste wallon réfugié à Hanau-Francfort, grand spécialiste des natures mortes et homme par ailleurs fort estimé dans la ville alsacienne où il fait de fréquents séjours.

Stoskopff se forme durant cinq ans à la peinture, à l'architecture et aux autres beaux arts. D'ailleurs, son dernier élève, Joachim von Sandrart, le loue très fort et semble lui-même avoir été l'élève du Morave Georg Flegel et de Peter Binoit, tous deux peintres de natures mortes.

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Nature morte avec coquillages

 

À la mort de Daniel Soreau en 1619, Stoskopff, âgé de vingt-deux ans, dirige un temps l'atelier de ce dernier avec les fils de Soreau, Isaac et Peter, achève ses oeuvres et s’occupe de la formation des apprentis, parmi lesquels se trouve le jeune Sandrart. Il reste à Hanau au moins jusqu'en décembre 1620, date de la fin de son contrat avec Strasbourg, et probablement jusqu'à la mort de la veuve de Soreau en septembre 1621. Il pense alors s’installer dans la région de Mayence, mais il n'obtient pas les habilitations nécessaires. Aussi part-il pour la France et pour sa capitale, Paris.

Les troubles de la guerre de Trente Ans l'amènent à quitter Hanau en 1621 pour Paris où il y reste jusqu'en 1641. Il découvre l'art de ses grands contemporains et se familiarise avec le style des peintres alors en vogue dans la capitale : des artistes anversois comme Pieter van Boucle et Jean-Michel Picart mais aussi des peintres français de nature morte tels Jacques Linard, Lubin Baugin et Louise Moillon mais aussi Rubens, Vouet, Callot, A. Bosse, Rembrandt. On connaît assez mal les détails de son séjour parisien entre 1622 et 1629 : il semble qu'’il se soit installé dans le quartier de Saint Germain des Prés où habitent alors la plupart des « étrangers » s'installant dans la ville.

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Les cinq sens, ou L'Eté

 

Au début du XVIIème siècle, le quartier autour de l’église Saint Germain se situe hors des remparts de la ville. Le strict règlement des corporations interdit alors aux étrangers de demeurer dans la cité même ; aussi de nombreux artistes étrangers se regroupent là, particulièrement des peintres ayant fui les Flandres à cause de leur religion : c'est probablement dans ces milieux que l'art français de la nature morte va trouver une des ses sources principales.

La première oeuvre de Stoskopff authentifiée avec certitude, la somptueuse « Nature morte aux livres et à la chandelle » (Rotterdam, musée Boymans van Beuningen), date de 1625.

A la fin de la décennie, sans doute en 1628, il voyage en Italie. Sandrart rencontre Stoskopff à Venise en 1629.  Il subit l'influence de l'école du Caravage, mais celui-ci regagne Paris.

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Les quatre éléments de l'hiver

 

Dès 1630, le voici donc de retour à Paris, où il demeure durant une dizaine d'années. Il semble s'être intégré au milieu flamand et protestant des peintres de la "réalité" établis à Saint-Germain-des-Prés. Il habite alors dans le Marais, près de la rue Vieille du Temple, et connaît une notoriété certaine comme le suggère la présence de ses oeuvres dans les plus grandes collections de l'époque.

Il crée des « tables mises » et des cuisines très originales qui s'inscrivent dans l'évolution de la production parisienne de Linard, Baugin et Moillon avec lesquels il entretient d'étroites relations. Il diffère cependant d'eux dans la composition et dans le traitement particulier de la lumière.

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Nature morte aux tasses

 

De Paris, il se rend en 1633 à Troyes, où il se met au service du Baron Guichard du Vouldy et travaille dans son château. La preuve en est un récit contant l'échec d’'une tentative de conversion au catholicisme par un avocat de la ville… De même il est probable qu'il ait séjourné à la cour de Lorraine, au vu de l'inventaire d'un certain Jean-Baptiste de Bretagne, commissaire des guerres et marchand d'art en Lorraine, inventaire daté de 1650 et faisant état de 22 oeuvres du peintre.

Le fait que Stoskopff ait travaillé pour plusieurs cours ou plusieurs princes s'explique aisément : son statut d'étranger à Paris, sans droit de séjour sur une longue durée ne lui permet pas de s'établir définitivement dans la ville, et les séjours dans des cours et châteaux de princes sont pour lui une opportunité très intéressante. C'est probablement aussi la raison pour laquelle il finit par revenir à Strasbourg, sans doute à la fin de l’année 1640.

En 1641, Stoskopff revient donc à Strasbourg qui, relativement peu touchée par les troubles de la guerre de Trente Ans, est alors un centre artistique et intellectuel vivant.

Stoskopff a visiblement l'’intention de s'installer définitivement dans la ville alsacienne puisque le 11 février 164, il se fait inscrire sur les registres de la tribu de l'Échasse et entre dans la corporation des orfèvres, artisans d'art et peintres de la ville « Zur Steltz ».

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Carpe sur une boîte à copeaux

Rapidement éclate au sein de la corporation une querelle : le nouveau membre doit-il réaliser un « chef d'oe’uvre » pour celle-ci ? Dans un premier temps, il se refuse aux exigences de la corporation. Cette querelle est vraisemblablement alimentée par quelques membres du « poêle », qui voient, non sans quelque raison, un redoutable concurrent s'’installer parmi eux… Les débats se prolongent fort longtemps ; mais le 13 octobre 1642 Stoskopff, qui entre temps a acquis grande notoriété dans la ville, offre au « Conseil des Quinze » une toile de fort belle peinture pour leur grande salle de délibération : émerveillés, les « Quinze » ordonnent à la corporation de cesser la dispute et la « Monnaie » de la cité dédommage l'artiste pour son oeuvre extraordinaire « über die massen schones Kunstgemähl… » Cette oeuvre, une nature morte dans une cuisine, sera accrochée dans la salle du conseil de la ville, mais sera malheureusement détruite dans l'incendie de l'Hôtel de ville lors des évènements de juillet 1789.

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Scène de garde-manger avec une jeune servante

 

Les relations entre l'artiste et la guilde s’améliorent nettement à partir de ce moment, puisqu'en 1647, Stoskopff est nommé membre d'honneur du tribunal de la corporation « Zur Steltz ». L'’artiste entretient d'ailleurs avec certains membres de la corporation de très étroites relations : sa soeur Martha avait épousé en 1635 Nicolas Riedinger, un des meilleurs orfèvres de la ville ; lui-même épouse - le 21 septembre 1646 - Anna Maria Riedinger, la fille d'’un premier mariage de Nicolas, par ailleurs donc son beau-frère. Une fille leur naît en 1647, dont les trois parrains sont tous des orfèvres de la guilde… 

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La grande Vanité

 

Les oeuvres de la période strasbourgeoise sont marquées à la fois par la continuité et par l'innovation : les scènes de cuisine, les déjeuners sont toujours présents, de même que les vanités dont il donne avec la « Grande Vanité » (1641, ci dessus) une interprétation magistrale. Mais des sujets nouveaux apparaissent : les pièces d'orfèvrerie et les corbeilles de verres en cristal vénitien et de saisissants trompe-l'oeil.

A Strasbourg, Stoskopff fréquente les milieux intellectuels et artistiques ; il reçoit de nombreuses commandes de bourgeois de la ville et de princes allemands. Ainsi, au début des années 1640, il rencontre le comte Jean de Nassau-Idstein, dépossédé de tous ses biens par la guerre de Trente ans et réfugié à Strasbourg. Le comte recouvre de par la volonté impériale ses droits et terres en retourne en décembre 1643 dans sa résidence d’Idstein (près de Wiesbaden en Hesse). Désirant reconstruire ses domaines ruinés par la guerre et reconstituer son patrimoine, il achète de nombreuses oeuvres d’'art et fait appel à de nombreux artistes. Parmi eux, Stoskopff avec lequel il entretient par ailleurs de très amicales relations. L'artiste réalise des commandes du prince, et finit par séjourner à Idstein, probablement à partir d'avril 1655.

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Le banquet desservi

 

A Idstein, Stoskopff n'’est pas officiellement peintre de la cour du comte et ne loge pas, contrairement à d'’autres artistes, dans le château. Il demeure dans une auberge à proximité, « Zum Löwen ». C’est là qu'il meurt brutalement début février 1657. Mort entourée de mystère : les actes de l'église paroissiale d'Idstein rapportent qu'il est enterré le 11 février 1657, très discrètement, car mort sans doute d'un coma éthylique suite à une beuverie « sich an Brandewein zu tod gesoffen »… Cette mort est entachée d'un grand mystère, car mêlée de sorcellerie : de nombreux bruits courent après sa disparition, bruits parlant d’'un assassinat de l'artiste par l'aubergiste Balthasar Moyses… Moyses est interrogé, mais n'est pas inquiété outre mesure…

Tragique épisode 20 ans plus tard : accusé de satanisme lors d’un procès en sorcellerie par une veuve elle aussi incriminée, Moyses avoue avoir eu droit aux remerciements de Satan pour avoir tué Stoskopff. L'’inquisition le condamne à être brûlé vif.

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Nature morte aux verres et au pâté

 

Parmi les amateurs de peinture strasbourgeois ou autres qui furent en possession de ses œuvres, nous relevons les Künast, Brackenhofer, Walter Arhardt, surtout le comte Jean de Nassau-Idstein, qui devient son protecteur. L'art de Sébastien Stoskopff, presque exclusivement consacré à la nature morte (il fit aussi quelques portraits), connaît au départ le "désordre savamment organisé" de la peinture flamande et hollandaise.

Il recueille un certain caravagisme, soit par contact direct avec l'Italie, soit dans la manière de Honthorst. Ses deux séjours à Paris le mettent en contact avec la seconde école de Fontainebleau (les Cinq Sens, 1663 ; les Quatre Éléments, musée de Strasbourg). Les recherches de composition rigoureuses et un peu sèches de sa période parisienne vont être supplantées, à son retour à Strasbourg, par ses évocations d'ambiance, où le trompe-l'œil se trouve baigné dans un clair-obscur “ faustien ” (la Corbeille de verres, ci dessous). Il est surtout représenté par une belle série d'œuvres au musée de l'oeuvre Notre-Dame de Strasbourg et aussi à Munich (Nature morte, Alte Pin.), à Rotterdam (B. V. B.), au Louvre et au musée de Sarrebruck. Le catalogue de son œuvre comprend environ 70 numéros, parmi lesquels certaines lui sont attribuées avec réserve.

Très apprécié à son époque, il est considéré comme l'un des maîtres de la nature morte. 

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Corbeille de verres

 

 

lafautearousseau

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